Résurgences

Résurgences

-

Français
264 pages

Description

De jeunes femmes sont retrouvées assassinées à Los Angeles. Quelle n'est pas la confusion des policiers lorsqu'un indice leur permet de reconnaître la signature d'un tueur en série décédé en prison plusieurs années auparavant ! Hanté par son passé, Sean Maclean a quitté la police pour noyer ses angoisses dans l'alcool, jusqu'au jour où il est appelé à rejoindre l'équipe de la Criminelle en tant que consultant sur cette sombre affaire. D'abord sceptiques devant ses méthodes peu orthodoxes, sa jeune partenaire le Lieutenant Brooks et le Capitaine Silver vont profiter de sa précieuse expérience du terrain. Une jeune fille accusée de graves délits de piratage leur apporte également son aide pour faire avancer l'enquête. Vengeance et rédemption constituent les principaux ressorts de l'intrigue de ce roman policier au suspense haletant.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 février 2018
Nombre de lectures 2
EAN13 9782414201310
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Couverture
Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-20129-7
© Edilivre, 2018
1 Sean
La pouteille l’aPPelait, encore et encore. Le liquide ampré amorçait sa danse hyPnotique, léchant de manière séductrice la Paroi de verre. Il voulait fermer les yeux et ouplier cette vision addictive. Mais rien n’y faisait, la conclusion restait la même. Il allait à nouveau faire Preuve de lâcheté et, il resterait ce dégonflé jusqu’à la fin de ses jours… Lorsqu’il tendit la main vers son Graal tant convoité, sa main trempla violemment. Instinctivement, il serra le Poing et grogna. Il se retint de le fraPPer contre le mur mais, dans sa tête, une voix fit éclater sa rage :Tu ne sers à rien ! Tu devrais en finir, le monde n’a pas besoin de toi ! Une larme coula sur sa joue mais il ne la remarqua Pas. L’hapitude… Quand on a tout Perdu, on est moins récePtif à l’effusion de sentiments gluants et mielleux. Son regard riva une nouvelle fois sur la pouteille de whisky. Elle lui renvoyait une myriade de nuances caramel, continuant sa drague lancinante.Allez Sean, viens ! Bois-moi et tu seras un homme libre ! Loin de ta tristesse et de ta souffrance… Avec moi tu oublieras tout ! Il enfouit sa tête dans ses mains et, cette fois, sanglota. Il savait que Pleurer ne lui amènerait aucunement un sentiment de pien-être. Mais il ne Pouvait Pas s’en emPêcher, comme un parrage qui romPrait sous la force des flots. Grande structure à l’aPParence solide mais vide à l’intérieur. Vulnéraple. Il ne sut Pas compien de temPs il resta ainsi, Prostré, recroquevillé comme un fœtus avorté. Le fait d’avoir écoulé toutes ces larmes attisa encore Plus sa soif. Il se trouva lamentaple… Il regarda autour de lui, son aPPartement était à son image : froid, sompre et sans âme. ersonne ne Pourrait y vivre. ersonne à Part lui… À travers les Persiennes de ses volets fermés, seuls de faiples rayons de lumière osaient encore Pénétrer cette demeure angoissante. Tout était gris et Poussiéreux. Les rares meuples Perdus dans l’esPace des quelques Pièces ne suffisaient Pas à faire vivre l’ensemple. Un canaPé, une taple de salon, un matelas Posé à même le sol. Un semplant de commodité tenait dans deux Pièces exiguës : la kitchenette et la salle de pain. Soudain, Sean fut tiré violemment de ses sompres Pensées. On tampourinait à sa Porte. Sûrement encore le ProPriétaire qui lui réclamait les mois de loyers imPayés. Intérieurement, il se rePassa l’éternel monologue de son logeur. Monsieur Martin, je vous préviens ! Je vais appeler les huissiers et vous faire déguerpir de chez moi vite fait, bien fait si vous ne me payez pas vos trois mois de loyer en retard dans les jours qui viennent ! Je peux comprendre que vous traversiez une période difficile mais y en a qui doivent manger aussi ! « Une Période difficile »… comme s’il avait Perdu son chat ou ses clés de voiture… et son histoire de survie alimentaire le faisait doucement rire car le Profil pedonnant de son ProPriétaire ne laissait Pas vraiment la Part pelle à la famine ! La rancœur et la souffrance constituaient un mélange exPlosif. Sean se leva comme si ce geste Pouvait chasser l’un ou l’autre de ces sentiments. Balayer tout d’un revers de la main, d’un geste, d’un mouvement… Si tout Pouvait être aussi simPle ! Sa tête tourna, en manque. En manque d’alcool, en manque d’attention, en manque de comPagnie, en manque d’amour… En manque de tout. Il se décida enfin à se diriger vers les couPs prutaux résonnant tel le glas d’un funeste destin. La Porte allait-elle résister à cette agression ? Son esPrit aussi se sentait violenté, son intimité violée Par cette Présence non voulue. La colère revint comme un retour de poomerang, raPide et fendant l’air en sifflant. La main sur la Poignée, il marqua un temPs d’arrêt. eut-être que la Personne intrusive allait s’en aller, lassée d’attendre ? Contrairement à lui, les gens avançaient, avaient un Planning tout tracé, avaient un put dans la vie. Quelque chose à quoi se raccrocher… Lui était
susPendu dans le vide, Pendu au pout d’une pranche sèche, fragile, Prête à lâcher. Le vent le faisait se palancer tantôt vers la vie, tantôt vers la mort. our le moment, il se contentait de suivre ce mouvement régulier mais il savait qu’un jour, il devrait choisir. Cette éventualité qui se raPProchait inexoraplement lui faisait Peur. Mais l’avait-il vraiment ce choix, aPrès tout ? Une seule issue : la mort. La délivrance, le calme, la sérénité. – Ouvrez ! Je sais que vous êtes là ! Ces mots hurlés le firent sursauter, comme s’il se réveillait d’un Profond coma d’une durée indéterminée. Quand le prouillard dans lequel il se trouvait se dissiPa, il se concentra. Connaissait-il cette voix ? ouvait-il mettre un visage sur cette intonation ? Il chercha aussi loin qu’il le Pouvait dans ses souvenirs emprumés. Sa question restait cePendant sans réPonse. Il secoua la tête. ImPossiple ! Il ne connaissait Plus Personne et Plus Personne ne Pourrait le reconnaître ou même le retrouver. Il s’était déprouillé Pour se faire ouplier, c’était mieux ainsi. On ne Peut Pas dire qu’il Portait chance à ses Proches. Il était à lui seul une Plaie du monde. Une Plaie péante où l’on Pouvait se noyer doucement, cruellement. Certains avaient essayé de franchir ce gouffre Pour le rejoindre, l’aider. En vain. Il était maudit. oint. Fin de l’histoire. Mais alors qui Pouvait pien tampouriner à sa Porte de cette façon ?Bah sûrement quelqu’un qui s’est trompé de porte !solution traversa son esPrit à l’instar d’un éclair Cette fulgurant. ourtant logique, elle semplait avoir Pris son temPs Pour arriver à destination, dans son cerveau. Cette Pensée le rassura et lui donna la hardiesse de crier une réPonse cinglante : – Foutez-moi la Paix ! Allez hurler ailleurs ! Vous vous êtes tromPé de mec à emmerder ! Sa voix Parut rauque et dure à ses oreilles. C’est tout juste s’il se reconnut dans cette vocifération. Les couPs stoPPèrent net. endant un moment, le silence régna en maître et devint assourdissant aux oreilles de Sean. À l’instant où il crut Pouvoir retourner à sa solitude, on lui réPondit : – Lieutenant Maclean, me voilà rassuré. Je n’étais Pas sûr de vous trouver ici ! L’interPellé fut fortement étonné de déceler du soulagement dans cette voix mystérieuse sans visage. Il voulut amorcer la mécanique de son cerveau mais il optint seulement en retour un prouillard éPais. Il avait Perdu son instinct de chasseur. Cette situation échaPPait à toute logique. Il devait rêver. Oui c’est ça ! Tu rêves ! Tu as encore trop forcé sur la bouteille ! Il esquissa un léger sourire en se traitant intérieurement d’idiot. Mais les couPs réPétés à la Porte rePrirent de Plus pelle et firent s’effondrer toute son exPlication rationnelle. Sean tendit la main vers la Porte, la Peur au ventre. Cela faisait des années qu’on ne l’avait Pas aPPelé Par son vrai nom. Même son ProPriétaire ne le connaissait que sous son nom d’emPrunt ! Non ! N’ouvre pas la porte ! Tu sais que ce n’est pas une bonne idée ! Recule et va chercher ce bon breuvage qui t’attend ! Contre toute attente et Presque malgré lui, Sean ouvrit la Porte. Il se trouva nez à nez avec un jeune homme en costume noir. Il sempla s’adresser à ce visiteur incongru mais la remarque n’était destinée qu’à s’auto-fustiger : – Mais Pourquoi j’ai ouvert cette Putain de Porte ?
2 Lou
Lou soufflait enfin. Interminable, la journée touchait à sa fin. Les clients avaient été très désagréables et son patron, de mauvaise humeur. Assise dans le métro, elle sourit à l’idée de la soirée qu’elle allait pouvoir passer… seule. Même si elle adorait sa petite fille, assurer travail de vendeuse et vie de maman devenait pesant. Un long contrat signé avec le diable : que des ennuis, des soucis sans contreparties. Elle avait souvent l’impression de devenir une machine, un robot qui s’allumait, s’activait et s’éteignait mécaniquement selon un programme pré-choisi par une personne extérieure à l’aide d’une télécommande. Elle passa la main dans ses cheveux et découvrit quelques nœuds qui avaient échappé au coup de peigne rapide de ce matin. Elle grimaça. Ce soir, elle reprendrait son corps en main. Au programme : bain moussant pour détendre ce corps meurtri et soins esthétiques afin de retrouver une féminité désirable. Le tout accompagné d’un bon verre de vin et d’un roman policier haletant. Le livre qu’elle lisait en ce moment regroupait tous les éléments qu’elle affectionnait : un serial killer qui reste un grand mystère pour la police, un flic un peu agressif de type mauvais garçon, une victime épargnée et assoiffée de vengeance… et surtout une fin à couper le souffle. Elle adorait l’instant où elle reposait son livre en fermant les yeux revivant ses scènes préférées et savourant l’ultime révélation. Ces moments de lecture représentaient pour elle un havre de paix. Un temple où le calme et la sérénité gouvernaient. Ici, pas question deVous n’auriez pas le même en noir ? Dans une autre taille ? OuVous ne trouvez pas que ce petit haut me boudine un peu ? Elle avait commencé son métier de vendeuse il y avait tout juste deux ans dans une petite boutique de prêt à porter féminin. Ce n’était qu’un gagne-pain pour elle et sa fille. Elle ne ressentait aucun plaisir à vendre des articles en mentant délibérément à ses clientes. C’était pourtant la seule règle du jeu qui lui était imposée si elle voulait gagner la partie et ainsi remporter la mise tous les mois. L’hypocrisie constituait la meilleure arme dont elle usait, contrainte et forcée :Mais non madame, cela vous va à ravir ! Ou encoreJe vais voir en réserve, il doit m’en rester un qui n’attendait que vous… Et ces sourires forcés à longueur de journée qui cachaient une envie irrésistible de jeter tous ces morceaux d’étoffe à la tête de ces grandes fortunées qui vous prenaient pour leur esclave d’un jour. Elle soupira et secoua la tête, il fallait absolument qu’elle se vide la tête de toutes ces mauvaises pensées. Elle n’allait pas les laisser gâcher cette soirée tant convoitée ! Surtout qu’elle avait passé un temps infini à la préparer… Sa mère lui avait enfin concédé une soirée pour garder sa fillette de cinq ans. Mais pas plus hein ! N’en prends surtout pas l’habitude ! C’est toi qui l’as voulue cette enfant, à toi de t’en occuper ! Certes, sa mère n’était pas une grand-mère exemplaire dévouée à ses petits-enfants. La seule chose qui comptait pour cette cinquantenaire était sa liberté : sortir faire la fête, boire, fumer, danser, rentrer avec un homme différent comme si elle voulait compléter une collection sur une étagère… Elle avait, elle aussi, eu une fille mais à la seule différence qu’elle ne l’avait pas désirée. Lou était bien placée pour le savoir, sa mère s’arrangeait pour le lui rappeler dans chaque conversation qu’elles avaient ensemble. Lou resterait le petit morpion qui lui avait gâché la vie, mettant entre parenthèses ses rêves de jeunesse les plus fous. Au début, l’attitude de sa mère à son égard l’avait chagrinée puis, elle avait appris à vivre avec. Quand elle avait su qu’elle était enceinte, elle s’était juré de faire tout le contraire de sa mère : être présente pour son bébé et le choyer. L’aimer tout simplement. A l’accouchement, quand on posa cette toute petite créature sur sa poitrine, la première pensée qui lui traversa l’esprit fut de se demander comment sa mère avait pu faire pour rejeter ce minuscule être
humain si innocent ? Comment avait-elle pu balayer toutes ces émotions si fortes ? Lou avait pleuré de joie en voyant pour la première fois la petite Juliette qui lui avait tant envoyé de coups de pieds dans son ventre. Elle avait été émerveillée de sentir monter cet amour puissant en elle et étonnée d’en recevoir tant en retour. Ses relations amoureuses s’étaient toutes enchaînées dans un rythme affolant sans qu’il n’en ressorte rien qu’elle put garder… sauf Juliette ! Son père avait disparu de sa vie avant même d’entendre l’heureuse nouvelle. Un junkie à la recherche de son propre bonheur : la poudre blanche. Elle n’avait été qu’un court épisode de sa vie tourmentée. L’absence de l’image d’un père se faisait sentir parfois quand elle devait courir entre la nounou, les couches, les biberons, les repas, le travail, les siestes… Mais aussi quand sa fille lui posait inlassablement la même question :Il est où papa ? Pourquoi mes copains, ils en ont tous un et pas moi ? Quand ces pensées s’entrechoquaient ainsi dans sa tête, elle avait l’impression d’avoir déjà vécu trois vies en une seule et se sentait désemparée. Que répondre à une petite fille qui ne mérite pas de se poser tant de questions si injustes ? Que son père ne voulait pas d’elle, voire d’elles ? Qu’il était sûrement allongé seul dans la noirceur d’un squat quelque part, une aiguille encore plantée dans le creux du bras ?
Perdue dans ses pensées, elle fut surprise d’être déjà arrivée chez elle. Elle était descendue à son arrêt habituel sans, pour une fois, s’être endormie dans le métro. Elle avait ensuite parcouru à pied le kilomètre qui la séparait de sa maison. Quand elle passa le portail de son jardinet, elle cherchait ardemment ses clés, la tête penchée vers l’ouverture de son grand sac. Elle ne vit donc pas qu’une personne la suivait depuis l’arrêt de métro et semblait épier le moindre de ses gestes…
ème Son appartement de la fin XIX était simple, sans fioritures mais sa fille et elle s’y sentaient bien, en sécurité. Lou alluma quelques bougies dispersées dans sa salle de bain, tout en ressentant déjà la chaleur de la vapeur de l’eau qui coulait dans son bain. Elle testa la température et, satisfaite de son réglage, se dirigea vers sa chambre en direction de la table de nuit afin d’y récupérer sa « bible » du policier. Elle ne put s’empêcher de sourire en voyant que seulement quelques pages la séparaient de l’identité du tueur. Elle avait déjà sa petite idée sur la question et pourrait enfin vérifier la fiabilité de son hypothèse…Je vais enfin savoir qui tu es, ce soir ! En passant dans le couloir, elle s’arrêta devant une porte qu’elle poussa doucement après un court moment d’hésitation… Elle eut un bref pincement au cœur. C’était la chambre de sa fille Juliette. Elle l’avait voulue rose avec un lit à baldaquin comme une véritable princesse. Un jour, Lou avait craqué pour un costume de Cendrillon qui avait fini par compléter sa parfaite panoplie. Lou soupira doucement, libérant sa nostalgie. Sa fille était absente pour une nuit et voilà qu’elle lui manquait déjà ! Vivre à deux renforçait les liens qu’elles avaient déjà étroitement tissés. Lou avait peur d’en faire trop avec sa fille : elle n’avait que cinq ans et déjà elles étaient fusionnelles. Elle avait encore du mal à imaginer les années futures où Juliette serait en âge de sortir, de discuter de sujets plus graves de la vie… Elle se fit violence et décida enfin de refermer la porte derrière elle et de mettre de côté ses pensées angoissées de maman. Arrivée dans la salle de bain, elle arrêta le robinet d’eau et se déshabilla. Elle grimaça sous la douleur des courbatures. Elle ne faisait pas attention aux cris d’alarme que lui lançait son corps. Pas question de s’apitoyer sur son sort, Juliette passait avant tout. Elle était son seul parent proche. Sa fille n’avait qu’elle comme rempart pour la protéger du monde extérieur qui pouvait se montrer si cruel parfois… Elle haussa les épaules en se disant que le bain réparerait cette douleur, du moins en surface. En son for intérieur, elle savait très bien qu’elle repoussait à tort l’échéance, qu’un jour elle se déciderait à se soigner… Mais ce moment-là arriverait inévitablement trop tard. La chaleur la détendit avec délectation, rendant la sensation presque aphrodisiaque. Le parfum de l’huile de bain qu’elle avait déposée commençait à embaumer la vapeur de l’eau et
montait lentement à ses narines. Lou s’empara de son roman, un sourire aux lèvres et un pli de concentration naissant sur son front. Elle avait déjà lu trois pages quand elle entendit un bruit sourd émanant de sa chambre. Elle fronça les sourcils, tendant l’oreille. Elle attendit quelques minutes dans cette position, ce qui lui parut interminable. Quand seul le silence lui répondit, elle haussa les épaules et se moqua d’elle-même. Tout ça pour un objet qui avait dû glisser de sa commode ou une latte du plancher qui avait craqué toute seule… Elle n’eut pas le temps de lire cinq lignes qu’elle crut déceler des bruits de pas feutrés venant du couloir. Elle retint son souffle, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Elle avait l’impression que ses tympans allaient exploser sous l’effort qu’elle leur demandait d’accomplir afin de capter le moindre signe de présence…
3 Sean
Les rues défilaient au diapason de la vitesse du gros Suburban Chevrolet noir, tel un grand destrier de métal invulnérable. Son conducteur aimait visiblement maintenir une vitesse assez extravagante et imposer ainsi sa présence au cœur de la ville. Il semblait ressentir un orgasme à chaque virage négocié au plus serré. Quelques minutes plus tôt, les deux hommes s’étaient présentés de façon succincte. Mal à l’aise mais visiblement excité par la situation, le jeune homme tambourineur de porte avait tendu une main bienveillante vers Sean : – Je ne me suis pas présenté tout à l’heure, Officier Donovan Smith… Maclean avait éclaté de rire et, entre deux spasmes, avait réussi à s’expliquer : – Non, sans déc.’ ? C’est vraiment ton nom ? Comme dans Matrix ? C’est pour ça que t’es sapé comme un pingouin ? La jeune recrue avait grimacé, à mi-chemin entre un sourire forcé et une moue d’enfant blessé. Pour toute réponse, il avait continué sa marche et s’était installé au volant de son véhicule sans un mot. Sean l’avait suivi ensuite, avec un air amusé dépeint sur son visage. Ce que l’officier ne savait pas, c’est que Sean avait choisi l’humour afin d’éviter de se dévoiler devant cet inconnu. Il avait délibérément provoqué le jeune homme pour obtenir plus d’informations sur son interlocuteur. Et cela avait payé : il savait maintenant que c’était la Criminelle qui le cherchait. Il avait par ailleurs profité de sa blague pour étudier plus en détail son interlocuteur : cheveux noirs coupés très court, yeux gris, grande silhouette. Son corps paraissait se perdre dans son costume sombre mais Sean ne s’y trompa pas : le gaillard était robuste. En somme, l’officier Smith était l’archétype de la nouvelle recrue de police : une jeunesse encore motivée, confiante en la justice et fidèle aux valeurs et aux méthodes qu’on lui avait inculquées. Maintenant, le silence dans l’habitacle était pesant. Sean regardait le décor de la ville sans vraiment le voir. Il était perdu dans un flot de questions qui tournaient en boucle dans sa tête sans lui laisser de répit :Comment m’ont-ils retrouvé ? Qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? Soudain, l’officier Smith se mordilla la lèvre et se lança dans un rythme effréné : – Si vous saviez comme je suis heureux de vous rencontrer Lieutenant Maclean !! C’est un honneur pour moi de… Sans même quitter la vitre des yeux, Sean le coupa dans son élan d’un ton sec. – On a dû mal te renseigner, petit. Mon nom est peut-être connu mais je ne pense pas avoir bonne presse là où tu travailles… Donc, surtout, ce que tu viens de me dire, ne le crie pas sur tous les toits. C’est dans ton intérêt… Et arrête de me donner du Lieutenant ! – Je sais bien que votre situation est assez complexe mais vous ne croyez pas que les gens ont oublié depuis le temps ? Maclean regarda enfin son interlocuteur avec un étonnement plus que visible. – Ne me dis pas que tu es bête à ce point ? Là où tu bosses, rien ne s’oublie. Le temps renforce même les rancœurs… – À vous entendre parler c’est à se demander qui de vous ou de vos détracteurs a accumulé le plus de rancœur ! L’officier Smith ricana afin de montrer qu’il plaisantait mais son rire forcé mourut sur ses lèvres en s’apercevant que sa remarque avait botté en touche. Il profita d’un arrêt au feu rouge pour changer de sujet : – Vous savez, depuis tout petit, je rêve de faire ce métier. Maintenant que j’arrive sur la première marche de ma carrière, je suis en quelque sorte fier. Et je trouve que… Voyant que le jeune homme hésitait à finir sa phrase, Sean essaya de montrer un semblant d’intérêt pour la conversation :
– Allez, vas-y ! Précise le fond de ta pensée ! De toute façon, tu en as déjà trop dit… – Je trouve que vous devriez être reconnaissant de ce que votre métier vous a appris et fier également de votre chemin parcouru. – J’aurais dû m’abstenir de t’encourager si c’était pour entendre ce genre de… – Et je maintiens que votre réputation vous précède. Et unebonnequoi que réputation, vous en pensiez… – Je vois maintenant que l’on forme même les petits cons qui pensent tout savoir ! Sean fit une courte pause puis, en hochant la tête, se décida à reprendre sa tirade sur un autre ton : – Désolé… Tu as l’air d’être un chouette type mais je doute que tu aies l’expérience nécessaire pour discuter de cela avec moi… Et dieu sait que j’aurais préféré que tu aies raison… mais la réalité est toute autre. Donc, un conseil, si tu veux te faire des copains dans la cour de récréation, ne traine pas avec moi… Sean était retourné à sa contemplation. A cet instant, le conducteur sut qu’il ne pourrait rien tirer de plus de son passager. Se concentrant de nouveau sur sa conduite, il ne put arrêter la peine de le submerger. Depuis le temps qu’il attendait ce moment ! Après quelques minutes de combat intérieur entre sa curiosité irrésistible et la raison liée au respect de l’intimité, il décida de ne pas s’avouer vaincu et revint à l’assaut. – Vous savez, avant… euh… l’incident, vous étiez le plus grand, tout le monde vous vénérait. Encore maintenant, en formation, les instructeurs font référence à votre carrière… Sean soupira longuement : – … pour vous donner l’exemple qu’il ne faut pas suivre ? – Vous pouvez user d’autant de sarcasme que vous le souhaitez, ça ne fonctionnera pas avec moi. Si votre objectif ultime est de foutre en l’air vos compétences et vos connaissances, libre à vous. Mais ça ne changera pas ma vision des choses ! – Dans le genre tenace, toi, tu es le champion. Tu ne lâches rien, hein ? Sean eut seulement en retour un sourire entendu de la part du jeune homme. Haussant les épaules, il retourna à la contemplation des rues du centre de Los Angeles. Donovan, de son côté, avait retrouvé sa bonne humeur car, à sa manière, son idole venait de lui faire un compliment.