Oh! Les pompes...

Oh! Les pompes...

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Livres
140 pages

Description

L'Afrique n'est pas toujours ce dont on rêve. Un jeune ingénieur coopérant va le découvrir à ses dépens. Parti pour installer des pompes solaires, il va rentrer après avoir découvert un pays attachant, plein de surprises plus ou moins agréables.Le désert qu'il espérait, un monde inconnu, mais aussi de nouvelles amitiés, des amours croisées et surprenantes.A la fois une expérience vécue et beaucoup d'inventions dont un monde en ébullition où se croisent des archéologues, des diplomates et d'autres personnages moins recommandables.

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Ajouté le 01 septembre 2004
Nombre de lectures 113
EAN13 9782748133301
Langue Français
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OH ! LES POMPES...
A. BEILLE
OH ! LES POMPES...





ROMAN












Le Manuscrit
www.manuscrit.com












Le manuscrit.com
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ISB N 2-7481-3331-5 (pour le fichier numérique)
ISB N
2-7481-3330-7 ( pour le livre i mprimé)A. BEILLE

CHAPITRE 1


Une petite bruine à la bretonne détrempait le
boulevard de l’Opéra où on roulait au petit trot. Les
vitrines illuminées des magasins se reflétaient sur
l’asphalte luisant. Les amoureux se pressaient devant
les menus des restaurants presque tous complets en ce
début de soirée. Une voiture de police se frayait
péniblement un chemin dans la circulation touffue du
samedi soir. Une lumière blafarde et humide
s’échappait des ruelles coupant l’avenue des deux
côtés. Des femmes au maquillage trop voyant avaient
tenté d’accoster Mercier, mais d’un regard noir il les
avait écartées sans ménagement: il avait autre chose
en tête.

<< Un bon film, le meilleur moyen de préparer
un changement important! se dit-il en se frottant les
mains pour se réchauffer. Demain... ou plutôt après
demain... le soleil des tropiques, les palétuviers
flottant aux alizés, les parfums exotiques, les soirées
de l’ambassadeur, les marchés colorés aux épices
odorantes, le sable chaud, les oasis perdues, les ruines
de tem...>>. Un coup de klaxon strident le ramena à la
réalité.

<< Thelma et Louise... voilà ce qu’il me
faut!>>

A la sortie de la séance, Mercier se sentait
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léger et plein d’allant: les grands espaces de l’Ouest
américain l’avait mis en appétit de voyage. Ce n’était
pas la première fois qu’il prenait l’avion, mais un vol
vers l’Afrique lui ouvrait des horizons sans commune
mesure avec ce qu’il avait vécu jusqu’à
présent...l’Aventure quoi... comme lui avaient soufflé
les copains de travail.

La carte d’une grande chaîne restauratrice
attira son regard. Une ravissante hôtesse l’emmena
sans attendre à une table en bordure du trottoir,
derrière la vitre couverte de buée. Un coup de
serviette en papier et la vue sur les passants fut
rétablie. La pluie avait cessé et les parapluies
disparus.

<< Voilà de l’exotisme en patrouille>>
murmura-t-il en visionnant une troupe nippo-koréo-
vietnamienne s’échappant d’un car de touristes en
goguette pour Nikonner de nuit la place et le
monument à la gloire de l’art lyrique mondial. Flashs,
zooms électroniques, déclencheurs à retardement
programmés longue durée pour que Madame et
Monsieur Yponpa aient tout le temps pour être à leur
avantage devant leurs amis asiatiques. Mercier éclata
de rire, ses voisins de table le regardèrent d’un drôle
d’air. Il n’en avait cure. A lui l’avenir brûlant du
désert et de la savane, les lions et les crocodiles, les
palmiers échevelés et les harems secrets.

***

<< Les Italiens, ce n’est pas de la tarte!>>.
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L’aéroport de Rome était plongé dans un clair-obscur
de Leonardo à la sauce bolognaise ratée.
L’imagination débordante et l’inactivité de l’attente
de la correspondance aérienne gonflait l’âme poétique
du voyageur fatigué. Enfin une voix nasillarde
tombant d’un haut-parleur caché annonça le vol
transméditerranéen. On se précipita, se bouscula dans
un brouhaha pré-africain, d’ailleurs la couleur locale
était bien représentée par des langues gutturales, des
peaux d’ébène, des voiles légers ne demandant qu’à
montrer le corps des beautés noires
<< Je crois que c’est le vrai départ>>. Les
moteurs rugissaient, le vieil appareil vibrait de toutes
ses ailes, les sièges grinçaient, les enfants en manque
de sommeil pleuraient de chaudes larmes encore
européennes. Quelques trous d’air plus tard, un
quartier de lune blafard éclairait d’une douce lumière
argentée les hublots sales. La fatigue lui ferma les
yeux, des rêves inconnus le faisait tressaillir et un
coup de coude un peu plus violent dans le fauteuil
déglingué de sa voisine le réveilla à moitié, un
soubre-saut de l’appareil le mit dans une posture
délicate, tout en lui remettant les idées en place: il
avait renversé le café de sa voisine. Elle éclata de rire
en voyant son regard ahuri à l’affiche, car la tasse
était vide depuis longtemps, le service laissant
sérieusement à désirer.

<< Mercier...Marc Mercier, balbutia-t-il sans
trop se rendre compte de ce qui se passait.
- June Rochester, lui répondit-elle avec un
sourire plutôt engageant. Je crois que vous avez bien
dormi, n’est-ce pas?>>
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Mercier eut quelque mal à comprendre
l’anglais de la jeune femme. Quelques films en V.O. à
la télé n’avaient guère dérouillé ses oreilles habituées
à l’accent berrichon. Le reste de la conversation fut
plus une suite de devinettes qu’un dialogue de salon.
L’esprit dans les nuages, il apprit que Mademoiselle
Rochester travaillait à l’ambassade de Sa Très
Gracieuse Majestée.
<< Moi, je suis coopérant, ingénieur dans le
civil, chargé de mettre en place pour le compte d’une
société française et de l’ambassade, des pompes
solaires, à la suite d’un accord international entre
gouvernements>>.
Au moment où il disait cela, il réalisa qu’il
avait peut-être parlé un peu vite. Lors d’une réunion
préparatoire au ministère on lui avait fait comprendre
qu’on risquait de vouloir le faire parler. Sur le coup il
en avait bien ri: moi, dépositaire de secrets!! Il respira
une bonne fois, se réveilla vraiment et se dit, que si
mal il y avait, c’était trop tard et que vouloir poser
une pompe solaire n’avait rien de répréhensible,
d’ailleurs les françaises n’étaient pas de la dernière
technologie. L’ingénieur intéressait June beaucoup
plus que des pompes qui seraient de toutes façons en
panne au bout de quelques mois. Elle connaissait bien
les habitudes du pays pour y avoir vécu de longs mois
monotones.

A l’est, à travers un hublot déformant, le ciel
rosissait. En-dessous de l’appareil, le noir du désert
n’engageait à rien. Pas une lumière, le néant. La lune
s’était éclipsée.
<< Nous volons dans le vide! remarqua June
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qui semblait lire dans les pensées de Marc.
- J’espère que les réservoirs ne le sont pas.
- Vous ne connaissez pas le désert?
- Vraiment, elle lit dans mes pensées, murmura
Marc en lui-même... Vous voyez juste: je ne connais
rien à l’Afrique.
<< Vous irez de surprise en surprise et ... les
moteurs se mettant au ralenti, elle s’était
interrompue... nous allons bientôt atterrir>>.
Le jour commençait à se lever, le sol était
visible et prenait une couleur lie de vin, du plus bel
effet dans un pays musulman! Des montagnes
déchiquetées se rapprochaient de plus en plus vite. Du
coin de l’oeil Mercier observait June: elle ne semblait
guère apprécier la descente. Collée dans le coin contre
la paroi de la carlingue, elle fermait les yeux, se
pinçait le nez, respirait rapidement. Mercier n’était
pas à son aise, lui non plus. Le pilote italien semblait
préparer un meeting aérien et pas un atterrissage en
douceur. Le sol encore dans la pénombre se
rapprochait rapidement. Le quadrimoteur glissa sur
des cahutes d’où s’élevait un maigre filet de fumée.
Des cornets en plastique décoraient les barbelés qui
encerclaient les terrains de l’aéroport: l’espace d’une
seconde et ils avaient disparu derrière l’avion. Les
roues gifflèrent la piste, les moteurs hurlèrent, les
freins firent de l’effet, l’avion ralentissait
sérieusement, vira à gauche, la tour de contrôle ocre
apparut: Rome semblait un paradis lointain. June
ouvrit les yeux, les lumières s’allumèrent, les enfants
qu’on réveillait pleuraient, une annonce invitait les
passagers à rester assis jusqu’à l’arrêt complet de
l’appareil. Personne n’écoutait, l’allée centrale s’était
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remplie comme par magie de sacs et de paniers. Dans
un dernier hoquet, l’avion s’immobilisa en bordure
d’un bâtiment sale qu’on devinait sur la gauche.
Quand Mercier arriva à la porte de la carlingue, il fut
happé par un souffle brûlant à l’odeur d’urine:
l’Afrique pauvre.

La descente de la passerelle accentuait
l’impression de chaleur étouffante. Mercier s’arrêta
un instant et leva le regard: pas un seul palmier à
l’horizon. Des cabanes en torchi se profilaient au loin,
quelques épineux rabougris décoraient un paysage
lugubre. Le mur des fantasmes africains se fissurait à
la vitesse d’une antilope tentant d’échapper à un
carnassier affamé. Le bâtiment de l’aérogare faisait
penser à un atelier de friches industrielles: pas de
carreaux aux ouvertures.
<< Les courants d’air prennent leur pied par
ici! s’exclama Mercier en lui-même>>. Il ne croyait
pas si bien penser: au moment de pénétrer dans le
semblant d’arrêt d’aéronef, une violente tempête
soulevait les voiles des passagères au grand plaisir
d’un policier nonchalant chargé de canaliser les
voyageurs fourbus par le vol: de puissants et gros
ventilateurs brassaient sans succès l’air saturé
d’humidité. Dans le hall, à la surprise de Mercier, les
policiers et les militaires toujours aussi décontractés,
dépassaient en nombre les passagers faisant la queue
devant l’unique douanier qui prenait un malin plaisir à
feuilleter chaque passeport en mouillant un doigt
crasseux pour dégotter la page libre où coller un gros
tampon suivi d’un second plus petit avant de le passer
derrière un guichet où une main anonyme le griffait
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avec un stylo baveux. Mercier prenait son mal en
patience: il faisait l’apprentissage de l’Afrique de
l’Est où le temps a une valeur très relative.

Dans la confusion du débarquement, June, en
personne avertie des aléas policiers et douaniers
locaux, et aussi grâce à son passeport diplomatique,
avait pris une jolie avance sur Mercier et passait sans
problème l’homme aux documents de voyages. Il la
vit près des valises qui arrivaient sur un premier
chariot tiré et poussé par quatre costauds trempés de
sueur. Elle n’attendit pas longtemps: un homme en
uniforme d’une couleur militaire indéfinissable mit
une croix à la craie sur ses bagages. Un porteur les
prenait déjà sur son dos et se dirigeait en équilibre
instable vers une porte battante qui donnait sur quoi?
se demandait le Français. Pourquoi ne lui avait-il pas
demandé son adresse, un numéro de téléphone? Elle
semblait prête à lui faire découvrir un petit bout du
décor local, ses surprises, sa réalité. Et voilà, avant
même de faire sa connaissance, elle s’échappait: il la
vit faire un grand adieu de la main accompagné d’un
sourire rayonnant. Il crut voir l’éclat d’une étoile sur
la blancheur de ses dents ...comme à Hollywood! Des
yeux pers, une blondeur vénitienne, une voix...une
voix inqualifiable de féminité: il avait gravé les
détails sur son disque dur personnel.

Enfin son tour arriva, il se retouvait dans la
queue de la file au milieu des rares européens aussi
perdus que lui par leur arrivée matinale dans ce pays
surprenant. Ahmed, c’est ainsi qu’il avait été
interrompu plusieurs fois, le douanier, prit tout son
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temps pour faire le tour de son passeport, dévisagea sa
photo, étudia le visa délivré à Paris à la demande des
Affaires Etrangères.
<< Il vous faudra un permis de séjour>> crut-il
deviner dans ce qui lui semblait être de l’anglais à la
sauce locale. Le début des tracasseries adminitratives!
Il hésita à lui rendre son passeport, regarda sa montre,
se ravisa et lui tendit le document d’un air ennuyé. Il
ne restait plus qu’un grand sac de voyage qui traînait
sur le sol bétonné: le sien. Le fonctionnaire l’ouvrit
d’un coup de fermeture éclair rapide et se mit à tater
allègrement et à l’aveuglette les effets personnels. La
recherche fut infructueuse, que pouvait-il d’ailleurs
chercher? un drapeau d’indépendantistes sudistes? Il
mit un certain temps à trouver l’endoit idéal pour
coller la petite croix magique, le sésame de la porte
battante où patientait paresseusement le contrôle
libératoire. La porte s’ouvrit sur un chantier de valises
en attente pour un prochain départ. Une main blanche
surgit au-dessus de la foule bigarée, le visage jovial
de Bernard l’accueillit. Son amie grecque, Ursula,
l’accompagnait. Une nouvelle vie commençait.










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