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Thérapie aux abords du quai

De
80 pages

Un docker lutte avec un rêve qui ne le quitte plus. Perturbé, il consulte un médecin du travail dans l’incapacité de l’aider. Le docker est licencié suite à ce problème.
Une vendeuse d’arachides et de manioc bouilli devient la confidente du docker. Avec elle naît une complicité conduisant la trame narrative du récit.
Cette histoire se déroule dans un port : lieu des échanges et poumon économique d’un pays, lieu de l’indifférence où chacun fonctionne en nourrissant son propre enjeu, lieu dans lequel toute attention aux individus serait sensiblerie...

Thérapie aux abords du quai met en scène notre société en quête de profits et de bénéfices au mépris de la solidarité humaine.


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Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-76401-0

 

© Edilivre, 2015

Dédicace

 

 

A Louise et Adolphe Nganga

pour le coup de théâtre.

Personnages

Le docker

Le médecin

La vendeuse

Le docker sur scène

Les voix des dockers

Le directeur général

Les vigiles

Scène I

La scène s’ouvre sur un décor de quai d’un port. Bruitage d’un terminal à conteneurs en pleine activité. En avant-scène, une vendeuse d’arachides et de manioc bouilli. De l’autre côté, l’indication d’un poste médical pour dockers. Une voix off lit une lettre.

Papa Directeur,

J’ai beaucoup de respect pour vous et je compte beaucoup sur votre cœur humain, c’est pour cela que je vous écris cette lettre. J’espère que je ne vais pas vous fâcher, Papa Directeur. Je voudrais vous parler d’un de vos anciens travailleurs, monsieur Kissalou, qui a été licencié il y a quelques semaines. Vous allez peut-être vous demander pourquoi je vous parle de quelqu’un qui a travaillé chez vous et pourquoi moi.

Je me présente, je suis la dame qui vend tous les jours à manger aux dockers ; vous me voyez quand vous passez dans votre grosse et belle voiture. Je suis toujours assise au coin, à l’entrée. Monsieur Kissalou nous a rendu service, à moi et à mes enfants. Je voudrais aussi l’aider et j’ai pensé à vous lorsque j’ai appris que vous l’aviez renvoyé.

Papa Directeur général, je ne peux pas vous commander en vous obligeant à l’aider, car vous êtes un grand chef. Chez nous, on respecte les autorités. Je voudrais juste vous informer que la situation de votre ancien travailleur est difficile. J’ai pitié de lui, de ses enfants et de sa femme. Vous-même, si vous le voyez, vous aurez pitié de lui, Dieu m’entend parler.

Monsieur Kissalou est un bon monsieur. Je pense qu’il était aussi un bon travailleur, même s’il a eu quelques problèmes parce qu’il dormait au travail. Papa Mokonzi, vous pensez que quelqu’un peut faire ça juste pour blaguer ? Il est malade, il a besoin qu’on l’aide.

Mokonzi, Papa Directeur, pardon ! Si vous pouvez le pardonner, je vous prie de le convoquer pour qu’il vous explique ce qu’il a. Pitié ! C’est trop difficile pour lui et ses enfants, pour sa femme aussi. Le travail est papa et maman chez nous, redonnez-lui du travail, mon Papa. Pitié ! Dieu vous le rendra.

Je vous dis merci, mon Papa Directeur, merci pour tout ce que vous allez faire.

La nourricière des dockers,

la vendeuse du coin

Scène II

Un médecin discute avec un docker.

LE MÉDECIN

Tu dis que tu fais le même rêve depuis deux semaines, et chaque nuit !

LE DOCKER

Oui, Docteur, le même, chaque nuit et depuis deux semaines. Ça commence à me faire peur.

LE MÉDECIN

Ah ça, tu as intérêt à t’inquiéter, mon ami. Ce n’est pas bon ça…

LE DOCKER

Mais Doc, vous me faites encore plus peur !

LE MÉDECIN

Ouais ! Ouais ! C’est très embêtant tout ça. Bon, voyons, je vais te prescrire un médicament qui t’aidera à dormir.

LE DOCKER
(Agacé, réponse catégorique et agressive.)

Non, Docteur, plus de somnifères ! Je ne prendrai plus le somnifarma parce que, maintenant, un comprimé ne me suffit plus, je dois en prendre deux ou trois pour pouvoir dormir. (Il boude, un temps…) En plus, mon problème n’est pas le manque de sommeil. Mon problème, c’est que le fait de dormir…

LE MÉDECIN

Oui, le fait de dormir ? Oui, continue…

LE DOCKER
(Boudeur.)

Le fait de dormir me fait peur.

LE MÉDECIN

C’est vraiment intéressant tout ça ! Je risque de reprendre ma thèse, là.

LE DOCKER

Vous dites Docteur ?

LE MÉDECIN

Non continue, je réfléchis à haute voix. Comme dit ma femme, je marmonne.

LE DOCKER

C’est grave ce que j’ai, n’est-ce pas ?

LE MÉDECIN

Écoute mon ami, ici le malade, c’est toi et donc pour te soigner, je dois te poser des questions. (Il jette un coup d’œil dans le Vidal.) Donc, revenons à ce que tu disais… Dormir te fait peur ?

LE DOCKER

Oui, Docteur, j’ai peur de dormir.

LE MÉDECIN

C’est vraiment la première fois que j’entends ça de toute ma longue et riche carrière de médecin du travail. C’est vraiment incroyable ! Bon, continue et qu’on en finisse.

LE DOCKER

Docteur, n’est-ce pas que j’ai attrapé une maladie grave ?

LE MÉDECIN
(Agacé.)

Mais non, tu dramatises trop, c’est pour cela que tu n’arrêtes pas de rêver.

LE DOCKER

Comment ça, je dramatise ?

LE MÉDECIN

Tu prends trop les choses au sérieux.

LE DOCKER

Je ne devrais pas ?

LE MÉDECIN

Tu as juste un petit mal qui va passer.

LE DOCKER
(Sérieux.)

Un petit mal vous dites ?

LE MÉDECIN

Oui, dans quelques jours, tout ça ne sera plus qu’un mauvais rêve. D’ailleurs, ce médicament te permettra de tout oublier…

LE DOCKER
(Un temps perplexe.)

Je ne rêve plus et je ne me souviens plus de rien ?

LE MÉDECIN

Oui.

LE DOCKER

Donc, c’est comme si j’attrapais une autre maladie ?

LE MÉDECIN

Comment ça ?

LE DOCKER

Celle qui fait tout oublier.

LE MÉDECIN
(Agacé.)

Mais non ! Tu es terrible, toi ! Tu vois trop la vie en noir.

LE DOCKER

Je devrais la voir dans quelle couleur ?

LE MÉDECIN

Rose, par exemple.

LE DOCKER

Ah bon ! C’est une couleur qui convient aux femmes !

LE MÉDECIN

Bon soit. Le médicament que je vais te donner te soignera. Tu vas vite oublier cette histoire de rêve chronique. D’ailleurs, ça me revient. Cette maladie est appelée dislocation de l’os bénigne à l’étape banale. Elle devient une dislocation de l’os chronique lorsque la maladie devient grave. Là, tu rêves et le même rêve revient parfois plusieurs fois en une nuit.

LE DOCKER
(Certain.)

Eh, mais c’est ce que j’ai. Je suis donc déjà à l’étape grave.

LE MÉDECIN
(Banalisant.)

Mais non, tu ne peux pas avoir cette maladie à l’étape grave… (Un temps.) Tu penses que pour te guérir, il te suffira de ne plus dormir ? Tu souhaites donc que je te prescrive des comprimés pour ne...