Sotto l'immagine

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« Mais je n’ai aucune preuve du cinéma. »
De Sotto l’immagine, l’on peut dire qu’il s’agit d’un texte sur la dictature, ou la pluie. Partant d’un fragment d’Antonioni, et axé sur une idée fugitive de l’image captée, il pourrait tout aussi bien être un traité de l’intraduisible.
Pris entre une photographe et un cinéphile, il énonce un état des lieux d’une pensée anachronique infiltrée par un présent cinématographique.
De langue en lacune, l’histoire, qui se réclame d’une absence d’antériorité,
est celle d’une déroute interrogée par des voix venues de différents ailleurs — Orson Welles, Ingeborg Bachmann, Sergio Larraín, Alejandra Pizarnik, Galina Oustvolskaïa... Mais peut-être
s’agit-il d’un étonnement, tout simplement.
Vous voyez ? J’ai tiré les rideaux de nouveau, sur avril, l’autre pays, le crachat lyonnais, ma veste verte, mémoire alambiquée. L’été du merlebleu, j’ai lu trois livres seulement, La Pluie d’été, L’arrêt de mort et L’obscène Madame D. La durée, c’est l’inscription réitérée de la mortalité, avec ses voix off et syncopes, ses gros plans sur la gueule crevée de la nullité, ses chutes de tension, ses eaux limpides et sa nuit hyperbolisée. Le cinéma fait état de cette béance, comme une espèce de perfusion en permanence. Est-ce que j’ai lu l’hiver des rideaux tirés ? Est-ce que j’ai lu insomniée la biographie du philosophe autrichien, entre Bertolucci et von Trier, alors que la photographe se jetait, à mon insu, trois mille miles en bagnole sans escale ou somnifères, depuis une forêt du nord-est des U.S.A., janvier, sur la péninsule du Yucatán, en même temps que je m’insonorisais contre l’année grillée et le téléphone qui versait dans mes oreilles des sottises émises par des personnes sans conséquence. L’arrêt de mort, un dimanche matin dans un bistrot, omelette ou pain perdu, thé vert et crayon, porte verte, terrasse sur la rue, un début de retour. Départ. Feder, c’est celui qui arrive par la porte du départ, qui marche droit dans le temps d’après le temps abandonné à un corps qui ne saurait quoi en faire. C’est en ce sens, sans doute, que Hubertus von Amelunxen peut parler d’une oblitération répétée. Que l’on peut se coucher sur les rails, à attendre le train, pour le photographier. C’est cela peut-être que Marguerite Duras a voulu signaler par le premier titre de L’amant — La photographie absolue. La photographie absolue, c’est la photo couchée sur les rails, c’est la prise impossible, c’est le corps projeté hors du lit, condamné à sa jouissance.

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Date de parution 12 août 2014
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EAN13 9782897122478
Langue Français

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Nathanaël