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Music

De
114 pages
Sébastien Drouet connaît bien le monde de la musique. Ancien chanteur, il a fréquenté les plus grands professionnels, il a parcouru les plus petites scènes, ces endroits sordides où chacun, aussi médiocre soit-il, est convaincu d'être la prochaine star française. Son premier roman dévoile tout sur cet univers interlope, baigné dans la recherche immédiate du coup financier, quitte à utiliser les tours les plus pendables. Après avoir parcouru ces lignes édifiantes, vous comprendrez mieux pourquoi le marché du disque est en train de vivre une crise majeure, cédant logiquement à la fièvre autodestructrice qui l'a fait bouillir durant des années, et l'a obligé à sacrifier des gens comme Stéphane Merlin.
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MUSIC


Sébastien Drouet


Le Manuscrit
www.manuscrit.com













© Éditions Le Manuscrit, 2004
20, rue des Petits Champs – 75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-4187-3 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-4186-5 (livre imprimé)







Pour JM, V, N, S et D





MUSIC
8
SEBASTIEN DROUET


I



A priori, le mercredi est un jour idéal pour mourir.

Le nez pointé vers mes grosses chaussures de
marche, je descends du bus, seul. J'ai pris les
transports en commun de ma ville natale pour la
première fois depuis au moins huit ans, parce que je
ne veux pas laisser ma voiture en stationnement à
proximité de la gare, ce qui risquerait de faire payer
une amende à mes parents une fois que la police aura
identifié le propriétaire du véhicule. C'est à dire moi.
Entre l'arrêt de bus et le hall de gare, sur la centaine
de mètres que je franchis sous un crachin typique du
mois de janvier, je ne croise personne. En tout cas, je
ne remarque rien. Peut-être est-il encore trop tôt pour
sortir dans la nuit, dans le vent, et dans la bruine ? Les
gens ont raison : la pluie fine et coupante, rendue
abrasive par l'air vif, agresse les nez qui coulent et fait
piquer les yeux mornes.
La ville commence à s'agiter, les boutiques
s'éclairent de néons, les appartements bourgeois
s'ouvrent à la vie, tout doucement. Les éboueurs
entament leur boulot, dans un halo de lumière, comme
des comédiens en représentation, pour un spectacle
dont tout le monde se fiche mais dont personne ne
peut se passer. Moi aussi, j'aurais dû faire du théâtre :
je n'en serais certainement pas là aujourd'hui.
Pourtant, malgré cette fin obligatoire que je ne peux
remettre à plus tard, je ne regrette pas d'avoir
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MUSIC
emprunté un autre chemin que celui des vide-ordures.
Je monte dans le train pour Paris, la première étape
de mon dernier voyage, et je m'installe dans la voiture
17, à cette place numéro 24 que j'ai réservée depuis
trois bons mois maintenant. A cette heure-là, en
pleine semaine, je suis à peu près sûr de voyager au
calme. Dans le wagon endormi ne s'agitent guère que
deux businessmen, qui papotent sur leurs portables
multicolores, réveillant leur maîtresse ou avançant un
rendez-vous d'affaires, en prenant soin de faire
pénétrer les autres voyageurs dans leurs petites vies
privées. Le nez collé à la vitre fumée du wagon, je
salue mentalement ma ville, qui m'a vu naître et me
regarde partir, qui a été témoin des meilleurs moments
et des pires, et qui a l'air de sentir qu'elle va perdre un
fils à la guerre. Je jette un œil vers le baluchon lancé
préalablement au-dessus de ma tête. J'ai juste pris
avec moi un petit sac noir qui contient quelques
denrées alimentaires vite périssables, et aussi de quoi
écrire.
Soudain, les portes se referment, comme sur un
caveau. J'étouffe, puis je me reprends très vite : j'ai
perdu, d'accord, mais je dois rester bon joueur. Et
l'idée de faire les gros titres des journaux après ma
mort, et d'être ainsi rétrospectivement vengé,
m'arrache un sourire.
J'entends le sifflet du chef de gare, suivi d'une plage
de silence. Les businessmen, éteignant leurs
instruments laids qui ne servent qu'à transmettre des
conversations dérisoires, se taisent enfin et semblent
participer de ma peine.
Le train démarre. Mes yeux humides se ferment tout
seuls. Mon esprit s'échappe, les images arrivent sans
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SEBASTIEN DROUET

sollicitation sur l'écran formé par mes paupières
baissées. Je me souviens de toute cette histoire, depuis
le début. Tout a commencé il y a bien longtemps...

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