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Solus

De
188 pages

Est-il possible de refonder un couple après le décès du compagnon auprès duquel on a partagé vingt ans de vie commune ? Telle est la question que Marc se pose, alors que, sur les conseils d'une amie, il profite de quelques jours de repos à la mer.


Au hasard d'une soirée, il croise Louis, un pianiste classique. Se noue une relation chaotique, compliquée par les attentes de chacun.


Solus est un suspense « amoureux ». L'histoire de la renaissance d'un homme engagé sur un choix de vie où guette la solitude.


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Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-04903-5
© Edilivre, 2017
Du même auteur :
L’acte, 2009, Edilivre éditions L’Appel Du Fond, 2010, Edilivre éditions Relâche, 2012, Edilivre éditions
Merci à Gérard pour son aide inestimable et son soutien indéfectible.
Illustration de couverture : d’après photo originale de l’auteur, sculpture « Eternal Love » de Igor Mitoraj, Agrigente, Sicile.
« Quand on ne peut pas pardonner à quelqu’un, on devient son esclave mental » Jim Harrison, De Marquette à Vera Cruz, Bourgeois, 2004
« Cela pèse lourd, une absence. Bien plus lourd qu’une disparition. Parce que les morts, on sait qu’ils ne reviendront pas. Tandis que les lointains nous narguent ou nous font espérer » Philippe Besson, Vivre vite, Juillard, p. 93
« Je puis tout pardonner aux hommes excepté l’injustice, l’ingratitude et l’inhumanité » Diderot, La Religieuse, Œuvres LCI/64 À François B., avec toute ma gratitude.
1 Le Casino
Il ne restait plus beaucoup de jetons dans mon pot. J’enfilais les derniers dans la fente de la machine à sous qui me répondait d’un son mécanique et strident que je finissais d’ailleurs par ne plus entendre. J’étais hypnotisé par ce défilement invraisemblable de rouleaux de cerises, de dollars, de cloches et de citrons. Subrepticement, il s’était installé à mes côtés. C’est sa manie à secouer le contenu de son seau de jetons, avant chaque coup, qui avait attiré mon attention. Ce geste venait perturber le rythme que je m’imposais pour en finir, au plus vite, avec ces pseudo pièces de monnaie, mais, surtout avec cette soirée morose et sinistre. Tout avait commencé à la fin de mon dîner. L’idée de m’abrutir de nouveau devant la télé me rendait triste. Que faire, un soir d’hiver, dans un grand village méditerranéen où le calme plat règne en maître ? Lire ? Non. C’était un moment sacré que je me réservais juste avant de m’endormir. Mais là, à vingt et une heures à peine, où pouvais-je traîner mes guêtres ? Sur la colline en face du port, mon regard croisa la lumière des néons du casino qui transperçaient l’épaisse brume qui remontait par les quais. Quelques jours auparavant, mon amie Paula m’avait exhorté à quitter mon appartement pour changer d’air. Je la revois, faisant les cent pas dans mon salon tout en repositionnant, pour la énième fois, sur le haut de son crâne, une trop longue mèche de cheveux : – Marc, le temps est venu de penser à toi. Tu t’asphyxies à rester cloîtré ici. Je t’ai trouvé une location sur la côte méditerranéenne, tu fais tes bagages fissa et tu pars demain. Contrairement à ce qu’elle s’imaginait, l’idée ne m’avait pas tant déplue que ça. En revanche, le tintamarre que faisait actuellement mon voisin de droite commençait à m’exaspérer, au point de lui lancer : – Excusez-moi, vous ne trouvez pas qu’il n’y a pas assez de cacophonie ici sans que vous en rajoutiez ? Pas décontenancé pour un sou, l’œil fixé sur la barre des résultats de sa machine, il rétorqua : – Si j’en juge les quelques jetons qu’il vous reste, vous n’allez pas tarder à décamper. Ayez la défaite, mon brave ! J’étais médusé. Quel aplomb, quelle effronterie, quel cabotin ! Vexé, je retournais chercher de quoi ravitailler l’appareil à sous pour rapidement me repositionner à ses côtés, non sans lui faire remarquer : – Je ne suis pas encore parti, voyez-vous ? Faisant mine d’être absorbé par le jeu, il me snoba. Une sorte de compétition s’engagea. Je compris très vite que je ne pouvais rivaliser avec sa façon de jouer. D’abord parce qu’il misait gros. Ensuite, l’impression me vint que sa machine répondait à la manière dont il la bousculait. Les jetons tombaient en masse, avec grand bruit, dans le réceptacle métallique. Je ralentis mon rythme. Il nota : 1 – Jetez l’éponge. Vous n’avez pas choisi le bon slot . Cet engin ne crache rien. Bien décidé à lui montrer ma détermination, je jouais jusqu’à mon dernier sou avec l’espoir que les algorithmes qui alimentaient ma machine me soient favorables.
Rien n’y faisait, la chance n’était pas avec moi. L’ultime pièce avalée, je décrétais que je resterais là, à observer mon impétueux voisin. Je fus vite frappé par la beauté de son profil, le grain de sa peau fin et soigné. Il se donnait en représentation offrant un véritable spectacle. Il montrait qu’il livrait un combat avec la machine, la gavant pour ne lui laisser aucun répit et l’amener à vomir ses entrailles métalliques.
Je me rendis à l’évidence que ma présence ne le dérangeait pas pour un sou (…) Dix minutes plus tard, il s’arrêta. Il collecta cinq seaux qui traînaient par là pour y remplir la totalité de ses gains. D’une façon très détachée, le regard fuyant, il marmonna : – Je vous invite à partager un verre. Indéniablement, j’avais affaire à ce que l’on appelleun personnage. Et cela m’attirait. J’acceptais la proposition. Le temps pour lui de récupérer son argent à la caisse et nous voici près du bar, affalés dans deux énormes fauteuils, se faisant face. L’endroit était inondé de lumière rouge. Il est des instants d’une vie qui vous marquent à jamais. Ce fut d’abord le moment où il prit place refoulant vers moi l’odeur de son eau de toilette fraîche et délicate. Je devinais du Mauboussin. Ensuite, la seconde où, pour la première fois, son regard pénétrant aimanta mon attention. Comme hypnotisé. Je peux dire que là, quelque chose a basculé. Pour me donner de l’allant, je me convaincs alors qu’il en était de même pour lui. – La soirée n’a pas été bonne pour vous ? Il enfonçait le clou avec provocation, déclenchant rapidement chez moi une réponse : – Mais vous êtes toujours comme ça ? Vous ne lâchez rien. Pour la petite histoire, qu’avez-vous gagné ce soir ? Quelques centaines d’euros de plus dans votre vie ? La satisfaction immédiate d’un plaisir factice ? Demain matin, nous serons les mêmes face à la vie ? J’insistais : – Objectivement, ce soir, qu’avez-vous gagné ? – … le plaisir de vous rencontrer ! Au loin, un croupier lança : «… Rien ne va plus… »Il ne croyait pas si bien dire. Et puis, très vite, il se présenta, ce qui me permit d’établir une échelle de ses centres d’intérêt. En premier lieu, la musique. Il était pianiste dans l’Orchestre National de la ville où j’habitais. Il se produisait dans les plus grandes salles françaises et, de temps à autre, étrangères. La musique était sa vie, sa respiration, sa cathédrale. On sentait poindre l’égo de l’artiste à la manière dont il faisait peu cas des questions que je lui posais lorsque j’essayais de m’immiscer dans son monologue. Il s’écoutait un peu parler, déroulait une liste d’interprètes qu’il avait accompagnés, d’œuvres qu’il avait jouées. Je le coupais tout de même : – Mais que faites-vous donc dans ce casino miteux, à cette heure où vous pourriez miser gros à Las Vegas ? Je lui arrachai un sourire qui lui donna un charme immédiat. – Un concours de circonstances, m’avoua-t-il, tout au plus. J’imposais un silence. Il comprit. – Et vous, parlez-moi de vous ?
– Je pense que je vais prendre un autre Martini pour essayer de vous faire un peu rire, parce que, ce soir, parler de moi risque d’être très ennuyeux. Sortez les antidépresseurs. À son tour d’imposer un silence gênant pour moi. Je m’inclinai. – Suite à la perte d’un de mes proches, je viens de revendre ma société spécialisée dans le domaine de l’optique. Et, je suis venu ici pour me ressourcer un temps. – Vous ressourcer ? Au casino ? Ce soir, c’est raté ! Il avait le sens de la répartie. Tout en l’écoutant, je l’observais : ses cheveux bruns et brillants, son visage harmonieux, ses longs doigts musclés dont il se servait pour illustrer ses propos. Aucun regard n’était soutenu ; il utilisait le coup d’œil aguicheur à merveille. J’étais sous le charme. L’alcool aidant, il se mit à me déballer l’histoire de sa vie. Je suis toujours fasciné par ces gens qui, sans vous connaître, au hasard d’une soirée, d’un repas, d’une rencontre fortuite, vous déroulent sans retenue, un peu de leur existence.
* * *
Il s’appelait Louis Romano. Il avait cinquante-deux ans. Sa mère, une directrice de banque au caractère bien trempé, avait fait fuir un par un les hommes qui essayaient de l’approcher. Elle avait inculqué à son rejeton une devise : « … Éclate-toi, mais surtout, garde ta liberté… » Envahissante, fusionnelle, pendue au téléphone toute la journée, elle cornaquait son unique progéniture dont elle confiait souvent la garde à sa sœur. La tante ne lâchait pas son neveu qui devint rapidement l’enjeu de ces deux femmes, dans un contexte où la religion et les principes stricts tenaient une grande place. Toutes deux l’étouffaient d’où son vif désir d’indépendance qui lui vint très tôt. C’est un peu avant son adolescence qu’il découvrit qu’il était attiré par les hommes. Il n’eut jamais l’idée de connaître son père, malgré ses questions réitérées depuis son enfance. Il savait tout juste que c’était un grand joueur de billard. «… Ton père… un queutard ! Ce n’est pas pour rien s’il fait du billard… »lui lança un jour sa mère qui continua : « …Avec moi, il a épousé une fille canon qui est vite devenue un boulet !… ». Peu engageant. Sa mère réprima son envie de connaître celui qu’il finissait par appeler son géniteur. À ses dix-sept ans, jeune garçon, Louis apprit que sa mère souffrait d’une maladie incurable. Il vécut ça comme une délivrance. Avec froideur, il affirma qu’elle avait eu la délicate idée de le quitter alors qu’il devenait adulte. Sur son lit de mort, la femme de sa vie fit jurer à sa sœur de veiller jusqu’au bout sur son fils. Mais, le jeune garçon voulut très vite s’émanciper. La musique fut une échappatoire, tout comme les amants dans les bras desquels il trouva le réconfort qui lui manquait depuis tout petit. Peu à peu, il perdit contact avec sa tante, la retrouva sur le net, sur les réseaux sociaux. Elle comprit son penchant pour les hommes, le lui reprocha. D’un clic, il effaça son profil. Rayée de sa vie.
* * *
Je regardais ma montre : minuit treize. Il parlait depuis vingt bonnes minutes. Qu’avait-il à se répandre de la sorte ? Serait-ce l’alcool ou manquait-il tant que ça de pudeur ou de retenue pour déballer, à la va-vite, son histoire personnelle ? Son élocution, sa gestuelle, l’intonation de sa voix, cet ensemble m’avait captivé. Son récit délivré sur un ton bravache laissait deviner un déficit de confiance manifeste. Et puis, son parcours de vie aurait pu coller au mien. Moi aussi je perdis ma mère alors que je devenais adulte. Mais, jamais je ne fus l’enjeu d’une autre personne. Mon interlocuteur avait échappé à sa famille là où moi, j’aurais aimé en avoir une que je n’aurais certainement pas fuie. À présent, il me dévisageait : – Pourquoi me regarder avec tant d’insistance ? Ça fait bête de foire. Je vais avoir une note ? – Non, non. Tout ça ne dépasse pas l’unique plaisir de mes yeux. – Je n’ai plus l’âge des plans drague merdique. Ma phrase le déstabilisa. Je rajoutais : – Cette vision de la liberté que votre mère vous a encouragé à respecter, vous en pensez quoi ? – C’est essentiel pour moi. Je ne supporte pas l’idée d’être «tenu de », d’être phagocyté. Je déteste les concessions. La remarque me glaça, parce qu’énoncée sur un ton cassant. S’ensuivit un long moment où chacun de nous se montrait détaché. À vrai dire, sa réflexion m’avait agacé. J’étais toujours horripilé par ces discours de célibataires, vieillissants ou non, prônant leurs grandes théories sur la liberté qu’ils défendent comme un chien son os à ronger. Je poursuivis : – Moi, avant de penser à ma liberté, je pense à aimer et aimer ce n’est pas être libre, c’est dépendre. Mais vivre seul, c’est dépendre aussi. Dépendre de l’absence comme de la présence de l’autre. Il m’opposa une moue qui fit passer mon observation pour une bonne blague, une réflexion philosophique à deux balles. Je détournais alors mon regard pour fixer les écrans de télévision sur lesquels défilaient en continu des clips vidéos de chanteurs. Le son était largement couvert par le brouhaha des machines à sous. Et puis, un hasard de plus pour cette soirée : j’aperçus Barbra Streisand. Rémi devait me faire un clin d’œil. Rémi était fou de Barbra Streisand dont les roucoulades provoquaient chez moi des crises d’urticaire. Rémi s’amusait beaucoup de cela. Mais, ce soir, le coup du sort s’acharnait sur moi. Au moment où mon regard se portait sur les écrans, Louis s’exclama : – Ouah ! Bawbrwa (intonation américaine) ! Extraordinaire ! J’adore Barbra Streisand ! Je suis fan ! Je ne pus cacher ma mine déconfite. – Vous n’aimez pas ? – Ben, à vrai dire, je fais un rejet que je ne pourrais justifier. – Vous ne pouvez pas dire qu’elle n’a pas une belle voix. Croyez-moi, en tant que musicien, je vous assure… elle a un bel organe ! C’est une bosseuse. Elle a une excellente