Sans bon sang

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97 pages
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De mère québécoise et de père autochtone, Martha essaie de prendre sa place dans le monde des Blancs et de cacher son ascendance métisse. Blessée par la vie, Martha fait marche arrière. Pourquoi sa mère est-elle venue au Manitoba et pourquoi a-t-elle épousé Norman Star? Un roman humaniste et dense qui amène le lecteur à vivre l’expérience des familles exogames et qui met en relief les difficultés des alliances interculturelles.

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Date de parution 01 janvier 2005
Nombre de visites sur la page 3
EAN13 9782896112326
Langue Français

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Les Éditions des Plaines remercient le Conseil des Arts du Canada et le Conseil des Arts du Manitoba du soutien accordé dans le cadre des subventions globales aux éditeurs et reconnaissent l’aide financière du ministère du Patrimoine canadi en (PADIÉ et P ICLO) et du ministère de la Culture, Patrimoine et Tourisme du Manitoba, pour ses activités d’édition.
Œuvre de la page couverture : « The wizard of Home Street »,
Gérald Laroche
Imprimerie : Hignell
Édition révisée 2005
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Saint-Pierre, Annette, 1925-
Sans bon sang / Annette Saint-Pierre. (Les écrits de l’Ouest) Éd. originale: 1987. Publ. à l’origine dans la coll.: Publications des Éditions des Plaines. ISBN 2-89611-026-7 I. Titre. II. Collection: Écrits de l’Ouest PS8587.A3493S36 2005 C843’.54 C2005-905067-5
e Dépôt légal : 4 trimestre 2005www.plaines.mb.ca
Bibliothèque nationale du Canada, Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque provinciale du Manitoba
© Annette Saint-Pierre, Éditions des Plaines, 2005
À toutes les Martha du monde.
Dans la même collection
Dans le muskegMarguerite A. Primeau
Sauvage-SauvageonMarguerite A. Primeau
La MétisseJean Féron
Pièces en un acteAndré Castelein de la Lande
Préface
Lesouffle de l’écriture, comme un ballon d’essai créatif, passe de la pensée à l’espace sensoriel et ce, grâce aux voyelles et consonnes qui frémissent au toucher des idées. Un roman passionnant nous transporte justement dans cet ailleurs perdu entre le banal éveil et l’oubli impossible. Ceux et celles qui partagent leurs méditations en utilisant leurs talents innés, nous invitent dans un monde imaginaire où l’œuvre textuelle s’engendre grâce à l’acte de lecture ou d’interprétation. L’ histoire, une bonne histoire, naît alors. Elle se perpétue to ut en se réinventant avec chaque lecteur et en créant une dynamique qui lui est propre. Or, le succès ren ouvelé ou assuré d’une œuvre se mesure évidemment par sa vente en librairie, mais il se ma nifeste aussi quand celle-ci fait l’objet d’une réédition, ce qui est le cas du romanSans bon sangd’Annette Saint-Pierre. Femme de lettre intrépide, dévouée corps et âme à l a littérature franco-canadienne de l’Ouest, Annette Saint-Pierre a œuvré à titre de professeur et chercheur au Collège universitaire de SaintBoniface. Parallèlement à une longue et fructu euse carrière d’enseignante, elle développe d’autres talents et publie de nombreux essais critiques et romans, dont les plus récentsAu pays de Gabrielle Royet (2005) À la dérive (2002) publiés aux Éditions des Plaines. Notons, par ailleurs, qu’elle joue également un rôle primordial dans le m onde de l’édition francophone de l’Ouest canadien puisqu’elle est un des membres fondateurs des Éditions du Blé (1974) et du Centre des études franco-canadiens de l’Ouest (1978), ainsi qu e co-fondatrice, avec Georges Damphousse, des Éditions des Plaines (1979). Première lauréate du P rix AllianceFrançaise-Canada, elle a été nommée à l’Ordre des Francophones de l’Amérique du Nord, au Conseil de la vie française en Amérique et Membre de l’Ordre du Canada. Devenue Chevalier de l ’Ordre des Palmes académiques du gouvernement français, elle est également récipiendaire de nombreux prix et distinctions prestigieux, dont la Médaille de la Reine, le Prix du Consulat français, et le Prix Réseau. Annette Saint-Pierre est également à l’origine de la sauvegarde de la maison natale de Gabrielle Roy à Saint-Boniface. La maison, qui célèbre en 2005 son centenaire, demeure un puissant symbole des efforts infatigables déployés par Annette Saint-Pierre pour préserver ce précieux héritage que nous a laissé l’illustre auteur Gabrielle Roy. Grâce à une énergie inépuisable, à ses efforts et à sa persévérance, la maison fut acquise, restaurée et ouverte au grand public comme musée et la petite maison, sise rue Deschambault, fait désormais partie intégrante du patrimoine culturel manitobain. Un peu comme Annette Saint-Pierre d’ailleurs, qui elle aussi a laissé sa marque sur le paysage littéraire du Manito ba français et en est devenue une figure de proue fort admirée et respectée. Sans bon sang000, raconte le cheminement de, publié une première fois en 1987 et ensuite en 2 personnages aux prises avec un destin parfois cruel . L’ intrigue principale, qui se déroule au Manitoba français, est centrée sur une aventure d’a mour où, en toile de fond, le lecteur décèle l’affrontement entre deux visions du monde : la tradition et le modernisme qui auront chacun leurs avantages et leurs inconvénients. La Métisse Martha Star, jeune héroïne du roman, doit surmonter la pauvreté, le racisme et l’indifférence qu’ont connu son père autochtone et sa mère québécoise. Craignant d’être considérée comme une « sauvagesse », Martha apprend à mieux évaluer la valeur de l’individu, car comme l’écrit Saint-Pierre : « Du monde ignorant et sans jugement, il y en a partout. » (2005, p. 157) Elle doit également surmonter ses pr opres hantises, préjugés et jalousies, afin de pouvoir s’épanouir pleinement dans une société en évolution constante. Dans un style connu pour sa vivacité, l’auteur nous offre une narration riche en rebondissements divers et où les traits psychologiques des personnages révèlent une complexité humaine touchante. Le récit de facture plutôt classique propose une série de drames hauts en couleurs qui traitent de thèmes universels comme l’amour et la quête du bonheur, to ut en passant par le truchement de sujets très pertinents de nos jours, tels, par exemple, les thèmes de la recherche identitaire et de la valorisation de soi et de son héritage. Les axes connexes liés au t ransculturel ou au métissage sont également exploités dans une prose transparente et fluide. L’écriture foisonnante de détails permet au lecteur de déceler chez l’auteur la trace de ses premières amo urs. Annette Saint-Pierre, longtemps dévouée à la profession d’enseignante, présente de nombreux épisodes qui instruisent autant qu’ils cherchent à amuser. Toutefois, cet aspect didactique n’alourdit jamais le texte qui demeure léger grâce à des dialogues animés, qui alternent avec des descriptio ns dont le ton varie entre une écriture sobre et réaliste, ou enjouée et légère, ou encore émouvante et lyrique.
Finalement, un des attraits majeurs deSans bon sangd’être souligné : il s’agit d’un mérite roman dense qui aborde une question peu traitée ailleurs dans la littérature. Outre quelques textes, commeLa Métissede Jean Féron, (1923, réédité aux Éditions des Plaines en 1983 et 2004), ouUne histoire de M étissesde Laure Bouvier, (Léméac, 1996), rares sont les écrits qui abordent la question identitaire des Métis des prairies. Grâce au succès deSans bon sang, nous savons que les aventures de la Métisse Martha Star sont très appréciées, pui sque le livre en est maintenant à sa deuxième réédition. CeBildungsroman, ou roman d’apprentissage, puise à même l’ Histoir e du Manitoba français, pour nous offrir une histoire, celle d’une jeune protagoniste qui apprend progressivement à mieux comprendre la valeur de son patrimoine unique. Bien qu’enracinée dans une réalité culturelle particulière – celle des Métis -, cette œuvre s’inscrit désormais dans le canon littéraire de l’Ouest franco-canadien. C’est par le biais des arts, dont l’écriture, que nous explorons autrement de nouvelles ou vieilles réalités, bien cousues d’hypothèses probables et de fictions invraisemblables. Bien sûr l’interprétation reste imprévisible, chacun prend ses propres tangentes ou suit des circuits parallèles à sa vie personnelle. L’écriture, comme un fruit rare, constitue donc un cadeau inestimable à déguster avec plaisir. Et ce cadeau, ce don précieux de soi, est une promesse qui se renouvelle chaque fois qu’on ouvre un livre qui nous est offert grâce au travail assidu et à l’inspiration heureuse des écrivains. Cette réédition deSans bon sangdemeure un témoignage éloquent du succès d’Annette SaintPierre. On lui souhaite encore plusieurs nouvelles histoires à naître sous sa plume, des histoires comme elle sait si bien les raconter, et qui permettront à ses lecteurs et lectrices d’entreprendre d’extraordinaires voyages imaginaires…
Lise Gaboury-Diallo
Collège universitaire de Saint-Boniface
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Lesdoigts humides serraient nerveusement le parchemin que venait de lui remettre le président de l’Université de Winnipeg en murmurant presque confidentiellement : – Bonne chance, Roo-bert! Une demi-heure plus tard, les épaules rejetées en arrière et le torse bombé, le nouveau diplômé chantait à s’époumoner :God Save the Queen.quelques minutes et il prendra sa mère dans Encore ses bras, donnera une chaude accolade à son père et des poignées de main aux amis. Sa haute taille le servait bien au ballon-panier et au hockey, ainsi que dans les couloirs de l’université où les étudiants le trouvaient différent de ceux qui souffraient de timidité ou affichaient un snobisme détestable. Où se trouvait Robert, des histoires et des traits d’esprit fusaient toujours au cours de discussions sur la politique des gouvernements provincial et fédéral. Dans un groupe de francophones, il ne ménageait pas ses commentaires sévères sur les anglophones; par contre, ses compatriotes auraient été étonnés de l’entendre parler de leurs travers à des auditeurs de langue anglaise. Robert n’était pas hypocrite : il aimait simplement s’amuser en se moquant des traumatismes des deux peuples fondateurs du Manitoba. Ne rêvait-il pas d’un doctorat en histoire avant de monter sur le podium de la politique? Le défilé traditionnel s’ébranlait. Toges noires trop courtes ou trop longues; épitoges garnies de lisières de soie rouge, jaune, mauve, blanche ou ve rte; bérets, mortiers et toques dont les styles avaient épuisé la créativité des couturiers. Ces têtes penchées en avant ou sur le côté, relevées avec arrogance et défi, contenaient des cerveaux humains qui faisaient l’admiration de l’étudiant. S’instruire pour mieux servir les siens était devenu un défi depuis qu’il avait milité dans les rangs du scoutisme. Aux dernières notes de l’orgue succédait un concert de voix hautes, voilées, gaies, nasillardes et enrouées. Elles montaient, descendaient, bourdonnaient ou se modulaient dans les îlots mouvants que Robert inspectait l’un après l’autre pour retrouver les siens. La joie s’était tue en lui et autour de lui : un pressentiment venait de se loger dans le creux de son estomac. – Robert, tes parents devaient occuper des sièges r éservés. S’est-il passé quelque chose? lui demanda un professeur. – Non. J’ai quitté la maison vers dix-huit heures pour venir distribuer les cartes aux diplômés, et mes parents étaient déjà prêts à ce moment-là. Vers vingt et une heures, Robert entrait en trombe dans le vestibule de l’hôpital Miséricorde, sans s’excuser auprès des personnes qu’il bousculait le long du couloir menant à une salle d’urgence. À la vue de Paulette et de Jérôme dans les bras l’un de l’autre, il s’était écrié : – Qu’est-il arrivé, Jérôme? – La voiture de papa a été heurtée par un camion au coin de Broadway et Smith. Maman vient d’être transportée ailleurs pour un examen plus complet, mais papa est encore dans la salle d’urgence. L’ épouse de Jérôme, qui venait de se recroqueville r dans un mauvais fauteuil, essayait de contenir ses sanglots devant les visiteurs qui avaient eux aussi leur part de malheur. Même si elle abhorrait les hôpitaux, son mari n’avait pu l’empêcher d’accourir et de faire la sourde oreille à ses recommandations. Soudain, Paulette porta la main à son ventre : un l ong gémissement donna du ressort aux deux frères. D’un seul élan, ils étaient à ses côtés. – Excusez-moi, dit une voix derrière eux. Êtesvous les enfants de Monsieur Lavallée? J’ai une triste nouvelle à vous... mais cette femme est sur le point d’accoucher! s’exclama le médecin en apercevant Paulette. La vie venait à peine de quitter le corps de Bernard Lavallée qu’une autre présence s’ajoutait à la famille. Si Jérôme souffrait de la mort de son père, il se réjouissait à la vue du poupon pétillant de santé dans les mains un peu maladroites de la nouvelle maman. La mort et la vie lui causaient un double choc, en ce jour de fête préparé avec tant de soin pour célébrer le succès de son frère. Robert n’était-il pas le seul de la famille à fréquenter l’université? Le banquet fut annulé, les cartes et les cadeaux restèrent dans l’ombre, la bouteille de champagne demeura intacte; seul l’appareil photo fut récupéré pour servir au salon funéraire quelques jours plus tard.
On donna aux funérailles toute la solennité que l’o n pouvait se permettre. Le disparu n’avait rien en banque et les trois derniers paiements de sa maison n’avaient pas été effectués. Depuis deux ans, les économies de Bernard Lavallée servaient à défrayer l’éducation de Robert. En conséquence, sa veuve aurait à faire preuve de prudence pour éviter le naufrage de la barque familiale. Au mois de juillet, la survivante de l’accident se résignait à son sort : incapable de marcher, elle se déplacerait en fauteuil roulant. À la maison, le comptoir de la cuisine fut abaissé, des rambardes installées, des poignées fixées aux murs, et un plan incliné substitué aux marches du perron. Jérôme tentait de convaincre Robert de lui confier la garde de sa mère; pour le cadet, les meilleurs arguments de l’aîné semblaient moins valables s’il analysait les conséquences de la vente de la maison. Le fait d’aller vivre en appartement pour étudier ou recevoir des amis lui donnait une sueur froide. Sa liberté serait alors au prix de celle de sa mère qui n’avait jamais lésiné pour procurer à ses deux fils le meilleur confort possible. En imaginant sa mère oisive dans « sa » chambre à coucher quelque part chez Jérôme ou occupée à garder le bébé à la demande de Paulette, Robert avait la chair de poule. Puisque sa belle-sœur voulait retourner au travail, elle avait sûrement besoin d’une bonne... La pression exercée par ses amis s’ajoutait à celle de Paulette et de Jérôme, à un point tel que Robert doutait de la force morale de sa mère, de sa persévérance à croire en elle-même et à se prendre en main. – Est-ce moi qui suis inhumain en l’encourageant à se débrouiller seule? se demandait-il parfois. Un après-midi, en rentrant à la maison plus tôt qu’à l’accoutumée, il vit sa mère interrompre une conversation téléphonique et s’essuyer discrètement les yeux. Il aurait aimé savoir ce qui la contrariait, mais il la respectait trop pour s’ériger en gardien. Sa mère! Une femme de caractère! L’ esprit et le cœur continuellement en éveil pour aider les autres au bon moment. Couture, tricot, cuisine, soins de ménage, rien ne rebutait celle qu i ne laissait jamais aux autres l’occasion de solliciter son dévouement. Son regard témoignait de sa compréhension, et sa voix, de sa douceur et de sa sympathie envers chaque être humain. Ah! si Bernard vivait... La maison serait encore un havre de tranquillité, les nuits bénies de sommeil et les matinées imprégnées de soleil sous u n toit longtemps témoin de leur amour. La veille de l’accident, Bernard lui avait murmuré à l’oreille : – Si je devais me marier de nouveau, ma belle, c’est toi que je choisirais encore. Il lui répétait de se reposer et de se laisser gâter par la vie, puisque les garçons ne requéraient plus ses soins assidus. Alors, Lucille négligeait de temps à autre certaines tâches pour plaire à celui qu’elle aimait davantage avec le passage des ans. Comme lui , elle escomptait voyager un peu et passer quelques mois chez sa sœur en Colombie-Britannique. Voir sa mère clouée à un fauteuil faisait mal à Robert, aussi pour la tirer de cet état léthargique, il avait résolu de se battre contre les êtres et les choses. Pendant ce temps, Lucille inventait deux ou trois « trucs » pour se débrouiller toute seule. Elle pouvait, à l’aide d’une baguette cloutée, cueillir des tasses et des casseroles dans le placard, étendre des vêtements sur la corde à linge, les repasser et les plier. Le moindre succès la faisait vibrer, la revalorisait à ses yeux. Fière d’elle-même, elle s’ingéniait de jour en jour à vaincre de nouveaux obstacles. Tu ne me demandes pas à qui je parlais? lui avait demandé Lucille en fixant sur Robert des yeux noirs aux cils humides. – Puisque tu pleurais... Rien de comique, j’imagine. – Jérôme vient de m’annoncer qu’il n’a plus le temps de faire la pelouse, et Paulette, d’aller faire les provisions pour moi. – Ah? Pour des gens qui avaient offert leurs services de si bon cœur... Qu’est-ce qui les prend de faire la grève? – Peut-être veulent-ils m’amener à vendre la maison et à aller habiter avec eux... – En voilà une idée! Robert s’était approché de sa mère et avait pris les mains délicates dans les siennes. Elle était belle et jeune dans l’ensemble de tricot qu’elle po rtait ce jour-là. Ses joues rosées et ses yeux étincelants en disaient long sur la lutte qu’elle s e livrait. Qui aime demander des services? se demandait Robert en observant la malade en silence. Et quand on essuie un refus, comment l’accepter sans se révolter? Cette fois, le prétexte inventé p ar Jérôme avait profondément blessé Lucille Lavallée. À n’en point douter, le fils aîné voulait remettre en question la garde de la maison familiale. – Maman, veux-tu me dire ce que, toi, tu désires? F ais taire les mille raisons que l’on invoque et écoute-toi un seul instant. Qu’est-ce qui te ferait le plus plaisir? Où serais-tu le plus heureuse? Pense
à toi, d’abord. La tête de Lucille s’était blottie brusquement cont re l’épaule de son grand. En se libérant des sanglots qui l’oppressaient, elle avait balbutié : – Je veux... rester... dans ma maison.