Ni partir ni rester

Ni partir ni rester

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Livres
216 pages

Description

Sebastián est un jeune écrivain brésilien, d’origine argentine, dont le grand-frère a été adopté par ses parents avant leur départ pour le Brésil. Suite au coup d’état de 1976 ces derniers se sont engagés dans la résistance et lorsqu’on les prévient de leur arrestation est imminente, ils doivent quitter Buenos Aires de toute urgence. Avec le bébé que leur a confié une sage-femme, ils traversent donc la frontière uruguayenne avant de s’envoler pour São Paulo. C’est là que  le couple dissident, à présent exilé, donnera naissance à Sebastián et à sa sœur.
Le jeune auteur a besoin d’écrire sur son frère pour essayer de comprendre : comprendre les silences gênés lors de discussions sur l’adoption, comprendre le mutisme de ce frère distant, son rapport problématique à la nourriture et son habitude de s’isoler dans sa chambre. Il essaie de trouver dans le langage et la littérature des réponses à ses questions intimes mais aussi aux énigmes qui dépassent sa seule famille. Parti à Buenos Aires afin d’écrire le livre, Sebastián s’intéresse aux Grands-Mères de la place de Mai, une organisation rassemblant des femmes dont les petits-enfants ont été kidnappés par le régime militaire. On ne sait presque rien de la famille biologique du grand frère adopté, se pourrait-il qu’il fasse partie de ces enfants volés  ? De vol, il en est d’ailleurs question tout au long du texte, l’auteur se demande sans cesse si ce n’est pas la vie de son frère qu’il est en train de confisquer avec ce projet littéraire. Il décide de s’affranchir des codes de la narration autobiographique en intégrant au livre la réaction de ses parents, puis le moment où il frappe à la porte de la chambre de son frère pour lui remettre en main propre un exemplaire du manuscrit…
Couronné par les plus grands prix littéraires brésilien et portugais, Ni partir ni rester est un ouvrage remarquable sur la recherche d’une vérité incertaine. Avec une langue tourmentée et poétique, Julián Fuks réussit à sublimer des sujets aussi douloureux que l’exil et l’adoption, à bâtir un texte intime sur la résistance – politique, familiale, culturelle, mémorielle.

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Ajouté le 14 mars 2018
Nombre de lectures 6
EAN13 9782246814252
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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À Emi, bien plus que le frère possible.
Creo que hay que resistir : éste ha sido mi lema. Pero hoy, cuántas veces me he preguntado cómo encarnar esta palabra.
Je crois qu’il faut résister : telle a toujours été ma devise. Mais je me demande très souvent aujourd’hui comment la traduire en acte. ERNESTO SÁBATO
1.
Mon frère est adopté, mais je ne peux ni ne veux di re que mon frère est adopté. Si je le formule ainsi, si je prononce cette phrase que d epuis très longtemps j’ai pris soin de passer sous silence, je réduis mon frère à une cond ition catégorique, à une attribution essentielle : mon frère est quelque chose et ce que lque chose réside dans ce que tant essaient de discerner chez lui, ce quelque chose ré side dans les signes que nous persistons à chercher malgré nous dans ses traits, ses gestes, ses actes. Mon frère est adopté, mais je refuse de souligner le stigmate que le mot évoque, le stigmate que représente le mot lui-même converti en caractères. Je ne veux pas approfondir sa cicatrice. Or si je ne veux pas l’approfondir, je n e dois pas l’évoquer. Je pourrais employer le verbe au passé et dire que mon frère a été adopté, le libérant ainsi du présent immuable, de la perpétuit é. Mais je n’arrive pas à dépasser l’étrangeté que la formulation induit. Mon frère n’ était pas autre chose avant d’être adopté. Mon frère est devenu mon frère à l’instant où il a été adopté, ou mieux, à l’instant où je suis né, quelques années plus tard. Si je dis que mon frère a été adopté, c’est comme si je déclarais sereinement l’avoir perdu, qu’il avait été enlevé, que j’avais un frère jusqu’à ce que quelqu’un soit arrivé et l’ ait emmené loin.
Reste l’option la plus prononçable. Parmi toutes, c elle qui engendre le moins d’inquiétude, ou qui la masque le mieux. Mon frère est un enfant adopté. L’expression « enfant adopté » implique une technicité qui contr ibue à son acceptation sociale. Une nouveauté qui l’absout un instant des séquelles du passé, semble le blanchir de toute acception indésirable. Quand je dis que mon frère e st un enfant adopté, les gens ont tendance à acquiescer d’un air grave. Dissimulant l eur peine, ils baissent les yeux comme s’ils ne voulaient plus rien savoir. Peut-êtr e qu’ils partagent mon inquiétude, peut-être qu’ils passent à autre chose le temps d’u ne gorgée ou d’une bouchée. Si l’inquiétude continue de se réverbérer en moi, c’es t parce que j’entends aussi la phrase partiellement – mon frère est un enfant – et il m’est difficile d’accepter qu’elle ne se termine pas par la tautologie courante : mon frère est un enfant de mes parents. Je prétends que mon frère est un enfant et une inte rrogation me brûle alors les lèvres : l’enfant de qui ?
L’édition originale de cet ouvrage a été publiée par Companhia Das Letras en 2015 sous le titre :
A RESISTÊNCIA Ouvrage publié avec le soutien du ministère de la C ulture du Brésil / Fundação Biblioteca Nacional.
Obra publicida com o apoio do Ministério da Cultura do Brasil / Fundação Biblioteca Nacional.
Photo de la jaquette : Tom Hall/EyeEm © Gettyimages
ISBN : 978-2-246-81425-2
© Julián Fuks, 2015. © Éditions Grasset & Fasquelle, 2018, pour la tradu ction française. Ce document numérique a été réalisé parPCA
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Dédicace
Exergue
Chapitre 1
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