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Quadrille chez l'ambassadeur

De
195 pages
Vous mettez autour d’une table un ambassadeur, un député, un évêque, un banquier, une top model, une psychanalyste plus quelques autres… et Socrate en invité surprise. Et le désastre commence.Simple petite réunion mondaine et surréaliste ? Le commissaire Polart et son collègue légiste ne sont pourtant pas du genre à s’inviter quand il n’y a pas de cadavre. Et justement, il arrive pour le dessert.Pas facile d’enquêter chez le gratin du vingt deux rue de Courcelles. Comme disait Lulu la Rousse, occasionnelle syndiquée du boulevard Solitude, « on n’allait pas y passer toute la nuit », il arrive un moment où ça n’est plus rentable...
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Avertissement de l’éditeur
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contact@manuscrit.comQuadrille chez
l’ambassadeur© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0899-X(pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-0898-1 (pourle livre imprimé)Charles W. Faston
Quadrille chez
l’ambassadeur
ROMANIntroduction
Avant propos :
Cette histoire à tiroirs mal rangés pourrait sem-
blerconfuse,sil’auteurn’avaitprislapeinedefaciliter
la tâche au lecteur. Tous les personnages sont recon-
naissables à leurs noms.
Le banquier s’appelle Thaler, monnaie d’argent
quiadonnélemotdollar. Lepharmacienengross’ap-
pelle Potio, à l’origine du mot potion, mais aussi poi-
son. Quantàl’ambassadeur,ilnepouvaits’appelerque
Rocher-Suchard.
Toutlemondes’accordeàdirequ’ilsaitbienrecevoir…
7Catherine Lemental hésitait.
Elle avait attendu cette livraison depuis plusieurs
semaines, et pourtant elle hésitait, encore… Là, ou là
peut-être…chaquedétailavaitsonimportance.
Etvousmessieurs,vouslemettriezoù?…
Lesdeuxhommesn’avaientpasd’avissurlaques-
tion. Ilsétaientlàpourlivrerundivan,maispourladé-
coration,c’étaitlesgoûtsetlescouleurs. Leplusjeune
se hasarda quand même :
Contrele mur, madame…
Non,c’étaitimpossible,ilfallaitpouvoirtourner
autour. Souslafenêtrenonplus,àmoinsderisquerun
accident si elle était ouverte…
Les deux quidams se regardèrent. C’était beau-
coupdecomplicationspourundivantoutdélabré. S’il
n’avait tenu qu’à eux, ils n’auraient pas gravi les deux
étagesdecetimmeublecossuaveccetruccrasseux,tout
juste bon à améliorer l’ordinaire en carton des cloches
123du pont Neuf … Ils finirent par poser le meuble au
centredelapiècepoursoulagerleursbras.
Catherine Lemental recula de trois pas, fit une
moue, pencha la tête sur le côté, puis son visage finit
par s’éclairer :
Messieurs, je vous remercie… c’est exactement
l’emplacementquej’auraischoisi…
1. AlafindesannéessoixanteàParis, unclocharddu nom deRécamier
sévissaitsouslepontMirabeau. Ildevaitsonsurnomausiègedevoiture
qu’ilavaitrécupéréàcôtéd’unepoubelledel’avenuedeMarigny.
C’était labanquetted’uneDSCitroën, elleavait ététrouvéetoutprès
del’Elysée, il n’enfallait pas pluspourconclure quec’était cellede la
voiture officielle De Gaulle.
2. Fort de ce privilège, le clochard Récamier fit tellement chier ses
compagnonsd’infortunequ’ilsfinirentparlejeterdanslaSeine,ainsi
que sontrône, parréférendum et à l’unanimité.
3. « Sous le Pont Mirabeau ne coule pas que la Seine et nos amours, autant qu’il m’en
souvienne…
9Quadrille chez l’ambassadeur
Quandelleseretrouvaseule,CatherineLemental
tourna autour de la chose plus d’une dizaine de fois,
puis elle s’arrêta. Elle finit par glisser délicatement sa
main entre le traversin et la tête du divan. Ses doigts
rencontrèrent un petit objet dur et elle retint son
souffle ; maisça n’étaitqu’uneépingle ànourrice, elle
la fourra tout de suite dans sa poche. Puis elle se mit
à genoux. Lentement elle inspecta chaque centimètre
carré du tissu. Sous l’effet du soleil et de l’usure, le
velouté avait pris des couleurs nouvelles. Le cramoisi,
dont on reconnaissait les teintes d’origine sous le
coussin de chevet, avait rosi sur toute sa surface. Pour
parfaire la transformation, les mites avaient rongé
l’étoffe et à certains endroits on apercevait la trame en
coton. Elle passa son doigt sur chacun des reliefs qui
luisemblaitsuspect,jusqu’àcequ’unetache,unetoute
petitetache,retiennesonattention.
Elle se pencha alors en avant. Elle appliqua dé-
licatement son index sur la salissure pour en estimer
l’épaisseur. Puis elle porta son doigt à son nez, mais
il ne sentaitque la poussière.
Toutcorrespondaitpourtant. Lasouilluren’avait
pas de couleur précise, mais on pouvait voir parfaite-
ment qu’à cet endroit tous les poils s’étaient aggluti-
nés,commes’ilsavaientétéenduitsd’unesubstancevis-
queuseetblanchâtre. CatherineLementalsereleva. La
tache se trouvait précisément au milieu du divan, mais
sur un côté.
Cela ne faisait aucun doute. Cette étrange
concrétion de l’étoffe, à cet emplacement précis,
n’était ni le fruitdu travail des mites, ni celuidu soleil
ou de la poussière, mais bien celui d’une sécrétion
humaine…
Elle ne put alors s’empêcher de pousser un petit
cri.
10QUADRILLE CHEZ
L’AMBASSADEURVous me croirez si vous voulez… mais j’ai rendu
l’argent…
Tous les convives se mirent à rire. Sauf Benoît
KoulpaetlafemmedubanquierThaler.
Etalors, lança ledéputéMentiri, commentvotre
bonhommea-t-il prislachose ?…
Thaler considéra l’assemblée, ils étaient cuits à
point :
Il a pris la chose simplement… avec ses deux
mains,conclut-il. Etenroulantdesyeuxd’orfraie!…
Toutlemondesemitàriredeplusbelle.
Vousnetrouvezpasçaamusant,cherami?
Koulparegardasonvoisindetable. L’hommequi
l’appelait ainsi « cher ami » ne l’avait pourtant jamais
vu. Mais privilège de caste, autour du même repas et
souslesmêmesoripeaux,laconnivenceétaitinévitable.
L’ambassadeur Rocher-Suchard ne recevait-il pas que
des gens importants ?… Hubert de Potio, c’était son
nom, avait hérité du groupe pharmaceutique Photwei-
ser,unpuissantconglomératquiaucoursdesvingtder-
nières années avait grossi comme un furoncle. Et à la
tête de ce furoncle il y avait cet homme à la tête jouf-
flue,grascommeunsuppositoire,quin’avaitpashésité
àposersamainsurlamanchedesonveston…
Quand même, reprit-il… c’est bien la preuve
qu’un banquier peut avoir le sens de l’humour… Si
votre voisine pouvait parler, je suis sûr qu’elle vous
dirait la même chose…
La voisine de Benoît Koulpa, c’était Constance
Thaler, la femme du financier. Séparée de lui par un
volumineux yucca en plastique, elle s’était toujours te-
nueunpeuenretraitdelatable. Depuisledébutdure-
pasilavaitguettéchacundesesgestes,sansosertourner
la tête, et son imagination avait fait le reste. Elle sem-
blaitplutôtpetite,carelledisparaissaitpresqueentière-
mentderrièrelaplante. Sapeauétaitblanche,couverte
13Quadrille chez l’ambassadeur
d’éphélides;lorsdebrèvesapparitionssurlanappe,ses
mains l’avaient trahie : c’était donc une rousse. Des
yeux probablement clairs, des lèvres sûrement carmi-
nées ; à travers le feuillage en plastique il avait senti
son parfum de poule, entêtant : une poule ne sort ja-
mais sans rougir son bec. La finesse de ses doigts lais-
saitsupposerqu’elleétaitmenue,peut-êtremaigre,en
tous casles pommettessaillanteset le nez à l’arête bien
tranchante, presque ossue ; pour sa forme définitive il
n’avaitpuprévoir. Illuiétaitégalementapparuqu’elle
n’avait pas de poitrine, c’était plus logique, ou alors si
peu qu’il ne fallaitpasenparler…
Koulpa se tourna sur sa gauche. Il hésita, puis il
se risqua. Si son voisin de table ne l’y avait pas invité
d’unecertainefaçon,iln’auraitjamaiseul’indélicatesse
dedévisagerConstanceThalercommeillefit.
Ilrestaainsiplusdedixsecondes,lecoutordu,les
fesseslégèrementdécolléesdesonsiège.
La femme dont il avait imaginé la statue n’avait
rienpourluiplaire,maiscellequis’offraitàlui…Ma-
dameThalerétaitbrune,auxrondeurssuggestivesetàla
poitrinedépensière…Ils’étaittrompésurtout,saufsur
la couleur de ses yeux : ils étaient clairs, car ils étaient
bleus…
IlserassitprestementquandPotioluitiralebras.
Allons, cher ami… Vous allez vous faire remar-
quer…
Koulpa se montra confus, il n’avait pas voulu.
Maiscettefemmeétaitsi… séduisante.
Fort de son petit effet, Thaler était resté debout
quelquessecondesavantdeserasseoir. Ilrécoltadansla
fouléelesourirebienveillantdesavoisine,AdrianaVan
der Bra.
Gaston,vousêtesunhommesicourageux…
Adrianaétaitàl’aristocratiecequelaventouse,les
formes en moins, était jadis à la médecine : un pla-
ceboremplid’airdeunmètrequatrevingt,poissonpi-
lotedesmondanités,etdontlesfessestoujoursàl’affût
14Charles W. Faston
desflèchesdeCupidons’offraientauxferslesplusdo-
rés. Celui qui avait le plus beau carquois ce soir-là et
depuisplusieurssemainesdéjà,c’étaitLucienEmache,
numéro un mondial de l’industrie du luxe, mais nu-
méro deux dans sa fratrie de vuitonnés derrière son
frère Victor, associé avec lui dans les affaires. Lucien
Emacheétaitunhomosexuelnotoire.
En dévorant des yeux le banquier, Adriana avait
dit courageux, mais elle avait failli ajouter : Gaston,
vous êtes un homme si… hétérosexuel. Elle fut sauvée
inextremisparlemaîtred’hôtelquidistribuaitleshors-
d’œuvre.
Catherine Lemental s’infléchit légèrement pour
observer Benoît Koulpa. L’homme était maigre mais
non dénué de charme. La cinquantaine peut-être, le
visage émacié et la bouche parfaitement dessinée. La
bouche,c’étaittrèsimportant. Autantquelesyeux. Les
siensétaientnoirs,etchoseparticulière,leblancdeson
œilétaitparfaitementblanc. Lecontrasteétaitplussai-
sissant encore.
Cette singularité avait deux conséquences.
L’hommeavaitunregardd’écarquillé,inquiétant,mais
surtoutilattiraitirrésistiblementl’attention.
Votrevoisinal’airtombédelalune,glissa-t-elle
à Potio. Regardez… on dirait qu’il tourne toujours sa
tête dansla mauvaise direction…
Le pharmacien dévisagea à son tour Benoît
Koulpa. Sa coupe de champagne à la hauteur de son
menton,laboucheentrouverteetlessourcilsrelevés,il
observaitplacidementlelustredelasalleàmanger.
Potio avaitlesensdel’humour:
Ilyapeut-êtreunearaignéedansleplafond…
CatherineLementalsourit. Cadevaitêtrel’expli-
cation.
Ils étaient cuits à point, c’est ce qu’avait pensé le
banquier Thaler. Ils étaient cuits à point, sauf deux.
15Quadrille chez l’ambassadeur
Pour sa femme, ça n’était pas surprenant. Depuis
quelques années elle distribuait ses sourires avec par-
cimonie, même dans l’intimité. Mais pour l’homme
qui était à l’autre bout de la table, c’était plus insolite.
Il n’avait pas ri à sa boutade de banquier, et il n’avait
même pas fait semblant de succomber à ses talents de
tribun. Il regardait ailleurs.
Thalers’adressaàsonvoisindegauche:
Vousconnaissezcethomme ?
LeprofesseurYuTinLangl’ignorait. Ilréservait
sa curiosité aux mystères de la langue française. Lin-
guiste réputé, mais aussi référence incontestée dans le
domaine de l’Histoire Ancienne, grecque ou latine,
il s’amusait à répéter qu’à son âge il était toujours au
collège, puis il ajoutait malicieux : de France… Seule
Adriana avait osé lui demander un jour, dans quelle
ville.
Jen’enaiaucuneidée,Gaston,répondit-il. Mais
j’ai uneexcellente mémoire, c’estvousquiluiavezou-
vert la porte tout à l’heure…
Lebanquierhaussalesépaulesetsemitàréfléchir.
Ill’avaitfaiteffectivement,maisuniquementparcequ’il
setrouvaitprèsdel’entréeetquepersonnen’avaitdai-
gné répondre à son coup de sonnette. Catherine Le-
mentall’yavaitencouragéenassurantquec’étaitproba-
blement Lucien Mortis, une connaissance de Rocher-
Suchard,laseulepersonnequimanquaitencoreàl’ap-
pel. Can’étaitpassuffisantpourseforgeruneopinion.
Jesuisunpeugêné,fitBenoîtKoulpaàsonvoisin
lepharmacien. Jeneconnaispersonne…
Potio le félicita pour sa franchise. Il pouvait se
charger de faire lesprésentations.
Vous n’ignorez pas que nous sommes chez l’am-
bassadeur Rocher-Suchard…
Koulpa balaya d’un regard circulaire toute l’as-
semblée.
Ne le cherchez pas ici, reprit le pharmacien.
Rocher-Suchard est toujours dans sa chambre, il est
16Charles W. Faston
coutumier du fait. Il descendra quand il en aura ter-
minéavecsonpetitproblèmedesanté. Fichuemaladie,
conclut-il, surtout quand on connaît son calvaire…
Savez-vousqu’ilneseplaintjamais?…
Koulpa écoutait religieusement. La maladie de
l’ambassadeur était suffisamment grave pour que le
pharmacien parle de calvaire, mais peut-être pas assez
pour qu’on l’autorise à se soigner à domicile. Ou
peut-être était-ce le contraire : son mal était déjà
trop sérieux ou trop avancé justement, pour qu’on lui
infligeencorelesaffresdel’hôpital. Quandtoutespoir
était perdu on renvoyait les gens chez eux… Il fronça
lessourcilsensefrottantle front…
Potiocompritl’embarrasdeKoulpa. Ilsoupiraà
son tour puis il reprit.
Agauchederrièreleyucca,ilyavaitmadameTha-
ler. Puisdanslesensdesaiguillesd’unemontre,ledé-
putéMentiri,promisàunbelavenir. Celafaisaitdeux
jours qu’on parlait d’un remaniement ministériel et il
tenait la corde pour un portefeuille. Comme par ma-
gie, tout le monde ne jurait plus que par lui, surtout
ceuxqui n’étaient pasdesonbord.
Alagauchedudéputé,madameRocher-Suchard,
puisLucienEmache,delamarquedumêmenom,puis
detoutescellesqu’ilavaitrachetéesavecsonfrère,par-
fums,alcoolsetbijoux. Jusqu’autagadatsouintsouinde
luxe, enl’occurrenceles deuxcabaretsles pluschics de
laCapitale. Amoinsdetroiscentsfrancsleverredeli-
monade, c’était manquer de respect à la clientèle. Ca
n’étaitpaslereprochequ’onpouvaitfaireàcethomme
roué.
Adriana Van der Bra était arrivée au bras de Lu-
cienEmache. Ilpouvaitsemblersurprenantqu’unetop
model réputée pour son appétit pour la bagatelle s’af-
fiche avec un gars de la jaquette, mais Potio avait son
17Quadrille chez l’ambassadeur
explication: VanderBraétaitunehermaphrodite,ca-
pable de contenter des amants divers, femmes, homo-
sexuels, bisexuels, et pourquoi pas trisexuels. Tous les
goûts étaient dansla nature.
Agauchetoujours,ilyavaitGastonThaler,pres-
senti un moment pour diriger le FMI ; à ses dires ça
n’étaitquepartieremise. Puisvenaitensuiteleprofes-
seur Yu Tin Lang.
Un sympathique emmerdeur, fit Potio. Vous ne
pouvezpasalignertroisphrasesàlasuitesansqu’ilvous
reprenne. Faîtes attention au mauvais emploi du sub-
jonctif, ça ale don de l’énerver…
Koulpatintcomptedelamiseengarde,maisilse
rassuraaussitôt: ilneparlaitpasbeaucoup.
Enfinpourterminerilyavaitl’évêqueEpiscopus,
puis Rocher-Suchard, représenté pour l’heure pas sa
chaisevide,CatherineLemental,unepsychanalysteré-
putée,et«votrehumbleserviteur,conclut-ilenincli-
nant la tête, « Hubert de Potio des laboratoires Phot-
weiser… tout le monde m’appelle le pharmacien… La
boucleseraboucléequandvousm’aurezditvotrenom,
cher ami…
Koulpa s’apprêtait à ouvrir la bouche, quand à
l’autreboutdelatableilentenditlavoixdeThaler:
Monsieur Mortis !…
Mortis… Il fronça les sourcils. Hubert de Potio
n’avaitpasparlédecette personne. Etait-celenom du
majordome…
Monsieur Mortis, reprit le banquier sur un ton
facétieux,jevousaivutoutàl’heure…vousêtesleseul
avecma femmequi n’avezpasri…
Koulpatournamachinalementlatête,maisilfut
bien obligé de se rendre à l’évidence, c’était à lui que
Thaler s’adressait…
Ilbalbutia,maissavoixseperditdanslebrouhaha,
au moment même où Potio le priait de répondre au
banquier :
18Charles W. Faston
Ne vous laissez pas faire, monsieur Mortis. Et
dîtes-vousbienquelamoitiédespersonnesquiontri,
l’on fait par pure politesse…
Illuifitunclind’œilpourl’encourager.
Koulpa devint tout rouge. Thaler venait de le
mettre dans une situation inconfortable et tous les
convives avaient tourné la tête dans sa direction, ils
attendaient une réponse.
Ilbaissalesyeux. Cestratagèmen’eutaucuneffet.
Quandillesreleval’attentionseportaittoujourssurlui.
Alors il se jeta à l’eau :
C’est que… je ne sais pas ce que c’est, des yeux
d’orfraie…
On entendit une petite rumeur dans la salle à
manger.
AdrianasepenchaversEmache:
C’est quoi un orfraie ?…
Ilenlevaseslunettespourmimerlabête. Ilécar-
quilla les yeux.
Unorfraie,c’estunmerlanfrit?
C’est presque ça ma chère. C’est un poisson qui
vole et qui a des plumes…
Les commentaires filèrent dans tous les sens, et
l’on vit Yu Tin Lang s’agiter sur sa chaise. Il paraissait
gêné qu’on prenne cet homme à partie. Ou peut-être
piaffant d’impatience, attendait-il qu’on fasse appel à
ses lumières pour se mêler à la discussion. Son attente
fut récompensée :
Professeur! Vousquisaveztout…
Ilesquissaunsouriremodeste :
L’orfraie,fit-ilens’essuyantlaboucheavecsaser-
viette,c’estlenomdupygarguevulgaire…
Adriana intervint :
C’estunpoissonavecdesplumes!
Toutle monde s’esclaffa.
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