Théodora

Théodora

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Livres
382 pages

Description

Au début du XXIe siècle, dans une ville de l'Utah, le destin de nombreuses personnes sera transformé, modifiant ainsi le cours paisible de plusieurs existences.

2011 : Théodora est une lycéenne, douée, heureuse. Une fille issue de la jeune génération, celle de Facebook, de Twitter. Elle aime sa famille, ses amis,... la vie.

Un jour, sa professeure de piano prends sa retraite. Elle est remplacée par une jeune femme, et Theo fera la rencontre de sa vie. Celle qui bouleversera tout. Elle s'ouvrira au monde, à l'amour...
Elle supportera également les vicissitudes de l'existence, à l'instar de ses amis.

Son destin va émouvoir ceux qui la côtoient et changer quantité de mentalités...


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Ajouté le 18 novembre 2015
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EAN13 9782332968685
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-96866-1

 

© Edilivre, 2015

Dédicace

Pour toutes les Théodora du monde

Pour que la vie vous semble légère et que vous puissiez être ce que vous voulez sans crainte.

Pour que vous ayez le courage de vous défendre si vous êtes dans son cas.

www.le-refuge.org

Page Facebook (dédiée au livre) : Théodora Taylor, personnage fictif (l’icône se trouve être l’image de la première de couverture)

Préface

Je vous livre une histoire fictive, les personnages n’existent pas dans la vraie vie, de même que le nom du lycée est complètement faux. Pourtant il y a des Théodora dans toutes les strates de la société. Et il y a des Isabelle Taylor partout.

Cette histoire peut être celle de vos enfants, de vos ami(e) s, de tout un chacun.

Afin qu’il n’y ait pas de Théodora autour de nous, il est nécessaire d’avoir un esprit ouvert. Tout être humain a le droit d’être heureux, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel. Accepter la préférence sexuelle de quelqu’un que nous aimons se trouve être une preuve d’amour bien plus grande que ce qu’il est habituel de donner. Une relation normale. Ce qui exclut bien entendu les pédophiles et les violeurs, cela va sans dire.

Il y a quelques années, il y avait une série TV, « Queer as folk » U.S.A. Pour mes 38 ans, j’ai eu l’agréable surprise de recevoir les cinq saisons complètes (un coffret). J’ai passé du temps avec Brian, Justin, Ted, Emmett, Michael, Ben, Lindsay, Mélanie, Debbie et les autres. Je rêve d’une société ou l’homosexualité, mâle ou femelle peut être vécue d’une façon décomplexée, comme dans cette série. Peut-être un jour nous y arriverons. J’espère au moins.

Malheureusement, il est devenu de plus en plus commun que des crimes de haine homophobes soient perpétrés. Les victimes sont de tous âges, de toutes conditions sociales, et j’ai l’impression, horrible et désagréable, que ces actes sont banalisés. Qu’ils ne choquent plus personne ! Comme si cet acte immonde est passé dans les mœurs,… c’est hip de casser de l’homo ! Quelle connerie ! Cet ouvrage, écrit bien avant que je me sois rendue compte de l’étendue du phénomène (je l’ai su par le biais de la presse et d’internet) : en septembre 2015, deux jeunes femmes ont été violemment agressées dans un magasin dans le centre-ville de Valence (France) ; en octobre 2011 c’étaient deux femmes dans les Ardennes ; et dernier exemple, en juillet 2013, deux femmes à Trouville qui célébraient un évènement heureux ; a pour but de servir à empêcher que la situation décrite dans ce livre soit effective, dans la mesure du possible. Du moins, je l’espère. Je crois encore en l’être humain.

Avant d’en arriver aux extrémités qui sont écrites dans cette histoire, protégez-vous, parlez, et s’il le faut, partez.

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. » (John Stuart Mill – 20 mai 1806-8 mai 1873)

P.S : Depuis l’écriture de ce livre, il y a eu du changement, en bien. Le mariage gay a été légalisé dans tous les états des Etats-Unis d’Amérique. C’est un grand pas en avant, une évolution positive. Le mariage, c’est l’union des deux êtres qui s’aiment, et rien d’autre.

Je suis heureuse pour tous ceux qui attendaient ce moment depuis longtemps.

Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez.

Rachel Kléber

Prologue

Campus de Harvard, Cambridge, Massachussetts, novembre 2012

Déjà dix mois ! Qui aurait pu croire que le soleil reviendrait, et que je pourrai à nouveau sourire.

Il me semble que c’était hier. Ce sinistre jour de janvier, brumeux, glacial, et gris. La nature dépouillée de tout son charme semblait en accord avec l’état délabré de mon cœur. A présent, je peux me retourner sur le passé et me souvenir… d’elle

Chapitre I
La rencontre

Jeudi 16 juin 2011

Lycée Abraham Lincoln, Ogden, dans l’Utah, en fin d’après-midi.

Le professeur ânonnait son cours, la moitié des élèves étaient assoupis, soit d’ennui, soit à cause de la torpeur due à la chaleur. Il avait un physique avenant. Certains, ou plutôt certaines lui trouvaient du charme. Il ressemblait de manière frappante à un acteur super talentueux, James Franco. Son charme n’ôtait en rien le manque d’intérêt des élèves. La matière était pénible, et le pauvre professeur ne pouvait remédier au programme scolaire.

« Encore cinq minutes ! ».

Les yeux rivés sur l’horloge au-dessus du tableau numérique, Théodora égrenait les secondes qui la libèreraient de ce cours insipide de biologie. Comment se faisait-il que lorsqu’une personne se trouvait pressée d’échapper à une situation déplaisante le temps semblait durer tellement plus que ce qui était prévu ? Décidément, cette matière n’était pas sa tasse de thé. Pour elle il n’y avait aucun intérêt de savoir comment était faite une grenouille, ou connaître la durée de gestation d’une éléphante par rapport à une baleine. Elle regardait la nuque de Kathleen devant elle, penchée sur son cahier, consciencieuse et appliquée comme toujours. Elle recopiait jusqu’aux illustrations que le prof insérait dans ses leçons, celui-ci espérant par ce stratagème intriguer suffisamment ses élèves pour que les jeunes aient la curiosité d’aller chercher plus loin que ce qu’il leur donnait. Theo riait intérieurement, son amie s’appliquait surtout vis-à-vis du prof, qui était selon l’avis de Kathleen, à tomber par terre. Il était bien plus agréable de le regarder et de l’écouter parler, que de s’astreindre à comprendre le sens de la biologie et ses aboutissements. Il est vrai que Cat ne loupait aucun des films du jeune acteur de Palo Alto, il était si prolifique qu’il en devenait incontournable. CQFD.

Kathleen (plus communément appelée Cat) et Theo se connaissaient depuis le jardin d’enfant. Toujours ensemble, toujours amies. Elles se confiaient tout, leurs espoirs, leurs secrets. Cela était vrai pour Kathleen. Théodora, elle, avait un secret pour son amie. Un seul, lourd, caché certains esprits mesquins diraient honteux. Theo, elle, se protégeait. Elle craignait que sa meilleure amie ne la rejette ou qu’elle puisse se comporter de manière différente avec elle. Son regard aurait forcément changé. Ne pas correspondre à une personne bien définie alors que leur relation était aussi vieille qu’elles, ce serait perturbant pour son amie, et la vérité était si éloignée de ce que Cat pensait que Theo risquait de perdre la personne qu’elle aimait tant.

Une fois, elle avait abordé le sujet sous forme de périphrase alambiquée. Kathleen s’était montrée intransigeante, outrée, et Theo avait dû renoncer à dire son secret avec regret, le cœur lourd et triste. Peut-être dans quelques années, la maturité venant, elles pourraient s’expliquer clairement, quand elles auraient vécu leurs vies, leurs amours. Quand elles auraient commis leurs erreurs !

La sonnerie avait enfin retenti. Theo n’était pas la seule à vouloir déguerpir au plus vite de cette pièce. La jeune fille récupéra ses cahiers et les fourra à la hâte dans son sac à dos. Elle était pressée de quitter son établissement scolaire. L’Abraham Lincoln High School était plus ou moins récent. La ville d’Ogden, dans l’Utah était de dimension convenable avec près de quatre-vingt-dix mille habitants, et ses deux lycées étaient pleins de jeunes gens bruyants et affairés. Cette journée était enfin finie. Elle sortit sa clé de cadenas et Kathleen était là qui l’attendait. Elles sortirent du bâtiment, retrouvant par la même la chaleur. Elles durent se protéger les yeux. Passer de l’ombre à la lumière de cette belle journée pouvait s’avérer déstabilisant. Le soleil de juin chauffait la peau, la pelouse était d’un beau vert, le moral au zénith. Sur le chemin, elles croisèrent pas mal de monde qu’elles connaissaient. Les Pom-Pom girls se firent confirmer l’horaire de l’entraînement pour le lendemain, ainsi que la chorégraphie et le morceau de musique qui seraient employés. Theo leur parla en vitesse, un sourire aux lèvres et dans le regard, comme toujours. Elle était toujours disponible pour rendre service aux autres, et était très à cheval sur ses devoirs et obligations de toutes sortes. En tant que capitaine de l’équipe elle se devait d’être à l’écoute de ses filles.

Bientôt les grandes vacances ! Piscine, bronzage, farniente… après le Bal qui conclurait l’année scolaire, bien entendu. Théodora était allée à Albuquerque avec sa mère et son amie Kathleen pour acheter leurs tenues pour la soirée dansante. Les jeunes filles y avaient trouvé leur bonheur, des tenues parfaites, très féminines. Elles avaient passé du bon temps en ville, en profitant pour se rendre chez leur glacier préféré. Le thème retenu pour cette année était : « Shakespeare en folie, de la Renaissance au Vingt-et-unième siècle ». Toute l’année de littérature avait été axée sur l’œuvre du grand dramaturge anglais élisabéthain, avec ses influences chez les autres, et les sources utilisées par celui-ci pour nourrir ses pièces de théâtre. Ils avaient eût droit aux interprétations cinématographiques de Kenneth Branagh, et ses comparses. Theo avait adoré ces parenthèses instructives. Visionner les films était un précieux support pour certains des textes de Big William.

Richard, le quarterback de l’équipe de football du lycée les rejoignait, courant derrière elles. Il les héla, les priant de l’attendre. Elles ralentirent la marche afin qu’il puisse les rejoindre sans difficultés. Il salua la jeune amie de Theo en la serrant dans ses bras, respirant le délicat parfum à base de muguet de Cat. Il mit sa main sur la taille de Theo, ostensiblement possessive. Le droit du petit copain sur sa moitié. Théodora était le leader des Pom-Pom girls. Ils formaient un joli couple, bien assorti, très complémentaire. Leurs physiques plutôt agréables faisaient d’eux des personnes sur lesquels les autres se retournaient. Le jeune garçon le savait et en jouait, vis-à-vis des autres. Theo, elle, se contentait d’ignorer les regards, ne se préoccupant que de ce qui représentait des faits importants. Elle trouvait que son petit ami en faisait trop, que son narcissisme frôlait la bêtise la plus profonde et glauque qui soit. Sagement elle n’en disait rien, attendant patiemment qu’il se rendît compte de l’incongruité de ses gestes. A dire la vérité ce garçon l’agaçait prodigieusement et l’ennuyait, ses sujets de conversations tournant invariablement autour des mêmes poncifs affligeants des réfractaires à la « grande » littérature. Il fut un temps où il avait de la répartie. A croire que la compagnie de ses amis ne lui convenait pas. Son cerveau s’était comme atrophié, il avait énormément baissé dans l’estime de son amoureuse. Cat ne se doutait pas que la bonne entente s’était quelque peu fissurée depuis le début de l’année scolaire, à cause du jeune homme qui ne pouvait, en plus, s’empêcher de jouer les hidalgos de service à tout bout de champs. Theo ne voulait pas montrer de faiblesses, du moins pas de cet acabit.

Kathleen enviait un peu son amie. Keith, son amoureux, était un rat de bibliothèque qui manquait de coordination quelle que soit l’activité sportive qu’il pratiquait. De plus il était très réservé et les démonstrations extérieures d’affections étaient rares, sa pudeur l’en empêchant. Sa peau voyait rarement le soleil, ce qui fait que Keith avait un teint très pâle, du fait de ses occupations. De toute manière il ne prisait guère le bronzage intensif, qui vous faisait paraître un steak trop cuit, et vous vieillissait prématurément, sans parler du risque encouru pour la santé. Il aurait été à sa place dans les films tirés de l’œuvre de Stephenie Meyer, dans le clan des vampires. Il était bénévole dans un centre d’écoutes pour personnes ayant des problèmes. Il était doué pour les entendre parler, sans jamais sombrer dans le pathos. Kathleen en était très fière, seulement c’était quelque chose de privé, dont il ne pouvait pas parler, étant donné qu’il était tenu à la confidentialité la plus élémentaire. Elle n’en avait même jamais parlé à son amie, sa presque sœur Theo. Elle n’en avait pas le droit, Keith le lui avait dit sous le sceau du secret.

C’est Theo qui les avait présentés l’un à l’autre. Keith avait la même prof de musique particulière que Théodora, la vieille Mrs. Irina Ivanovitch, une dame russe immigrée au temps de la Guerre Froide. Quand elles étaient ensemble, en compagnie de leurs amoureux, le pianiste avait l’air maladif au côté du grand gaillard musclé et bronzé. Richard faisait montre d’une certaine condescendance, voire protectionnisme, à l’encontre du jeune homme. Comportement pour le moins ridicule, Keith lui étant très nettement supérieur en ce qui concernait l’empathie, l’intelligence et le rapport aux personnes. Cette manière d’être de Richard mettait régulièrement mal à l’aise les autres. Le quarterback ne s’en rendait pas compte, il était quasiment totalement concentré sur lui-même, et sa petite amie si décorative. Cat était heureuse avec son rat de bibliothèque, il lui apportait une stabilité amoureuse après une relation qui s’était finie dans un torrent de larmes, qu’elle avait épanché dans les bras de son amie, Theo. Keith était le plus beau cadeau, le plus précieux aussi, qu’elle lui avait fait.

Le groupe de jeunes gens se dirigea vers les vélos. Les deux jeunes filles rentraient à la maison, alors que Richard avait son entraînement. Il arborait d’ailleurs déjà la tenue adéquate, son casque de protection à la main. Après un dernier baiser langoureux de Richard, bien baveux, elles purent partir, casque de vélo sur la tête.

« Tu vas à ton cours, chez la vieille ? » demanda Kathleen. Elle avait toujours eu du mal à voir la dame russe autrement que comme une personne âgée particulièrement effrayante et renfrognée. Tout ceci étant lié à un souvenir d’enfance assez traumatisant pour la jeune fille.

« C’est le dernier avec Mrs. Ivanovitch, elle prend sa retraite. Elle va me présenter la personne qui la remplacera. J’espère seulement qu’elle sera plus flexible, et moins colérique. »

Theo était sincère dans son assertion. L’adolescente rêvait de pouvoir explorer d’autres univers que ceux confinés de sa prof, qui ne se plaisait que dans un registre bien délimité. Trop, sans doute ! Il n’y avait pas de place pour l’improvisation, la plaisanterie, ni pour la musique un peu plus contemporaine. Même les Beatles ne trouvaient pas grâce aux yeux de la vieille dame !

« Plus colérique se serait difficile, je crois que ta Mrs. Ivanovitch tient la dragée haute à quiconque. »

Cat fit une sorte de grimace assez amusante, Mrs. Ivanovitch devait avoir les oreilles qui sifflaient.

Les deux jeunes filles rirent de bon cœur à l’unisson. Elles se séparèrent devant le portail cossu de la maison des Taylor. La maison avait un étage, les tuiles étaient relativement récentes. La chambre de la jeune fille se trouvait là-haut, première fenêtre à partir de la droite. Avec une vue plongeante sur la rue, l’huisserie était blanche, tout avait été pensé pour qu’un maximum de lumière pénètre dans la chambre. Kathleen savait que son amie disposait de trois pièces rien que pour elle, toutes contiguës. Pour sa part, elle devait se contenter d’une petite chambre, sa famille et elle manquaient de place bien que la demeure familiale fut spacieuse au demeurant. Sa mère avait deux pièces pour son usage exclusif, celle qui servait de buanderie (blanchisserie, repassage, couture, où les vêtements étaient mis à sécher) et l’autre pour ses loisirs créatifs (scrapbooking, point de croix, dessins, poterie, bois, gravure, peinture sur soie). Ces activités occupaient toute la place, avec tout le matériel qui était nécessaire. Puis, il y avait la grande salle à côté de la salle de séjour qui se trouvait être la salle d’études (avec des bureaux et une très grande bibliothèque)… Après tout, les chambres n’étaient utilisées que dans un seul but, pour dormir. Elle n’en était pas jalouse pour autant, après tout si Theo possédait des choses qu’elle n’avait pas, il en allait de même dans l’autre sens. La mère de Kathleen était plus permissive, plus dans le démonstratif aussi. Rose, la mère de Cat, aimait assister à leurs jeux quand elle y était invitée, elle savait rire du tout, et savait rire d’elle-même. Bien souvent les deux jeunes filles se retrouvaient pour travailler leurs devoirs, danser, s’amuser. L’ambiance chez les Stampton était toujours plus légère que chez les Taylor, quand bien même Isabelle Taylor fit tout son possible pour être plus cool, plus à la page. Isabelle n’était jamais dans l’impromptu, tout était pesé, étudié, sous contrôle, une actrice perpétuelle. Rien de spontané, sauf dans de rares moments, car elle n’aimait pas être en état de faiblesse devant qui que ce soit. A l’exception de son époux, peut-être.

Théodora lui fit la bise et rentra chez elle. Kathleen était presque arrivée, sa maison était distante d’à peine vingt mètres. Le quartier était tranquille, comme endormi dans la torpeur de ce début d’été. Les gens restaient calfeutrés chez eux, au frais.

« Maman, je suis rentrée ! » dit Théodora. « J’ai tout juste le temps de déguster un de ces merveilleux gâteaux dont j’ai senti l’odeur dès que j’ai ouvert la porte et je file. »

« Mrs. Ivanovitch pourra bien patienter une dizaine de minutes. Assieds-toi et mange tranquillement. »

Isabelle Taylor était une femme d’âge mûr aux traits lourds. Une maîtresse femme. Elle avait les cheveux raides et court, brun, mais si sombre, que vous pouviez penser qu’ils étaient noirs. De taille moyenne, sa fille la dépassait déjà d’une bonne tête. Elle approchait des cinquante-cinq ans, de la ménopause, mais une vie de travail et de devoirs l’avaient prématurément vieillie. Depuis quelques années, elle s’était arrêtée, afin de pouvoir éduquer sa fille et en profiter au maximum. Son époux gagnait bien sa vie, elle avait pu par conséquent se retirer de la vie professionnelle tout en conservant son niveau de vie. Elle entra dans le salon les bras chargés du goûter, la théière fumante et les trois tasses. Elle déposa le tout sur la table basse du salon, sur le petit napperon fraîchement repassé et amidonné.

Theo se dirigea vers sa mère et ne fit pas attention où la portait ses pas, perdue dans ses pensées.

« Aïe ! Saleté de table ! Je me suis encore cognée. La prochaine brocante qu’il y a, je te la fais mettre en vente. » La jeune fille était vraiment en rogne, elle ne comptait plus les bleus occasionnés par ce foutu meuble. Elle la détestait, seulement, il se trouvait que c’était le cadeau de mariage du vieil oncle de sa mère, Matthew, décédé depuis fort longtemps. Sa mère tenait particulièrement à ce souvenir d’une époque où elle avait encore une famille conséquente.

Le plateau en marbre de la table basse avait une arête particulièrement acérée et bien des fois Mr. Taylor avait dit qu’il y remédierait. Mais à chaque fois il devait faire autre chose de plus urgent, happé par la vie domestique immédiate ou des dossiers en souffrance, et il repoussait la réparation de la table sine die.

Isabelle avait souri devant la fougue de sa fille. Théodora Rosemonde Guenièvre Taylor était fille unique. Elle était arrivée après sept F.I.V qui avaient échoué, autrement dit elle était considéré comme « l’enfant du miracle » et la prunelle des yeux de ses parents. Une enfant plus que choyée, aimée et couvée. Isabelle était heureuse que leur fille eût pris de son père pour ce qui est du physique, plutôt que du sien. Robert Taylor était un bel homme de près de soixante ans aux tempes grisonnantes, athlétique encore, aux yeux sombres mais aimants. Mr. Taylor travaillait dans une banque, il y avait une place importante, un poste à responsabilités, et était considéré et respecté par ses collègues. Il n’avait jamais été très manuel, mais quand il voulait, et quand il avait le temps, il ne dédaignait pas de donner de sa personne, ou réparer ce qui a été endommagé. Mais malheureusement, il n’arrivait jamais à se libérer assez pour consacrer du temps à cette maudite table. Il tenait son prénom du grand acteur des années quarante-cinquante, l’inoubliable Ivanhoé, Quentin Durward… et Marcus Vinicius de « Quo Vadis ». Isabelle et lui formaient un joli couple qui devait fêter leur trente-six ans de mariage d’ici quelques jours. La mère alla chercher de quoi soigner sa fille, l’antiseptique et les pansements n’étaient jamais bien loin. Elle était en train de nettoyer la plaie, quand elle entendit le bruit des pas dans le hall. Isabelle leva la tête, elle regardait son mari avec les yeux de ses seize ans.

Il rejoignit sa famille de son pas alerte, et s’assit avec nonchalance dans le fauteuil en cuir beige.

« Ma chérie, je m’occupe de cette table dès que je le peux. Pas de brocante pour cette vieillerie. Ta mère y tient trop, » il regarda sa femme dans les yeux, lui caressant au passage les cheveux si bien agencés, « et elle ne me pardonnerait jamais de la bazarder. Il faudra faire avec, et se montrer moins malhabile. Regarde où tu mets tes pieds, … ou tes genoux, la prochaine fois. »

Il eût un sourire à l’adresse de sa femme, il savait qu’elle tenait immodérément à cette vieillerie, il voulait la savoir heureuse. Pourtant qu’est-ce que ce meuble pouvait être laid et malcommode !

« Tu m’as entendue de ton bureau ! » Théodora avait un regard effaré.

« Difficile de faire à moins. Tu as une voix qui porte loin, comme ta mère d’ailleurs. »

Ils rirent tous les trois, détendus, et prirent le goûter ensemble. Mr. Taylor regarda sa fille quelques instants puis prit une décision.

« Théodora, je vais t’accompagner à ton cours. Je tiens à dire au revoir à Mrs. Ivanovitch et à faire la connaissance de ton nouveau professeur. »

« Papa, j’ai mon vélo ! »

La mère intervint, sa fille était trop jeune pour donner son avis. Ce genre de réflexion avait tendance à lui déplaire.

« Et bien aujourd’hui ton père t’accompagne. C’est normal qu’il veuille prendre congé de ton prof et qu’il rencontre son remplaçant. Quand tu auras fini, tu nous rappelleras, et nous viendrons te récupérer. Et puis, ainsi, tu arriveras à l’heure pour ton cours. »

Quand Maman disait quelque chose c’était ainsi et pas autrement. La jeune fille dut se soumettre comme toujours. Elle désirait se changer avant de partir, son top blanc en coton, ajouré de dentelles lui semblait un peu trop cérémonieux et vieillot pour sa leçon. Il n’y avait que le jean bleu délavé qui lui convenait. Isabelle lui caressa les cheveux, (Isabelle avait tendance à être un peu cyclothymique, ayant des changements de comportement aussi subit que des orages d’été) lui affirmant que son apparence n’avait aucune importance, seul son talent comptait. Et puis Mrs. Ivanovitch le connaissait déjà son petit top, elle ne serait pas surprise de la voir ainsi attifée. Theo prit donc ses partitions, et après avoir déposé un baiser sur la joue couverte de fond de teint de sa mère, elle suivit docilement son père. Elle monta dans la BMW grise, côté passager. Elle avait son permis de conduire depuis deux semaines déjà, mais les véhicules familiaux étaient trop massifs pour une apprentie conductrice. Une surprise attendait Théodora dans la remise derrière la maison. Une magnifique voiture bleue de type « kia », de la même couleur que ses yeux, cinq portes et petite, avec aide pour les créneaux. Elle devait la recevoir un jour après le Bal, en récompense de ses bons résultats scolaires. Theo n’avait jamais causé le moindre souci à ses parents, c’était une fille douce et aimante. Donc ils avaient décidé de lui faire ce présent qu’elle désirait depuis longtemps. En bons parents, aimants et à l’écoute des désirs de leur enfant unique.

Au bout de dix minutes ils s’arrêtèrent devant une belle maison imposante. Mr. Taylor prit sa fille par l’épaule et ils s’engagèrent dans l’allée bordée de rosiers. Theo était nerveuse. Qui pouvait savoir ce qu’elle trouverait derrière cette porte ? La présence de son père était rassurante, elle aimait ces instants de complicité, comme volés, qui avaient tendance à s’espacer au fur et à mesure qu’elle prenait de l’âge. Comme si son père voulait se préparer à une séparation qui surviendrait bien assez tôt.

La sonnerie de la porte retentit et une dame âgée ouvrit la porte, un sourire aux lèvres. Elle les fit entrer.

« Voici ma meilleure et plus ancienne élève, je m’occupe de Théodora depuis treize ans, déjà. Je suis heureuse de vous la présenter après vous en avoir tant parlé. » Irina parlait à une personne que Mr. Taylor et l’adolescente ne pouvaient pas encore voir.

« J’en suis ravie, je suis sûre que nous ferons du bon travail ensemble, elle et moi. » Une voix de femme relativement jeune, claire et agréable, répondit de la pièce attenante.

Theo était soulagée. Elle préférait avoir à faire à une femme, et à quelqu’un de jeune. En entrant dans le salon, à côté du piano à queue se trouvait une femme d’environ trente-cinq ans, blonde, fine, au physique agréable, bien vêtue. Cette personne lui tournait le dos, rangeant des papiers. Lorsqu’elle se retourna le cœur de la jeune fille manqua un coup. Cette créature était fabuleusement intrigante, d’une beauté à couper le souffle, si menue et pourtant imposante. Son visage surtout reflétait sa douceur, si parfait, si lumineux. Mrs. Ivanovitch contourna les deux nouveaux venus, désignant d’un geste engageant la jeune femme.

« Je vous présente Miss Anne Felton. Elle vient de s’installer en ville. Elle est arrivée ici il y a deux mois d’Albuquerque. Je pense que vous en serez satisfaits, elle est très pédagogue. »

Theo et Anne se sourirent. Ne voulant pas heurter la jeune fille qui se tenait en retrait, elle se contenta de ce premier contact. Elle tendit sa main à Mr. Taylor qui la tint un moment entre les siennes. Elle avait l’air d’être gentille. Sa fille était entre de bonnes mains. Pendant que Theo allait discuter avec la vieille dame, Robert, lui, demanda des précisions sur ses compétences, son parcours. La jeune femme souscrivit à ces demandes somme toutes légitimes. Elle aurait la charge de sa fille, il était normal qu’il se soucia de la qualité des cours dispensés. Elle avait une voix douce, légèrement rauque. En tout cas plus grave que celle à laquelle on pouvait s’attendre. Theo regardait discrètement les mains de sa nouvelle professeure, aux ongles bien taillés, avec un vernis discret couleur corail clair. Ses ongles à elle cassaient invariablement, du fait des coups reçus lors des entrainements, ou des erreurs d’inattentions récurrentes. La jeune fille chercha à les cacher, elle en avait un peu honte sur le coup. Les mains d’Anne possédaient de longs doigts effilés, comme ceux de Theo. Des mains de pianiste. A croire que le trait commun des amoureux de cet instrument se retrouvait dans cette prolongation du bras.

Robert sentait que sa fille était un peu intimidée, il est vrai qu’elle n’avait jamais eu des profs aussi jeunes. Bien souvent, choisir un éducateur pour leur enfant avait été à la charge de son épouse. Isabelle sélectionnait ceux, ou celles, qu’elle estimait le plus digne de confiance, et aussi les plus compétents pour Theo. A dire la vérité ils étaient bien souvent vieux, et peu liants avec leurs élèves, exactement ce que cette mère ultra possessive recherchait. Elle tenait à conserver la préférence affective dans le cœur de sa fille. Robert se demandait comment elle réagirait en sachant que la nouvelle professeure de Theo était une personne agréable, et impliquée dans sa relation avec ses élèves. Mrs. Ivanovitch lui avait montré un peu les lettres de recommandations des anciens étudiants de la jeune femme. Ils ne tarissaient pas d’éloges sur celle-ci, regrettant son départ, et lui souhaitant bonne chance dans sa nouvelle vie. Nul doute que le changement serait profitable à Théodora, il donna son aval à la continuation des cours.

Il avait envie de rester un peu, il savait que Théodora n’apprécierait pas. Elle était assez jalouse de préserver son domaine réservé. La musique était une plage de liberté, de création, très encadrée, mais au moins elle s’y sentait à l’aise. Il prit donc congé avec une infinie délicatesse, qui fit sentir à Miss Felton que cet homme était une personne plus que convenable. Son père avait été ainsi, lui aussi. Elle s’en souvenait parfaitement, ceux qui le fréquentaient disaient de lui qu’il avait été un vrai gentleman. Elle s’entendrait bien avec le père de Theo.

Chapitre II
La préférence de Théodora

La porte se referma sur le père de Théodora. Anne s’en fut s’asseoir pour écouter et évaluer le potentiel de la gamine. Une observation s’avérait nécessaire, la jeune femme refusait de prendre pour argent comptant les dires de Mrs. Ivanovitch. Elle voulait se faire sa propre opinion.

Les cours de Mrs. Ivanovitch étaient longs, très denses, lénifiants. Bien souvent la jeune fille désespérait de le voir enfin finir. En bonne slave qui se respecte, la vieille dame ne jurait que par Liszt, Chopin et Beethoven. Un peu de Mozart de temps en temps, mais c’était rare. Irina ne se rendait pas compte que ses jeunes élèves aspiraient à plus de modernité, à ce que les cours fussent plus vivants. Il était temps qu’elle prenne sa retraite. Elle était aimée des jeunes, seulement elle ne leur apportait pas ce qu’ils désiraient et l’application de ceux-ci s’en faisait ressentir.

Anne regardait la technique de Théodora, sa dextérité digitale. Le niveau de la jeune fille était plutôt correct, il était évident qu’elle ne faisait que le strict minimum. La partition qu’elle interprétait n’était pas vraiment adaptée à son jeu, et sans doute très éloignée de son goût personnel, ce qui expliquait qu’elle ne faisait pas vraiment d’efforts. Elle possédait une marge de progression intéressante, si tant était qu’elle fût dans de bonnes conditions. Il fallait juste trouver le déclic, ce petit quelque chose qui lui donnerait envie de s’impliquer réellement, et donc de donner tout son potentiel. Anne cherchait dans son passé, dans ses anciens élèves ce déclic. Elle eût un sourire, un souvenir plutôt récent, une bonne expérience. Elle se devait d’essayer. Ce morceau-là était plutôt bien perçu par les jeunes. Les grands classiques, au bout d’un moment, bien que frisant la perfection, d’une beauté ineffable, devenaient indigestes. Et Théodora devait les plaquer sur le clavier depuis treize longues années. Un véritable sacerdoce !

Le dos bien droit, trop rigide, trop peu vivant, la jeune fille continuait sa démonstration. Theo s’appliqua à donner une bonne opinion d’elle, pas une seule fausse note, pas une seule lamentation, rien. La sueur dégoulinait dans son dos, elle était tendue, et intériorisait son angoisse de se tromper. Dix minutes avant la fin de ses trois heures de cours, Anne s’avança. Elle prit place sur le siège, à côté de l’adolescente. Sa posture était parfaite, souple comme un roseau, ses doigts commençaient à prendre place sur le clavier. Theo sentit son corps s’amollir, son souffle se précipitait. Ce qu’elle savait être se vérifiait, puissance un million. Elle n’osa pas regarder la femme assise, là, à sa droite, de peur de lui montrer son trouble. Anne prit une feuille sur le dessus du piano, la posa sur le pupitre devant elle.

Anne mit sous ses yeux une partition d’un film à la vogue, celle de « Twilight ». Le morceau interprété par Robert Pattinson dans le salon épuré des Cullen. La jeune femme l’invita à jouer de concert avec elle. Elles jouèrent le morceau à quatre mains. Ce fut un moment magique, en-dehors du temps, un moment de grâce sans précédent, Mrs. Ivanovitch était émue de voir combien ce registre convenait à son élève, tellement plus que Chopin. Subrepticement, leurs mains s’étaient touchées deux secondes et une décharge électrique avait parcouru Théodora. Elle espérait que Miss Felton ne s’était rendue compte de rien. C’était son secret, son monde privé enchanté.

Anne lui serra la main à la fin, il avait semblé à Theo que l’œil de la prof frisait la malice et l’entendement. Mais étrangement elle n’eût pas peur d’être dénoncée, comme si elle avait l’intuition qu’Anne était comme elle. Elle n’en était pas sûre et se demandait comment réussir à confirmer ou non son jugement.

« Théodora, je crois, en effet, que nous ferons du bon boulot. J’ai hâte de commencer ! »

« Theo, je m’appelle Theo, tout simplement, s’il vous plait. Théodora, c’est quelqu’un d’autre, dans un autre univers. Ce n’est tellement pas moi, mon vrai moi ! Si cela vous semble un peu trop familier, voire inconvenant, vous pourrez toujours utiliser un autre de mes prénoms, j’en ai trois ! Un peu vieux jeu, mais ce sont les miens. »

Miss Felton regardait l’adolescente, elle avait piqué sa curiosité.

« Quels sont tes autres prénoms, ils ne peuvent quand même pas être si vieux que çà. Sauf si tes parents sont des amoureux du Moyen-Âge ! »

« Je m’appelle Théodora Rosemonde Guenièvre. Ils sont assez vieux pour vous ? »

La jeune fille souriait, amusée, détendue. Anne voyait, pour la première fois, une adolescente enfin détendue. Elle avait un beau sourire, communicatif.

« Je pense que je vais me contenter de Theo, si tu n’y voit aucun problème. Le cycle Arthurien était probablement le livre de chevet de tes parents. Tu vois, nous pouvons travailler et te faire progresser dans le travail, et la bonne humeur, et j’espère que tu apprécieras. Nous allons voir cela la prochaine fois. »

« Moi aussi, j’attends avec impatience notre prochain cours. »

« OK. A samedi alors. » La jeune fille s’apprêtait à partir, ramassant son sac laissé à ses pieds. « Attends une minute, je dois te donner mon adresse. C’est apparemment plus proche de chez toi. Pourrais-tu emmener tes compos personnelles, si tu en as ? Cela me permettra de mieux te connaître et de voir ce que je peux préparer pour le cours d’après. Une ligne directrice en quelque sorte. Tu feras du classique, comme tu en as l’habitude, mais aussi des morceaux un peu plus actuels, plus dans ton goût. Du moins, je le suppose ? »

Anne était doucement insistante, elle cherchait à cerner sa jeune élève. Des cours en quelque sorte à la carte, avec des moments dits « normaux », certains diraient plutôt de la pratique habituelle. Voilà la recette de la réussite pour Miss Felton. Theo était surprise, la jeune femme semblait facile à vivre, et tellement plus à la page. Tant mieux !

Theo souriait à la jeune femme, plutôt soulagée après cette prise de contact agréable. Elle pensait mettre un peu de temps avant de s’adapter à cette nouvelle personne. Elle était toute étonnée de se sentir si à l’aise, comme si elle la connaissait depuis très longtemps. Le rapport humain était grandement facilité par la fraîcheur de la jeune femme. Mrs. Ivanovitch la serra dans ses bras, émue. Sa jeune élève, celle qu’elle suivait depuis toutes ces années, sa plus ancienne étudiante lui manquerait, terriblement, durablement. Théodora lui fit la promesse de revenir la voir.

Mr. Taylor vint la récupérer et lui demanda son opinion sur la nouvelle professeure. Elle se contenta de rester vague, tout en étant positive. Suivant ce qu’elle disait, il pouvait changer d’avis et lui chercher quelqu’un d’autre, ce que Theo cherchait à éviter à tout prix. Le « modus operandi » de la jeune fille était : ne pas trop parler, ne jamais trop en montrer, ne jamais se livrer. Même avec son père, si aimant, si ouvert, elle ne pouvait jamais être totalement elle. C’eût été une catastrophe de perdre Miss Felton alors qu’elle n’avait pu réellement passer que quelques minutes en sa compagnie.

Dès qu’elle franchit la porte, elle prit son sac d’école et monta dans sa chambre pour faire ses devoirs, en élève modèle, première de sa classe. Elle n’avait jamais le temps de les faire avant le cours de piano, elle demeurait peu chez elle entre le retour de l’école et son trajet en vélo jusque chez son...