Terre indomptable

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I TERRE INDOMPTABLE 1Collection "L'Autre Amérique" AGUIRRE Eugenio, Gonzalo Guerrero, 1990. ARGUETA Manlio, Un jour comme tant d'autres, 1986. BARETTO Lima, Souvenirs d'un gratte-papier, 1989. Lima, Sous la bannière étoilée de la Croix du Sud, 1992. BARETTO Lima, Vie et et mort de Gonzaga de Sa, 1994. BOURGERIE Denis, Des ciels d'Amazonie aux berges de l'éternité, 1992. BOURJEA Serge (présentée par), Anthologie de la nouvelle poésie brésilienne, 1988. CONST ANTINI Humberto, Dieux, petits hommes et policiers, 1993. MEDINA Enrique (nouvelles argentines traduites par Maria Poumier), La vengeance, 1992. MONTS ERRA T Ricardo, La périlleuse mémoire de Tito Perrochet, 1992. MONTSERRAT Ricardo, Là-bas, la haine, 1993. OTERO Lisandro, La situation, 1988. RODRIGUEZ JULIA Edgardo, L'enterrement de Cortijo. Chronique portoricaine, 1994. Raul Botelho GOSA.L VEZ TERRE INDOMPTABLE (roman) Traduit du bolivien par Agnès Sow Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris DU MÊME AUTEUR (Liste non exhaustive) - Borrachera Verde - Altiplano - Bolivia y Politica del Poder - Coca - Ensayistas paceiios - Cuademos americanos - La Lanza Capitana - La Revancha y otros cuentos - El Tata Limachi - Los Toros salvajes y otros relatos - Vendimia del Viento - Vale un Potosi y otros relatos @ L' Harmattan, 1994 ISBN: 2-7384-2778-2 "PREMIERE PARTIE « Messieurs les passagers, à l'avion!

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 1995
Nombre de lectures 122
EAN13 9782296294073
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ITERRE INDOMPTABLE
1Collection
"L'Autre Amérique"
AGUIRRE Eugenio, Gonzalo Guerrero, 1990.
ARGUETA Manlio, Un jour comme tant d'autres, 1986.
BARETTO Lima, Souvenirs d'un gratte-papier, 1989. Lima, Sous la bannière étoilée de la Croix du
Sud, 1992.
BARETTO Lima, Vie et et mort de Gonzaga de Sa, 1994.
BOURGERIE Denis, Des ciels d'Amazonie aux berges de
l'éternité, 1992.
BOURJEA Serge (présentée par), Anthologie de la nouvelle
poésie brésilienne, 1988.
CONST ANTINI Humberto, Dieux, petits hommes et
policiers, 1993.
MEDINA Enrique (nouvelles argentines traduites par Maria
Poumier), La vengeance, 1992.
MONTS ERRA T Ricardo, La périlleuse mémoire de Tito
Perrochet, 1992.
MONTSERRAT Ricardo, Là-bas, la haine, 1993.
OTERO Lisandro, La situation, 1988.
RODRIGUEZ JULIA Edgardo, L'enterrement de Cortijo.
Chronique portoricaine, 1994.Raul Botelho GOSA.L VEZ
TERRE INDOMPTABLE
(roman)
Traduit du bolivien par Agnès Sow
Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 ParisDU MÊME AUTEUR
(Liste non exhaustive)
- Borrachera Verde
- Altiplano
- Bolivia y Politica del Poder
- Coca
- Ensayistas paceiios
- Cuademos americanos
- La Lanza Capitana
- La Revancha y otros cuentos
- El Tata Limachi
- Los Toros salvajes y otros relatos
- Vendimia del Viento
- Vale un Potosi y otros relatos
@ L' Harmattan, 1994
ISBN: 2-7384-2778-2"PREMIERE PARTIE« Messieurs les passagers, à l'avion! » annonça l'agent en
uniforme kaki, dont la casquette bleu marine était ceinte d'un
ruban brodé de soie aux initiales de la compagnie aérienne.
José Antonio Sotomayor abandonna le fauteuil de cuir
rouge, accueillant et ventru, dans lequel il attendait depuis
sept heures du matin que l'avion ait réchauffé ses moteurs
dont l'huile était figée par le froid des hauts plateaux. Une
femme, deux enfants et un homme le précédèrent à
l'embarquement, qui formaient, avec lui-même et les
membres de l'équipage, tous les passagers. Au nord,
l'horizon était barré par les imposantes bosses de pierre et de
glace de la Cordillère Real qui comptait les plus hautes èt
magnifiques montagnes de cette région andine, tandis qu'au
sud s'étirait à l'infini l'immensité grise d'une terre stérile et
dénudée. De légers tourbillons s'en échappaient, qui
parcouraient de vastes étendues en aspirant les champs de
leurs trompes grisâtres et tournantes avant de se dissoudre
comme par enchantement dans les courants supérieurs de
l'atmosphère.
Au loin les collines, découpées comme un plan de
géomètre par les caprices de l'extravagance du morcellement
agraire, bordées de minces sentiers telle une jupe ornée de
rubans, suggéraient une esquisse de peinture abstraite.
9~
En se dirigeant vers l'appareil, José Antonio voyait, sur la
route côtoyant la piste, des camions se croiser, chargés de
marchandises ou bien de passagers qui considéraient avec
une envie craintive le géant d'aluminium aux ailes
immobiles: la cordillère qu'il s'apprêtait à franchir demeurait
une énigme géographique pour ces indiens dont le monde
s'arrêtait aux limites de la plaine qu'ils n'avaient jamais
quittée. Puis les camions disparaissaient dans un nuage de
poussière.
De son siège il put voir au travers du hublot un homme
agiter le drapeau vert: la voie était libre. L'avion rugit, gagna
lentement l'extrémité de la piste, puis vira de bord, prêt au
décollage. Alors, les moteurs trépidèrent un instant, l'appareil
se mit à l'horizontale, s'élança dans la sublime allégresse du
condor prenant son envol et se projeta dans les airs. Dans les
airs, vieil Icare enthousiaste! Il pénétrerait bientôt dans les
ondes claires de l'espace, par dessus les cimes et les plaies de
la terre et, flèche lancée vers le ciel par un invisible archer,
atteindrait la grande plaine verte où le soleil, Phaéton de
l'Amérique, roule son chariot de feu.
Les enfants ouvraient tout grand leurs yeux remplis de
crainte et d'émotion et la passagère, peu familiarisée avec les
voyages aériens, dissimula son visage sous sa mante,
suppliant que l'on arrête l'avion, puis ne tarda pas à se sentir
mal, prise de nausées; heureusement, le calmant qui lui fut
administré lui permit de s'assoupir en tenant les mains des
petits effrayés.
L'altimètre situé au-dessus de la cabine de pilotage du
robuste « Junker» marqua deux mille mètres, et la petite
aiguille, suivie par le regard anxieux du voyageur, continua
de grimper en oscillant pour s'immobiliser sur six mille. En
toute quiétude, José Sotomayor s'amusait de voir les enfants
se cacher les yeux derrière leurs petites mains à chaque trou
d'air.
Un coup d'œil par le hublot lui permit de distinguer, juste
au dessous, la ville de La Paz s'enfonçant dans les cavités
profondes et irrégulières du terrain, telle une pieuvre aux
tentacules rougeâtres et gris. La Paz, sa ville natale, comme il
10l'aimait et comme ilIa détesta en un instant! Mais dans cette
contradiction ce fut la magnifique beauté du paysage inculte
et provocateur qui triompha.
L'avion prit vers le nord et le ronflement des moteurs ne
tarda pas à retentir allégrement sur le front blanc des plus
vieux pics des Andes. José Antonio s'absorba totalement
dans la contemplation du panorama sauvage. Ils survolaient
l'épaule gauche de l'Illimani, violant les cimes vierges du
Titan réveillé par le fracas des avalanches que les congères,
sorties de leur engourdissement, projetaient avec rage le long
des flancs bleutés des précipices. Ses yeux s'émerveillaient
d'une telle richesse cosmique! Puis le vaisseau franchit
l'abîme et enfonça la porte d'un nouveau paysage. Une
brume vaporeuse, semblable à des lambeaux de tulle, surgit
de l'entaille des vallées chaudes et se mit à guetter derrière la
cordillère. Tout au fond, la montagne qui semblait saigner,
laissait serpenter des fleuves jaunâtres et argentés.
Les collines se firent de plus en plus duvetées, crêpelées
comme des têtes africaines. Çà et là, quelques rares villages
aux toits luisants sous le soleil matinal, se serraient en
troupeaux autour de leur petite église tranquillement posée
sur la plaine.
De toutes parts de nouveaux horizons s'entrouvraient
mystérieusement devant la flèche argentée.
L'opérateur radio faisait le point sur le vol: - «Nous
avons franchi la cordillère depuis quinze minutes. Rien à
signaler ». Il précisa un peu plus tard: « Nous volons à quatre
mille mètres au-dessus du fleuve Cajones... » «Le fleuve
Béni est en vue, nous mettons le cap sur Manique ». « Neuf
heures quarante cinq, nous passons au-dessus de l'usine
Napoles et abordons la plaine »...
Puis le moteur changea de régime, et une toux de géant
secoua l'appareil. L'opérateur regarda la passagère un peu
rassérénée en pointant l'index vers le hublot. Sur l'insistance
des enfants elle avait découvert son visage; ses yeux
s'emplirent de larmes lorsqu'elle balbutia avec tendresse:
« Le Béni! Le Béni! ».
IlL'avion approchait de sa destination. Loin encore, là où
convergeaient de puissants fleuves, immenses graffitis sur la
plaine verte, on distinguait la mer terrestre de Moxos. Moxos,
la lointaine, l'inconnue dont rêvent les poètes et les
aventuriers, qui confère la virilité à ceux qui se risquent
jusqu'à ses vastes pampas et ses épaisses forêts, à la
poursuite de quelque chimère ou simplement pour éprouver
l'envoûtement de cette terre vierge dont le nom résonne
comme un appel. Le Béni, le Béni! Elle était là, la plaine
sauvage, que personne n'avait encore apprivoisée, la pampa
sans fin, la mer verte parsemée d'îles végétales, immensité où
le soleil s.'~bîme dans la joie, où le vent se déchaîne comme
sur l'océan pour secouer impétueusement la voilure sylvestre
des arbres, immobiles caravelles.
L'avion décrivit un cercle de quatre vingt dix degrés,
coupa ses moteurs latéraux et entreprit une rapide descente.
De grandes bouffées parfumées de bois, d'herbe, de nature
accueillante montaient comme un message de cette terre
chaude et sensuelle. Il vira une dernière fois et aborda la piste
en vol plané. Les roues touchèrent le sol, stoppèrent leur
longue course à la limite de l'aire d'atterrissage, puis
l'appareil se dirigea vers l'aéroport. Lorsqu'il s'immobilisa,
une foule claire d' hommes, de femmes, d'enfants en
vêtements tropicaux vint à sa rencontre. Les femmes se
protégeaient du soleil sous leur ombrelle; elles portaient des
vêtements d'étoffes légères, appuyés à la taille, qui laissaient
deviner le délicat contour des corps pulpeux comme des
fruits exotiques. Un homme de haute stature, portant veste
noire et pantalon blanc, se détacha du groupe en apercevant
José Antonio et se hâta jusqu'à lui:
- Je suppose que vous êtes le petit-fils de feu don
Fernando Sotomayor? questionna-t-il en tendant la main.
- En effet, Monsieur, je suis à votre disposition.
- Inutile de le dire! Vous avez bien le même air de
famille. Et le regard, sapristi! On dirait don Fernando en
personne! ajouta-t-il avec véhémence et dévisageant le
nouveau venu.
12Aux exclamations joviales du nouvel ami de José Antonio,
quelques personnes tinrent à s'assurer que c'était bien là le
petit- fils de l'ancien pionnier de La Paz, don Fernando
Sotomayor, et l'entourèrent avec curiosité. Certains d'entre
eux avaient peut-être profité de la main généreuse du vieil
hidalgo et lui offraient leur main droite.
- Nous avions toujours pensé que par une de ses
bizarreries, Dieu nous réserverait la surprise de votre visite,
lui dit un homme trapu aux cheveux noirs, le teint pâle et les
yeux saillants, qui tenait à la main une badine de bois sombre
et luisant.
Les présentations n'en finissaient plus et le jeune homme
se disait intérieurement qu'il avait sans doute, ce jour-là, fait
connaissance avec tout le gratin, la fine fleur de ce bourg
retiré, planté sur la terre rouge en bordure de la pampa.
L'arrivée d'une fillette aux yeux vifs interrompit la
conversation du petit groupe, protégé par l'aile de l'avion
d'un soleil déjà difficilement supportable à cette heure encore
matinale, et dont l'ardeur faisait vibrer la plaine. La petite
indienne franchit sans ménagement la barrière humaine et
parvint jusqu'à José Antonio qu'elle tira par la manche de sa
veste.
- La Senora Herminia m'a chargée de vous demander
combien de temps elle doit vous attendre à la maison.
La Senora Herminia était la douce et respectable vieille
dame que son grand-père avait désignée comme exécutrice
testamentaire car elle était la sœur de sa seconde épouse
défunte. C'est ainsi qu'elle resta pour gérer les deux
exploitations qui ne rapportaient d'ailleurs pratiquement plus
rien, les vicissitudes de l'âge la forçant à vivre enfermée dans
sa maison de campagne des environs.
- Dis à la Senora que je viens de suite, répondit-il à la
petite servante. Consciente d'avoir accompli une démarche
13importante, elle repartit précipitamment à « Los Naranjos »
afin de rendre compte à dona Herminia.
Contraint,. il présenta ses excuses en prenant congé de ses
interlocuteurs, et se mit en route par un étroit sentier rempli
de mauvaises herbes mêlées de-ci de-là de tiges de millet.
Il franchit un pont de planches dégrossies à la hache et
traversa un village, toujours précédé des deux garçons qui
portaient ses bagages.
Les paysans le saluaient respectueusement au passage et
certains pensaient en le reconnaissant: «Celui-là, c'est le
petit-fils de don Fernando ».
Dans ses vêtements de laine inadaptés à la chaleur
suffocante, il transpirait abondamment, et dut bientôt se
débarrasser de sa veste et dénouer sa cravate.
De la direction opposée lui parvint le ronflement du
trimoteur qui s'apprêtait à regagner La Paz. Surpris par le
bruit insolite, le bétail dispersé par les rues cessa de ruminer,
lança quelques mugissements apeurés, puis reprit
tranquillement ses occupations en piétinant l'herbe à l'ombre
des arbres.
Trempé, impatient, mal à l'aise, José Antonio se
demandait s'il arriverait enfin. Après un pâturage où les
troupeaux avaient laissé des traces encore fraîches, il coupa
par une bananeraie et la quinta fut soudain devant lui.
(I) patron, annonça l'un des- Voilà « Los Naranjos»
garçons. Silencieuses, nonchalamment adossées à la palissade
d'entrée, deux villageoises au service de dona Herminia
l'attendaient avec des bouquets qu'elles lui tendirent. Il prit
les fleurs, remercia et, passant à leur suite entre les carrés
fleuris assez bien entretenus du jardin, il pénétra dans la
malson.
Au centre d'un petit salon net et ordonné, dona Herminia
l'attendait dans son fauteuil à bascule. C'était une femme
J."Les Orangers".
14d'un certain âge que le célibat avait parfaitement conservée.
Elle avait dOêtre très belle. La peau très blanche, la chevelure
abondante, bien que grisonnante, les beaux yeux noirs,
profonds, extraordinairement expressifs sous des sourcils
châtain foncé que faisait ressortir la pâleur du visage,
donnaient une idée de sa beauté passée.
- José Antonio, dit-elle, pardonne-moi de n'être pas allée
t'accueillir. Mes pauvres jambes sont ankylosées depuis des
semaines par les rhumatismes.
Dans un effort, elle se redressa pour l'embrasser, puis lui
posa mille questions sur ses parents et ses frères. C'était la
première fois qu'il rencontrait dona Herminia avec laquelle,
cependant, il entretenait une correspondance régulière et
affectueuse depuis qu'il avait su griffonner ses premières
lettres. Ses yeux laissèrent échapper des larmes de joie en le
contemplant.
- C'est bien vrai, tu es le portait vivant de ton grand-père.
- Comme le temps passe, murmura-t-elle émue... Le défunt
don Fernando n'aurait même pas imaginé que son petit-fils
pOtun jour s'asseoir dans son propre fauteuil. Elle lui indiqua
le siège en bois d'acajou dont le fond et le dossier étaient
tendus de cuir, dans lequel José Antonio se laissa tomber,
liquéfié sous la canicule.
- Que tout le monde vienne saluer le maître, hommes,
femmes, enfants, ordonna-t-elle à la petite bonne chargée du
va-et-vient de la chaise à bascule.
La domesticité qui guettait denière les portes en chahutant
se tut aussitôt et s'introduisit dans la pièce avec timidité pour
lui souhaiter la bienvenue.
- Voici Maximo... Jeremias... Pablo. Celui-là c'est
Genaro dit la Senora en les désignantl'un après l'autre.
15Lorsqu'elle en eût terminé avec les hommes, au nombre de
sept, ceux-ci s'approchèrent en tenant leur chapeau de paille
et lui dirent après une brève étreinte de leur main droite et
dure de paysans:
- Soyez bienvenu, petit patron.
Puis ce fut le tour des femmes. Quelques-unes, femmes
toujours libres, que l'expérience de l'amour n'avait pas
encore défraîchies, fines, sveltes, d'autres énormes, la
poitrine flasque, déformées par les maternités répétées.
- Celle-ci, c'est Lucia... Cette autre Fabiana... Celle-là
Me1chora. ., et enfin Electra.
- Electra? répéta-t-il, surpris de rencontrer ici une femme
portant un nom aussi suggestif.
- Euh... elle le doit à l'originalité de ton grand-père.
. La fille rougit et, comme les autres, prononça les paroles
de bienvenue.
Les domestiques étaient vingt-trois au total en comptant
l'équipe des ouvriers agricoles des estancias.
Lorsqu'il eût fait la connaissance de tout le monde, même
des enfants, José Antonio sortit de sa poche un paquet de
cigarettes fines et demanda à l'un des hommes de le partager
entre les fumeurs. Ils quittèrent la pièce en remerciant et
allèrent s'allonger sous les larges auvents de la véranda qui
donnait sur le jardin. Loin des oreilles du jeune patron, les
commentaires allaient bon train et aussi les critiques
malicieuses à l'égard de ses manières citadines, sa tenue
vestimentaire et jusqu'à sa prononciation qui contrastait avec
leur langage simple et bon enfant.
Un peu plus tard, une servante le conduisit sous un
splendide tamarinier à l'ombre duquel il se dévêtit, protégé
par un paravent de bambou et se délassa dans le bain que
dona Herminia avait fait préparer. Debout dans le baquet, il
se rafraîchit, faisant couler sur lui l'eau contenue dans les
16