Morts Sûres
400 pages
Français

Morts Sûres

-

Description

Avec ses 44 hectares de tombes anonymes ou célèbres, le Père Lachaise est le plus romantique des cimetières parisiens. Seulement voilà qu’une mystérieuse veuve noire se met à capturer toutes sortes de jeunes promeneuses, égarées dans les petites allées perdues... Tandis qu’un émule de Jacques l’Eventreur décore les chapelles d’organes humains... Autant d’incidents obscurs qui font un peu désordre, même en période de Toussaint. Pour le commissaire Licci, géant débonnaire chargé du secteur, et la désarmante Marie Loutre, limier de la Crime, le cauchemar ne fait que commencer...


Avec « Morts Sûres », Benoit Chavaneau et sa complice Hana Myo Shin renouent avec la tradition des grands romans feuilletons policiers fantastiques, ceux de Sax Rohmer ou Conan Doyle. Avec en plus une jubilation féroce et une qualité d’écriture qui vous entraînent dans le monde de la terreur pure.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 18
EAN13 9782361510183
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Cover

Morts Sûres

Frissons au cœur du Père-Lachaise

 

 

Benoît CHAVANEAU & Hana MYO SHIN


ISBN : 978-2-36151-018-3

Parution : Janvier 2012

Version : Extrait 1.0 – Octobre 2012

 

Illustration de couverture © 2010, Lawrence Rasson

© 2010, Juste-Pour-Lire pour la première édition

© 2012, Juste-Pour-Lire, pour la présente édition

« Celui qui poursuit un rêve n'en désire pas, au fond, la réalisation : il veut seulement pouvoir continuer à rêver »

Corto Maltese

 

Pascale, Morgane, Ondine, c’est grâce à vous que je rêve encore…

Merci

 

BC

 

1er Chapitre

Akiko était émerveillée.

En une demi-journée, elle avait vu la tombe d’Édith Piaf, Apollinaire, Chopin et Jim Morrison…

Il y avait quelque chose de fascinant et de très troublant à se perdre, ainsi, parmi ces milliers de stèles, de pierres et de chapelles moussues, qui dormaient en tous sens, tout en cherchant à se souvenir…

Il y avait de l’insolence, de l’orgueil presque dans ces tombeaux qui, pour certains, faisaient la taille d’une maison, comme si l’on voulait transcender, dans la mort, toutes les bassesses de la vie.

Akiko fronça les sourcils, il fallait en convenir, cette fois : elle était bel et bien perdue, quelque part au cœur de l’immense labyrinthe. Et le jour déclinait à vue d’œil. Un mauvais crachin faisait luire le marbre des stèles les plus récentes.

Akiko pressa le pas.

Mais, vers où ?

Les allées envahies de racines et de pierres renversées par le temps s’enchaînaient et s’échevelaient, croisant d’autres allées envahies de racines et de pierres obliques avant de rejoindre des sentiers à peine plus larges qui s’enchaînaient et s’échevelaient et se confondaient sous la pluie et la nuit.

Tel un chien qui a perdu son flair, la jeune fille se trouvait totalement désorientée. Où qu’elle aille, elle tombait sur les mêmes tombes, croisait les mêmes chapelles, se heurtait aux mêmes murs…

En Amazonie, quand on est perdu, il suffit de suivre un cours d’eau qui bientôt se jette dans un autre cours d’eau, plus large, plus fort, avant de se noyer un peu plus loin dans un nouveau Rio… Du côté de la vie. Mais, ici, il y avait belle lurette que les fleuves, les rivières et les ruisseaux avaient été drainés, vidés de leurs eaux, vidés de leur sang par ces milliers de dalles muettes et ces milliers de cadavres anonymes qui n’attendaient qu’un simple son de cloche pour s’étirer et sortir de la tombe…

Akiko commençait à s’affoler.

Il fallait maintenant qu’elle sorte.

Il fallait trouver une sortie.

La sortie…

La perspective d’être enfermée, ici, n’était pas pour rassurer la jeune femme. À quelle heure fermait-on les cimetières en automne, en France ?

Akiko pressa le pas. Mais dans quel sens ? Si seulement elle pouvait trouver quelqu’un… Quelqu’un qui lui indique la route. Quelqu’un qui la sauve…

Mais non, à cette heure, les allées s’étaient vidées. Il n’y avait plus âme qui vive dans ce purgatoire sinistre.

Plus personne…

Personne…

Soudain une ombre surgit. Qui poussait un fauteuil de handicapé. Vide…

Akiko ne put s’empêcher de frissonner. Assurément, il n’y avait rien à craindre de quelqu’un qui poussait un fauteuil de handicapé. Mais un fauteuil vide…

Que pouvait-on faire, ici, avec un fauteuil vide ?

 

Akiko réprima son angoisse.

Elle s’approcha de l’ombre.

— Hello !… you speak English?

L’ombre hocha la tête.

Wonderful… I’m lost…lost…you understand? I’m looking after the exit…Exit…La sortie… articula-t-elle péniblement en français.

La femme lui fit un petit signe de la main. Et elle s’éloigna dans une mauvaise allée pentue. Assurément, ce n’était pas le chemin que la jeune japonaise aurait emprunté. Mais y avait-il une autre issue que de suivre cette dame noire…

Soudain, le sac de l’ombre s’éparpilla sur le sol.

Akiko aurait juré que ce n’était pas par hasard. Pourtant, elle se pencha, aussitôt, pour ramasser tout ce fouillis qu’on peut trouver dans un sac de femmes :

Un rouge à lèvres. Trop rouge.

Une longue aiguille à chapeau, trop longue. Trop pointue.

Une petite boîte à pilules en forme de chauve-souris…

Quelques pièces de monnaie… Une pièce de 50 centimes et…

 

La première morsure surprit Akiko.

La seconde. Un peu plus haut… Dans le cou… la… saisit. Et la glaça.

Quand elle sortit du cimetière, l’ombre salua le gardien de faction, rajusta une couverture de polaire, rouge, sur les genoux de la jeune femme, dans le fauteuil, ajusta le foulard, rouge lui aussi, sur sa tête, vérifia les lunettes noires, malgré la pluie, puis elle s’enfonça dans le ventre de Paris.

2ème Chapitre

Sophie Laplante a-do-rait Paris.

Pour sûr, il n’y avait rien de semblable au Québec.

Le Père-Lachaise était un incontournable lieu quand on avait l’âme gothique et qu’elle se doublait d’un cœur follement romantique.

Depuis l’ouverture de la nécropole, Sophie Laplante et sa meilleure amie, Diane Lévêque, déambulaient de tombe célèbre en tombe célèbre, en suivant scrupuleusement ce fameux plan, très imprécis en maudit, qu’on vendait un peu partout autour de la nécropole. Pourtant, après la tombe d’Oscar Wilde, Sophie était partie à la recherche d’Héloïse et Abélard tandis que Diane avait décidé d’aller fumer un joint sur la tombe de Jim Morrison.

Il faisait brumeux et gris sur Paris, ce matin là, un vrai temps de Toussaint. D’ailleurs, on n’en était pas loin.

Héloïse et Abélard doivent s’ennuyer dans un coin aussi paumé, songea Sophie devant le fameux tombeau. Bon temps qu’ils y soient à deux !

Quelques instants de recueillement près des amants contrits et… Calice ! s’écria la jeune Québécoise.

En se séparant, les deux exploratrices avaient oublié de se fixer un point de rendez-vous et n’avaient plus maintenant aucun moyen de se rejoindre. au Québec, on était moins porté sur le téléphone portable qu’en France. Et les deux amies n’en éprouvaient aucun besoin. Sauf à ce moment précis.

Alors qu’elles se trouvaient aux deux bords très éloignés d’une forêt de 44 hectares, Sophie décida de prendre les devants. Dans le couple, elle était de loin la plus énergique, la plus décidée des deux. À coup sûr, Diane n’aurait pas encore fini son pétard qu’elle serait déjà à la porte du leader des Doors.

Elle ouvrit son plan, l’étala sur une tombe moussue, quand un cri effrayant lui fit dresser les cheveux sur la tête.

Un chat détala entre ses jambes, le dos en sang, tandis qu’un autre matou, énorme, et tout échevelé, crachait à la porte d’un tombeau. Sophie s’approcha du félin furieux qui la fixa, bizarrement, avant de disparaître entre deux croix cassées.

— Vous cherchez quelque chose ?… dit une voix, derrière elle…

— Pour sûr… J’vais retrouver mon amie sur la tombe de Jim Morrison… Mais j’suis un peu perdue…

— Vous êtes Sophie ?

La jeune fille tressaillit.

— Vous connaissez mon nom ?

— C’est votre amie, je crois que je l’ai croisée plus haut… Elle vous cherche. Je vais vous montrer. Venez…

Sophie suivit la Dame Noire…

Un look d’enfer, vraiment. Mais qui avait le don de vous mettre mal à l’aise.

Noir, ce n’était pas seulement un look, songea Sophie… Après tout on était dans un cimetière, un lieu de vêtements sombres et de cœurs ténébreux…

En haut d’une colline encombrée de racines et de tombes cassées, la dame lui désigna un vaste caveau.

Sophie s’approcha.

Intriguée.

Elle poussa la porte et… hurla.

Le visage blafard.

Les yeux vides.

Figés.

Diane était là.

Assise au fond du caveau.

Qui la fixait comme un spectre.

— Diane ! Qu’est-ce qui s’passe ! Mon Dieu ! Diane !

Assise dans un fauteuil roulant. Une couverture rouge sur les jambes.

Diane semblait paralysée. Raide. Blanche comme une morte.

Sophie se pencha sur son amie.

La secoua.

Quand elle ressentit cette piqûre vive dans son cou.

Puis une autre.

Elle eut à peine le réflexe de se retourner sur le visage de la Dame Noire, qui souriait d’une manière très personnelle. Mais, ce sourire fut la dernière impression qui se fixa derrière les paupières de la jeune Québécoise.

 

« Fuck !… pensa-t-elle un instant. Je viens de mourir dans un cimetière… »

3ème Chapitre

Pour Dragan et Milan, le Père-Lachaise était l’endroit idéal pour « travailler ». Les clients étaient riches. Beaucoup de vieux.

Des femmes surtout qui ne se méfiaient pas assez lorsqu’elles venaient sur la tombe d’un cher disparu…

De plus, l’endroit recélait des tas de recoins pour faire « le boulot » et se cacher ensuite – sans crainte d’être dérangé, jamais, par une patrouille de police.

Les quelques gardes chargés de surveiller la vaste nécropole n’étaient pas vraiment un problème. La plupart du temps, ils restaient blottis, bien au chaud, dans leurs cabanes, loin du marbre et des corps froids. Leur principale fonction consistait à éviter les dégradations de sépultures et les jeux d’enfants.

Or, si Milan et Dragan quittaient chaque matin leur campement de Romainville pour rôder dans l’immense Nécropole, ce n’était pas pour jouer.

Dans leur domaine, les deux hommes étaient même de vrais professionnels.

De véritables prédateurs prêts à tuer leur père pour un portefeuille bien rempli, ou leur mère pour quelques bijoux.

La marchandise était facile à cacher dans un tel dédale de tombes, de caveaux ouverts et de trous béants. Partout, les témoins du plus vaste arboretum de la capitale avaient lancé leurs racines à l’assaut de la pierre, crevant les vitraux, renversant les dalles moussues, bouleversant les ossements et la poussière des clients.

À force de rôder, telles des bêtes de proie, à l’affût d’une quelconque rapine, les gitans avaient tôt fait de s’approprier leur domaine :

— Les bons coins et les mauvais coins (là où il y avait des caméras).

— Les heures les plus rentables (le creux du jour, la fin d’après-midi, avant la fermeture).

Plus tard, il y avait des rondes de vigiles en voiture, avec des chiens.

Ce n’était pas vraiment un obstacle pour les deux gitans. Mais pourquoi se casser la tête à traîner ici, la nuit, alors que c’était plus difficile de s’y retrouver que dans une forêt. Les femmes et les gosses récupèreraient tranquillement le butin, en plein jour, dans l’un ou l’autre des caveaux.

Et puis la nuit, il se passait des tas de mauvaises choses dans certains cimetières. Les deux larrons n’étaient pas des lâches, mais, même avec un couteau, pas facile d’affronter un fantôme. La nuit n’appartenait pas aux vivants dans un endroit comme celui-là… C’est pourquoi les gitans ne s’attardaient jamais sur le territoire des morts, à la tombée du jour.

D’ailleurs, la sortie du cimetière était toujours le moment délicat des expéditions, il fallait passer devant les gardes, on risquait toujours de tomber sur une souricière de la police. Comme cette fois, à Vienne, où les flics avaient bouclé toutes les issues et qu’il avait fallu faire le mur.

Les brigands avaient tiré profit de l’expérience : un petit mois de chasse, à l’automne, quand le gibier de la Toussaint revenait vers la grande prairie funèbre de l’est parisien. Et puis ils changeraient de territoire : l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne…

Pour l’heure, ils s’étaient tapis dans leur coin favori : un sentier dans la 14ème division où les visites étaient rares, mais fructueuses ; des touristes égarés, mais pleins aux as, des petites vieilles, surtout, dont les fourrures d’hiver, les bijoux de famille et les vieux sacs usés représentaient un butin facile.

Comme d’habitude, Dragan se tapit dans une chapelle et son cousin dans une autre, à quelques pas de là. Quand la forme fut passée, l’homme siffla doucement et son complice jaillit pour couper la route au malheureux promeneur.

Toute vêtue de noir, de la tête aux pieds, la victime s’appuyait sur une canne à pommeau d’argent : une petite chauve souris, les ailes repliées.

L’homme portait sur l’épaule une sorte de gibecière de cuir, comme celle que portaient autrefois les médecins. Les vêtements étaient cossus. Élégants.

 

Le gitan sortit son poignard :

— L’argent… la montre… le sac… lança t-il, spontanément (il pouvait crier les mêmes mots, dans une dizaine de langues, suivant le pays où il travaillait)…

Mais la réaction du bourgeois le déconcerta.

Ni peur, ni fuite dans ses yeux.

La silhouette fixait son agresseur au point que ce dernier, surpris, recula d’un pas.

Dragan sentit tout de suite qu’un truc ne marchait pas.

D’ordinaire, les proies cherchaient à les attendrir. Les plus courageux tentaient de fuir. Mais à cet endroit, c’était impossible. Alors finalement, ils se laissaient dépouiller, comme tous les autres. Et, bizarrement, ils ne portaient jamais plainte. Trop honteux, trop accablés sans doute d’avoir été dépouillés dans un cimetière.

Mais là, le gibier faisait face.

Il faudrait peut-être le piquer et Dragan n’aimait pas cette perspective : la police ratisserait le coin. Il faudrait changer de savane à la meilleure saison.

C’était franchement contrariant. Néanmoins…

Milan reprit de l’assurance en voyant s’approcher son cousin.

Il leva son couteau, féroce, menaçant.

Mais l’homme restait là. Immobile. Impassible.

D’un petit hochement de tête, Dragan fit signe à son complice d’agir. Enfin.

Le chenapan lança son poignard en avant.

Le bras tendu.

Confiant.

Puis étonné, quand la lame tomba lourdement sur le sol.

Il tendit la main, instinctivement, pour la ramasser.

Mais il n’y avait plus de main au bout de son poignet, tranchée propre et nette et qui pissait le sang à gros bouillons.

Alors Milan se mit à hurler, comme un porc qu’on égorge, tandis que son cousin, au comble du courage, tournait les talons.

Il allait s’enfuir entre deux pierres hautes quand une abeille froide planta son dard, en profondeur, entre la cinquième et la sixième vertèbre de son dos sale. Sectionnant, d’un coup, la moelle épinière.

Le fuyard s’effondra, presque aussitôt paralysé, de la tête aux pieds.

Il entendait encore son cousin hurler.

Mais, il y eut ce rire… Effrayant… Absurde.

Et d’autres bruits non moins effrayants.

Du métal qui se frotte contre le roc…en cadence…

Le gitan n’était ni mélomane, ni raisonnable.

Mais il comprit sans peine qu’il allait sans doute mourir.

Bientôt.

Et souffrir.

Beaucoup...

A suivre...

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