Orwell m

Orwell m'a tu

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32 pages

Description

Dans un futur proche, l'extrême-droite a pris le pouvoir. Réactionnaire et nationaliste, la France pourchasse et expulse tout ce qui n'est pas "bien de chez elle". Pendant des années, Daniel et Aïcha réussissent à passer entre les mailles du filet, jusqu'au jour où...


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Date de parution 24 juillet 2018
Nombre de lectures 5
EAN13 9791097100148
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Bruno Pochesci Orwell ma tu Les Éditions Mille Cent Quinze Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de lauteur ou des ayants droit est illicite (article L.122-4du Code de la propriété intellectuelle). Tous droits de traduction,dadaptation et de reproduction réservés pour tous pays. ©Bruno Pochesci ©2018,Les Éditions Mille CentQuinze Cette nouvelle a reçu le Prix Visions duFutur2016 Première publication in AOC n°42 http://www.presences-d-esprits.com ISBN:979-10-97100-14-8 Photo de couverture:2018©Victor Yale
Bruno Pochesci Orwell m’a tu TRAVAIL Du moment qu'elle ne dépassait pas le quart d'heure et ne donnait lieu à aucune discussion à caractère nostalgique, une pause était consentie en milieu d'après-midi. C'était au tour de Robert de m'offrir la chicorée. Comme la quasi-totalité de nos concitoyens, la lâcheté dont nous faisions montre au quotidien ne nous empêchait pas de vivre à peu près normalement. Plus de sucre, pour changer. Certains poussaient même l'ubu-bouchon jusqu'à se sentir à peu près libres. Plus de touillettes non plus. J'aurais donné mes fesses et celles bien plus appétissantes de ma femme, pour savourer à nouveau un de ces expressos transalpins comme on commençait à en boire un peu partout, dans la capitale, avant l'avènement du Front. Mais bon, la chicorée c'est pas si dégueu que ça, après tout. Robert me tendit le breuvage et réinséra dans la fente son demi-franc de reste pour passer commande à son tour, tandis qu'une agente de nettoyage vidait la corbeille qui jouxtait le distributeur. Le plein emploi était de retour. La première gorgée, dégueulasse. Pour l'un comme pour l'autre, mieux valait ne pas trop jouer les 3nes bouches. Les suivantes encore plus. Les rares qui s'y étaient risqués se perdaient désormais en d'inutiles regretteries, perclus au fond d'une mine, ou dans un camp d'extraction de schiste. La prochaine fois j'essayerai l'ersatz de thé. La résurgence des bassins houillers n'était qu'un des mille anachronismes auxquels le pays avait consenti pour pouvoir se payer une caricaturale réédition des Trente Glorieuses du siècle dernier. Je suis potentiellement séditieux. Robert aussi, je crois. Mais comment en être sûr ? Orwell m'a tu depuis si longtemps… — Y'a débriefing dans une demi-heure, souffla entre deux gorgées mon collègue. L'opératrice de ménage sursauta. Mécaniquement, j'anticipai pour de faux son indignation : — Robert, je te rappelle que tout anglicisme est proscrit dans la boîte ! Il ânonna des oui-bien-sûr-voyons-suis-je-bête-où-avais-je-donc-la-tête, s'excusa et avala d'une traite le reste de son gobelet recyclé. Un regain de respect mollasson traversa les yeux de la poukave en puissance, redescendue à DEFCON 4. — Mon cher collègue et néanmoins ami Daniel, je tiens à t'informer qu'une réunion d'exposés et autres comptes-rendus aura lieu d'ici un peu moins d'une demi-heure. Voilà. C'était ça, son problème. Soit il en faisait trop en mode précieuse ridicule hexagonale, soit il relâchait tous ses pare-feux lexicaux et là c'était l'avalanche dedispatchings, business plans, management etfucking cash flowà la mords-moi lechallenge. La femme regroupa ses produits et chiffons, puis regagna le...