This is not a love song

This is not a love song

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118 pages

Description

Dans ses années de jeunesse, la " lose " lui collait à la peau. Aujourd'hui Vincent a le vent en poupe et la quarantaine conquérante : marié à une fille de la grande bourgeoisie britannique, père de deux enfants, il dirige à Londres une chaîne de restauration en plein essor. Pour cela il a dû fuir : la France et sa petite classe moyenne engourdie, ses parents et leur pavillon " qui craint ", son frère et sa vie étriquée ? et Étienne, son meilleur ami, son double inversé, dont il n'a plus jamais pris de nouvelles. Étienne qui a suivi le chemin opposé ? Étienne qui est devenu SDF. Mais cela, Vincent l'ignore. Jusqu'à ce mois de juillet où il revient dans sa ville natale. Et se prend en pleine tête ses certitudes d'homme qui a " réussi " sans un regard pour ceux qu'il laissait derrière lui...


Une histoire de fraternité dérangeante, à la noirceur vénéneuse, comme une claque aux petits arrangements avec notre conscience. Plus âpre, plus grinçant, plus violent, très différent de ce à quoi il nous avait habitués, le sixième roman de Jean-Philippe Blondel étonne, détonne. Et séduit.








JEUDILe temps s'étire et se contracte.Un jeudi immense.Un jeudi infini. Deux journées en une. Deux, cent, mille. Mon corps se dédouble. Franco-Anglais. Entrepreneur sdf. Fidèle adultère. Sauveur coupable. Frère et faux. Faux frère. Ma main voudrait caresser ? mais elle s'agrippe, ripe, s'accroche ?, les doigts sont des griffes, elle est ma proie ? la déchiqueter, la réduire en pièces, un amas de chair, des cheveux qui se détachent, des dents qui se déboîtent. La phrase lancinante, entre les tempes. This is not a love song. Je veux l'entendre crier ? pas gémir. Des hurlements de louve à qui l'on prend ses petits. Je ne reconnais pas ma bouche. Je ne reconnais pas la sienne. Les lèvres sèches, les gerçures qui se creusent. Mes incisives cherchent le sang. Le goût du métal. Elle suffoque. Elle cherche à s'échapper mais je la retiens prisonnière, là, entre mes jambes, entre mes bras. Entre moi. Entre en moi.La montée de la sève. Lente et douloureuse. Ma tête sous son menton. Le dos rond, prêt à bondir. Les poings fermés de chaque côté de son visage. Refuser l'explosion. Rester au bord.Tout au bord.Retarder. Rester dans l'évitable. Suspendre. Attendre la faim de l'autre. Sa soif. Son aridité. Ses appels au secours. Les soubresauts de son corps qui cherche l'irrigation. Entendre ses membres se bander pour frapper. Sentir les muscles de son ventre agir. Enserrer. Interdire la fuite. Tu ne m'échapperas pas. Ceci n'est pas une chanson d'amour. Il y a une heure.Il y a deux heures. Quand je fermais les yeux, je ne voyais que des gares de triage, des wagons, des aiguillages. Le vent, aussi. Le vent, surtout. Le vent qui coupe la respiration. Sans le vent, la température resterait supportable. Mais il gèle le sang. Il transforme la peau en un papier friable et douloureux. Je ne suis qu'une crevasse Il y a une heure.Il y a deux heures. Je n'ai pas voulu me laisser entraîner. J'ai refusé la rencontre avec Étienne. J'ai refusé que nous nous rendions à l'endroit exact. Là où. J'ai refusé en bloc les souvenirs et les regrets. L'agression des images. L'invasion des sensations. Je ne plongerai pas dans un février où je n'étais pas.À la place, la fuite.À la place, la fièvre.À la place de mon faux frère, ma vraie belle-sœur. Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là. Je sais seulement que c'est moi qui ai cédé. Que je suis celui qui a murmuré viens. Viens. Celui qui a pris le bras. Une incitation. Un ordre auquel je devinais qu'elle allait obéir. Parce qu'elle était fourbue. Que les mots l'avaient épuisée. Qu'elle ne voulait plus que le silence. Le silence et la vie.Le puzzle vivant des cuisses, des avant-bras et des langues.Les langues qui se cherchent. Les langues qui humectent et dilatent.Les langues qui font perdre pied. Je n'ai jamais joui en anglais.L'intimité reste française. Je m'appelle Vincent.Cette femme qui se tord sous moi est ma belle-sœur.Ce n'est pas la culpabilité qui décuple son plaisir.Ce n'est pas non plus mon savoir-faire.Ce sont les hormones. Les stimulations médicales de la fertilité. L'ovulation. Et la douleur. Toute cette douleur. À aucun moment elle ne m'a nommé.À aucun moment elle n'a pensé à moi.À aucun moment je n'ai voulu son bien. Célébrons les corps.






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Informations

Publié par
Date de parution 30 septembre 2010
Nombre de lectures 40
EAN13 9782221122273
Langue Français

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