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Soleils noirs

De
110 pages
Au Tibet, une vérité qui change de plateau devient une histoire et quand elle gagne le désert, une légende Entre Tarki, le paysan dont la fillette est retrouvée dans un trou d'eau et Aïla le moine borgne soupçonné du meurtre, une folle poursuite de désert en désert s'est engagée. La vengeance s'est emparée de Tarki, véritable oiseau de proie. Elle ne le lâchera plus durant trente ans. Mais la souffrance apportera à l'un comme à l'autre tellement de retournements, ils vont tellement changer en bien comme en mal que personne à la longue ne saura plus ni ce qu'il chasse ni comment en finir.Bien au delà d'un récit d'aventure où le désert jouerait un troisième personnage c'est la destinée humaine et la précarité des idées sur le mal comme sur le bien qui seront mis en cause.
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www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comSoleils noirs© manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2035-3 (pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-2034-5 (pour le livreimprimé)Yves Heurté
Soleils noirs
ROMANTibet de cendres et d’orge
de vents de songes et d’anges déchaussés
l’homme t’habite ainsi qu’une moisson.
Le froid le fauche
le désert le récolte et la peur
le bat de ses fléaux.
(de “Carnet tibétain” ed. Rougerie)
71
La vieille rampait dans le noir en parlant de tor-
rents, d’hiver et d’agonies. Elle avait découvert ce
langage à la mort de sa fille et s’en servait depuis,
conjurant ses souvenirs par la folie des mots. Ses
jours passaient à appeler la morte, ses nuits à l’ou-
blier.
Tarki supportait mal ce flot de paroles qui inter-
pellaient l’autre monde. Du moins les grincements
dumoulinàprière,rythmantsesincantationscomme
une complainte, les rendaient-ils supportables.
Ilretrouvacetobjetprécieuxetfamilierparmiles
bolsdebois,leglissaentrelesdoigtsdesavieilleet
décrochantsafaucilledumur,ilsortitsurlaterrasse.
“Plus haut tu vis, plus vite tu vieillis.” Tarki
confortait le proverbe. Bien qu’approchant à peine
de la quarantaine, il avait plutôt l’aspect du mari de
sa vieille que de son gendre.
Ilrentrafinirsonthé,remettreunedernièrefoisle
moulin aux mains de la femme et descendit vers les
champs. Les sommets venaient de surgir du désert
tels une scie hors de sa planche. Tout était en ordre,
comme au tout début de l’homme. Le sage n’aurait
purelevericilamoindrefautedeseaux,lapluspetite
erreur des pierres, ni de ceux qui détournaient les
torrents pour donner un semblantde vieau désert.
9Soleils noirs
Enreprenantsonsouffle,ilfutintriguéparlema-
nège des paysans en contrebas. Au lieu d’aller ar-
racher leur récolte, ils s’étaient regroupés dans son
propre champ et discutaient tout bas.
Le temps des moissons est si bref sur les hauts
plateaux qu’on ne peut se perdre en palabres. On a
tout loisir de parler pendant les six mois d’hiver. Il
arrivait à portée de voix quand un homme quitta le
groupe et ferma de son corps l’étroit passage de la
murette.
“Qu’est-ce qu’ils ont trouvé, demanda Tarki, un
nid de turquoises ?
- Rentrons chez toi.
- Je suis de trop sur mon champ ?
- Ce qui est au fond de ton trou d’eau, jamais un
père ne devrait le voir.”
Tarki le repoussa, le groupa s’écarta et il vit.
Dolma,safille,flottaitdanssarobetropgrande. Ses
cheveux gluants cachaient son front et ses yeux. Et
lui, l’homme qui parlait bas et mesurait ses paroles,
lui qui ne riait qu’après une bonne dose de “chang”
se mit à hurler face au soleil, au milieu de ses épis,
à s’en faire crever les veines. Ceux qui risquèrent
un pas vers lui furent rejetés brutalement. Il finit
par devenir si menaçant, la faucille haute, qu’ils se
dispersèrent dans leurs champs.
Ils regardaient, impuissants, cette gueule s’ou-
vrir vers le ciel comme celle d’un carnassier. Ils le
voyaient fléchir les genoux en écartant les cuisses,
comme ces femmes de nomades qui accouchent de-
boutetpourmoinssouffririnjurientlesoleil. Ilfinit
par s’écrouler dans l’eau, roulé en boule contre son
enfant, ses doigts entre les dents.
Alors que tous se croyaient enfin quittes Tarki, à
genoux dans la vase, reprit son cri et les faucilles
arrachèrent l’épi plus vite que jamais. Il jeta aux
voisins des pierres boueuses. Mais le pire fut de
le voir tourner inlassablement pendant des heures
10Yves Heurté
autour du trou. Quand tous désespéraient, il courut
enfin s’enfermer chez lui.
Alors seulement les paysans osèrent s’approcher
du trou d’eau. Ils commencèrent par parler de tout
autre chose puis osèrent discuter de mort aussi na-
turellement que le vent parle d’orage et la neige de
froid.
Lesujetépuisé,ilsremontèrentleurschargesvers
Tar, ne laissant sur place qu’un garçon et une fille
pour s’occuper de la toilette de la morte.
Lejeunechargealecorpsentraversdesesépaules
et à mi-pente le déposa sous la murette du canal.
La fille libéra les eaux et lava Dolma avec quelques
poignéesd’herbe. Deloin,onauraitdittroisenfants
jouant à la fontaine.
Dolma allait sur ses huit ans mais son corps fai-
sait bien léger pour l’âge. Elle était “née d’hiver”
et c’était déjà miracle d’avoir survécu au froid. Sa
mère, épuisée par l’allaitement, était morte aux pre-
miersjoursduprintemps. Ensouvenir,l’enfantpor-
taitsaplusjolieturquoiseetungraindecorailornait
sa coiffure.
Maiscommentavait-elleglissésansquepersonne
ne la voie ? Et comment se noyer en eau si peu
profonde ? Sa nuque aurait pu heurter une pierre en
jouant, mais elle ne portait pas la moindre trace de
sang. Parcontre,lajeunefilleenlalavantremarqua
quatre marques bleues sur son cou. Une devant et
troisderrière. Dèsqu’elleenparlaàAngTarkey,qui
portaitlecorps,lejeunehommefutprisdepanique.
De mémoire de vieillard, on n’avait jamais en-
tendu parler en ce pays ni de viol ni de crime. On
sebattaitdurenbuvantlechang,maissansallerplus
loin que des plaies et des bosses.
Ils coururent à toutes jambes, déposèrent Dolma
sur la terrasse de Tarki et répandirent la nouvelle
dans le village. La nuit venue, autour des lampes à
beurre,ondiscutadel’événement. N’avait-onpasvu
11