Tempêtes sur Lewis Island

Tempêtes sur Lewis Island

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128 pages

Description

L’île de Lewis, en Écosse, se prépare à affronter les grandes marées et son cortège de tempêtes.

John William, pédiatre, doit y retrouver son père, un ancien pêcheur. Mais ces retrouvailles ont un goût de rancœur, John tenant ce dernier pour responsable jadis de la mort de sa mère.

Alors qu’il prévoit de repartir, une étrange et mystérieuse femme, Mary, retrouvée inconsciente sur la plage et la santé défaillante de son père vont le retenir.

La présence de Mary va-t-elle rapprocher les deux hommes qui ne se parlent plus depuis quinze ans ?

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Date de parution 13 juin 2016
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EAN13 9782353911301
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Ginie LE GARÇON
Tempêtes sur Lewis Island
ISBN : 9782353911349
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— John, John, réponds-moi, hé allo la Lune, ici la Terre ! Karen insista avec un signe de la main. John fut br usquement ramené à la réalité. — Oui, oui, c’est... ce dossier, tu sais, avec cette petite. Oui, tu disais ? — Alors, Samantha me demandait, noire ou bleu marin e ; donc je lui ai conseillé la bleu marine, c’est plus sobre ; noire c’est trop tape à l’œil. Sinon, que penses-tu d’une escapade en amoureux à Londres, le week-end p rochain ? Tu n’es pas de garde, moi non plus, on pourrait voir une comédie m usicale. Je peux prendre les billets dès maintenant... John, tu n’es pas avec mo i, là ! John revenait dans la conversation. — Tu devrais déléguer toutes ces charges administra tives. Nathan peut t’aider. C’est trop facile, à lui le week-end au golf, à toi les comptes rendus hebdomadaires de tes internes. — Mmh, oui. Haussant les épaules et simulant une vibration de s on beeper. — Ah ! Les résultats sanguins ! Je dois y aller. Il s’extirpa de la table de la cafétéria. Vite, partir, s’échapper, donner l’impression de de scendre dans les étages en direction des labos. John quitta l’atmosphère agité e de la cafétéria, pour les étages calmes de l’hôpital. S’engouffrant dans l’as censeur, John rejoignait son service, le cinquième étage, celui de la pédiatrie. La cage d’ascenseur se referma, rompant avec l’effervescence des passages de ses oc cupants. Desserrant son nœud de cravate, il reprit une bouffée d’oxygène, m arquée par les effluves lourds de détergents, d’iode et d’éther. John sortit à pas lents de ce sas de décompression et s’orienta vers les vestiaires. Il se remémorait le jour de leur rencontre. Nouvellement présentée à tout le personnel de Fort William, Karen, infirmière, était une belle blonde, assurément. Mutée de Londre s pour se rapprocher d’une amie d’enfance d’Inverness, c’est lui qu’elle avait choisi, lui ayant ouvertement fait des avances. Il aurait pu en ressentir de la fierté . Maintenant, il se sentait pris au piège de cette relation qui ne menait nulle part. L e cliché le plus parfait, le pédiatre et l’infirmière. Au départ, cette relation n’était que sexuelle, mais Karen aspirait maintenant à plus d’engagement dans leur couple. Comment lui avouer, que ce week-end, précisément, i l était libre et qu’il ne serait pas avec elle. Son père avait beau l’agacer avec ses grandes marées, il trouvait cela presque plus reposant que les week-en ds expositions, visites de demeures de charme des environs, cocktails à n’en p lus finir et ce surenchérissement de standing. Karen portait en ell e cette sophistication artificielle que produisent les villes. Une orchidé e qui nécessite soins et attentions dans un paysage rude des Highlands. Il voyait clair dans son jeu, presque trop d’ailleurs, cela devenait pathétique. Donner ses op inions sur les maisons, les voitures, les investissements pour une vie stérile, prévisible et inintéressante ! Il ne savait même pas quand ses petits patients du cin quième étage iraient mieux, alors, l’intérieur cuir ou non d’une voiture ne l’o bsédait pas. Il arriva dans la salle du personnel. Elle était dé serte à cette heure, c’était très bien. Dans son casier nominatif, John déposa son st éthoscope, son beeper, sa
blouse, prit son long manteau sombre et y inséra de ux tubes à essais dans les longues poches. Il referma son casier. Des gestes p récis, dans le silence. Une réaction typique et caractéristique du médecin, où chaque geste a sa fonction et son utilité. Rapidement, John s’éclipsa du vestiaire. Il dépassa le sas des admissions, atteignit le comp toir du secrétariat. Le tableau indiquait les interventions prévues du week-end et celles de lundi. Son nom n’apparaissait pas avant mardi matin. En croisant l es doigts, la petite Natasha tiendrait le week-end. Et il pourrait lui rapporter des coquillages. Marina la secrétaire, cerbère des admissions, mais néanmoins douce, était absorbée par des touristes français qui ne comprenaient rien à l ’enregistrement administratif. Elle le remarqua, lui fit un signe de tête sur son passage. John était officiellement en week-end.
La distance à parcourir sur le parking, de l’entrée de l’hôpital jusqu’à sa voiture, était courte. Il était pourtant trempé. Cette petit e pluie fine et pénétrante s’immisçait partout et s’imprégnait dans les tissus . À l’intérieur de sa voiture, John se débarrassa de son manteau qu’il posa à l’arrière , à côté de son sac de voyage. Il réalisa qu’il devait encore se rendre chez son p ère. Le soulagement de sa soudaine liberté se délitait, comme une lourde tâch e à accomplir, mais à laquelle il ne pouvait se soustraire.
C’est avec résignation qu’il fit démarrer son véhic ule. La traversée de Fort William fut rapide et les habitations à colombages disparurent de son rétroviseur. La route, seule compagne silencieuse de voyage, se déroulait en un chemin sinueux côtoyant les lochs aux eaux profondes et tr anslucides, dans un décor composé uniquement de vert. Il dépassa Ullapool, pe tite ville discrète, où officiait Marissa. Il lui rendrait certainement visite à son retour de l’île.