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Prise de risque

De
266 pages

Médecin engagée, Frédérique a participé à de nombreuses missions humanitaires à l'étranger. Lors d'une conférence sur le sida, elle rencontre Bart, ancien logisticien dans l'humanitaire. Ils partagent les souvenirs de leur expérience commune du terrain. Très concernée par le sort des femmes, particulièrement vulnérables dans les pays pauvres, Frédérique dénonce leur calvaire dont elle a été le témoin. Avortements clandestins, viols, prostitution forcée, les maux dont souffrent les femmes tourmentent encore Frédérique. En retraçant le quotidien hors du commun et non sans risque d'activistes engagés corps et âme, l'auteur met en lumière leur difficile retour à une vie normale. En confrontant leurs visions du monde, les deux protagonistes vont réapprendre ensemble à accepter leur passé et à prendre soin d'eux-mêmes.


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-07243-9

 

© Edilivre, 2017

Exergue

 

Pour se préserver de l’autre, il n’y a toujours pas de préservatif efficace.

Alexandre Jardin

Chapitre I
Résolution à Mexico

J’ai toujours suspecté d’être atteinte de maniaquerie : je plie mon pyjama sous l’oreiller chaque matin, je range tout ce qui traine, trou-pique-nique-douille connais pas car je sais toujours exactement ce que je veux. Aujourd’hui, je compte adopter ce comportement compulsif à dilapider une collection diligemment montée ces dernières années. J’y vois un signe de tolérance envers moi-même. Peut-être que mon lâcher-prise doit commencer par là.

Mon premier désir de collection est apparu à l’âge de huit ans et ciblait les gommes, celles à effacer. Rien de plus séduisant que ces objets plus ou moins fermes et lisses, petits (la plupart tient dans la main), appétissants et parfumés, adorablement multicolores, aux formes étonnantes, des objets en mini, tous craquants. Parmi mes gommes préférées figuraient un rouge à lèvres dans un étui bleu pastel, un mini-pack de cannettes de soda, un doigt grandeur nature, un yoyo (quoique dysfonctionnel), une mini-K7 dans un mini-boitier en plastique transparent, le skyline de Manhattan sur une gomme de quinze centimètres pour les really big mistakes. Je frappais des mains de plaisir à chaque fois que je les parcourais du regard, soigneusement disposées dans les petites cellules carrées d’un casier d’imprimeur en bois parfaitement adapté pour exposer des miniatures. Les yeux fermés, je sniffais profondément les gommes odorantes aux parfums sucrés et fruités, persuadée, gamine que j’étais, de m’enivrer d’une douce volupté. Je ne me lassais pas de mes gommes rigolotes et fantaisistes. Je les chérissais comme un vrai trésor patiemment accumulé.

Il parait que tout objet collectionné doit avoir un sens particulier pour son possesseur. Freud a lui complété tout au long d’une trentaine d’années une collection de statues et autres objets issus de diverses civilisations méditerranéennes disparues. Il est fort possible que la fascination de Freud pour ces objets anciens provenait de sa passion pour les héros de l’Antiquité. Une collection de vieilleries tout à fait honorable. Difficile d’en dire autant pour des gommes.

Le sens de la gomme m’échappe. Loin d’être un objet de valeur, il n’en a pas moins une certaine utilité. La gomme efface et a typiquement une longue durée d’utilisation. Cela en fait un objet pratique, indispensable lorsqu’on emploie un crayon mine, mais néanmoins, un objet anodin du quotidien. Peut-être que mon intérêt démesuré pour l’école a attribué à la gomme une aura particulière, la gomme comme symbole de l’apprentissage. Gommer sous-entend qu’on a réfléchi et qu’on a changé d’avis. Commettre des erreurs est le propre de la nature humaine. La gomme est le must des fournitures scolaires. Dans ce sens, j’y étais attachée.

Longtemps après avoir mis fin à cette manie d’amasser des gommes-gadgets, à l’âge adulte, j’ai commencé une collection d’un type nouveau quoique toujours dans le domaine du caoutchouc. Un jour, j’ai ainsi ressenti le besoin de collecter des préservatifs. Non ouverts et non usagés of course. Contrairement à la métonymie que l’emploi du mot préservatif ici suggère, il s’agit plus exactement d’une collection d’emballages de préservatifs. Le contenu, un étui en latex imperméable, ne m’était pas tant d’intérêt que le contenant. Toutefois, un contenant même insolite et drôle n’aurait pas de valeur sans son contenu.

Sans perdre ma contenance, je puis dire que je suis devenue une addict du condom. Je suis encore loin des trois cent quatre-vingt-sept gommes amassées. Pourtant, je ne suis pas sélective dans mes choix : tout préservatif se vaut. Comme pour tout objet collectionné, je pourrais m’interroger sur la signification du préservatif, les liens symboliques ou spirituels expliquant un tel engouement pour cet item. Le préservatif est avant tout un objet de protection. Un appareillage temporaire qui préserve un état de santé. Il bloque, fait barrage, permet ainsi d’éviter ce qu’on redoute. Il autorise le choix et optimise la planification.

Mais en dehors de toute réflexion métaphysique, je concède que mon travail dans le domaine du sida, et plus globalement la santé, m’a certainement facilité l’accès à divers exemplaires de préservatifs. Ils sont en effet distribués en masse à l’occasion des campagnes de prévention du VIH-sida. Faute de pouvoir tous les utiliser, les échantillons se sont tout simplement accumulés chez moi. Comme je ne jette rien qui est en parfait état, je range tout, ma boîte de préservatifs s’est remplie au fil du temps, et pas n’importe comment : l’empilement des petites pochettes est top nickel.

Ça, c’était avant mon voyage au Mexique.

Aujourd’hui, à Mexico city, je mets fin à mon entêtement à saisir toute pochette de préservatif encore intacte. Je résilie mon abonnement aux colifichets plastifiés. Afin de graver à tout jamais cette décision irrévocable, je le mets par écrit sur le papier à lettres de l’hôtel, mettant un coup d’arrêt à ma collectionnite et donnant le coup d’envoi au débarras de mes capotes. Un geste libérateur indispensable dont je ne suis pas encore en mesure de saisir toutes les ramifications. Je déclare le début du démantèlement de ma collection. Bon, je me la pète un peu avec mon stylo qui force le trait : j’ai juste décidé de me déposséder d’une grosse boîte de rubber. Je n’en veux plus. Je crois pouvoir en faire un meilleur usage. Je vire à la maniaquerie tendance artistique.

Je suis arrivée ici il y a quatre jours, et pourtant, il me semble que le temps s’est dilaté en un espace-temps d’une autre dimension. Il en est ainsi lorsque l’activité est à forte charge émotionnelle. Loger seule dans une chambre d’un hôtel inanimé présente l’avantage d’accorder de longues plages horaires à la réflexion ou à défaut, pour les moins doués comme moi, au ressassement d’un tas de souvenirs. Aujourd’hui, dans ma chambre aux teintes rose tirant sur un orange gourmand, assise sur un lit king-size, je fais le point sur les événements des derniers jours et transcris le tout sur le bloc de feuilles à en-tête Grand Reforma, dont la bonne qualité surprend pour un hôtel trois étoiles. Les autres éléments essentiels à mon bien-être sont à portée de main sur la table de nuit : une bouteille d’eau Tehuacan et un tube de cachets d’aspirine. Par représailles contre les afflictions de la nuit dernière (l’abus d’alcool et un état d’excitation prolongé), mon corps lutte et me le fait savoir. Aujourd’hui est incontestablement un lendemain de fête.

Tant que le sida, cette maladie du siècle, continuera de susciter la crainte par manque d’un traitement curatif efficace et tant que la pandémie sévira, la possibilité d’enrichir une collection de condoms perdurera. Car la distribution de préservatifs fait partie intégrante des actions de lutte contre le sida. J’avoue que la tentation a été forte ces derniers jours à Mexico city : j’assiste à la grande messe mondiale annuelle de la lutte contre le sida.

Une conférence internationale qui réunit des milliers de fidèles prêts à tous les vols, à tous les décalages horaires, à toutes les tracasseries administratives pour rejoindre les autres dont le regard importe tant. Pour ma part, j’ai parcouru en avion la moitié du globe, traversé trois continents moyennant trois escales avant de parvenir au Mexique où j’ai posé les pieds pour la première fois.

Jamais une maladie n’a attiré une telle foule de sujets intéressés avec un tel niveau d’engagement personnel, professionnel, financier, politique, en provenance des quatre coins de la planète. Plus de vingt mille personnes de tous les horizons, des activistes de plus de soixante-dix organisations de la société civile aux côtés de grands chercheurs nobélisés, des porte-paroles richissimes et des Tout Puissant aux côtés de militants de terrain puissants par leur nombre, chercheurs et malades tous rassemblés pour une méga conférence de quatre jours dans un immense centre multiplex.

Tous unis autour d’un même message affiché au-dessus de l’entrée principale du centre de conférence : Universal action now ! La lutte collective a l’allure d’une célébration jointe à la nécessité de se hâter.

Comme toujours, les chiffres résument parfaitement bien l’étendue d’un problème, en l’occurrence la quantité et la variété des échanges sur le sida qui se déroulent sur cinq jours. Le programme de la conférence épais comme un bottin téléphonique, présentement utilisé comme repose-pieds alors que j’écris ces mots, atteste de la productivité affichée des congressistes : sept mille cinq cents résumés de travaux scientifiques, des discussions, des ateliers, des rencontres, des expositions, des démonstrations et des concerts sur le thème du sida (« oui, on peut arrêter l’épidémie ! »), tout cela sur une surface de plus de neuf mille mètres carrés. Question activisme, le sida remporte la palme de l’infection la plus efficace à mobiliser des ressources, à conquérir de l’enthousiasme, à susciter la réactivité et la production de recherches. A faire pâlir d’envie les spécialistes du paludisme ou de la tuberculose.

Pour un chercheur, l’occasion de présenter les fruits de son travail à une telle assemblée s’apparente à une apothéose dans un parcours professionnel. Plus la conférence attire de public et plus l’honneur est grand d’y figurer. Cela dit, il faut comme toujours relativiser. Dans mon cas, déléguée lambda, mon triomphe était minime.

Mes cinq minutes de gloire ont eu lieu le deuxième jour de la conférence, avant-hier matin. La salle était large mais peu profonde avec seulement quelques rangées, chacune pourvue de très nombreux sièges. Du haut de la tribune, il fallait pivoter la tête presque cent quatre-vingts degrés pour apercevoir toute l’audience. Les tentures sombres et l’épaisse moquette invitaient plutôt à quelque conciliabule de salon. Dans cette salle bizarrement agencée, je me suis livrée à un exercice d’oraison publique, au micro, avec support écrit projeté sur un écran géant. Le grand jeu. Pour un public extrêmement limité, une quarantaine de visages fermés, ce qui constitue le bémol à ma gloire.

Lorsque le modérateur de la séance m’a appelée à la tribune, écorchant mon nom en même temps qu’il arborait une grimace pleine de bienveillance qui invitait à ma clémence, je me suis hissée derrière le pupitre. Je n’avais pas le temps de le pardonner. « Déjà mon tour ! » Les présentations des trois speakers précédant avaient été vite expédiées. J’étais cependant ravie de me livrer à cet exercice formel soigneusement préparé qui consistait à restituer au public avisé le résumé de mon étude, ou plus exactement de notre étude puisque l’effort avait été collectif. Je n’étais le porte-parole que par l’incapacité d’un collègue à surmonter une aviophobie pénalisante. En cinq minutes chrono, temps officiellement alloué à chaque intervenant, j’ai présenté dans un parfait ordonnancement de mots rigoureusement sélectionnés le pourquoi du comment de la recherche ainsi que les résultats et les conclusions. Un exercice de raccourci. Sujet, verbe, COD. Justificatifs à l’appui. Tout doit paraître logique, une coulée de béton pour ne pas laisser le moindre filet d’incertitude s’insinuer dans l’esprit ultra rationnel des auditeurs. Il aurait été impensable de s’écarter des éléments de l’étude, toute digression n’ayant pas sa place dans une conférence scientifique. Une course chronométrée à l’essentiel. Que les choses soient claires. Pour une assemblée de professionnels de santé, il ne peut en être autrement. Ouf, c’est fini. Mais non, pas tout à fait. J’avais oublié la séance des questions. Il fallait résister à l’assaut des interrogations, à cette inconnue détestable pour tout scientifique. Car il y a toujours un auditeur qui souhaite tout remettre en question en insistant sur un point qu’il juge être la faiblesse principale de l’étude. Je me suis contentée de répéter certains éléments factuels en y mettant beaucoup d’aisance.

J’ai réalisé que la femme était le dénominateur commun des quatre présentations de ma session, non pas que les intervenantes appartenaient toutes au genre féminin, mais parce que toutes avaient choisi les femmes comme population d’étude. Un constat plutôt encourageant. Les femmes composent une population vulnérable à part entière à l’échelle planétaire. Où m’en étais-je véritablement rendu compte pour la première fois ? Dans le Caucase.

Plus précisément en Azerbaïdjan dont la localisation exige de consulter plusieurs cartes : ce pays ne figurant jamais au centre d’une page d’un atlas. A tort, car son emplacement marque la division entre l’Europe et l’Asie, de quoi s’approprier le titre de centre du monde si l’on s’abstient d’effectuer de très savants calculs de géographe. L’Azerbaïdjan est méconnu mais est bel et bien inscrit sur la liste des états officiels. Du moins depuis 1991, date fatidique qui signe le démantèlement de l’URSS dont l’Azerbaïdjan est l’un des morceaux. Je bois une gorgée d’eau pétillante d’aspirine effervescent, ferme les yeux et me voici plongée des années en arrière à la recherche de ces femmes éveilleuses de sentiments et instigatrices d’indignation.

Chapitre II
Problèmes gynéco

J’étais partie en Azerbaïdjan comme médecin chargée de veiller au bon déroulement d’un programme d’aide humanitaire médicale. Deux hommes du pays ont très vite attiré mon attention.

Le premier est le chauffeur qui m’accueille à l’aéroport. Prénommé Lotfi, l’homme se tient impeccablement droit comme pour mieux pallier sa petite taille, arbore un sourire timide et projette à la ronde de ses prunelles noires un regard malicieux. Il porte un blazer en tweed gris foncé, une large casquette grise de la même matière, et une paire de lunettes noires dans la poche de sa veste, l’indispensable accessoire du mafieux du Caucase. J’apprendrai plus tard que Lotfi n’était en rien lié à l’omniprésente mafia locale, mais leur look était indéniablement à la mode dans la capitale.

De l’aéroport jusqu’au centre-ville, le panorama retrace à lui seul toute l’histoire des lieux. Un air familier s’en dégage, mais après tout, nous sommes aux portes de l’Europe. A chaque phase de l’histoire politique et économique correspond un style architectural unique associé : en zones concentriques, à partir de la périphérie, la période “déprimante” s’affiche avec des complexes résidentiels fonctionnels, uniformes et monotones, un look industriel, beaucoup de béton gris, puis la période “oppressante” de la glaciation de l’ère stalinienne durant laquelle toute l’immensité du pouvoir de Staline et la terreur qu’il a imposée sur tous les habitants de son empire se révèlent dans les bâtiments aux proportions imposantes et dans de gigantesques monuments, et enfin, la période “impressionnante” du premier boom pétrolier au début du vingtième siècle dont sont témoins le théâtre et les immeubles haussmanniens aux balcons en encorbellement.

Lotfi me dépose au pied d’un immeuble de six étages en me recommandant vivement de ne pas emprunter le vieil ascenseur à l’arrière du bâtiment. Je risquerais d’y rester coincée des jours entiers. Il faut gravir les six étages pour atteindre mon logement de fonction, un duplex. Malgré la vétusté de l’édifice trahie par les câbles électriques qui pendouillent en toute liberté dans la cage d’escalier en ciment brut, l’intérieur de l’appartement a été récemment restauré. La décoration refaite au goût du jour. Des dorures clinquantes aux poignées de portes et au lustre du salon. Des plafonniers en verre dépoli teinté rose dans les chambres. Des portes en bois verni alourdies d’épaisses moulures dessinant des courbes. Du parquet vitrifié ultra brillant. Des voilages roses aux motifs végétaux fixés aux fenêtres. Un petit bouquet de fleurs en plastique dans un vase pichet en céramique rehaussé de dorures trône sur la table à manger. L’assise en synthétique des chaises est encore emballée dans un film plastique. Quelques bibelots de pacotille reposent sur des étagères en verre. Toute cette ornementation me parait kitsch et bon marché. Elle est d’un luxe inouï pour une bonne partie de la population locale, mais je ne le savais pas encore.

Le deuxième homme du pays que j’ai remarqué, tout simplement parce que je ne pouvais pas le manquer, n’est autre que le président.

Dès le lendemain de mon arrivée, bloqués dans la circulation, Lotfi m’explique : « Le Président va au travail ». Au croisement de deux rues, nous contemplons la puissance physique des forces de l’ordre mobilisée pour assurer la sécurité du chef de l’état : à la hauteur de la robustesse qu’on prête à tout homme du Caucase qui se respecte, des hommes en uniforme crient à l’unisson en même temps qu’ils soulèvent à bout de bras une Lada garée sur le bas-côté, sans hésiter toutefois à héler un passant pour leur donner un coup de main. L’ensemble des policiers est apparemment réquisitionné quelques minutes avant chaque déplacement présidentiel. Leur tâche consiste à dégager complètement les rues en déplaçant toutes les voitures sur les trottoirs.

Dans ce pays, il suffit qu’un supérieur hiérarchique crie vigoureusement « Videz les rues ! » et les rues sont immédiatement évacuées juste avant que le convoi de la délégation présidentielle passe en trombes, les sirènes hurlant, le gyrophare tournoyant sans marquer le moindre arrêt qui induirait fatalement une perte de temps inestimable dans l’agenda forcément surchargé du chef. Le grand chef. Le président, celui qui n’a pas le temps de stopper à un feu rouge ni de ralentir, celui-là même qui fait dérouler tous les tapis d’orient sous ses pieds, celui qui fait la pluie et le beau temps, ou plus précisément dans la géographique locale, la canicule et le gel. Les piétons se figent dans une pose respectueusement rigide et même les rares oiseaux cessent de piailler. Le souverain règne et sa domination se reflète dans cette immobilisation collective et biquotidienne, rythmant les journées de travail des azéris. Les fonctionnaires rentrent chez eux seulement après que le président quitte son bureau. Leur rappelant leur infériorité, leur soumission au président élu par référendum et réélu par la suite (même si tous les bulletins de vote ne sont pas systématiquement comptés).

Aliyev, le président omniprésent et omnipotent gouverne le pays avec une poigne de fer. Mais comme tous les azéris ne peuvent pas être témoins de cette spectaculaire preuve d’autorité, le président a fait ériger des immenses portraits de son inestimable personne sur tous les bâtiments officiels, généralement un mastodonte architectural à la mode stalinienne. Chaque immeuble abritant les bureaux d’un ministère est ainsi commodément identifié par une gigantesque photo d’Aliyev affichée sur la façade, du street art très officiel, présentant l’illustre homme au pouvoir en top forme et symbolisant l’action spécifique de chaque ministère. Ici avec un combiné téléphonique rouge, là avec un casque de chantier. Le président est un homme heureux (voyez sa bonne mine), représenté dans un impeccable costume-cravate, toujours souriant (c’est bon pour l’optimisme de la population qui endure les vicissitudes de petites gens, inévitables mais indispensables pour le statuquo du pays). Sous les chapkas en peau d’agneau, les toques en fourrure et les foulards aux motifs colorés, les traits sont nettement plus tirés et les visages beaucoup moins souriants que celui d’Aliyev. Plutôt que veiller sur le bien-être de sa population, le président se contente de la surveiller.

Lorsque je file sur Sumgaït où l’association d’aide médicale que je représente opère des centres de santé, j’ai le nez collé à la vitre comme une gamine, le regard scotché sur l’extérieur tant la laideur de cette partie du pays est spectaculaire. Les vues se succèdent comme autant de couches de vêtement à enlever avant d’examiner le corps d’une femme azérie. On s’extasie facilement de la beauté de paysages magiques, on n’en reste pas moins épaté par la tristesse d’un panorama hideux. Au nord de Bakou, les derricks se dressent à perte de vue sur l’immense plaine crevée de part et d’autres afin d’en extraire l’or noir au son des grincements des balanciers d’acier rouillés oscillant imperturbablement sous le soleil de plomb de l’été aussi bien que dans le gel de l’hiver. La nature saccagée par l’œuvre de l’être humain avide, pilleur, profiteur, calculateur, peu scrupuleux, ingénieux, ou un peu de tout cela à la fois. La campagne dans la péninsule d’Apsheron est maltraitée, moche et polluée.

La traversée de ce singulier décor de tragédie me rapproche des femmes azéries, celles qui résident au nord de la péninsule, en bord de mer, à Sumgaït.

Sumgaït a l’allure d’une cité surréaliste dont la modernité révolue est peu attrayante, une ville qui vaut le détour, mais un détour préférablement express. Cette troisième agglomération du pays en taille a été l’un des fleurons de l’industrie pétrochimique soviétique créée pour produire des substances chimiques comme des pesticides et des détergents. Une production en masse à bas-coûts qui pendant des décennies a relâché dans l’atmosphère des gaz toxiques, a contaminé les sols au mercure, et a déversé directement dans la mer des tas de déchets tout aussi nocifs. Au début du deuxième millénaire, la ville empeste toujours d’odeurs nuisibles.

Sumgaït pue et le visiteur à peine arrivé cherche vite à y écourter son séjour. Dans un tel contexte de post-catastrophe environnementale, je suis soulagée de ne pas devoir y passer la nuit et reconnaissante de la durée déterminée de mon contrat de travail. Des milliers et milliers de bébés azéris nés prématurés ou avec des anomalies génétiques n’ont hélas pas survécu pour célébrer la palme remportée par Sumgaït du site le plus pollué du monde. Les squelettes de milliers de petits corps malformés et impuissants face à la vie sont serrés les uns contre les autres sous la terre dans un cimetière spécialement construit pour eux, record mondial de mortalité infantile oblige. Concevoir un cimetière pédiatrique pour inhumer les restes des futures générations convient assez bien avec le délire de grandeur assorti de négligence des Soviétiques pour qui la productivité valait bien ce sacrifice. Les cancéreux plus âgés qui n’ont pas encore succombé hantent les avenues inutilement larges, séparées par des rangées d’immeubles ponctuées de ronds-points démesurés.

Je suffoque quand j’y repense. Là-bas, j’avais envie de couvrir mon visage, de retenir ma respiration. Dans mes souvenirs, la rouille gagne du terrain partout, recouvrant chaque pièce métallique exposée d’une couche rugueuse, sombre, mate, corrosive au regard, une glue infernale qui s’étend jusqu’aux malheureuses balançoires encore debout dans les jardins publics et que les enfants avaient depuis longtemps délaissées.

En regardant la ville de loin, on voyait une cité défigurée par une géante araignée de ferraille qui l’enlaçait d’un réseau aérien tentaculaire de tuyauteries, avec des boursouflures d’usines chimiques dont certaines crachaient encore des nuages de fumée, et de longues pattes métalliques qui s’enfonçaient jusque dans la mer, toujours grise. Comme le ciel en hiver. Avec pour unique touche de couleur vive, des panneaux publicitaires gigantesques pour vanter les mérites d’une marque de cigarettes. Hey, poor cowboy, retourne donc fumer dans tes vastes prairies vertes du Western America.

Les principaux usagers des services de santé à Sumgaït appartiennent à la population la plus défavorisée du pays, celle-là même qui a justifié l’intervention de moult organismes internationaux : les déplacés de la guerre du Karabakh. Des familles azéries au mauvais endroit au mauvais moment et des familles arméniennes au mauvais endroit au mauvais moment, c’est comme cela dans toutes les guerres. Les uns se sont mis en quête de refuge et de protection à l’Est, et les autres à l’Ouest. Contraints d’abandonner leur foyer, rejoignant le sort des exilés qui quittent tout pour rester en vie.

Le conflit du Haut-Karabagh est gelé comme la roche du massif montagneux au fort de l’hiver. Le gouvernement a relogé les déplacés dans des abris temporaires, laissant les années s’écouler sans rien changer : Aliyef y veille efficacement. Un statut-quo qui a figé le temps pour les centaines de milliers de déplacés accrochés à l’illusion d’un retour. Depuis longtemps, la situation d’urgence a glissé inéluctablement vers la phase de post-conflit qui s’éternise : dix ans après la fin des hostilités, des milliers de familles déplacées relogées dans des wagons de train à l’arrêt, ou dans des appartements insalubres, y vivent toujours.

A Sumgaït, les familles déplacées ont été relogées dans des appartements collectifs. Des rangées d’immeubles aux balcons barricadés par du contreplaqué pour y aménager une pièce supplémentaire dans l’espace de survie déjà trop exigu. Une pièce où se serrent cinq à huit personnes la nuit. Un salon-salle à manger-chambre triste dépotoir d’âmes confuses. Sans eau courante, sans chauffage central. Trois niveaux, une double-fenêtre par appartement. Du linge rapiécé pend aux balcons. Autour, dans les rues désertes, même les arbres sont rabougris, malmenés par le vent glacial du rude hiver.

Dans cet habitat précaire, les hommes et les femmes égaux face aux conséquences de la guerre ont gardé leur dignité, buvant le thé suivant la tradition, avec des tasses aux motifs floraux disposées sur des nappes qui ont perdu leur blancheur. Certains murs d’appartement sont couverts de photos de starlettes turques, la chevelure noire brillante piquée d’une rose XXL ou de pages de calendrier montrant des portraits de chatons. Une décoration presque excessive pour un abri sensé être temporaire. Dans la journée, les femmes se rassemblent dans les couloirs des immeubles sinistrés. Engoncées dans de multiples couches de vêtements, elles s’assoient à même le sol pour malaxer la pâte à pain entre leurs jambes étendues serrées dans leurs collants de laine, pour jouer avec les jeunes enfants, pour parler entre elles et se donner le courage de continuer à organiser la vie du quotidien malgré la pauvreté qui tapisse les murs et le désespoir qui asphyxie petit à petit les résidents dans un remugle écœurant.

Sur les tapis persans sauvés de l’abandon, un chanteur de mugham accompagnés de ses musiciens exorcise les souvenirs de guerre qui hantent les nuits des sinistrés-déplacés-relogés, comblant leur sentiment d’abandon, égayant les journées sombres d’hiver dans son chant envoûtant. La voix aiguë enivre, la musique insuffle la vie, inoculant une dose de résilience aux déplacés.

Le souvenir des napperons en macramé couvrant de vieux guéridons ou celui des étendues désertes du sud-ouest du pays où la terre fume au lever du soleil est sans doute à l’origine de mon état présent exagérément pathétique. La vodka m’aurait ragaillardie ; je râle de n’avoir que de l’eau à l’aspirine sous la main au moment où j’écris ces mots.

Là-bas, ma fonction de médecin exigeait que je coordonne différents services de soins destinés principalement aux déplacés, ces personnes dont les conditions de vie les mettaient autant en danger que les tirs et bombardements de la guerre qu’ils avaient fuie.

Car les déplacés sont malades, malades du pays, rongés par l’attente, par l’incertitude, par le manque d’emploi, par la perte de leur statut et bientôt leur fierté, mais aussi malades de la tuberculose qui aime se propager dans les coins peuplés, sombres et humides, et malades d’autres dysfonctionnements chroniques qui atteignent les corps lorsque ceux-ci ne sont plus entretenus, comme laissés à l’abandon.

Pourtant, l’Azerbaïdjan ne manque pas d’hôpitaux. Un vaste réseau d’établissements sans nom mais numérotés qui s’étend sur tout le territoire, offrant une palette de soins spécialisés, du moins en théorie.

Là-bas, j’ai découvert un mode de financement : le racket des usagers. Les salaires du personnel pléthorique accusant tant de retards, il leur a bien fallu embrayer sur ce plan B. Cette pratique implique aux patients de payer les soins de leur poche, sous la table, en espèce ou en nature, une poule, une chèvre, un service faisant parfaitement l’affaire. Les employés de nettoyage sont les premiers à avoir déserté leur poste faute d’avoir dégoté un subterfuge pour soudoyer les malades peu concernés par l’hygiène. Dans certains hôpitaux, les infirmières soucieuses de maintenir un minimum de propreté ont établi une règle applicable à tous les visiteurs en hiver, celle de leur faire retirer leurs bottes, infailliblement crottées sur les chemins de terre des campagnes, et de les troquer contre une paire de grosses mules en feutre (moyennant quelques manat) avec lesquelles les visiteurs sont conviés à déambuler dans la grâce ou le ridicule selon l’attitude adoptée et les capacités de chacun. On garde le manteau sur le dos car les locaux ne sont pratiquement plus chauffés, les factures de gaz restant impayées et les caisses de l’hôpital impitoyablement vides. Autant l’existence d’infrastructures hospitalières atteste de la volonté de l’état à l’époque soviétique de pourvoir aux besoins médicaux de la population, autant son dysfonctionnement actuel confirme que le gouvernement Aliyef ne subventionne plus grand-chose dans le champ de la santé.

Dans ce système de soins hyper spécialisé et sous subventionné par l’État, l’association d’aide médicale pour laquelle je travaillais s’était lancée comme défi de proposer des soins de médecine générale aux personnes sans les moyens financiers pour payer les dessous de table ni l’envie de consulter trente-six spécialistes pour trente-six problèmes de santé, petits ou grands, dont ils souffraient.

Lors de ma première visite dans une de ces cliniques à Sumgaït, Lotfi s’est arrêté dans une rue déserte, à l’entrée d’une gare désaffectée.

Après la traversée d’un immense hall glacial, Esmer, médecin azérie adjointe-traductrice et accessoirement première femme azérie rencontrée, et moi empruntons un corridor sombre. Au fond, une porte avec un autre autocollant au logo de l’association ouvre sur un quatre-pièce réaménagé pour optimiser le circuit des patients. Avec ou sans rendez-vous, les malades prennent place dans la salle d’attente, une pièce équipée de larges bancs rustiques. Une pièce chauffée. Un détail appréciable compte tenu du sale froid humide partout ailleurs qui s’infiltre jusqu’aux os peu importe le nombre de couches de vêtements. Les murs sont tapissés d’affiches colorées d’informations sur la santé, une curiosité trop rare dans ce pays qui ne juge pas utile d’investir dans la promotion et la prévention des maladies.

A notre arrivée dans la salle d’attente, deux babouchkas lèvent leur visage rond aux pommettes joufflues et rose. Elles sourient avec gêne en essayant vainement de dissimuler leurs fausses dents en alliage doré, signe incontestable que l’accès aux soins dentaires est limité. Car moins ceux-ci sont sophistiqués, plus le traitement est radical. Une dent cariée aboutit rapidement à son extraction et son remplacement par une fausse dent, bon marché, forcément, une prothèse dentaire pas très esthétique. Il n’est pas étonnant que face au regard du visiteur occidental, les bouches se referment dans un sourire figé durcissant ainsi les traits du visage. Les azéris ne tirent pas la gueule, ils tentent juste de préserver leur fierté.

Chaussées de godillots usés et emmitouflées dans leur châle noir par-dessus un gros pull en laine, une jupe longue noire par dessus d’épais collants noirs (décidemment elles portent toutes les mêmes) – noir, la couleur de choix pour l’habillement parce qu’elle facilite l’association des vêtements, tous sont assortis – les deux femmes ont perdu leur jeunesse depuis longtemps. Elles lisent une brochure au moment de notre intrusion. L’infirmière du centre est sortie brusquement d’une pièce, et sans attendre qu’Esmer prenne la parole, elle se présente : Natalia. Puis, elle entreprend de me montrer les lieux.

– Vous voyez, me dit-elle en azéri qu’Esmer s’empresse de traduire en anglais tout en me désignant les deux patientes, les femmes sont très intéressées par nos prospectus. L’autre jour encore, une vieille femme m’a avoué qu’elle n’avait jamais imaginé que la peau d’orange de son sein devenu tout dur pouvait être un cancer ! Beaucoup de femmes n’ont pas été à l’école au-delà du primaire. Beaucoup d’autres même, du Karabach, savent à peine lire. Alors on utilise des photos, des schémas et on leur explique tout. Une fois par semaine, je me déplace et organise une séance d’information dans les immeubles où logent les familles déplacées. C’est la seule façon d’atteindre les femmes qui ne peuvent pas laisser leurs petits seuls ou qui n’ont ni le temps ni les moyens de venir jusqu’ici.

– Et quels sont les sujets qui intéressent le plus les femmes ?

– La grossesse, les soins au nouveau-né et surtout, les méthodes pour ne pas tomber enceinte. Les brochures sur la contraception partent comme des petits pains. Mais venez voir, je vais vous montrer un problème qu’on voit couramment ici : l’érythème fessier du nourrisson.

Natalia nous fait signe d’entrer dans la salle des soins où une jeune maman rhabille son enfant. Une superposition de couches. D’abord, un linge en coton épais, puis un grand carré en plastique qu’elle serre le plus possible autour du bassin et du dos du bébé. Vient ensuite un autre linge en coton, et enfin, pour couvrir le tout, un vêtement de laine pour tenir l’enfant au chaud. Un emballage plastique quasi hermétique et si compliqué à enlever qu’en hiver, les petites fesses des bébés macèrent à loisir dans l’urine et les selles. Un enfer pour les fesses faute de ne pas disposer de couches jetables. La santé comprend l’accès à des produits d’hygiène et de soins de base. A Sumgaït, les deux manquent cruellement.

Lorsqu’elle surgit sur le seuil de son bureau, le docteur Verla semble ravie de me voir. Plusieurs cas intéressants se sont présentés ce matin-là et elle a passé un long moment avec la dernière patiente dont elle me raconte l’histoire.

– J’ai vu une femme de trente-deux ans, Olga, qui demandait une méthode contraceptive. Elle venait de subir un avortement à la maternité n°2 et avait entendu dire qu’on délivrait des contraceptifs. Elle a déjà quatre enfants et ne souhaite plus en avoir, du moins pas dans les quelques années à venir. « Du répit » m’a-t-elle demandé et je la comprends. Je vois beaucoup de femmes dans cette même situation. Bien souvent elles ont déjà eu trois, quatre ou plus avortements avant de découvrir qu’on peut les aider à contrôler leurs grossesses. La plupart des femmes viennent de la campagne et profitent de leur passage en ville pour consulter chez nous. Nous sommes peut-être le seul centre de santé à fournir gratuitement des contraceptifs. Et grâce au bouche-et-oreille, le mot se répand vite parmi les femmes ! Mais ce n’est pas suffisant. Pour mieux faire, il faudrait délivrer des contraceptifs directement dans les villages ! C’est une véritable épidémie d’avortements dangereux qui sévit, faute de contraceptifs ! Je connais même des femmes qui en ont eu plus de quinze dans leur vie ! Vous vous rendez compte ? Beaucoup d’entre elles connaissent les risques d’un avortement non-médical. Mais c’est que, ça leur coûte cher de venir avorter à l’hôpital dans de bonnes conditions !

Pour une raison qui m’est inconnue, les autorités sanitaires du pays avaient longtemps banni l’utilisation des contraceptifs oraux. La pilule interdite ! Était-ce réellement la crainte d’une toxicité ? La pilule plus toxique que la pollution de Sumgaït ? Mais qui pouvait croire une chose pareille ? Ou s’agissait-il d’une volonté inavouée d’augmenter la natalité en privant les femmes d’une des méthodes contraceptives les plus courantes ? Une raison d’Etat obscure qui commanderait ainsi le corps des femmes ?

De fait, dans ce pays d’or noir, le latex était un produit rarissime. Durex aussi méconnu que Pampers. Il fallait avoir la chance de vivre dans un secteur soutenu par une organisation caritative pour espérer avoir accès à des contraceptifs.

Naturellement, l’avortement était en plein boom. L’interruption de grossesse était disponible sur demande et sans restriction ; très bien. En maternité, elle était effectuée sous anesthésie par un professionnel de santé formé à la technique ; rien à redire. Mais en réalité, la plupart des femmes dans les campagnes comme dans les villes avait non pas une fois mais plusieurs fois dans leur vie recours à l’avortement clandestin par une sage-femme traditionnelle mal équipée et sans formation, ou par une femme peu scrupuleuse cherchant à tirer profit de la détresse d’autres avec des connaissances charlatanesques. Les techniques moyenâgeuses étaient employées comme l’introduction d’aiguilles à tricoter ou divers objets pointus non adaptés et non stériles, l’insertion dans le vagin ou l’ingestion de plantes ou de produits chimiques nocifs. Les conséquences sont potentiellement graves, les méthodes pouvant entrainer des infections, des hémorragies, ou de graves blessures internes comme les déchirures, voire la perforation de la paroi de l’utérus, des effets toxiques des agents ingérés, la stérilité, un choc psychologique. Si ce n’est pas la mort tout simplement. Tout ça, pour être tombée enceinte par faute de planning familial ou pour par manque d’accès à un...