Témoin distant

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109 pages
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 Sarah travaille pour la police en tant que médium depuis l’âge de 18 ans. Elle est le « témoin » à distance – dans le temps et l’espace – des crimes qu’elle aide à résoudre. À l’aube de la cinquantaine, elle se sent fatiguée par la vie qu’elle a menée. Divorcée, elle s’apprête à passer un été en solitaire dans sa maison au bord de la mer, mais sa vie va être bouleversée et prendre un détour inattendu : sa rencontre avec son voisin au passé trouble va la plonger dans une enquête qui devra faire appel à toutes ses facultés pour démêler une ancienne affaire de meurtres non résolue. Née dans les Deux-Sèvres en 1966, Isabelle Brottier s’est très tôt passionnée pour la littérature. Après une licence en Droit, elle a intégré l’administration. Mariée et mère de deux enfants,  elle vit en Loire-Atlantique. À ses heures perdues, elle prend des cours de peinture, et parcours les chemins de l’écriture. Témoin distant est son premier roman à suspense.

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Date de parution 01 mai 2013
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EAN13 9782359624724
Langue Français

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Isabelle Brottier
Témoin distant
policier ISBN : 978-2-35962-474-5
Collection Rouge ISSN : 2108-6273 Dépôt légal mai 2013 ©2013 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite
Éditions Ex Aequo 6 rue des Sybilles 88370 Plombières les bains www.editions-exaequo.fr www.exaequoblog.fr
Dans la même collection L’enfance des tueurs– François Braud – 2010 Du sang sur les docks– Bernard Coat L. — 2010 Crimes à temps perdu– Christine Antheaume — 2010 Résurrection– Cyrille Richard — 2010 Le mouroir aux alouettes– Virginie Lauby – 2011 Le jeu des assassins– David Max Benoliel – 2011 La verticale du fou– Fabio M. Mitchelli — 2011 Le carré des anges– Alexis Blas – 2011 Tueurs au sommet– Fabio M. Mitchelli — 2011 Le pire endroit du monde– Aymeric Laloux – 2011 Le théorème de Roarchack– Johann Etienne – 2011 Enquête sur un crapaud de lune– Monique Debruxelles et Denis Soubieux 2011 Le roman noir d’Anaïs– Bernard Coat L. – 2011 À la verticale des enfers– Fabio M. Mitchelli – 2011 Crime au long Cours– Katy O’Connor – 2011 Remous en eaux troubles–Muriel Mérat/Alain Dedieu—2011 Thérapie en sourdine– Jean-François Thiery — 2011 Le rituel des minotaures– Arnaud Papin – 2011 PK9 -Psycho tueur au Père-Lachaise– Alain Audin- 2012 …et la lune saignait– Jean-Claude Grivel – 2012 La sève du mal– Jean-Marc Dubois - 2012 L’affaire Cirrus– Jean-François Thiery – 2012 Blood on the docks– Bernard Coat traduit par Allison Linde – 2012 La mort en héritage– David Max Benoliel – 2012 Accents Graves – Mary Play-Parlange – 2012 7 morts sans ordonnance– Thierry Dufrenne – 2012 Stabat Mater– Frédéric Coudron –2012 Outrages– René Cyr –2012 Montevideo Hotel– Muriel Mourgue –2012 Séquences meurtres– Muriel Houri –2012 La mort à pleines dents- Mary Play-Parlange – 2012 Engrenages– René Cyr - 2012 Hyckz– Muriel combarnous - 2012 La verticale du mal– Fabio M. Mitchelli – 2012 Prophétie– Johann Etienne – 2012 Léonis Tenebrae– Jean-François Thiery – 2012 Hyckz– Muriel CVombarnous – 2012 IMC– Muriel Houri - 2012 Crocs– Patrice Woolley – 2012 RIP– Frédéric Coudron – 2012 Ténèbres– Damien Coudier – 2012 Mauvais sang– David Max Benoliel - 2013 Le cercle du Chaos– Fabio M Mitchelli – 2013 Le Cœur Noir– axelle Fersen – 2013 Transferts– Fabio M Mitchelli – 2013
La malédiction du soleil– Mary Play-Parlange – 2013 La théorie des ombres– Aden V Alastair – 2013 Green Gardenia– Muriel Mourgue – 2013 Effets secondaires– Thierry Dufrenne - 2013 Le plan– Johann Etienne - 2013 Eliza– David Max Benoliel - 2013 Les opales du crime– Mary Play Parlange – 2013 Association de malfaiteuses– Muriel Mourgue - 2013 Triades sur Seine– Yves Daniel Crouzet – 2013 À feu et à sang– Bruno Lassalle - 2013 SOMMAIRE Témoin distant Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7 Chapitre 8
Chapitre 1 J’ai l’impression d’avoir cent ans, alors que j’ai à peine atteint la cinquantaine. Une chape de plomb semble peser sur mes épaules, chaque jour un peu plus lourde à porter. Souvent, je me dis que la vie sur cette terre s’approche davantage du purgatoire que du paradis, et parfois de l’enfer pour certains d’entre nous. Je sais avec certitude que la mort représente cette terre d’accueil merveilleuse, terre qui nous attend tous, comme une récompense aux efforts fournis dans notre vie. Ici-bas, c’est ma dernière vie, je le sais. Une voix intérieure me l’a soufflé. Et j’en éprouve un soulagement incommensurable. J’ai vécu plusieurs vies, et chacune d'entre elles a laissé des traces dans mon inconscient. Mais ce que je sais avec certitude : je suis restée digne et honnête dans toutes mes vies. Aujourd’hui, j’ai le privilège d’avoir un don, je vois au-delà. Je ressens les choses, les vois par anticipation. Mais ce don est loin d’être une sinécure ; il se mérite chaque jour un peu plus ; je dois accomplir le destin pour lequel on m’a choisie là-haut. Rien n’est le fruit du hasard. Nous avons tous notre route à suivre,ce pour quoi nous sommes venus dans ce monde. Nous ne sommes pas maîtres de notre destin. Lorsque nous ne prenons pas la bonne route, nous sommes remis sur la bonne voie d’une façon ou d’une autre.« Mon don de seconde vue » comme je l’appelle, me laisse souvent éreintée comme en ce moment. Je broie du noir alors que je suis en vacances. J’ai voulu aider la justice, mais le fardeau est lourd à porter. Mon histoire a réellement commencé l’année de mes 13 ans. Je jouais au ballon dans la cour de l’immeuble où je vivais, à Nantes, avec ma sœur jumelle Clara. Alors que je courais chercher le ballon assez loin, une voiture s’était arrêtée près de ma sœur, un homme l’avait attrapée, soulevée de terre, et balancée à l’arrière de son véhicule noir. Je me suis mise à hurler, mais trop tard, la voiture s’était volatilisée. Les gens alertés par mes cris étaient arrivés. La police fut sur les lieux très rapidement. Moi, j’étais entrée dans une sorte de transe. Je ne voyais plus rien, je sentais le froid pénétrer mon corps jusqu’au tréfonds de mes os. Je ressentais tout ce que Clara voyait. Je commençais à énumérer un certain nombre de lieux que le véhicule traversait. Rien ne pouvait m’arrêter dans cette litanie géographique. Je ne communiquais pas vraiment avec l’extérieur, les policiers n’avaient aucune réponse à leurs questions, je leur disais par exemple : « Panneau Angers ». Au départ extrêmement perplexe, mais n’ayant aucune piste sérieuse, la police décida de suivre la piste géographique que je leur fournissais. Un hélicoptère fut dépêché sur place. La voiture, une fiat punto noire, fut très rapidement repérée sur le trajet que je leur avais indiqué. « Un vrai miracle » dirent les policiers un peu plus tard. Non les miracles n’existent pas, je ne le savais pas encore. Des barrages avaient été mis en place, l’arrestation du pédophile s’était avérée délicate, mais Clara avait pu être récupérée saine et sauve, sans réel dommage. Elle était choquée, mais en bonne santé et surtout n’avait subi aucune violence. Son agresseur n’en avait pas eu le temps, grâce à moi. Au départ, tous ont pensé que notre statut de sœurs jumelles nous conférait une sorte de lien télépathique. Je fus l’héroïne du jour, moi Sarah, la plus timide, la plus sage des deux jumelles. Mes parents nous couvrirent de cadeaux et de bisous, et ma sœur Clara devint encore plus proche de moi. Mais voilà, peu de temps après cette mésaventure, je m’aperçus que je recevais des messages. Je les entendais dans mon oreille droite, comme si les mots étaient susurrés de très loin. Non je n’étais pas schizophrène, je n’avais que treize ans tout de même ! Mais de peur que l’on ne me prenne pour une folle, je n’en parlais à personne, pas même à ma jumelle. Cela commençait par ailleurs à me faciliter la vie dans certaines circonstances, pendant les devoirs
d’histoire par exemple. Lorsque j’accomplissais une bonne action dans la journée, j’avais remarqué que j’avais comme une caresse sur la joue. Ce jeu me plaisait. Je posais de plus en plus de questions à l’au-delà, et il me répondait. J’adorais ce nouveau jeu. Cela dura quelques mois ainsi. Je développais ce don sans le savoir. Toutefois, je n’ai jamais réussi à retrouver des visions aussi claires que lors de l’enlèvement de ma sœur. Les circonstances particulières m’avaient plongée dans une transe que je n’ai jamais connue par la suite. Je recevais sans arrêt des images pendant mon sommeil, des messages à tout moment de la journée ; je ressentais de fortes intuitions que je suivais. Je les écoutais, je ne faisais pas comme la plupart des gens, je ne les ignorais pas. Nous avons tous un don, mais peu de gens l’acceptent en tant que tel. L’intuition est une forme de communication des forces supérieures, destinée à nous aider dans notre vie quotidienne. J’ai dans un premier temps, vu ce don comme une chance. Jusqu’au jour où, dans un de mes rêves, je vis mourir mon père d’une crise cardiaque dans son lit. Son cœur s’arrêtait de battre. Je pleurais longuement, Clara en informa mes parents, elle avait tout deviné. C’est vrai que je commençais souvent à lui dire les choses avant qu’elles ne se produisent. Devant mon chagrin, elle s’était résolue à en parler à ma mère. Et je dusavouer la vérité et surtout expliquer que je voyais mon père adoré mourir d’une crise cardiaque. Ma mère était très croyante. Aussi, elle crut en mon histoire. Mon père passa toute une batterie d’examens et à la stupéfaction générale, les médecins lui découvrirent une maladie extrêmement rare du cœur, incurable. Pour se ménager, il dut arrêter son travail et rester se reposer à la maison en permanence. J’en fus soulagée, espérant que cela suffirait à l’épargner. Très rapidement, la nouvelle se répandit dans les étages de mon immeuble que j’avais un don ; et commença un défilé de personnes voulant me poser des questions sur leur avenir. J’y répondais avec un certain succès, mais cette situation ne pouvait pas durer, j’étais harcelée en permanence. Les autorités furent alertées de mes nouvelles aptitudes. Pour me protéger, il fut décidé que nous allions déménager dans une maison HLM dans un quartier cossu de la ville de Nantes. Mon père ne pouvant plus subvenir à nos besoins, il toucha une pension d’invalidité. Nous vécûmes alors trois belles années sans souci majeur. On me laissa tranquille. Mais vers mes seize ans, mon père mourut réellement d’une crise cardiaque dans son lit, comme je l’avais prédit. Après notre deuil, je fus contactée par la police sur une étrange disparition, le fils d’un député de Loire-Atlantique, histoire qui faisait la une des journaux depuis trois mois sans résultat. En fait, dans mes visions, le jeune homme m’apparaissait dans un pays étranger, un pays asiatique pour assouvir ses fantasmes homosexuels. Les policiers furent perplexes, mais suivirent cette piste, sans grande conviction. Puis il s’avéra rapidement que j’avais raison. Le jeune homme de dix-sept ans vivait en Thaïlande avec un homme plus âgé que lui. La presse en fit des gorges chaudes, d’autant que l'État français avait dépensé des fortunes pour le retrouver. C’est à ce moment-là que le ministère de l’Intérieur s’intéressa sérieusement à moi, et à mes capacités d’extralucide. Ce fut le point de départ d’une collaboration extrêmement fructueuse. Ma tante, comptable, veilla à mes intérêts avec la signature d’un contrat de travail bien rémunéré. À dix-huit ans, je faisais bouillir la marmite de la famille, et ma sœur put poursuivre ses études d’infirmière. Mais je fus appelée de plus en plus souvent à Paris au quai des Orfèvres. Les affaires étaient parfois extrêmement difficiles à déchiffrer pour une novice comme moi en matière criminelle, mais on me cantonna essentiellement aux disparitions. Et c’est vrai que j’avais de bonnes visions. Je savais dès que je voyais la photographie de la personne disparue, si c’était une fugue, ou un enlèvement, ou si la situation avait dégénéré. Au début, les policiers de la crim’ m’accueillirent avec beaucoup de sarcasmes et un certain scepticisme, mais après avoir travaillé avec moi, ils réagissaient différemment. En ce temps-là, j’étais si jeune, je voulais aider, être utile. J’étais fière de travailler pour la
police, moi la fille d’un petit ouvrier de la banlieue nantaise. Mais aujourd’hui, je suis lasse de tout cela. Je ne sais pas ce qui me pousse à écrire ces lignes, un besoin, ou le présage de la fin de ma vie ? Je ne sais pas, je n’ai jamais pu voir mon propre avenir. J’ai souvent interrogé l’au-delà pour mon compte personnel, mais je n’ai jamais eu aucune certitude, juste des sensations, le danger par exemple me plonge toujours dans une sorte de transe lorsqu’il m’est adressé. Ma hiérarchie a compris ma fatigue extrême et m’a envoyée en vacances pour deux mois de congés d’été. Je retrouve mon havre de paix, ma maison, perchée au-dessus de la falaise sur les hauteurs de St Marc sur Mer, loin du monde, de la foule, du stress et de la ville. La solitude, le repos et peut-être la visite de mes enfants sont au programme de cet été. J’ai acheté cette maison il y a cinq ans, la bâtisse en pierres était déjà entièrement rénovée. Je l’ai payée une fortune, car elle est située non loin de la Baule et donne sur la mer. « Inestimable » m’avait dit l’agent immobilier, et je confirme qu’elle m’est devenue très précieuse, comme si elle m’attendait, faisait partie de moi. Cette maison m’était destinée. L’extérieur avait été entièrement sécurisé en fonction des indications de la police dès mon achat. J’avais à cette époque, reçu des menaces que le ministère de l’Intérieur avait prises très au sérieux. Des murs d’un mètre quatre-vingt entourent donc ma propriété, l’autre côté donne sur la mer, une petite crique avec une petite plage en contrebasest accessible par un escalier coulé dans le béton le long de la falaise, cette crique est commune aux deux habitations, la mienne et celle de mon voisin. Le notaire l’avait spécifié au moment de l’achat. Voisin que je ne connais d’ailleurs toujours pas. Pour mon confort personnel, j’ai fait installer une piscine extérieure chauffée. Cette maison est un bonheur à l’état pur. Malheureusement, je n’y reçois pas assez à mon goût, mes proches étant tous loin à mon grand regret, et je n’aime pas beaucoup voyager. Je passe tout mon temps à Paris loin de mon véritable foyer, j’aime revenir à St Marc sur Mer pour m’y ressourcer. Ma sœur Clara est devenue infirmière. Et lors d’un stage au Québec, elle eut un coup de cœur pour un grand bûcheron canadien blessé qu’elle dût soigner. Un an plus tard, ils étaient mariés et éperdument amoureux. Elle partit vivre au Québec, et devint maman de deux garçons Christopher et Philip, aujourd’hui jeunes adultes. Elle me manque toujours autant, mais je la sais heureuse et épanouie dans sa vie. La distance nous a immanquablement éloignées, bien que depuis quelque temps, nous reprenons contact grâce à internet et Skype. Nous « tchatons » allègrement pendant des heures le soir. Je redécouvre ma sœur. Cela me fait un bien fou. C’est elle qui en a eu l’initiative. Moi et les ordinateurs pourtant, nous avions eu des débuts difficiles. Heureusement, quelques collègues de la police m’aidèrent à installer le PC, les logiciels et m’expliquèrent son utilisation. Et finalement aujourd'hui, je ne m’en sors pas trop mal. Je me suis même mise à communiquer avec mes enfants par ce biais. Avant je parvenais à avoir quelques SMS dans le mois, peu d’appels téléphoniques, mais depuis que je me suis mise à utiliser l'outil informatique, nous « tchatons » tous les trois bien plus régulièrement. Marianne, ma fille est en Inde en mission humanitaire, et Alexian mon fils s’est engagé dans l’armée et se trouve actuellement en poste dans le sud de la France à Draguignan. Il doit passer une partie de ses vacances avec moi, mais il ne m’a donné aucune date. Donc je suis seule dans ma grande maison. Le temps en ce début de juillet est magnifique, ciel bleu sans un nuage. Je ne connais toujours pas mon voisin. Avec les murs qui clôturent ma maison, je n’aperçois que les toits en ardoise de la maison et des dépendances de la propriété d’à côté. Mes autres voisins sont des ruminants en la présence de vaches laitières dans les champs avoisinants. J’entends
régulièrement les aboiements d’un chien, les hennissements des chevaux, le bruit de plusieurs véhicules qui vont et viennent chez mon voisin. Je ne suis pas assez souvent là pour avoir pris la peine de lier connaissance. La plupart du temps,j’habite un appartement de fonction non loin du quai des Orfèvres à Paris. Je ne viens dans ma maison que certains week-ends et pendant les vacances. Même en congé, j’ai en permanence un « biper », mais il ne sonne qu’en cas d’extrême urgence. J’ai acheté un tas de livres, j’adore lire, et je n’en ai pas toujours le temps à Paris. J’ai passé la première semaine de mes vacances à nager, lire et dormir. Je me refais une santé, l’année a été longue et pénible. Je me prélasse au soleil, ma peau mate prend une teinte colorée. J’ai énormément dormi pendant ma première semaine de congé, longues siestes et nuits à rallonge. J’en avais besoin. J’évacue petit à petit toute la fatigue accumulée de l’année, le stress à répétition, et toutes les saletés que j’ai pu voir dans mon métier. Je me ressource. Au bout d’une semaine, la solitude commence à me peser, j’aurais aimé prendre un animal comme un chien. Mais à Paris, il serait malheureux, toujours enfermé. J’ai beaucoup parlé avec ma sœur, j’avais le temps. Elle a grossi, je le vois avec la « webcam », cela lui va bien. Cela fait trois ans que je ne l’ai pas vue. Elle rayonne de joie de vivre que je lui envie. Nous nous ressemblons encore beaucoup. Nous avons en commun nos yeux bleus et nos cheveux couleur châtain. Elle les porte aujourd’hui courts, et moi mi-longs dans un carré négligé. Elle est plus grande que moi, un mètre soixante-dix, alors que j’arrive à peine à un mètre soixante. « Sarah et Clara les inséparables jumelles », comme disaient nos camarades de classe. Aujourd’hui, nous sommes séparées par un océan. J’en souffre, Clara aussi, même si elle est pleinement heureuse avec son mari Max. Il est la crème des hommes, d’une bonté et d’une gentillesse exceptionnelle. Il adore sa femme et ses enfants. Allongée sur le bain de soleil près de la piscine, je continue à écrire ce monologue sans queue ni tête, comme une urgence. « Je deviens folle », me dis-je, peut-être est-ce l’âge ? Ou est-ce le présage de ma future fin ? Je suis peut-être en train d'écrire mes mémoires, comme si ma mort était proche. J’entends un véhicule arriver dans la propriété d’à côté. Je me demande bien comment est mon voisin. L’agent immobilier qui m’avait proposé cette maison m’avait expliqué à l'époque que mon voisin vivait seul avec ses chevaux et son chien. J’entends effectivement les bruits de ses animaux, et cela ne me gêne pas. Nous sommes à la campagne. L’adolescence, je ne me souviens pas d’en avoir eu une. J'ai l'impression d'être passée de l'enfance à l'âge adulte. J'ai traversé cette période essentiellement plongée dans mes visions et mes rêves, pour aider à trouver des personnes disparues, à guetter le moindre signe de l’au-delà, à décortiquer mes rêves. De seize à vingt-deux ans, je n’ai vécu que pour mon travail. J’étais déjà très solitaire. Trop dans mon monde, je participais peu aux mondanités, j’évitais les soirées d'anniversaire, les boîtes de nuit. C’était boulot dodo, car même chez moi, je ramenais mes enquêtes dans ma tête, je devais prouver que ce don existait à chaque instant, je devais démontrer la pertinence d’être là en permanence, l’intérêt de faire appel à moi. Vers vingt-cinq ans, j’ai eu ma propre équipe d’enquêteurs, le rêve. Je pus choisir moi-même mes coéquipiers pour constituer un service consacré aux disparitions. Le Directeur me proposa une dizaine de noms de policiers, à moi de choisir quatre personnes.Le soir, je me souviens m'être enfermée chez moi de bonne heure, et fière de la confiance que ma hiérarchie m’accordait, j’en avais choisiquatre, deux hommes et deux femmes. Samia et Sophie avaient