Nuit de rancunes

Nuit de rancunes

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56 pages

Description

L’homme qui était venu jusqu’à elle ce soir-là, près du casino, avait tout de l’homme parfait pour qu’Antoinette en reste là. Grand, brun, terriblement discret, il a tout pour lui plaire. Il s’appelle Philippe et depuis qu’ils se sont parlé, Antoinette le cherche partout où elle se figure sa présence.

Il est comme un fantôme que seul son esprit aperçoit : elle se l’imagine, mais jamais elle ne le rencontre. Quand elle pense à lui, elle se dit qu’il ne peut pas l’avoir oubliée. Entre eux, cette nuit-là, lorsqu’ils parlaient, plus rien d’autre n’existait. Ils sont faits l’un pour l’autre, ça Antoinette en est sûre. Et pourtant, il ne fait rien pour se rapprocher d’elle.

Pourquoi cherche-t-il à la fuir ? Est-ce à cause de ce qu’elle a pu lui dire ? Antoinette parfois en devient presque folle de toutes ces questions. Elle n’ose se dire qu’il n’y eut qu’elle qui crut vivre un beau moment passé au contact de l’autre.

Lui mentait-il lorsqu’il disait être célibataire ? Ou alors, il s’agit juste pour lui, de protéger l’enfant avec qui elle croit l’avoir vu ? Pour Antoinette, nul doute : cet enfant doit être son fils. Si tel est sa décision, elle sait qu’il pourrait devenir son propre fils à elle tant elle l’aime déjà cet enfant.



Nouvelle relatant une errance, court texte se jouant des pudeurs de ses héros, Nuit de rancunes nous parle au cœur. C’est l’histoire de ces amours déçus que la trahison finit par rendre douloureux. Maud Le gazan livre ici une nouvelle à la maturité confondante.

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Date de parution 01 janvier 2018
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EAN13 9782369460404
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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I
Antoinette regarde sa montre d’un coup d’œil discret. C’est une éléganteMichael Kors rose au cadran imitation nacre et marbre. Un cadeau de Mariam, son amie d’enfance, pour ses trente-sept ans. Il y a un homme face à elle dans la navette assurant l’arrivée des passagers jusqu’au pied du bateau. Il la regarde avec insistance, s’extasie à vue d’œil de l’épaisse chevelure rousse d’Antoinette. Sur elle, l’effet d’attirance provoque quelques gênes, comme une retenue signifiant tout du fond de ses timidités. Ses grands yeux verts se plissent, ils se regardent, la navette déjà arrive à l’entrée de l’embarcadère. Pas grave, ce sera pour plus tard se dit l’homme, évident séducteur, individu habitué à pareille audace, celle consistant à suivre du regard une femme, puis, lorsqu’elle se met à vous regarder ne rien céder, ne surtout pas baisser les yeux puisqu’il faut ici un peu plus profondément se dévisager, apprécier chez l’autre l’envie qu’on lui devine.Les passagers sortent de l’autobus. En haut d’un grand escalator, tout le monde s’arrête. C’est là qu’il faut attendre, patiemment, qu’avance la file des partants, avant le contrôle de douanes. De loin, à cinq ou six personnes devant lui, il continue de la regarder, appréciant sa façon d’être, le délicat souci de feindre l’indifférence, comme une gêne.Une fois la douane passée, le jeu entre eux se poursuit, de façon fort insistante, lui encore et toujours séduit; elle, certainement prude, inquiète de toute évidence. C’est un peu le
quotidien pour une femme que cela que d’avoir à fréquemment fuir devant l’insistance de quelques hommes trop entreprenants. Mais bon, à bien regarder, celui-là n’est pas parmi les plus inquiétants, se dit Antoinette. Effet immédiat pour elle: son inquiétude décroit. Enfin commencent ses vacances; là est le plus important à ce moment précis.Le bateau est un mastodonte de 300 mètres de long, un monstre des mers, une énorme architecture d’acier. Séparément, ils investissent leur cabine, elle au dernier étage, côté Suite, dans la partie arrière du bateau, habitude de rentière fortunée que cela. Officiellement, Antoinette est là en villégiature. C’est sur ses propres deniers qu’elle a payé les 6000euros de sa croisière. Journaliste voyage pour un grand journal, c’est incognito qu’elle voyage. Ainsi pimente-t-elle sa vie de riche rentière, en travaillant au plaisir pris, sans le souci possible de la rentabilité. Elle qui peut faire jusqu’à sept voyages dans l’année, aime par-dessus tout joindre l’agréable au bénéfique. L’agréable c’est le voyage, ses découvertes et le plaisir du rythme lent des jours de vacances. Le bénéfique c’est d’avoir à enquêter afin d’écrire des articles, histoire d’en conseiller d’autres, pour que ses traversées incessantes aient un peu d’utilité. Ses articles de voyage, elle les écrit aussi en pensant à tous ceux qui n’ont pas ses chances et qui sont obligés de travailler, pour de vrai, dirions-nous, se devant d’attendre des dates précises, des opportunités financières, le bénéfice d’économies faites, pour réussir à voyager.Avouons là un intérêt également: celui de vaincre, certes modestement, la solitude. Antoinette, voyageant le plus souvent seule, se délecte de ces rencontres faites en y pensant simplement. Imaginer tous ces gens qui liront ses articles, c’est une façon d’un peu voyager avec eux, de réussir à s’entretenir de leurs conversations, tous les soirs, lorsqu’elle passe derrière sa table pour écrire.
Déjà le bateau part. Vite, Antoinette passe sur le balcon de sa Suite, aimant ces moments d’éloignement, lorsque le bateau fuit et que du quai distant, quelques passagers se mettent à regarder. Ce sont eux ses lecteurs, toujours se dit-elle: ils doivent ressembler à ces hommes lointains, entre esquisse et suggestion. Pareille anticipation autorise son imaginaire. Grâce à cela, elle peut lui donner un visage au peuple de ceux à qui elle pense, mais que jamais elle ne voit.Mais déjà le quai se dépeuple et Antoinette rentre dans sa Suite, y regarde un peu la télévision, plonge dans de multiples lectures, prépare une dernière fois l’emploi du temps complet de ses six jours de croisière à venir. Marseille, Bari, puis direction le nord de l’Adriatique jusqu’à Venise, avant de redescendre par la côte dalmate, un flirt par les ports albanais, puis Corfou, toute la Grèce du Nord-ouest. Ce sont vers ces destinations qu’elle fonce. Six jours, huit excursions, trois articles à écrire: sa semaine sera chargée, elle le sait.Alors, le calme précédant la tempête, elle s’accorde un soir de détente. Au restaurant VIP du bateau, restaurant auquel elle peut accéder en sa qualité de passager premium, elle a pris un très rapide diner. Avant cela, elle était allée au théâtre du bateau; on y jouait une comédie musicale qui l’a profondément déçue.