Rimbaud

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148 pages
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Ecrite au moment où son père meurt à Dijon - ce qu'il ignore, semble-t-il - cette dernière lettre d'Europe témoigne de l'angoisse permanente d'un Rimbaud enlisé dans sa vie comme dans la neige du Gothard, "tronçon immobile" avant l'heure, incapable de marcher dans sa tête. Voici une enquête minutieuse, revisitant avec rigueur toute l'histoire de la "rimbaldothèque", étendue sur plus d'un siècle, afin de mettre en perspective l'intérêt et la particularité de cette lettre étonnante.

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Date de parution 01 octobre 2009
Nombre de lectures 201
EAN13 9782296929623
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Avant-propos

L’essai proposéneconcerne plus l’adolescentRimbaud tel
qu’ilapparaît sur les photos deCarjat, perpétuéesparles dessins
d’ErnestPignon-Ernest, ou dans leCoin de tabledeFantin-Latour.
Le «tout jeune homme», très tôt victime desclichés,des
étiquetteset des mythes, «météore»éblouissant de lapoésie
française,augénie impatient et fulgurant, tantôtconsidérécomme
un «magicien,vagabond,ange en exil», un «prodigieux
linguisteun «» oulouche éphèbe» (selonFélix Fénéon), n’est
pas encore «ce disparu», «voyageur accompli» enAfrique.Il
est plutôt prochedu« philomathe »moqué parVerlaine,du
«voyageur toqué» encore européen ou de la«troncheà
Machin »,croquée parErnestDelahaye.Al’automne1878,âgéde
24ans,après une « fringale » de voyages sur le vieux continentet
une errance maritime versJava,Rimbaud entreprend de joindre la
côte italienne,aprèsavoir traversé leGothard.Ilcontecette
aventure dans unecorrespondanceécriteà Gênesle 17novembre.
N’est-il grandement temps de jeteraujourd’hui, le regard le
pluscomplet possible surcette «lettre dupauvreArthur»(pour
IsabelleRimbaud),cette «bouteilleàlamer»,selonMichel
Butor, encore trop peuconnueaujourd’hui ?
Est-ce seulement «une longuecauserie »ou« la suprême
étincelle decetincendie magique »?Peut-on lalirecomme «une
lettre fort spirituelle d'oùil nerésulte point que le poètesoitmort
-au contraire »?Oucomme unécrit« d'unerarevirtuosité de
style »etnondénué d’«unecertainevervesarcastique »?
Peut-onallerplusloin et ydéceler«véritablementle
franchissementd'une passe »,datant« l'adieu totalàl'Europe »,
déjàsalué parMallarmé?Est-ce lesigne d’«unchangement
radical »marquant« lafin dunomadisme d'antan »?Mieux :
d’aprèsle poèteJacquesRéda, il faut ylireun«Rimbaudadulte »,
«celui de l’entre-deux(…) ni le poète, ni letrafiquant, mais(…)
l’autre,celui de lavacillation fatale etde ladécision ».
5

Ce« premiergrandtexte d'aprèslapoésie »méritaitbien
qu’ons’yattarde enfin,puisqueMichelButor serisqueànoter un
« passage initiatique entre lavie etlamort», «une frontière entre
deux vies», « danscettetraversée de la blancheur».
«Dernieret vraiadieuàl’écriture poétique »,écrit«aussi
précieux qu’uneIllumination »,correspondance«dernièreà
afficherdes tournureslittéraires», notentd’autresauteurs,sans
doute perspicaces.
Nous regrettons vivementque plusieursgrands rimbaldiens,
dontYvesBonnefoy,AntoineFongaro,LouisForestier,André
Guyaux,SteveMurphy…, n’ontpas, pourl’instant, jugébon de
s’intéresserà cette lettre.Celane nousempêcherapasd’allerplus
loin encore pourlire dansce précieuxécrit unesorte de poème
pudiquementencadré pardesmicro-récits,comme échappé malgré
lui d’un «défroqué de lapoésie»,banni parlui-même.Signal fort
d’uncorps souffrant, déjàdepuislongtempsconscientque le
«piéton de lagrand’route»cherche (inutilement)àfuiretàtaire
ses« infirmités», il porte,commetoute l’œuvrerimbaldienne, la
marque d’une perpétuelle « mystique de l’échec».

6

ère
Photographie de la 1page dela Lettre deGênes,
aimablementfournie en mai 1991 par M.AlainTourneux,
alorsconservateurduMuséeRimbaud deCharleville-Mézières
7

Texteintégral deLa Lettre deGênes

1
Gênes, leSamediDimanche 17Novembre78

Chers amis

J'arrivece matinà Gênes, et reçois
voslettres.Un passage pourl'Egypte
2
se paie en ordesortequ') nil je’ya aucun
bénéfice.Je parslundi 19àneuf heuresdu soir.
Onarriveàlafin dumois.
Quantàlafaçon dontjesuisarrivé ici,
elleaétéaccidentée et rafraîchie detemps
entempsparlasaison.Surlaligne
droite desArdennesenSuisse,voulant
3
rejoindre, deRemiremont, la corresp.
Allemandeà Wesserling, il m'afallupasser
lesVosges, d'abord en diligence, puisàpied;
aucune diligence ne pouvantpluscirculer,
4
dansprèsdecinquantecentimètresde neige
en moyenne etpar unetourmentesignalée.
Maisl'exploitprévuétaitle passage du
Gothard,qu'on ne monte plusenvoitureà
cettesaison, et que je ne pouvaispasseren
voiture.
A Altdorf,àlapointe méridionale du
lacdesQuatreCantons qu'ona côtoyé envapeur
commence laroute duGothard.A Amsteg,
àunequinzaine de kilomètresd'Altdorf, la
routecommenceàgrimperetàtourner selon
5
lecaractèreAlpestre.Plusdevallée, on
ne faitplus que dominerdesprécipices,
pardessuslesbornesdécamétriquesde laroute.
Avantd'arriverà Andermatt, on passe
un endroitd'une horreur remarquable,
ditle pontduDiable, -moinsbeaupourtant
-que la Viamala(6) duSplügen,quevous
avezen gravure.A Göschenen,unvillage
devenantbourg parl'affluence desouvriers,
(texteconformeàlaphotocopie dumanuscrit,
vérifiableactuellement)

8

seule

partie

(…) onvoit aufond de lagorge l'ouverture dufameux tunnel, les
ateliersetlescantinesde l'entreprise.D'ailleurs toutce pays
d'aspect si féroce estfort travaillé et travaillant.Si l'on nevoitpas
debatteusesàvapeurdanslagorge, on entendun peupartoutla
scie etlapiochesurlahauteurinvisible.Ilvasansdireque
l'industrie dupays se montresurtouten morceauxdebois.IIya
beaucoup de fouillesminières.Lesaubergistes vousoffrentdes
spécimensminérauxplusoumoinscurieux,que le diable, dit-on,
vientacheterau sommetdescollineset varevendre enville.
7
Puiscommence lavraie montée,à Hospital ,jecrois:
d'abord presqueune escalade, parles traverses, puisdesplateaux
ou simplementlaroute des voitures.Caril fautbiense figurer que
l'on ne peut suivretoutletempscelle-ci,qui ne montequ'en
8
zig-zagsou terrassesfortdouces,cequi mettrait untempsinfini,
9
quand il n'ya àpicque 4 900d'élévation pourchaque face, et
même moinsde 4 900,vul'élévation du voisinage.On ne monte
non plusàpic, onsuitdesmontéeshabituelles,sinon frayées.Les
gensnon habituésau spectacle desmontagnesapprennentaussi
qu'une montagne peutavoirdespics, mais qu'un picn'estpasla
montagne.LesommetduGothardadoncplusieurskilomètresde
superficie.
Laroute,qui n'aguèrequesixmètresde largeur, est
combléetoutle longàdroite par unechute de neige de prèsde
deuxmètresde hauteur,qui,à chaque instant,allongesurlaroute
unebarre d'un mètre de haut qu'il fautfendresous uneatroce
tourmente de grésil.
10
Voici ! plus une ombre dessus, dessousniautour,
quoique nous soyonsentourésd'objetsénormes ;plusderoute, de
précipices, de gorge ni deciel:rienque dublanc àsonger,à
toucher,àvoir, oune pas voir,carimpossible de leverles yeuxde
l'embêtementblancqu'oncroitêtre le milieudu sentier.
11
Impossible de leverle nezàunebiseaussicarabinante, lescils
12
etlamoustache enstala[c]tites,l'oreille déchirée, lecougonflé.
13
Sansl'ombrequ'on est soi-même, et sanslespoteauxdu
télégraphe,quisuiventlaroutesupposée, onseraitaussi
embarrasséqu'un pierrotdans un four.
Voiciàfendre plusd'un mètre de haut,sur un kilomètre de
long.On nevoitplus sesgenouxde longtemps.C'estéchauffant.
Haletants,carenune demi-heure latourmente peutnousensevelir
14
sans trop d'efforts[,]ons'encourage pardescris, (on ne monte

9

jamais tout seul, maispar bandes).Enfinvoiciunecantonnière:
onypaie lebol d'eau salée1,50.

Enroute.Maislevent s'enrage, laroutesecomble
visiblement.Voiciunconvoi detraîneaux,unchevaltombé moitié
enseveli.Maislaroutese perd.Dequelcôté despoteauxest-ce?
(IIn'yade poteaux que d'uncôté.)On dévie, on plonge jusqu'aux
côtes, jusquesouslesbras...Une ombre pâle derrièreune
tranchée: c'estl'hospice duGothard, établissementcivil et
15
hospitalier,vilainebâtisse desapin etpierreus ;nclocheton.
Àlasonnetteun jeune homme louchevous reçoit;on monte
16
dans unesallebasse etmalpropre oùonvous régadle deroitde
pain etfromage,soupe etgoutte.
17
Onvoitlesbeauxgroschiensjaunesàl'histoireconnue.
Bientôtarriventàmoitié mortsles retardatairesde lamontagne.
Lesoiron est unetrentaine,qu'on distribue,aprèslasoupe,
surdespaillassesdureset sousdescouverturesinsuffisantes.La
nuit, on entend leshôtesexhalerencantiques sacrésleurplaisir
18
devoler un jourde pluslesgouvernements quisubventionnent
19
leurcahute .
Aumatin,aprèsle pain-fromage-goutte,raffermisparcette
hospitalité gratuitequ'on peutprolongeraussi longtemps que la
tempête le permet, onsort: ce matin,au soleil, lamontagne est
merveilleuse:plusdevent,toute descente, parles traverses,avec
des sauts, desdégringoladeskilométriques,quivousfontarriverà
Airolo, l'autrecôté du tunnel, oùlaroutereprend lecaractère
alpestre,circulaire etengorgé, maisdescendant.C'estleTessin.
Laroute esten neige jusqu'àplusdetrente kilomètresdu
20
Gothard.À30k.seulement,à Giornico, lavallées'élargit un
peu.Quelquesberceauxdevigneset quelquesboutsde prés,qu'on
fumesoigneusementavecdesfeuillesetautresdétritusdesapin
qui ontdû servirde litière.Surlaroute défilentchèvres,boeufset
vachesgris,cochonsnoirs.À Bellinzona, ilyaun fortmarché de
cesbestiaux.À Lugano,àvingtlieuesduGothard, on prend le
train, etonvade l'agréable lacdeLuganoàl'agréable lacde
Como.Ensuite,trajetconnu.

Jesuis toutàvous, jevous remercie etdans unevingtaine de
jours vousaurez une lettre.

Votreami.

1

0

Notes :

1 «Samedi» estrayésurle manuscrit.Berrichon n’écritpas«Dimanche »
2«Je» est rayésurle manuscrit
3«La corresp.»: abréviationcourantechezRimbaudqui, detoute façon, déteste
couperlesmotsen fin de ligne.
4 prèsde (cinquante):«prèsde»,rayésurle manuscrit.
5 «caractèreAlpestre» :(…)une majuscule inutile pour«Alpestre».
6Rimbaud estparfoisfâchéaveclesmajuscules: Il écrit« pontdu Diable »(au
lieudePontduDiable, ouPont-du-Diable) et via Mala(aulieudeVia Mala, ou
Vià Mala)
7Rimbaudauraitécrit«Hospital»,aulieude «Hospenthal»
8Houin etBourguignon etBerrichon (1899) ontpréféré écrire «zigzags»
9Rimbaud écrit«4 900d'élévation»,sanspréciser«4900mètres».
10Rimbaudauraitécrit«un ombre»:invérifiable,actuellement.
11PierreBrunel note «Le nez» ensurchargesur«latête» (nomrayé?)
12Rimbaudauraitécrit«stala[c]tites»,sansle «c».
13Ilsemble préférable d’écrire «sans», plutôtque «dans».
Lavirgulesembleabsenteaprès«efforts»,chezRimbaud
14Rimbaudauraitécrit«desapin etpierres». (Berrichon écriten 1897dansLa Vie
deJean-ArthurRimbaudeten 1899 dansl’édition desLettres(…)Egypte,
Arabie,Ethiopie:«desapin etde pierres»)
15Rimbaudauraitécrit«oùonvous régale»,Berrichon écriten 1897eten 1899:
«oùl’onvous régale».
16«lesbeauxgroschiensjaunes»sontévidemmentleschiens saint-bernard.En
1877, «Lechien de montagne»vientd’être montré en gravure, page7, dansLe
Tourde la France pardeuxenfantsdeG.Bruno, publié en 1877.L’auteur vante
« lesplusbeaux», «ceuxdumontSaint-Bernard »,« desPyrénées»et« de
l’Auvergne »! .
ère
17La1 édition, effectuée parHouin etBourguignon,comporteun point
d’interrogation parasiteaprèsle mot«voler».Cetindice,ajoutéàlasuppression,
plushaut, de larépétition dumot«voiture»,semble démontrer une intervention
d’IsabelleRimbaudqui n’adoncpasconfié l’original de laLettreauxpremiers
éditeurs.
18Descommentateursaussi nombreux qu’imprudentsévoquentdesmoinesalors
queRimbaud écritqu’ils’agitbien d’«un établissementcivil» (géré par une
famille d’Airolo) !
19Rimbaudauraitécrit«trente k».Berrichoncorrigeà chaque fois:«àtrente
kilomètres».
En l’absence dumanuscrit,comme lesignalentJean-JacquesLefrère etSteve
Murphy, danslarevueParadesauvagen° 13, p. 109, en 1996, on nesait si
Rimbaudaécrit: [va ]revendre enville,[enbandes]ouparbandes,uncheval
[tombé]moitié enseveli,[jusqu’] àplusde30kilomètres.

1

1

Itinéraire deRimbaud, duhameaudeRocheà Gênes(Carteréalisée par
l’auteur).

1

2

I Une lecture deLa Lettre deGênesde 1878

S'il est un documentlongtempsmalconnudans son intégralité
et souventnégligé parla critiquerimbaldienne, malgré la
multiplicité desesgloses,c'estbien laremarquableLettre de
Gênes,écrite le 17novembre 1878,adressée parle poèteaux
membresdesafamille, nommés«chers amis»,résidant
désormaisdansle petithameauardennaisdeRoche, près
d'Attigny, danslesArdennes.
Cettecorrespondance dequatre pages,àl'écritureserrée,
raconteunvoyage de28à29 jours, le plus souventàpied, des
Ardennesàl'Italie, en passantpar1eCol deBussang
etleSaintGothard,tousdeuxenneigés.Surtout, ellerecèle,semble-t-il, 1es
dernièreslignespoétiquesdeRimbaud.

Untexteàredécouvrir

Pendantneuf décennies, deséditionsdequalité,commecelle
deSuzanneBernard en 1960,revue parAndréGuyauxdès1981,
celle deLouisForestier, de 1973à2004,chezGallimard,toutes
lescorrespondanceséditéesàpart(saufcelle, en 1899, desLettres
ditesabusivement«africaines»dePaterneBerrichon,untitre
trompeurpuisqu’on nese doute guèreque lerecueilcontientdes
lettres« européennes» ! ),toutesleséditionsde poche et tousles
fasciculesoumanuelsadressésauxétudiantsignorent
superbementet trèslongtempscetexte, jusqu'àlatrèsbonne
édition deJean-Luc Steinmetz, entrois volumes, en 1989,chez
e
G.F-Flammarionqui intègre laLettre,maisdansle3 volume
intituléIlluminations.C’estlapremière édition «de poche »qui
publie le document.
Jusqu'en 1972,sauf pourceux qui ontpudénicherl’édition de
la correspondance non littéraire parPaterneBerrichon en 1899, on
ne pouvait trouverletexte intégralque danslesŒuvrescomplètes
de la« premièrePléiadede »,Rolland deRenéville etMouquet
(en 1946), etde la« deuxièmePléiade » d’AntoineAdam (1972),
mais sansaucunappareilcritique etavecune erreurde datation.
ère
(Onsait que la1 édition de lalettre, -amputée deson en-tête
etdesaformule finale -, en 1897étaitcachée danslapremière
biographie deRimbaud deHouin etBourguignon, publiée par
épisodes, de 1896à1901, dansLa Revue d'Ardenne etd'Argonne,

1

3

biographie hélasinterdite de publication envolume parIsabelle
Rimbaud:le livre ne paraîtraqu’en 1991! ).Heureusement,
depuis unevingtaine d’années,ce fâcheuxoubli d’un document
exceptionnel estréparé.Alorsqu'on necomptait quecinqéditions
intégralesde lalettre durant 75 ans, de 1897à1972,La Lettre de
Gênesaété publiée 17foisde 1985à2009,dont quatre foispar
1
AlainBoreret troisfoisparClaudeJeancolas.
Pourlapremière fois, en 1998seulement, de largesextraits
existentdans une éditionscolaire,celle des«Classiques
Hachette », dueà ThierryMéranger.

Pourquoicette lettre est-ellesirare?Parcequ'elle n'intéresse
ni lesexégètesde l'œuvre poétique probablementachevée en
1875,ni lescommentateursduRimbaudaventurier,africain
surtout,quiattendentla coupure franche etdéfinitive de 1880pour
parlerdu« doubleRimbaud » etdu trafiquant.
Seulsdesbiographesattentifsen ontcommenté desextraits.
Heureusement, depuislesannées80, desauteurscommeGérard
Macé,Alain deMijollaet surtoutAlainBorerontmisenvaleur
cette lettre.Aprèseux, dès1991, ilyeut surtoutClaudeJeancolas.
Tousont suextirpercetexte dufatrasdethèsesetde
commentaires quirecouvraient toute l'œuvre deRimbaud, pouren
permettre enfinune lecture pluséquitable.
LamêmeannéequeMichelButor, en 1989,GillesMarcotte
commente longuementla«Lettre »(«premiergrandtexte
d’aprèslapoésie»), maison l’accuse parfoisde
l’« instrumentaliser» pourdéfendre la«prose poétique».

Perduaucœurd'une périodetransitoire,si malconnuequ’elle
s’ouvreàtoutesleslégendes, pourceluiqui estdevenule
voyageur«toqué »(comme le nommesonamiErnestDelahaye
vers1876),transforméà ce pointen «l'hommeaux semellesde
vent»qu'on perdalors souvent satrace,ce long écrit,comme la
Lettrevoléed'EdgarPoe, est untextetrop évidentpour qu'on le
lisevraiment.
On n'en finiraitpasderelever, dansles tropraresmentionsde
cetécrit, leslapsus révélateursd’un intérêtaussi médiocre
qu’injuste pourcettecorrespondance.Celasetraduitpardes
erreursde dates, lesconfusionsde lieux, lesmoyensdetransport
oubliés(car toutlevoyage nese faitpasàpiedcomme onatrop

1

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