Temps additionnel

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Voici un livre qui ne laissera personneindifférent. Un livre, un roman tissé,construit après des efforts soutenus,réécriture après écriture tel que le font les auteursdésireux de se mettre en compétition avec euxmêmes, pour gagner auprès du lecteur l’estimedue aux inventeurs d’histoires, aux semeurs demots. Sous les auspices des Editions Plurielles, leroman de ce jeune auteur, Temps additionnel, réussità nous entrainer dans une intrigue à tiroirs avec despersonnages hauts en couleur, dans un décor familier,avec les odeurs, les épices, toutes les aspérités d’unpays facilement identifiable.

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Date de parution 14 octobre 2013
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EAN13 9789991915890
Langue Français

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Déjà parus dans le cadre du Concours national d’écriture Plumes Dorées’:
-Plus de Noël pour Etêwutu,Nouvelles, Gérard Hemadou, Cotonou, octobre 2008 -Immigritude,Théâtre, Jean-Paul Tooh-Tooh, Cotonou, juillet 2009 -Le mal d’aimer,Roman, Modeste Gansou Wéwé, Cotonou, juillet 2010 -Tremblement de corps,Théâtre, Hurcyle Gnonhoué, Cotonou, août 2012 -J’ai péché,Nouvelles, Seth Athemy, Cotonou, septembre 2012
Préface oici un livre qui ne laissera personne réécVriture après écriture tel que le font les auteurs indifférent. Un livre, un roman tissé, construit après des efforts soutenus, désireux de se mettre en compétition avec eux-mêmes, pour gagner auprès du lecteur l’estime due aux inventeurs d’histoires, aux semeurs de mots. Sous les auspices des Editions Plurielles, le roman de ce jeune auteur,Temps additionnel, réussit à nous entrainer dans une intrigue à tiroirs avec des personnages hauts en couleur, dans un décor familier, avec les odeurs, les épices, toutes les aspérités d’un pays facilement identiable. En le lisant, on glisse rapidement du roman noir à l’intrigue sociale, de la fable politique à l’investigation policière. Ici, l’histoire se nourrit d’un meurtre en même temps que d’un coupable tout désigné : une femme du nom de Mariam. Cette évidence, du moins, ce qui est donné comme tel, n’en est pas nalement une et apparaît plutôt comme un trompe-l’œil, exactement comme dans une énigme policière l’auteur, tout le temps, se joue des apparences. Et c’est un personnage complètement improbable qui va parvenir à ce résultat : un prêtre, le Père Honoré. Ce prélat qui s’interrogeait sur le sens de son engagement sacerdotal – et qui, à l’occasion d’une
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visite en prison, a rencontré la meurtrière supposée – a compris tout le parti qu’il pourrait tirer d’une enquête pour réinvestir sa vocation et demeurer dans l’ordre. De fait, le récit prend une nouvelle tournure marquée par un ton presque épique. Ainsi, on voit se construire, pièce après pièce, avec toutes les techniques du genre, une investigation méthodique. Les pièces à conviction réunies, le Père Honoré les interroge, les confronte aux réalités du terrain en même temps qu’il questionne les suspects ou les personnages pouvant l’orienter, l’informer sur la piste du coupable. Mais il ne s’agit pas – et il l’a répété inlassablement – d’aboutir à l’arrestation du meurtrier, mais de sauver Mariam, même si l’un n’exclut pas l’autre. Le prêtre enquêteur sait alors, au fur et à mesure qu’il progresse dans sa démarche, qu’il a affaire à une organisation criminelle que patronne un personnage redoutable, « La Pieuvre ». On pourrait déplorer quelque peu la naïveté des personnages, les maladresses de style, parfois la surmultiplication et l’imprécision de certaines situations; mais il s’agit, avant tout, d’un texte de débutant, donc d’une œuvre en pleine construction, promesse d’un talent inéluctable. Car, on sent chez ce jeune auteur un potentiel, surtout dans la créativité, l’inventivité, l’installation d’un univers spécique qui lui soit propre. On sent dans son travail une appropriation et une utilisation quasi judicieuses des ingrédients des intrigues à suspense. Et s’il a su s’y adosser pour produire ce
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polar social imprégné d’un parfum si local, c’est qu’incontestablement il mérite d’être propulsé sur le devant de la scène.
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Florent Couao-Zotti Ecrivain
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Le jury de cette 6e édition du Concours national d’écriture ‘Plumes Dorées’ est composé de : - M. Florent Couao-Zotti, - Mlle Héloïse Cuillier, - M. Fernand Nouwligbèto.
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A ma soeur, Rachel A. Kogon «Ne laissons pas la réalité distancer nos rêves»
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Prologue n ballet d’insectes troublait la sérénité des somUmaire. Un lit, une commode, deux chaises, un lieux. La chambre était balayée par quelques minces rayons de lumière. Le mobilier était poste téléviseur éteint. Des feuilles de journauxtapissaient le plancher. Deux tableaux contrefaits s’efforçaient en vain de rompre la monotonie de ce triste décor. Un corps gisait au milieu de la pièce, baignant dans une mare de sang. Etalé sur le ventre, la victime n’était guère très grande. Un mètre soixante-cinq environ. Le rouge vermeil de son sang avait repeint sa chemise. Un essaim de mouches décrivait des cercles interminables au plafond, répandant dans l’air la triste musique de leur vol. Le liquide vital qui se répandait du rebord du lit à l’extrémité de ses mains commençait à coaguler. Un rictus affreux lui avait redessiné les traits. Une expression d’horreur et de désespoir. Un peu au dessus de la poitrine, les mouches formaient un mouchoir vivant. Une large entaille barrait la base de son cou. La carotide avait été sectionnée. La mort avait dû être très rapide. Il avait peut-être tenté de crier et s’était étranglé. Sa main gauche était barbouillée de rouge; il s’était en vain escrimé à juguler l’hémorragie. Un gribouillis indéchiffrable maculait le sol tapissé de poussière. L’homme avait tenté d’écrire à l’encre 13
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de son propre sang, en se servant de l’autre main. Son index seul portait des traces. Mais les marques étaient indéchiffrables. Une main s’était évertuée à en atténuer complètement la lisibilité. La scène s’offrait au regard de l’inspecteur Kponon et de son adjoint Adam. Dix minutes plus tôt, un meurtre leur avait été signalé, dans leur secteur. Sans perdre une seconde, ils avaient accouru. Ils découvraient maintenant le corps dans cette position. L’inspecteur Adam ressentit un haut-le-cœur mais il t l’effort de conserver son sang-froid. L’inspecteur Kponon le regarda avec indulgence. C’était la première fois que son partenaire se retrouvait devant une scène d’une telle barbarie. Ce n’était pas une scène classique; et il y avait cette jeune femme, très belle, juste à côté de la victime. Cette femme dont les mains et les vêtements étaient tachés de sang. Elle n’avait pas esquissé le moindre mouvement à leur arrivée. Elle ne semblait pas les voir, ni les entendre ; elle était comme absorbée, comme si elle était parvenue, par quelque procédé mystérieux, à s’extraire de ce monde. Elle les regardait froidement, sans laisser le moindre son franchir le seuil de ses lèvres. L’inspecteur Kponon en était intrigué. Il la regardait xement, tandis qu’un ot ininterrompu de questions venait heurter avec violence les berges de son esprit. « Que faisait-elle là ? Comment parvenait-elle à garder ainsi son calme ? Pourquoi ne parlait-elle donc pas ? Etait-ce elle la meurtrière ? » Un sixième sens lui murmurait de se tenir en alerte;
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cet instinct de danger qui ne lâche jamais les hommes habitués à côtoyer la mort. Il dégaina immédiatement son arme de service, uneBeretta 92de calibre neuf millimètres, et tint l’inconnue en joue. L’arme du crime paraissait à ses yeux, entre les mains de la mystérieuse. C’était un poignard. - Les mains en l’air, t-il. Pas de geste brusque ou je tire ! - Ne vous en faites pas. Je ne ferai rien, répondit la femme. C’est moi-même qui vous ai alertés. Kponon croisa alors son regard troublant. Un regard beau. Mais il n’avait pas le temps d’admirer les beaux yeux qui se miraient dans les siens. Son équipier pointait également son arme en direction de la jeune femme. Sans la quitter des yeux une seconde, Kponon décocha de plus bel encore : - Faites ce que je vous ordonne, déposez doucement votre arme par terre. Le pistolet de l’inspecteur était toujours braqué sur elle. La jeune femme s’exécuta. Du pied, Kponon poussa l’arme en direction de son partenaire qui la saisit délicatement à l’aide d’un mouchoir pour ensuite la déposer dans un sac plastique. Il ne fallait pas prendre le risque d’effacer des empreintes. Kponon évalua son vis-à-vis du regard et la palpa pour vérier la présence éventuelle d’autres armes. - C’est bon, t-il, elle n’a pas d’autres armes, tiens-là à l’œil, je vérie s’il n’y a personne d’autre. Arme au poing, il t le tour de la pièce, à l’affût du moindre indice. Il regarda minutieusement derrière
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chaque objet. Aucun signe suspect. Pas de traces de bagarre. Tout était en ordre. La victime avait certainement été surprise par son agresseur et n’avait pas eu le temps d’opposer grande résistance. Une trainée de sang partait du lit. L’homme devait être couché au moment de l’attaque, songea l’esprit perspicace de Kponon. Son regard se posa à nouveau sur la mystérieuse femme. Cette dernière regardait dans sa direction, mais ne semblait plus le voir. Son regard était comme perdu dans une constellation de pensées que l’inspecteur ne pouvait cerner. Il s’approcha d’elle, essayant de la scruter en profondeur, mais aucune expression ne trahissait les sentiments de la belle. L’inspecteur Adam était autant perplexe que son collègue. La principale suspecte de ce crime avait elle-même joint la police. Mais pourquoi n’avait-elle pas tenté de prendre la poudre d’escampette ? Aucun voisin n’avait été alerté ; elle avait donc toutes les chances de s’échapper. Son incompréhension fut portée au paroxysme quand ses yeux se portèrent sur les mains de la jeune femme. Il se rendit compte qu’elle avait rendu elle-même indéchiffrable l’inscription que la victime avait laissée. Les traces du sang qui commençait à sécher sur ses mains l’accusait. Dans ce cas, pourquoi était-elle restée sur le lieu du crime sans se débarrasser de son arme, ayant pourtant rendu les indiceslaissés par la victime illisibles ? Cela faisait trop de questions à la fois pour l’inspecteur Kponon. Il osa : - Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?
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La femme ne broncha pas. - Que s’est-il passé ? Toujours, pas de réponse. Il dut se résoudre à suivre la procédure pénale. Elle ne résista pas quand l’inspecteur Adam lui passa les menottes tandis que son collègue lui débitait les formules circonstancielles. - Madame, vous êtes en état d’arrestation...
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I ariam se retournait sur son lit. Morphée fameMux jour. Son horizon, limité à des barreaux, se faisait désirer. Elle posa son séant sur le rebord. Six mois la séparaient de ce lui était désormais familier. La routine domptait ses journées. Des souvenirs douloureux émergèrent du fond de sa mémoire. Le regard de l’inspecteur et de son adjoint. Les insultes des policiers. Leur haine tenace. Les moments de solitude. La garde à vue sévère. L’interrogatoire face auquel elle s’était murée dans un mutisme absolu. L’exaspération des enquêteurs. Mariam avait passé près de soixante-douze heures sans presque fermer l’œil. Les policières n’avaient manqué aucune minute pour l’invectiver. Il fallait faire payer cette femme qui jetait l’opprobre sur la gent féminine. Mariam était demeurée stoïque face à leurs injures. Elle avait ressenti le regard concupiscent d’un agent. La peur du viol l’avait tenaillée. Mais ce dernier était parvenu à brider ses élans. C’était dangereux, une femme capable d’ôter une vie, de sang-froid. Quelques jours plus tard, la reconstitution. Mariam avait été précise. L’action s’était répétée plusieurs fois, l’exactitude réitérée dans la même froideur. Les enquêteurs étaient perplexes. Certains détails leur
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échappaient. Mais pourquoi chercher loin quand pour une fois, la providence s’était décidée à leur rendre les choses faciles ? La prisonnière était belle et mystérieuse. Une vraie vamp. Elle était pourtant demeurée désespérément muette. L’inspecteur Kponon était revenu pour avoir d’autres détails. Des éléments lui avaient paru ombrageux dans le dossier. Des indices l’avaient troublé. Il avait essayé d’arracher quelques mots à Mariam. D’autres traces avaient subsisté sur l’arme du crime. Ce n’étaient pas celles de Mariam, ni celles de Basile, la victime. Mariam avait poussé un petit cri à l’évocation de ce détail. L’inspecteur Kponon avait senti qu’une piste s’ouvrait, mais la suspecte n’était pas décidée à l’aider dans sa quête. Mariam s’était sentie menacée. Il en était sûr. Elle avait sûrement quelque chose à cacher. Dehors, le monde grondait contre la meurtrière. C’était le tollé général. Des indiscrétions ayant rapport à l’enquête étaient parvenues aux journaux.Des détails croustillants avaient été livrés à une foule avide qui s’était hâtée de vouer Mariam aux gémonies. Tout le pays était en effervescence. Le meurtre de Basile avait été celui de trop. Le problème de l’insécurité était devenu préoccupant. Impossible de mettre l’affaire sous le boisseau. Les braquages et les crimes crapuleux étaient courants. Les habitants de la capitale étaient terrorisés à l’idée de s’aventurer dans les rues, dès le coucher du soleil. Il fallait se terrer chez soi jusqu’au lendemain. Le gouvernement avait promis d’enrayer cette spirale
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de violence et d’insécurité, mais la conance du peuple s’estompait. Les échéances électorales étaient toutes proches et le régime au pouvoir risquait de payer très chère cette crise de conance. Il fallait que les hommes politiques réagissent pour rassurer les populations. Certaines avaient marché pour protester contre ce climat de perpétuelle sinistrose. Le gouvernement avait ordonné la mise en place d’une force d’intervention spéciale, pour sécuriser les grandes villes, mais la méance des populations était tenace. Du pain béni pour la presse. Sans exception, tous les grands organes vitupéraient Mariam. La photo de cette dernière avait fait la une de tous les grands journaux. Des titres carnassiers avaient servi de légende.La tueuse aux yeux d’ange,Ange ou démon, La femme fatale,Mariam tue un homme de sang froid. Mais l’attaque la plus virulente avait été celle du très populaire quotidien «News du Bénin», qui avait titré :La Veuve Noire a encore frappé. Cette dernière une avait glacé le sang de Mariam. Comment avait-elle pu être comparée à laVeuve Noire ? LaVeuve Noire, une criminelle non identiée ! Elle attirait les hommes dans les chambres d’hôtel et leur donnait la mort après le passage à l’acte sexuel. Le mode opératoire était toujours le même. Les victimes étaient droguées, puis poignardées à mort. LaVeuve Noireavait fait plus de vingt victimes et la police avait du mal à l’identier, car elle agissait sans laisser la moindre trace. Très vite, la population avait conclu
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que Mariam était laVeuve Noire et avait tôt fait de réclamer sa tête. Aucune preuve formelle ne permettait d’afrmer que Mariam était bien laVeuve Noire. D’après le prol que les enquêteurs avaient établi de cette tueuse en série, il devait s’agir d’une lle de joie. Elle devait avoir un emploi du temps assez léger en journée, pour séduire et entrainer ses victimes dans les endroits propices à ses forfaits. Les enquêteurs avaient évalué approximativement sa taille en tenant compte des traces de blessures au couteau que portaient les victimes mutilées. Elle devait être beaucoup plus petite que Mariam. Enn, laVeuve Noirelaissait toujours une araignée postiche sur le corps de ses victimes. C’était sa signature. Or, sur les lieux du crime où Mariam avait été retrouvée, aucune trace d’araignée postiche. Le meurtre de Basile était devenu une affaire d’Etat. L’opposition l’avait instrumentalisé pour démontrer l’incompétence du pouvoir en place. Ce dernier s’en était servi pour justier le contrôle plus strict des citoyens. Le gouvernement était conscient de la gravité de la situation. Il fallait faire de Mariam un exemple, pour décourager les autres criminels. L’enjeu était beaucoup plus grand. Faire comprendre à la population que sa quiétude demeure la priorité et démontrer que le parti au pouvoir était capable de se montrer ferme face à la racaille. Il fallait se dépêcher pour remonter la pente raide des sondages avant les élections.
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L’avocat commis d’ofce n’avait eu qu’un accès tardif au dossier. Sa tentative de dénonciation dela situation dans les journaux n’avait trouvé aucun écho favorable. Personne ne voulait prendre le risque de relayer l’information. Une main invisible, semble-t-il, avait déjà distribué les cartes. De son côté, sa cliente n’était guère disposée à beaucoup l’aider. Coup de théâtre, le procès avait été organisé moins de deux mois après le crime, dans un pays où les affaires criminelles prenaient des années avant d’être jugées. Le pays avait cessé de respirer le jour du procès. Toutes les preuves réunies avaient été à charge. L’avocat de la défense avait fait remarquer l’existence d’autres empreintes sur l’arme du crime, mais personne ne s’en était préoccupé. Le gouvernement était décidé à faire de ce procès un outil de propagande. Sur demande insistante de Mariam, son mari et de ses proches étaient absents pendant le procès. Elle avait tenu à leur épargner ce triste spectacle. Personne ne voulait perdre une miette de ce procès sensationnel. Le public était composé de journalistes et de curieux. Certains organes de presse avaient été autorisés à suivre le procès et la population s’était délectée du spectacle en temps réel. Les autres journalistes avaient fait le pied de grue devant le tribunal. Plusieurs chaines étrangères avaient envoyé leurs correspondants sur place. Le procès fut des plus houleux et des plus passionnés. Mariam avait encore en mémoire cette fameuse audience à la cour d’appel
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