Peggy dans les phares

Peggy dans les phares

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Français
249 pages

Description

«Depuis que je te connais je vis avec l’inquiétude de te perdre. Pour la drogue, des hommes fantasques, des femmes bouleversantes qui t’emmènent ailleurs, là où je n’ai pas accès. Il y a les rivages poétiques qui ne m’ont jamais enchantée, les bals somptueux où je n’ai pas mes entrées, la rivalité vénéneuse d’un papier imbibé sous la langue et la complicité des piqûres que je n’ai jamais voulu partager. Je suis toujours arrivée à me frayer un chemin jusqu’à toi, conservant comme je le peux une dignité impériale.»
Mannequin, styliste, journaliste de mode, mariée à un grand résistant puis à Claude Brasseur, Peggy Roche a aussi été pendant vingt ans la compagne discrète de Françoise Sagan. Peggy dans les phares est le roman de cette passion dévorante traversée des plus grandes figures de la vie littéraire et artistique de l’époque.

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Informations

Publié par
Date de parution 11 janvier 2017
Nombre de lectures 9
EAN13 9782081374690
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Marie-Ève Lacasse
Peggy dans les phares
Flammarion
© Flammarion, 2017.
ISBN Epub : 9782081374690
ISBN PDF Web : 9782081374706
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081374683
Ouvrage composé par IGS-CP et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur « Depuis que je te connais je vis avec l’inquiétude de te perdre. Pour la drogue, des hommes fantasques, des femmes bouleversantes qui t’ emmènent ailleurs, là où je n’ai pas accès. Il y a les rivages poétiques qui ne m’on t jamais enchantée, les bals somptueux où je n’ai pas mes entrées, la rivalité v énéneuse d’un papier imbibé sous la langue et la complicité des piqûres que je n’ai jamais voulu partager. Je suis toujours arrivée à me frayer un chemin jusqu’à toi, conservant comme je le peux une dignité impériale. » Mannequin, styliste, journaliste de mode, mariée à un grand résistant puis à Claude Brasseur, Peggy Roche a aussi été pendant vingt ans la compagne discrète de Françoise Sagan. Peggy dans les phares est le roman de cette passion dévorante traversée des plus grandes figures de la vie littéraire et artistique de l’époque.
Marie-Ève Lacasse est née au Canada en 1982 et vit à Paris depuis quinze ans. Peggy dans les phares est son premier roman publié en France.
Du même auteur
Masques, Vents d'Ouest, 1997. Sous le pseudonyme de Clara Ness Ainsi font-elles toutes(roman), XYZ, 2005. Genèse de l’oubli(roman), XYZ, 2006.
Peggy dans les phares
À Mademoiselle R.
4 Combien chèrement est-elle moi ? Combien chèremen t est-elle moi ? Combien chèrement, combien très chèr ement suis-je elle ? » Natalie Barney citant Gertrude Stein,Traits et portraits
1
1985
Allô j’écoute ? C’est moi. C’est vous Peggy ? Qui d’autre. Vous êtes seule ? Comment ça ? Il y a quelqu’un avec vous ? Non, je suis seule. D’accord. Je vous sens inquiète ? Pas du tout, je demande comme ça. Comment vous sentez-vous ? C’est la grande forme. Bon, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer ! Dites-moi ? Vous êtes internée avec moi ? Ah ça non, pas encore. Pourtant il y a matière. Vous tenez le coup ? Je veux mourir, oui. Il n’y a pas un bruit sur la l igne ? Un bruit ? Oui, un son étrange. Pas comme d’habitude. Mais pas du tout. Ah bon. Alors écoutez bien : Lulu a eu ses bébés ! C’est pas vrai ? Combien ? Aucune idée. Trop ! Ils se ressemblent tous. Cinq je crois. Si vous les voyiez… Oh. Gardons-les. Vous arrivez à dormir ? Très peu. Vous écrivez ? Oui. Un vrai chef-d’œuvre. Moi aussi. Vous écrivez ? urlent de faim, il faut les nourrir àNon, je n’arrive pas à dormir. Et puis les chiots h la pipette. Vous pensez à moi ? Sûrement pas. Je suis heureuse de vous entendre. Vous devenez sentimentale. Merci d’avoir appelé Peggy. Je passerai demain.
2
Combien de séjours en clinique, Françoise ? Combien de fois te surprendrai-je la main dans cette trousse de velours ? Je m’assois à ta table de travail, caresse ta machine, les touches frappées mille fois. Je peux i maginer le calme et la panique de cet espace confortable qui n’exige rien d’autre que l’envie d’écrire un bon livre. Je remarque pour la première fois l’organisation origi nale de tes petites affaires éparpillées sur le bureau, les cigarettes rangées d ans leur étui, les stylos étonnamment bien alignés près des carnets, comme des lignes et des points qui composeraient un tableau. Je n’avais jamais remarqué ta manière si c onstructiviste de structurer l’espace. Manie ? Superstition ? Vieille habitude ? À moins que ce ne soit Pepita qui ne range ton bureau ainsi tous les matins ? Comment ne puis-je pas le savoir ? Un frisson parcourt un arbre voisin, des enfants crient dans l a cour toute proche. Je dors en plein jour comme tu le fais, peut-être arriverai-je à me glisser enfin dans ton personnage ? Tu as laissé ton pull beige roulé en boule sur le f auteuil, il semble ronronner comme un chat endormi. Un cheval bleu se tient debout sur la commode, surplombant nos objets aimés, colliers, cartes de visite, pots de c rème, carnets de notes et flacons de parfum. Le tourne-disque attend qu’on l’actionne. L es livres sont posés pêle-mêle dans la bibliothèque. Au premier rayon de soleil je rema rque la trace de tes doigts dans la poussière d’une couverture. La vie s’est comme mise à l’arrêt, entraînant ton royaume dans un sommeil de cent ans. En sortant de la douch e j'ai cru t’entendre m’appeler mais il n’y avait personne ; un fantôme avait pris ta place. Pendant des jours j’ai dû redéposer dans les placards la deuxième tasse du pe tit-déjeuner. Ton fantôme me commande les gestes, j’y réponds docilement. Aujourd’hui ta présence est pour ainsi dire devenue inversée. Tu es si absente que tu es partout, je n’ose rien toucher de peur de dép lacer le souvenir et l’évidence de toi. Je fume, pied sur la chaise, observant ce qui m’ent oure comme un décor étranger. Et si cette chambre, ce lit, ces draps et nos objets e mmêlés constituaient une espèce de musée ? Parfois quand je te regarde dormir tu émets des bru its d’animal blessé comme un lièvre pris dans un collet. Lorsque j’attrape un mo t au vol, j’essaie de reconstituer le rêve mais rapidement tu te réveilles paniquée et ne te rendors que plusieurs heures plus tard. Une minuterie scande malgré nous le ryth me des jours comme si le temps calculé nous permettait de ne pas nous perdre. Mote ur du réfrigérateur. Déclenchement de la chaudière. Tic-tac de l’horloge de la cuisine. À l’étage un volet claque paresseusement, bercé par les courants d’air . Il n’est que dix heures et le téléphone, posé sur la table, me toise avec ses petits numéros. Depuis ton accident en 1957, tes souffrances sont r estées intactes comme si le corps se rappelait toujours du contraste irréconcil iable entre la douceur d’avril et la violence de la mort, deux mondes s’entremêlant pour engendrer un monstre mental. Au fil des années on pourrait imaginer que les images s’estompent mais c’est le contraire. Quand tu t’en ouvres elles affluent avec encore plu s d’intensité et de terreur – à moins que cela ne soit qu’une reconstitution ultérieure, construite de toutes pièces avec les témoignages et les photos vus dans les journaux, so igneusement découpés ? Le corps y revient sans cesse, abîmé de l’intérieur, appréhe ndant le prochain choc. Anticipais-tu l’accident de tes vingt-deux ans ? As -tu vu tes amis se faire éjecter dans les champs ? As-tu senti la chaleur de l’Aston Martin s’écraser sur toi après les roulades et les assauts avant de te coincer au sol de tout son poids ? Je pourrais restituer parfaitement ces moments tant ils t’habit ent avec une précision morbide. Le