Pour mémoire

Pour mémoire

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Français
80 pages

Description

22 décembre 2004. Pour la première fois, Simone Veil retourne à Auschwitz avec les siens à quelques semaines du 60e anniversaire de la libération du camp. Le reportage publié dans « Paris Match » avait bouleversé les lecteurs par l’intensité de l’émotion qui s’en dégageait. A l’origine de ce « voyage », Alain Genestar, alors directeur de la rédaction du magazine. Il avait réussi à convaincre Simone Veil de revenir sur les lieux où 1 million de Juifs et 120 000 autres déportés ont été assassiné par les nazis. Si Simone Veil s’était déjà rendue à deux reprises à Auschwitz lors de cérémonies officielles, elle avait toujours refusé les sollicitations des magazines et télévisons du monde entier pour réaliser un grand sujet sur elle à l’intérieur du camp.
Simone Veil a accepté la proposition d’Alain Genestar,  touchée par le fait qu'il se soit rendu  à Auschwitz avant de formuler sa demande. Mais aussi parce qu’elle estimait qu’il était temps, pour elle, d’engager un dialogue avec ses petits enfants, et que ce dialogue devait débuter sur place, sur ces lieux symboles du plus grand crime contre l’humanité. D’où son souhait: revenir à Auschwitz-Birkenau avec ses petits enfants.
C’est ce voyage « extraordinaire » que raconte Alain Genestar dans ce petit livre pudique. Il ne dévoile pas les propos échangés entre Simone Veil, six de ses petits-enfants et ses deux fils. Ces mots intimes, ces confidences appartiennent à eux seuls. Mais il restitue les coulisses de ce voyage, et surtout l’émotion qui les envahit et le gagne lui-même. Il décrit cette longue marche familiale dans le camp. Les souvenirs de l’ancienne déportée de 17 ans qui resurgissent telles des bouffées de douleur. Mais une douleur transmise.
En deuxième partie du livre, Alain Genestar publie l’intégrale de la longue interview que lui a accordé Simone Veil au retour de ce voyage à Auschwitz. Des propos où se mêlent la dureté, la tendresse, l’absence de pardon, l’amour des autres. Et la volonté de survivre. « Là-bas, je n’ai jamais pleuré. C’était au-delà des larmes » dit Simone Veil.
Ce livre est à la fois un document pour l’histoire et un hommage à une femme d’exception qui, avant d’entrer au Panthéon, est entrée dans le cœur des Français.
Alain Genestar

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Informations

Publié par
Date de parution 13 juin 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782246818618
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Là-bas, dans les plaines allemandes et polonaises, s’étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence ; c’est le poids effrayant du vide que l’oubli n’a pas le droit de combler, et que la mémoire des vivants habitera toujours. Simone VEIL,Une vie.
LE RÉCIT
Auschwitz-Birkenau, mercredi 22 décembre 2004
La brume nous enveloppait, pénétrait nos lourds man teaux, nous glaçant le corps. Ce matin-là, la température était descendue au-dess ous des moins 10 degrés. Le camp était désert. Notre petit groupe avançait dans la neige le long de la voie ; Simone Veil entourée de deux de ses fils, Jean et Pierre-F rançois, et de six de ses petits-enfants, Deborah, Isabelle, Judith, Aurélien, Sébas tien, Lucas. Nous marchions en silence, aveuglés par l’épais brouillard, devinant les rails qui bordaient la longue ligne droite sur laquelle nous progressions, lentement, e n direction, tout au bout, des fours crématoires détruits.
Le mois précédent, je m’étais rendu pour la premièr e fois à Auschwitz. À mon retour, j’avais demandé à Jean, le fils aîné de Simone, si sa mère accepterait d’y revenir pour Paris Matchavec moi et bien sûr un photographe. J’avais fait cette visite dans les deux camps – Auschwitz I et Auschwitz II Birkenau – du p lus grand complexe concentrationnaire du Troisième Reich, en compagnie de Brigitte, ma femme, elle 1 aussi journaliste, et de deux amis . Étrange week-en d où se mêlaient le profond désir personnel de découvrir ce lieu de mémoire, et une m otivation professionnelle prétexte à ce déplacement. En ma qualité de directeur d’un m agazine qui célèbre les rendez-vous de l’Histoire, je voulais voir, ressentir, m’i mprégner, afin de mieux réfléchir au grand sujet que nous devions lancer à hauteur de la commémoration du e 60 anniversaire de la libération du camp le 27 janv ier, l’une des dernières décennies où de rares déportés survivants seraient encore pré sents.
Simone Veil a accepté ce qu’elle avait toujours ref usé aux autres médias écrits ou audiovisuels. Parce que, m’a-t-elle dit, à mon éton nement vu que ma démarche n’était en rien préméditée, « vous avez fait l’effort d’all er là-bas et d’y aller avec votre femme ». Et de poursuivre, émettant délicatement un souhait et non une condition, jes tant je vis l’intérêt pour unuste ce souhait qui allait au-delà de mes espéranc magazine mêlant l’information à l’émotion, de réali ser ce reportage historique et photogénique : « Je voudrais venir avec mes petits-enfants. » 2 D’où ce voyage en groupe avec l’équipe deMatch, cette marche familiale le long du chemin de fer que le froid, le brouillard et la nei ge au sol figent dans une scène de fin du monde.
Il est onze heures. Nous sommes proches de l’éboulis de béton des ancie ns crématoires. Le soleil, dans un ralenti éblouissant, perce l’épaisse couver ture blanche. Le paysage du camp
se révèle… la neige sur le sol tout autour de nous, les portiques noirs à l’entrée des allées, les cheminées en ruine qui s’alignent comme des potences, les bâtiments des femmes toujours debout car construits en briques, l es miradors perchés en sentinelle à intervalle régulier au-dessus des hauts barbelés. L e plus grand, celui en forme de beffroi à l’entrée d’Auschwitz-Birkenau, l’usine de mort, dessine sa silhouette au-dessus des rails qui le traversent. Nous avançons v ers les fours détruits. Les petits-enfants de Simone se groupent autour d’elle. Debora h, 16 ans, l’une des plus jeunes, avait l’âge de sa grand-mère lors de son arrivée da ns le camp en avril 1944. Ils se parlent.
C’était le souhait de Simone Veil. […]
NOTES
1.Jean Cavé, rédacteur en chef deMatch Paris , et son épouse France, professeur de français.
2.L’équipe de Paris Match : à Auschwitz, Benoît Gysembergh, photographe, et Delphine Byrka, journaliste, qui ont effectué en décembre 2004 un grand reportage dans les camps d’extermination. À Paris, Muriel Simottel, journaliste-sténographe qui a transcrit, et conservé, les conversations avec Simone Veil.
DUMÊMEAUTEUR
LESPÉCHÉSDUPRINCE, Grasset, 1992 ; Éditions Pluriel, 1993.
FRANÇAIS,SIVOUSRÊVIEZ, Grasset, 1995 ; Le Livre de Poche, 1996.
LEBARAQUEMENTAMÉRICAIN, roman, Grasset, 1997 ; Le Livre de Poche, 1999.
EXPULSION, Grasset, 2008.
Photo de la bande : © Benoit Gysembergh/Paris Match .
ISBN : 978-2-246-81861-8
Tout droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
© Éditions Grasset et Fasquelle, 2018.
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