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Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar

De
225 pages
Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar ou comment un jeune cheminot de Trutnov (Tchécoslovaquie) croise sur son chemin Vaclav Havel, comment une amitié se noue entre les deux hommes entre parties d'échecs et bières partagées jusqu'au balcon du Château, place Venceslas, à Prague...
Le dernier roman d'Antoine Choplin, inspiré d'une histoire vraie, s'intéresse comme souvent aux humbles et montre comment, parfois, le destin les porte, les fait basculer du côté des justes et les fait participer, presque par hasard, à la grande Histoire...
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OICI L’HISTOIRE de Tomas Kusar, gardebarrière à Trutnov (Tchécoslovaquie), V un jeune homme simple, amoureux de la nature et pas sionné par la photographie. Il mène une existence paisible, jusqu’à sa rencontre avec Václav Havel, dramaturge dissident et futur président de la République. Une rencontre qui va changer sa vie. Le dernier roman d’Antoine Choplin s’intéresse comm e souvent aux humbles, aux sans-grade et montre comment, parfois, le destin les porte, les fait basculer du côté des justes et participer, presque par hasard, à la grande Histoire. Un roman sur l’amitié et l’engagement.
Antoine Choplin est l’auteur deRadeau, duHéron de Guernica, d’Une forêt d’arbres creuxet deLa Nuit tombée(prix France Télévisions 2012)
QUELQUES JOURS DANS LA VIE DE TOMAS KUSAR
couverture : d’après une illustration de Konstantin Kuznetsov (1863-1936) © 2017, La fosse aux ours La fosse aux ours – 1, place Jutard – 69003 Lyon ISBN (papier) : 978-2-35707-095-0 ISBN (ePub) : 978-2-35707-119-3 Préparation du format ePub :LEKTI
Antoine Choplin
Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar
La fosse aux ours
PLACEVENCESLAS
Ce qu’il fait là. Lui, le cheminot de Trutnov, au balcon du Château, face à la place Venceslas envahie par la foule immense. Dans l’espace étroit, ils doivent être une vingtain e. Contre Tomas se serrent Jiri, Markéta, Petr, Joska. Leurs visages sont si proches que parfois ils se touchent. Tous ont ce drôle de sourire, où la joie fait comme elle peut avec l’air glacial de décembre qui fait trembler les lèvres. Certains glissent leu rs bras sur les épaules voisines, les étreignant parfois avec une force plus grande, embr assant dans l’élan une tempe, un front. Un peu plus tôt, ils se sont réunis au sommet de l’escalier intérieur, sur les tapis épais. Il y a eu de brèves accolades. Václav a fait quelqu es pas dans une vaste galerie adjacente. En silence, ils l’ont suivi des yeux tan dis qu’il déambulait, et puis il est revenu vers eux. Alors, ils ont vu son visage, la paix radieuse qui s’en dégageait. Certains ont eu envie de pleurer et c’était surtout parce qu’ils se souvenaient du chemin parcouru. Et puis on a ouvert doucement les deux battants de la haute fenêtre et la clameur est entrée comme une vague.
Autour de Václav Havel, donc, au Château, dans le souffle des vivats.
Le regard de Tomas s’est attaché longuement à la masse sombre de la foule avant de s’échapper vers la ligne des toits et le ciel nocturne. L’œil ouvert, paupières inertes, il s’est laissé envelopper par le flou des lointains. Il lui a semblé que le tumulte s’effaçait un peu. Son esprit s’est mis à vagabonder. Plusieurs fois, l’idée l’a traversé. Il serait mieux en bas, au milieu des autres. Et même ailleurs, à l’écart de toute cette effervescence, tiens, du côté de Hradecek, en marche parmi les arbres. Il chanterait peut-être quelque chose, en les sachant là pour de bon, Václav et tous les compagnons. Il chanterait et ça aurait de la gueule, cette voix solitaire dans la nuit, en lisière des forêts de Bohême saisies déjà par l’hiver.
Une main ébouriffe ses cheveux, celle de Jiri. Toma s n’entend pas les paroles qu’il prononce en riant, tourné vers lui. Il lui sourit en retour, sans trop savoir. Devant eux, Václav salue les gens sur la place et o n le devine peu à l’aise dans cet exercice. Son embarras semble amuser Olga qui se tient à ses côtés, en léger retrait. Par intermittences, Václav lève les deux bras, les doigts en forme de V. À chaque fois, la clameur de la foule s’intensifie et, pour ceux de la tribune, c’est une secousse pour le corps tout entier, un fracas dans la poitrine.
Tant bien que mal, Tomas ramène devant lui la sacoc he épaisse qu’il porte en bandoulière. Les paumes au contact du cuir rigide e t élimé, d’autres pensées le reprennent. Elles le posent ici et là, par fragments, sur la route des années écoulées. À côté de lui, Markéta peut le voir soudain ouvrir grand la bouche, l’œil mouillé, avalant
plusieurs goulées d’air. Elle pose une seconde le f ront sur son épaule. Tomas ne semble pas lui prêter attention. Il finit par libérer le fermoir de la sacoche. Il en sort un appareil photo, le seul qu’il ait jamais possédé, son vieux Rolleiflex 6x6 négocié vi ngt ans plus tôt auprès d’un brocanteur de Jicin. Ah oui, vas-y, approuvent ensemble Markéta et Joska. Un peu plus loin, Ivan l’a vu faire lui aussi et lu i adresse un clin d’œil pour l’encourager.