Prise de bec

Prise de bec

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Livres
15 pages

Description

Le narrateur, enfant, se rend à l'école et oublie son livre de lecture. Il dit au maître : Ich hab’s Lesebuch vergessen, mais ce dernier s'écrie : Je n’ai pas compris.

La scène se passe au début des années soixante, dans cette Alsace d'après la guerre où il était chic de parler français et de refouler l'autre langue, celle qui se parle à la maison, en famille, et qui rappelle un passé obscur. Un moment d'inattention et déjà le bec, comme un second organe de la parole, se met à parler à tort et à travers, comme il nous a poussé ! L’interdiction de sa langue comme enfouissement, annihilation de l’identité d’un peuple. Ce texte a une résonnance particulière à une époque où notre société tend à la simplification par l’uniformisation, où notre système éducatif se fait l’arbitre des langues à conserver et de celles à délaisser.

Roland Goeller choisit ici le prisme de l’enfance pour aborder la question de la langue alsacienne. Il nous livre une histoire touchante, tendre et drôle où la langue du bec, ainsi que le jeune narrateur nomme l’alsacien, punie par le professeur, oblitérée par l’administration et les personnes distinguées, trouve finalement ses poches d’existence dans la cour de récréation ou la bouche d’un conducteur d’autobus.

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Date de parution 01 décembre 2016
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EAN13 9791096379217
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Prise de bec
ROLAND GOELLER
ISBN : 979-10-96379-21-7
© 15K - Décembre 2016
Couverture : Quentin Marcadet
15K propose des textes courts inédits à lire et à écouter sur supports numériques.
www.15k.fr
onsieur Schneider s’écria, presque en s’étouffant : « Je n’ai pas compris ! » brouillMard de novembre. Les pages tournées d’une ma in distraite restaient suspendues, Notre maître était très pâle, comme si une énormité avait été proférée qu’il ne pût entendre. Dans la salle de classe s’abattit un silence épais comme un de peur de froisser l’attente. Toutes les têtes éta ient tournées vers monsieur Schneider, elles attendaient son verdict. Dressé sur ses ergots, ce dernier faisait de grands yeux. Du regard, il fusillait le fautif que j’étais. Il disa it ne pas avoir compris, même si nous savions tous qu’il avait parfaitement compris. Dans les aut res classes, les maîtres faisaient de même, ils disaient ne pas comprendre, bien qu’ils c omprissent très bien. Chaque maître avait sa façon particulière de ne pas comprendre. M onsieur Schneider s’écriait : « Je n’ai pas compris ! » comme suspendu dans son mouvement. Il avait l’habitude de marcher sur l’estrade de long en large et s’immobilisait so udain en prenant le fautif en ligne de mire. Armé de patience à durée limitée, il incurvai t les sourcils, haussait les épaules et croisait les bras. Monsieur Binder quant à lui rega rdait avec dédain un point quelconque du plafond, comme si le malotru coupable de l’énorm ité avait perdu le droit que l’on s’adresse à lui. Madame Heinz, quant à elle ! J’avais sept ans, peut-être, et j’allais à l’école, l’école de la république, une et indivisible. J’étais un peu tête en l’air, mais je n’avais que sept ans. C’était au début des années soixante, dans le nord de l’Alsace.