Pediophobia

Pediophobia

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124 pages

Description

C'était le dégoût des hamburgers qui avait poussé Barbara Bishop à répondre à l'annonce de John Campbell. Les quelques mois écoulés à emballer par paquet de cinquante ou cent les produits de Mc Donald's l'avaient définitivement guérie des affectations du Job Centre local. Barbara aspirait à autre chose. Elle avait été étonnée puisqu'il s'agissait de "jouer" le rôle d'une assistante sociale mais un contact avec le public particulier du "docteur" Campbell l'avait au prime abord enthousiasmée. Comme tout le monde, elle avait entendu parler de la polémique créée par les "Kauliss", ce phénomène qui se propageait en Angleterre. Comme certains, elle y avait décelé une magnifique source d'exploitation des fantasmes affectifs. L'assurance d'une sinécure mal connue l'avait décidée.

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Date de parution 25 avril 2013
Nombre de lectures 11
EAN13 9782342005448
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Marie Gallicher
PEDIOPHOBIA
Peur des poupées
Mon Petit Éditeur
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http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0118526.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
« Considérez les occasions où votre chagrin et votre colère vous ont causé plus de souffrances que les faits eux-mêmes. » Marc-Aurèle
Prologue. Londres, 1984  Doris Warmson, cest « lautre » : la petite fille blonde en salopette rouge qui joue à plat ventre sur la moquette de sa chambre. On la dit sauvage depuis lévénement. Que voulez-vous, depuis quelle sait quelle a été adoptée, elle la mal pris ! Il paraît cependant quon fait une enquête psychologique auprès des enfants après examen du dossier. Cest sûr quelle ny com-prend rien, la pauvre petite ! Eux ? Lui : Frank Warmson, quarante-cinq ans, travaille à Woolworth dans Princess Street, oui, lespèce de petite rue qui borde Hanover Square, dans le West End. Il est directeur commercial. Il a été employé chez Marks and Spencers aussi, mais une sale histoire enfin, il paraît Elle ? June Warmson, elle a à peu près le même âge mais elle paraît plus. Elle a été infirmière au service de maternité dans je ne sais quel hôpital à Londres. Quelle ironie ! Cela ne métonne pas quelle ait eu cette idée ! Cela la travaillait, les en-fants Et puis, cest nouveau On dit même que cest cher, ces Kauliss Un phénomène de société, certainement Doris se moque bien des voisins, de leur étonnement, de leur envie. Elle se sent victime dun choix qui la dépasse : quelque chose sest brisé en elle. Alors elle se cantonne dans lespace fermé de sa chambre. Elle a huit ans. Entre son puzzle et son verre de lait malté, elle réfléchit Elle aime ses jouets mais elle naimera jamais la Kauliss, elle le sait. Cest contre na-ture, elle le sent instinctivement. Pourtant, elle nest pas plus malheureuse depuis Elle sest focalisée sur lécole, elle aime-
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rait mieux y travailler pour combattre ce quelle croit être une disgrâce. Quelle idée ont eu ces adultes ! Dans un premier temps, ils jouèrent au jeu des yeux rouges et des portes qui claquent. June glapissait :  Mais quest-ce que tu lui trouves à cette Chris Blackbird ? Des silences lourds se tissaient peu à peu à table devant le dîner tiède. June reniflait :  Nattends pas Papa, Doris ! Tu iras te coucher Alors Doris se levait, déposait un baiser silencieux sur la joue humide. En haut de lescalier, elle entendait la voie raffermie :  Doris, je ne veux pas que Sam dorme dans ta chambre : il salit le couvre-lit ! Sam, cétait le chien, un ami. Doris lui racontait des choses. Elle lui prenait le museau entre ses mains et murmurait douce-ment :  Ils sont fous ces adultes ! Mais nous, on est contents dêtre petits, pas vrai ? Dailleurs, Doris sen moquait. Elle avait « Sesame Street » à la télévision. Elle zappait en se consolant en compagnie de Bart et Ernest, de Kermit la grenouille et de toutes les marionnettes de Jim Henson. Dans sa chambre, elle tripotait ses jeux électro-niques. Elle adorait ses robots parce quils gagnaient toujours et étaient gentils. Papa et maman ne létaient pas : dabord, ils lui avaient menti. Plusieurs mois auparavant, le jour de son anniversaire, June lavait prise sur ses genoux :  Tu sais, ma chérie, tu deviens une grande fille. Alors, il faut que tu saches : certains parents ont des enfants tous les deux et dautres ne peuvent pas en avoir, alors ils demandent des enfants qui nont plus de parents avec eux et ils les considè-rent comme sils les avaient attendus dans leur cur. Nous tavons adoptée de cette façon Doris navait pas compris tout de suite. Elle trouvait étrange davoir autant de parents.
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Mais mes autres parents ? Où sont-ils ? June avait paru embarrassée :  Eh bien, ils sont dans une autre ville Nous ne savons pas qui ils sont. Doris était atterrée. Elle ne saisissait pas pourquoi on lavait ballottée ainsi. Tous les concepts quelle avait crus comme une seconde nature sécroulaient.  Mais alors cest comme le Père Noël ? Cétait un men-songe ? ! ?  Pas exactement, chérie  Mais ils mont abandonnée ! Pourquoi ? Subitement, ces parents inconnus surgissaient dans sa vie, la bousculaient. Des exemples lui revenaient en mémoire : Marcie Smith qui vivait chez sa grand-mère, Annabel Cliston dont les parents étaient divorcés Elle se débattait dans le progrès déli-cat qui, au lieu de lui ôter un ou deux parents, lui en fournissait quatre ! Elle eut un problème didentité.  Mais qui sont mes parents ? Et vous, qui êtes-vous ? Elle se trouvait au bord des larmes : des inconnus se dres-saient devant elle.  Et vous ? Vous allez aussi me donner à dautres parents ?  Mais non, voyons, calme-toi ! Elle avait échappé aux mains de June et sétait réfugiée dans sa chambre. Elle avait pensé un moment senfuir, retrouver ses vrais parents. Pour ne rien arranger, la cage descalier développait en trompe deustache les éclats de voix des « étrangers ».  Tu naurais jamais dû parler à cette gamine ! Dailleurs, tu es irresponsable. Tu las traumatisée  Et toi ? Tu ne la traumatises pas avec la vie que tu nous crées ? Est-ce une vie de famille, Frank ? Tu nes quun égoïste, un salaud ! Tout ça parce que cette Chris Blackbird a vingt-neuf ans, quelle est ta secrétaire Tu crois que je ne sais rien ?
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Doucement, Doris entrouvrait la porte. Sam descendait alors les escaliers dans un grincement de griffes. June levait la tête.  Tu vois bien : Doris nous a entendus ! Tu peux être fier ! Dans son coin, Doris saisissait délicatement lours-Papa et la poupée-Maman. Elle les opposait dans une sorte de guignol triste avec cette petite voix grêle quelle enflait pour lours-Papa :  Tais-toi, June : tu ne sais pas ce que tu dis ! La poupée-Maman secouait sa petite tête têtue :  Frank, tu es vraiment répugnant ! Après vingt ans de ma-riage Tu crois que je les supporte, tes nuits à Cromwell Road au « Nightingale House Hotel » ? Puis, à bout dinvention ou de souvenirs, Doris se couchait. Il lui faudrait à présent choisir un ours-vrai-Papa et une poupée-vraie-Maman : cela lui compliquait le problème
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