Six nouvelles m'étaient contées

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80 pages
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Six nouvelles m'étaient contées... ou l'histoire d'un faussaire qui prépare dans le secret un plan sur lequel il mise tout... Ou l'indolence bourgeoise de la vie de la petite Lucie... Mais encore un recueil où il est question de la singulière métamorphose d'un misanthrope ; d'une jolie leçon de vie avec pour toile de fond l'art de la pêche ; de la découverte de trésors derrière des oeuvres anodines... et enfin de la longue quête amoureuse d'un homme plus mystérieux qu'il n'y paraît... Le point de départ de ces récits: les défauts et travers de la nature humaine. Pour autant, il ne s'agit pas pour J. Villechange de créer des textes sentencieux et moralistes autour de ses personnages du quotidien... Il y a même plus de tendresse que de critique dans ces nouvelles où l'écriture s'amuse de nos faiblesses et de nos fragilités, et qui guette le beau et le bon qui résident en l'homme. En somme, voici une oeuvre essentiellement philanthrope, qui invite à poser un regard compréhensif sur son prochain, et dont on ressort certainement plus ouvert et compatissant.

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Date de parution 13 février 2014
Nombre de visites sur la page 20
EAN13 9782342018950
Langue Français

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Six nouvelles m'étaient contées
Jean Villechange Six nouvelles m'étaient contées
Publibook
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La pièce à Mathieu Huit heures s’égrenaient à la pendule comtoise du « Ca-fé de la poste » et pour la deuxième fois le père Mathieu n’était pas au rendez-vous pour la belote traditionnelle du vendredi soir. Les habitués du café, « ses compagnons », commen-çaient à s’inquiéter. Le père Mathieu n’était plus tout jeune et l’idée saugrenue qu’il avait eue de vouloir se reti-rer dans cette vieille bâtisse à moitié en ruine à l’autre bout du village ne les réconfortait point. L’accès en était tellement peu facile qu’une fois par mois quand il recevait une lettre, le facteur, qui n’avait rien d’un sportif, laissait son courrier au café où le Père Mathieu le récupérait le vendredi soir quand il descendait boire son canon et faire sa belote ; un endroit tellement sinistre, se plaisait à dire la patronne, que même les cor-beaux le désertent. Ce deuxième vendredi de novembre était plus noir que d’habitude. Les étoiles elles-mêmes, semble-t-il, avaient déserté, mais la lune, fière de sa puissance et prisonnière d’un épais rideau de nuages, semblait se battre et soudoyer son geôlier, pour nous apparaître quelques brefs instants ronde et immaculée sur ce sombre et mouvant décor de la nuit. La neige recommençait à tomber avec calme. Les flo-cons dansaient, entraînés par cette douce musique que jouait le vent dans les branches et la maison entière, par sa seule présence au centre de ce décor hivernal, semblait orchestrer ce ballet de l’hiver, rythmé par le cliquetis de ses tuiles sous le souffle du vent. Il faut dire que, si l’extérieur de cette bâtisse n’avait rien d’accueillant, bien au contraire l’envoûtement com-
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mençait dès que vous en aviez franchi le seuil. En effet, il semblait y régner un calme, presque une sérénité proche de celle que l’on trouve dans un lieu de prière ; mais, au fond, il n’en était rien car si le brouhaha traditionnel pour ce genre d’endroit n’existait pas, en compensation, vous découvriez rapidement sur les visages, après l’expression d’étonnement suivi d’un froncement de sourcils à l’arrivée d’un intrus, des regards moqueurs et goguenards. Si l’on n’aimait pas parler pour ne rien dire, on excel-lait par-dessus tout – d'ailleurs –, comme dans tout petit village qui se respecte, à habiller les nouveaux venus à la mode du pays. Quelques courtes phrases souvent en pa-tois, mimiques, grognements avec gestes à l’appui suffisaient en quelques instants, pour les habitués au dia-lecte, à classer et juger le nouvel arrivant. Chose exceptionnelle ce soir-là, les pensionnaires du « Café de la poste » avaient eu pour cet homme des re-gards de sympathie, il y avait bien eu quelques tentatives, un mot qui passe d’une table à une autre, mais bien vite tout rentra dans l’ordre et le dernier mot fut rendu au tic-tac de la pendule comtoise. Il l’avait senti tout de suite en entrant, et si la première expression de son visage fut tra-versée par l’inquiétude, elle s’estompa rapidement pour laisser entrevoir la lueur de l’espoir. Même en ayant des préjugés contre le nouvel arrivant, il eut été difficile de rejeter ou de refuser quelque chose à cet homme qui semblait porter sur son visage les traces d’une vie de souffrance et d’humiliation, dont les rides du front et des mains étaient les accusés de réception ; malgré cela aucune rancœur ne se lisait dans son regard où l’on sentait plutôt une douceur, une tendresse qui vous enva-hissait comme un souffle de vent chaud. C’était une soirée à marquer d’une pierre blanche car les habitants du village toujours soucieux de leur tranquil-lité repoussaient l’éventuel résidant secondaire de leur antipathie apparente, ce qui ne manquait pas de découra-ger bien vite même les plus audacieux. Et lui, ils l’avaient adopté comme si ce vieil homme venu d’ailleurs était un
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enfant du pays venu terminer ses jours sur les lieux de son enfance. Née d’un regard, une grande amitié les unit rapidement. Ils se mirent en quatre pour lui, une maison lui fut propo-sée dans le village puisque c’est dans ce coin du Haut Poitou, qu’il avait souhaité passer sa retraite. En attendant qu’il s’installe, la patronne du café ferait volontiers restau-rant. Mais au grand étonnement de tous, il refusa les preuves de dévouement et de sympathie, pour aller s’installer dans cette vieille bergerie à l’autre bout du village où, disait-il, il trouverait le calme et le repos. Et c’était vrai, car le seul accès était un chemin de pierres abrupt, qui ressemblait plutôt à un ancien lit de torrent tant il y avait de cailloux, galets qui roulaient et de crevasses qui se formaient au moindre petit orage. C’est pour ces raisons qu’il avait choisi ce refuge ; son accès en était tellement peu facile, il s’y sentait mieux protégé. En effet, rares sont ceux qui lui rendaient visite. Même à la période des vacances, les touristes toujours avides de coins pittoresques et sauvages ne s’y hasardaient pas et c’était là une des meilleures garanties de la tranquillité des lieux. Il semblait vouloir fuir ou se protéger. De qui ? Car en-fin on jasait un peu dans le village. Il était difficile à certains de comprendre les raisons qui avaient poussé ce vieil homme à faire retraite dans cette vieille bergerie à moitié en ruine, alors qu’il avait eu à sa disposition une petite maison au centre du village dans laquelle il aurait pu, avec beaucoup plus de commodités, organiser sa re-traite. Ne trouvant, ni les uns ni les autres, d’explications plausibles, ils se cantonnèrent dans l’idée que c’était cer-tainement une de ces lubies comme en ont souvent ceux qui ont vécu trop longtemps dans les grandes villes. Un retour aux sources en quelque sorte, et l’affaire, après une semaine, fut classée. Pourtant il n’en était rien. Lui seul pouvait expliquer les raisons de sa retraite volontaire dans ce coin perdu, et cette
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seule et unique raison, c’était la peur. La peur de cette so-ciété qui l’avait condamné, de cette société ingrate, sans cœur, qui applique sans aucune pitié les règlements, les lois, qui juge et condamne sans essayer de comprendre. Une société qui prétend détenir la justice universelle, qui n’a plus le temps ou plutôt qui a le temps mais qui ne veut plus le prendre. Alors que cet homme était tout le contraire de cela. Un homme qui n’avait jamais vécu avec le temps, qui avait uniquement vécu et vivait encore pour l’art et surtout la perfection absolue dans l’art à laquelle il avait voué toute son existence, c’est-à-dire un état qui en aucun cas ne doit être tributaire du temps. « La perfection », un mot qui revenait souvent à sa bouche. « Vous êtes un faus-saire ! » Les paroles du président du Tribunal l’avaient blessé et meurtri comme un coup de fouet sur le visage. Humilié et injurié, voilà ce qu’il ressentait. Car enfin, il savait au fond de lui-même qu’il n’avait rien à voir avec ces faussaires qui copient des œuvres dans le seul et unique but d’en tirer un profit. Son seul désir était de s’identifier à l’artiste, de se prouver qu’il était ca-pable de faire aussi bien. C’était un artiste, un vrai et c’est pour cela qu’il n’avait jamais compris et admis que les maîtres qu’il avait copiés étaient admirés, alors que lui était condamné. Condamné, il l’avait été plusieurs fois, à des peines d’emprisonnement, ce qui l’avait marqué et vieilli. Par contre, ses employeurs avaient su tirer de lui le meilleur ainsi que de confortables profits et l’avaient évidemment abandonné. La notion de bénéfice était pour lui une chose complètement abstraite. Il avait toujours vécu avec de modestes moyens. Ses grandes joies, il les tirait uniquement de son travail, tou-jours à la recherche de la perfection. Son avocat l’avait compris, mais le délit était tellement flagrant qu’il ne put pratiquement rien faire si ce n’est invoquer la pureté et la bonne foi de son client, ce qui ne réussit même pas à déri-der la Cour. Il ne restait plus qu’à implorer, vu son âge, la clémence et c’est ce qui s’avéra le plus profitable.
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