Taxi

Taxi

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Description

" Il faut qu'on parle ", annonce un matin Lola à son mari Sandino, chauffeur de taxi. " Ce soir, à mon retour ", répond celui-ci, avant de se laisser absorber par la ville. Et il ne rentre pas, entamant une odyssée de sept jours et six nuits, travaillant sans relâche pour éviter cette discussion fatidique, car il le sait : sa femme, lasse de ses infidélités, veut le quitter.

Sandino l'insomniaque parcourt Barcelone et les clients défilent, tous pénitents dans son taxi-confessionnal. Dans cette fuite vers l'avant, il tâche de venir en aide à sa collègue Sofía et à son ami Ahmed, mais ce faisant, c'est lui-même qu'il va mettre en danger.



Avec ce roman total, Carlos Zanón montre de nouveau son pouvoir narratif en mettant en scène des personnages justes, complexes, humains.


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Date de parution 06 septembre 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782365330817
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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CARLOS ZANÓN
Taxi
traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton
ASPHALTE
« Je veux bien échouer à chaque fois que j’aime Si j’arrive à savoir ce que je veux avoir. »
John Donne
Mardi
«Comment vivre sans inconnu devant soi ? »
René Char
In space…
O’eŝt un ŝurnom. Ç’aN l’appelle sandino, maiŝ ce n’eŝt paŝ ŝon prénom. C longtempŝ été une blague, qui eŝt maintenant comme une cape de magicien. sandino, c’eŝt le ŝouvenir d’une fidélité. À un gro upe, à un triple album, Sandinista, du tempŝ où l’on avait dix-ŝept anŝ. Le ŝurnom sa ndino eŝt une erreur : on ŝavait bien que même avec le tempŝ, ce diŝque ne deviendrait paŝ meilleur que le précédent. Pluŝ on vieillit, pluŝ on reŝŝent le beŝoin de repr endre ŝon véritable prénom, celui qu’on nouŝ a donné aprèŝ avoir aimé ou maudit , celui que noŝ parentŝ ont choiŝi pour nouŝ et rien que pour nouŝ, et dont on a hérité. De temps en temps, il faudrait que tu te souviennes que tu t’appelles Jose et pas Sandino. Joŝe et paŝ Joŝé. Joŝe. Joŝe. Joŝe. sandino. sandino n’aime paŝ conduire, maiŝ il eŝt chauffeur de taxi. Un chauffeur triŝte, un chauffeur dragueur, un chau ffeur gentil. Depuiŝ la terraŝŝe de la Maiŝon Uŝher, la vieille b âtiŝŝe haute de quinze mètreŝ de ŝeŝ parentŝ, ŝurplombant le paŝŝage Arco Iriŝ, a u ŝommet du Guinardó, la ville de Barcelone eŝt parfaitement enviŝageable ŝanŝ Gau dí ni plan Cerdà. Droit devant, leŝ troiŝ cheminéeŝ de sant Adrià, à côté s anta Coloma, le Heron City, un immeuble avec un tag qui dit « PAIX danŝ le monde » ; de l’autre côté, Barcelone ŝ’arrête avec la tour Agbar, et le reŝte de la vill e eŝt diŝŝimulé par la montagne où ŝ’élève encore l’égliŝe deŝ Clercŝ régulierŝ, qui p ouvaient indifféremment vouŝ injecter un vaccin ou vouŝ gaver de rediffuŝionŝ de Bruce Lee et deFrançois et le chemin du soleil. Et pluŝ loin, la mer pour horizon. sandino n’a mê me paŝ beŝoin de ŝ’en ŝouvenir, il a cette ligne tatouée derrière leŝ paupièreŝ. Qu’il ŝoit violet, indigo, bleu, noir, rouge, l’horizon eŝt toujourŝ t endu comme un ŝuaire qu’on n’arriverait jamaiŝ à déchirer. Le chauffeur mélancolique, l’enfant triŝte, le chau ffeur ŝolitaire. Enfant, il obŝervait la ville depuiŝ cette terraŝŝe , cette ville avec touteŝ leŝ hiŝtoireŝ qui allaient lui arriver. Là, danŝ ceŝ bâ timentŝ, vivaient et dormaient la femme qui l’aimerait un jour, ŝeŝ amiŝ et ŝeŝ ennem iŝ. C’eŝt danŝ ceŝ rueŝ que ŝe déroulerait tout ce qui n’avait paŝ encore eu lieu. Toute ŝa vie enfermée danŝ une capŝule, avec leŝ différenteŝ temporalitéŝ qui arri vent à l’uniŝŝon. sandino voyait tout maiŝ ne pouvait rien toucher. Il devrait deŝce ndre. Pour leŝ cadeaux, leŝ baiŝerŝ, pour aller boire le calice juŝqu’à la lie.
1 The magnificent seven
SANDINO exerce le même métier que son père et son frère po ur la simple raison qu’il n’a jamais exprimé le moindre talent dans les domaines qui l’intéressent, et il ne s’est jamais intéressé aux domaines pour lesquel s il a du talent. L’univers de Sandino a toujours été peuplé de chansons, de livre s, de films et de personnages qu’il intégrait inconsciemment à son univers fictio nnel fait de premiers rôles ou de figuration, de raisonnements puérils, drôles ou ext rêmes, mais tout se finissait toujours bien, sans séquelles, et finalement c’est cet univers qui constituait sa vraie vie. À cause de la crise, on l’a chassé de son ancien bo ulot, et son frère lui a cédé plus ou moins légalement sa licence de taxi, avant de monter lui-même une affaire pas très claire, on ne sait trop où. Le frè re de Sandino s’appelle Víctor et tout le monde l’appelle Víctor. Y’a pas de surnom p our Víctor. Au lycée, on le traitait de pédé et Sandino le défendait : en trouv ant à son agresseur un sobriquet insultant repris ensuite par tout le monde, l’isola nt ainsi, ou si besoin en utilisant ses poings dans des bagarres qui gardent encore un goût de salive, de pulls et de sable. Mais « pédé », ce n’est pas un surnom. Sandino, si. Pecas taches de rousseur–,ça aussi, c’est un surnom : Jose, Sandino, Pecas. Sandino ne s’intéresse pas particulièrement aux voi tures, mais il ressent tout de même un certain plaisir à rouler tranquillement à l ’aube comme maintenant, écrasant un peu trop l’accélérateur, tournant, frei nant, accélérant comme quand on fait courir son doigt sur un improbable toboggan de miel fondu, passant aux feux, vert, orange, rouge – peu importe, à cette he ure-ci. Le moteur hybride de sa Toyota, battant à l’intérieur d’une gorge électriqu e, est immunisé contre les rhumes et les avaries. Cette voiture est un animal qui t’obéira au doigt e t à l’œil, Sandino. S’il le fallait, elle se sacrifierait pour toi. Il a roulé jusqu’à la plage sans penser à rien. Rie n ni personne en tête. Juste un défilé de portes donnant sur des pièces avec d’autr es portes, mais rien de suffisamment intéressant pour remplacer le blanc da ns son esprit par une autre couleur. Le chauffeur de taxi ferme les yeux. Il est arrivé mais, pour l’instant, il ne descend pas de son véhicule. Lou allume une cigarette, il tousse, annonce le tit re de la chanson. Cale est avec lui, au piano. Janvier 1972. Viendra ensuite N ico, comme un fantôme. Ce sont tous des fantômes, sur cet enregistrement. C’e st Paris.Paris est envahi par les fantômes.Europe, Berlin, Sarajevo, Verónica. La ville est une toile blanche, et Alex Chilton est mort. Lou Reed chantait comme si l’on pouvait graver les mots dans l’air pour toujours. Des claquements de fouet, des regards au sol, sur la pointe de ses pieds, et au milieu, exactement, un crachat. Lou Re ed est mort. Nico, vêtue de blanc, comme dans la pub pour les di stilleries Dyc où elle monte à cheval, est morte elle aussi.
Cette chanson, puis une autre et encore une autre, mais Sandino a l’impression qu’il n’y a plus de chansons ce matin, parce que Lo la, sa femme, va bientôt le quitter. Pour de bon, cette fois-ci, définitivement . Il devrait ressentir de la tristesse ou même envisager une certaine forme de liberté, en tout cas pas cette crainte de se retrouver seul dans l’immensité d’une vie censée être un spectacle agréable, mais qui ne signifie absolument rien pour lui. Mais peut-être exagère-t-il. N’a-t-il rien appris durant toutes ces années passé es à traverser les corps comme un spectre, à entrer dans les foyers et les v ies de tant de gens ? Personne ne connaît le jeu des autres. Personne ne peut deviner le coup suivant, la prochaine mise. Tout à coup, la carte s ort, tu montres ton jeu ou tu te couches. C’est tout. Et lui, Sandino, c’est un rapi de, un tricheur, il mène la partie depuis cet endroit où plus rien n’a d’importance po ur lui, voilà pourquoi il peut toujours truquer les cartes, changer les règles, arranger ses affaires. « Dors », se disait-il il y a quelques minutes chez lui, si loin de cette plage – à des kilomètres. « Sombre dans l’insomnie, retourne dans votre chambre et fais-lui l’amour », lui disait l’homme de poussière qu’il vo yait sans cesse, vers les trois heures du matin, assoupi dans le canapé, zappant su r les chaînes proposant des tireuses de cartes, du porno triste ou des navets q u’on ne peut s’empêcher de regarder jusqu’au bout. « Ne songe même pas à pleurer, se disait-il, tu n’a s plus de larmes en réserve, mon vieux. Lola ne le supporte plus. Elle fait comm e si elle l’acceptait ou y accordait de l’importance, mais on sait tous les de ux qu’elle aime les hommes qui ne pleurent pas, les hommes qui prennent des décisi ons, les hommes qui vont toujours de l’avant, les hommes comme son père, l’U ruguayen, pas les petits garçons qui pleurnichent, pas les faibles, certaine ment pas un homme prêt à tout pour qu’on ne l’abandonne pas. Et probablement pas non plus, même si elle ne l’admettra jamais, un homme qui se fait refiler une licence par son frère pour aller faire le taxi alors qu’il n’en a aucune envie. » Du coup, les chauffeurs de taxi ne pleurent pas. Les femmes ne mentent pas. On déteste les lundis, et les vendredis sont des pl antes carnivores. Les enfants noirs ont un rire joyeux, et leurs visa ges sont couverts de mouches. Les arabes sont des terroristes. Les mois d’été sont étouffants. Il n’y a plus d’hiver à Barcelone. Lux Interior est mort. John Updike, Adam et Ève, Kavafis, tous morts. Tout le monde meurt, sauf Kirk Douglas. Et si Lola apprenait qui il est vraiment, ou mieux : et si elle le savait déjà et que c’est pour ça qu’elle le quitte, fatiguée de savoir qui il est ? Et si lui, il essayait pour une fois de comprendre pourquoi il est comme ça, pourquoi il a cette sensation d’être sous la surfac e de la mer, englouti sous des tonnes d’eau bleue, tandis que tout autour de lui s ’évanouit dans une obscurité toujours plus sombre ? Sandino sort de la voiture et marche sur le sable e n direction de la mer, guidé par les cris rauques, les panaches d’écume blancs. Qui es-tu ? Qui est Lola ? Qu’est-ce qui vous liait l’un à l’autre et qui ne v ous relie plus ?
Raconte-toi une histoire, Sandino, invente un perso nnage pour te distraire. Prends ton costume, tire dessus, déchire-le ; la de struction des autres avant la tienne. Faux départ : on recommence. Allonge-toi. Ferme les yeux. Non, ne les ouvre pas : garde-les fermés. Dis-moi ce que tu vois. Une Saab en feu au bord du fleuve Llobregat, avec l es flammes qui partent des pneus. Le soleil fait éclater les fleurs et les pus tules des mendiants, tandis qu’à New York il y a des soirées champagne sur fond de d isco, et des pubs Calvin Klein. Sandino aurait maintenant besoin de tout le courage des Kennedy pour affronter cette tempête. Tout leur courage, jusqu’à la dernière goutte, mais je ne suis qu’un lâche et je suis tout le temps fatigué. Pas un seul Kennedy autour de toi. Tous les Kennedy sont morts, maintenant. En général, on en retrouve toujours un en vie, mais cette fois-ci on dirait qu’il n’en reste plus aucun. Nico, dans le vent, s’échappe des haut-parleurs. La voix agaçante de Nico le laisse toujours un peu en dehors des chansons qu’elle interprète. Sandino voit toujours la Saab, qui sait s’il s’agit d’un souvenir ou d’un présage. Une voiture en feu, ça a de la gueule. À présent, il imagine des lions et des tigres autou r de lui. Depuis qu’il est enfant, Sandino rêve de bêtes féroces. Parfois il les appri voise, parfois elles le dévorent. Et le craquement des mâchoires sur son fémur le rév eille. Tu devrais prier pour que l’insomnie rende ton exis tence plus crédible. Pour qu’il s’y passe quelque chose. Trouve une femme, et reste auprès d’elle. Choisis Lola. Ou n’importe quelle autre, peu importe qui, parce q ue toi, tu n’es Personne. Rewind. Stop. Play. Appeler son numéro. Appuyer sur cette sonnette. Se lever. Ne pas la laisser partir. Ce n’est pas à cause d’elle, c’est juste que tu ne supportes pas d’être ce petit garçon qu’on oublie d’aller chercher à la garderie, ni de te laisser dévorer par le mystère, ni de prendre la mauvaise décision. C’est ça qui te torture ? T’es quelqu’un de bien, bordel, Sandino, et y’a auc une Saab en feu, juste une Prius noire et jaune dans un garage au troisième ni veau sous la place Guinardó, que tu as sortie un peu avant l’aube, et dans laque lle tu ne peux pas dormir, pour aller comme tu le fais souvent à la plage d’El Prat , t’allonger sur le sable, sous les avions, sous les lumières d’avions des quatre coins du monde, qui vont et viennent. T’es quelqu’un de bien, et ta vie est sûrement un c houette spectacle, même si tu ne ressens rien. C’est juste ça. T’es un gars tr iste aussi, mélancolique et dragueur, et c’est pour cela que tu peux compter su r quelques lits disséminés à travers la ville et que tu ne sais pas comment sort ir de ce piège, de cette roue pour hamsters. Le tigre que Sandino imagine ou perçoit en rêve ne mord pas. Il approche sa truffe humide sans planter ses crocs. Le tigre dans ses rêves le veut vivant, et Sandino ne sait jamais pourquoi. La mort a dit « Sésame, ouvre-toi », Sésame s’est o uvert et a avalé Lou et Nico,
lors d’un concert du Velvet en 1972, un des mauvais disques préférés de Sandino. Tous morts, tous ces fantômes résonnent da ns ses oreilles, dans sa voiture, sur la plage d’El Prat, sur le sable humid e et par une nuit noire, quasiment vide d’étoiles et d’avions. Sancho Gracia est mort, aussi. Et tous les Ramones. Un par un. Gavé de Tranxilium, de diazépam et de benzodiazépin es, le Sandino ; tous invités à sa table, avec son insomnie.Tu dormiras quand ton corps en aura besoin. John Cale est toujours en vie : ce doit être un sig ne, non ? Retour à Barcelone. Rouler à six heures du matin da ns cette métropole déserte, c’est comme faire du patin à glace. Sa grand-mère l ui répétait que la nuit Dieu nous tourne le dos. Quand nous ne pensons plus à Lu i, Il en regarde d’autres, Il en éclaire d’autres. La nuit, Il nous oublie, et qu i sait si ce n’est pas pour toujours. Il ne nous reste donc plus qu’à prier, beaucoup, L’ implorer en murmurant, crier pour que, malgré la nuit, Il nous entende et tourne enfin de nouveau Son visage vers nous avant le lever du soleil. Voilà ce que ra contait cette vieille folle qu’on va incinérer dans quelques heures. Lola n’aime pas quand il dort sur le canapé. Lola n’aime pas ses insomnies. Lola n’aime pas quand il s’évapore dans la ville à l’aube. Lola est plus jeune que lui, elle frise les quarant e ans. Mince, des formes généreuses, le visage carré, masculine et brune, jo lie pour certains, invisible pour d’autres. Sandino est bel homme, même couleur de ch eveux qu’elle, grand, un début d’embonpoint, des yeux noirs, mais parfois vi des, sur un visage changeant qui pourrait appartenir à plusieurs personnes diffé rentes en fonction de son niveau de distraction ou d’attention, de sa bonne ou mauva ise humeur. Mais ce qui caractérise le mieux Sandino et qu’il a hérité de s a mère, ce sont ses taches de rousseur, petites et foncées, éparpillées sur son t orse, ses bras et son visage, comme si à sa naissance quelqu’un avait soufflé sur un pot de piment en poudre au-dessus de lui. Jose, Sandino, Pecas. À peine deux heures avant, Sandino laisse sa tasse dans l’évier et se dépêche de partir pour éviter le moment critique. Lola est toujours assise à la table de la cuisine, à attendre que son thé refroidisse. « Jose, il faut qu’on parle. – Ce soir. » Le chauffeur prend ses clefs et son po rtefeuille. « Ce soir, à mon retour, on parlera. » Ils ont tiré sur Jackie et ils ont eu Jack.
2 Hitsville UK
«As histoires, aujourd’hui.HMED, arrête, putain. J’suis pas d’humeur à entendre te – Attends, attends. Écoute-moi, Sandino. Allah, il s’est pas reposé le sixième jour. Le septième non plus. Allah, il était pas fat igué : comment il pourrait être fatigué, Allah ? Il a créé la Terre en deux jours. Il a placé les montagnes et il les a bénies avec des terres et des fleuves riches. C’est ça qu’il a fait, Allah. Les quatre jours suivants, il a donné à manger à tous les anim aux. – Héctor, tu peux m’encaisser ? – Allah, il s’est établi dans le ciel, et il a dit au Ciel et à la Terre : “Alors vous venez ou quoi, bordel ?”, et alors le Ciel et la Te rre, ils sont venus de leur plein gré. Yahvé c’est Allah, et Allah c’est Yahvé, mais pas tout à fait parce que les langues et les peuples arrangent tout ça à leur sau ce, du coup ils en font des dieux différents, et alors les hommes s’entretuent. Ça, on s’en fout. Un jour de la Création, Yahvé s’est réveillé tout chafouin, parce qu’Allah, lui, il fait jamais de caprices, mais Yahvé si. Du coup, il a décidé de cr éer les animaux et les planètes tout autour. Il a donné des noms à certains, et pou r le reste il a attendu que ces animaux se les trouvent eux-mêmes. Des bêtes qui do nnent des noms à d’autres bêtes, comme “crocodile” ou “souris”. Ça s’est pass é comme ça. Après il a collé la lune là-haut. Et sur la Terre, il a créé des singes , et plus tard Lilith. Et quand elle a quitté l’Éden, il a créé une compagne soumise à l’h omme, et il l’a appelée Ève. Et il en a créé d’autres pour Adam, un peu comme ici j e dirais. C’est sûr : y’a des femmes partout, à l’affût, partout je te dis, au Pa radis, dans la Ville. “Pourquoi est-ce que je dois me mettre en dessous si je suis ton égale ?” a demandé Lilith à Adam. Du coup, elle a quitté le Paradis, personne n e l’a mise dehors ! Mieux vaut être libre que soumise dans l’Éden. Mais alors elle est devenue folle et elle s’est perdue dans la luxure. C’était peut-être sa façon à elle de se venger. C’est comme ça que les pauvres se vengent des riches, en baisan t n’importe comment et en faisant plein de gosses, et les riches s’en foutent . Pourtant, ils devraient pas. Les Palestiniens votent ou devraient voter aussi. – Tu sais ce que je crois ? Je crois que la meilleu re chose chez toi, c’est que tu te drogues pas. Toi, c’est café, café et café. Voilà ce que je crois. – Me coupe pas, s’il te plaît ! Donc Yahvé, laisson s Allah tranquille, il a envoyé ses anges, mais même eux, ils ont pas pu la faire c hanger d’avis. – Qui ? – Lilith, putain. Le Ciel tuait ses fils et elle as sassinait des enfants qui avaient pas encore été baptisés, et chaque nuit elle se fai sait engrosser, envoûtée qu’elle était par les lotions nocturnes des mâles. – Lespollutionsnocturnes. C’est comme ça qu’on dit. – Ah, qu’il est cultivé, ce taxi ! – Me gonfle pas, sérieux. Laisse tomber. C’est pas le jour. Héctor, s’te plaît, je paie aussi pour lui. Ahmed, comment tu peux être au ssispeed à sept heures du matin ? {1} – OK, OK, je me tais. À Mercabarna , sept heures du mat, c’est déjà tard. Je veux juste te faire marrer, déconner avec toi, rigo ler un peu.