Sacrée Montagne de fou
238 pages
Français

Sacrée Montagne de fou

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Description

La montagne s'érige devant lui comme un obstacle insurmontable. Et pourtant, Robert n'a pas le choix, il doit se rendre au sommet. C'est un gars avec une mission. Même s'il voulait s'en retourner chez lui avec Véronique et les enfants, la chose n'est plus possible. Robert en a trop dit. Un mandat d'arrestation a été émis contre lui. L'ascension de la montagne n'est plus facile et il s'interroge sur la raison d’être de toute cette folie.

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Informations

Publié par
Date de parution 06 juin 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782896911868
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Sacrée Montagne de fou
Du même auteur : L’Espoir de te retrouver, poésie, Les Éditions Perce-Neige, Moncton, 1992. Tabous aux épines de sang, poésie, Éditions d’Acadie, Moncton, 1977.
ULYSSE LANDRY
Sacrée Montagne de fou
COLLECTION PROSE LES ÉDITIONS PERCE-NEIGE
Tous droits réservés pour tous pays. ©1996, Les Éditions Perce-Neige. 22-140, rue Botsford Moncton (N.-B.) E1C 4X4 CANADA
Conception graphique et direction : Paul J. Bourque.Illustration de la couverture : Paul J. Bourque. Adaptation numérique : Studio C1C4
Données de catalogage avant publication (Canada) Landry, Ulysse, 1950–
Sacrée Montagne de fou(Collection Prose)ISBNpapier978-2-92022-159-8 ISBN ePub 978-2-89691-186-8ISBN ePDF 978-2-89691-018-2
I. Titre. II. Collection. PS8573.A539S33 1996 PQ3919.2.L2273S33 1996
~ C843 .54 C96-950202-8
Dépôt légal quatrième trimestre 1996, BNC et BNQ.
Distribution en librairie : Diffusion Prologue 1650, boul. Lionel-Bertrand Boisbriand (Qc) J7E 4H4 Tél. : (514) 434-0306/1-800-363-3864 Téléc. : (514) 434-2627/1-800-361-8088
La production des Éditions Perce-Neige est rendue possible grâce à la contribution financière du Conseil des Arts du Canada et de la Direction des Arts du Nouveau-Brunswick.
À mes compagnons de vie, Stella et Martin
KATAR—Le pays est chloroformé : l’un des crimes de la tyrannie c’est de forcer le talent à se dégrader. La plupart se sont accoutumés à l’intolérance. AMIEL—Les années passent et beaucoup plutôt que de rester toute la vie hors jeu préfèrent transiger et puis collaborer, c’est-à-dire finir dans la déchéance. —ARRABAL, ...Et ils passèrent des menottes aux fleurs
1 Les oreilles me bourdonnent : une fuite dans le tuyau d’échappe-ment. Depuis presque deux jours, je voyage sur des routes que je ne connais à peu près pas. À mesure que j’avance dans la nuit, les traces de civilisation se font de plus en plus rares. Ça fait des heures que je n’ai même pas vu de maison. Le vacarme du moteur me fait mal à la tête. Je roule avec la fenêtre baissée pour faire circuler l’air. L’odeur des émanations me fait lever le cœur. Le moteur force, il gronde comme une bête enragée, avec des explosions qui me cassent les oreilles. Un cadran m’indique que ça commence à chauffer dangereusement. Si nous avions pu prévoir : il aurait fallu apporter la vieille Toyota au garage pour faire faire les réparations les plus urgentes. Faire changer le silencieux au moins! Quelques ajustements au carburateur n’auraient pas fait de tort non plus. Moi, je ne connais pas grand-chose en méca-nique. Je n’ai jamais aimé les voitures. J’ai toujours pensé que ça coûte beaucoup plus cher que ça ne vaut vraiment. On ne peut jamais prévoir quand la maudite machine va nous lâcher en plein milieu du chemin. J’ai l’impression que la vieille Toyota fait son dernier voyage. Elle arrive au bout de sa corde, elle manque de souffle. Avant longtemps, elle ne sera plus qu’un tas de ferraille en train de rouiller. La route se transforme en un sentier cahoteux, et tranquillement le jour commence à percer. Cette naissance m’émerveille. Normale-ment, j’avais l’habitude de dormir à cette heure-ci. Surtout les derniers temps. On aurait dit que j’avais de plus en plus de mal à trouver une raison pour me lever les matins, à ramasser le courage nécessaire pour continuer. Je décide de m’arrêter quelques minutes sur le bord de la route pour laisser refroidir le moteur avant que l’eau du radiateur ne com-mence à passer par-dessus. Ça me permettra de me reposer les yeux en même temps. Et les oreilles. Ah! mes pauvres oreilles! Même une fois le moteur arrêté, le bourdonnement me reste dans la tête. Ce n’est que graduellement que j’arrive à percevoir le chant des oiseaux et le frissonnement du vent dans les arbres. Autour de moi, rien que de la forêt. Le ciel perd ses couleurs de glace en flammes et devient bleu
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liquide. Ça s’annonce une belle journée, mais le soleil ne paraîtra que plus tard à cause des arbres et des montagnes. Un courant d’air frais me fait frissonner. J’allume la radio de la voiture, mais la réception est mauvaise, comme si les ondes se sauvaient de moi. J’ai apporté un autre appareil avec moi, il est dans le sac à dos, sur le siège à côté. C’est Willie qui l’a mis là. Cet appareil servira, une fois sur la montagne, à rester en contact avec le monde extérieur, même si ce n’est que pour recevoir la version officielle des événements. À force de tourner les boutons, je finis par trouver un poste avec de la musique. Je me laisse entraîner par l’émo-tion que ça réveille en moi; je me surprends à vouloir pleurer comme un enfant, avec un bouchon dans la gorge gros comme une balle de tennis. C’est une chanson country : Dolly Parton, je crois. «A coat of many colors my mama made for me…» Je dois être pas mal à bout de nerfs pour me laisser attendrir d’une pareille façon. Les larmes aux yeux, je me sens ridicule; j’aimerais tellement pouvoir en rire, me convaincre que cette histoire de fou doit sûrement avoir un côté comique. La chanson finit et c’est l’heure des nouvelles. On parle de la guerre qui se propage au Moyen-Orient. Les Américains veulent s’en mêler, les Chinois aussi. On a envoyé la reine d’Angleterre au Japon, en mission diplomatique. À quoi cela pourrait-il servir? Je ne vois pas le rapport. Plus près de nous, le premier ministre nous assure que les rumeurs de corruption qui circulent font partie d’un complot pour renverser le gou-vernement. On parle du discours du ministre des Finances pour expli-quer à la masse pourquoi le gouvernement est obligé de prendre des mesures draconiennes dans le but de redresser l’économie, qui serait en train de perdre la boule. On mentionne vaguement qu’on a mobi-lisé l’armée et proclamé l’état d’alerte. Des menaces auraient été faites contre la Grosse Machine, dit-on. On n’explique pas la nature de ces menaces. J’éteins la radio. Officiellement, c’est comme si rien ne s’était passé. Pourtant ça sautait pas mal quand je suis parti. Willie, qui s’est trouvé en plein cœur de l’action, m’a dit qu’il avait vu de ses propres yeux des cadavres ensanglantés qui gisaient sur les trottoirs du centre-ville. J’ai de la peine à croire que la situation ait pu se régler si vite. La révolte
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