Trois soeurs

Trois soeurs

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Livres
349 pages

Description

Ce roman truculent où la tragédie prend souvent les couleurs de la farce est un roman sur le pouvoir, ce démon de la domination des autres qui possède les hommes. Que ce soit dans le village de la Famille Wang, à la vie rythmée par les travaux des champs et bruissant des slogans de la Révolution culturelle, ou dans le Pékin des années quatre-vingt, personne ne se résigne à n’être qu’une vague de l’océan infini du peuple. Si Bi Feiyu se rit souvent de la pitoyable veulerie des hommes, il s’attache avec une attention quasi amoureuse, et une capacité d’identification surprenante, aux figures de trois femmes, trois sœurs qui usent de toutes leurs armes pour modifier le cours de leur destin, dans une Chine qui ne leur appartient pas. Yumi la dignité, Yuxiu la séduction, Yuyang le désir de réussite. Ce sont ces âmes fortes et passionnées, qui tentent avec détermination d’assurer leur pouvoir sur ce monde et sur leur propre corps, que l’auteur a choisi de regarder longtemps, avec une pertinence sensible qui fait sonner juste la corde du cœur.

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Date de parution 22 mars 2014
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EAN13 9782809734058
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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BI Feiyu
TROIS SŒURS
Roman traduit du chinois par Claude Payen
OUVRAGE TRADUIT AVEC LE CONCOURS DU CENTRE NATIONAL DU LIVRE
Ouvrage publié sous la direction de CHEN FENG
DU MÊME AUTEUR AUX ÉDITIONS PHILIPPE PICQUIER
L’Opéra de la lune
Titre original :Yumi, Yuxiu, Yuyang
© 2003, Bi Feiyu © 2004, Editions Philippe Picquier pour la traduction en langue française
Mas de Vert B.P. 150 13631 Arles cedex
En couverture: Wang Yi Dong,Wedding Night Schoeni Art Gallery Ltd, Hong Kong, www.schoeni.com.hk
Conception graphique
: Picquier & Protière
Mise en page: Ad litteram, M.-C. Raguin – Pourrières (Var)
ISBN : 2-87730-754-9
PRÉFACE DE L’AUTEUR À L’ÉDITION FRANÇAISE DETROIS SŒURS
Ce roman rassemble trois textes qui ont d’abord été écrits séparément,Yumi,YuxiuetYuyang, qui ne sont autres que les prénoms de trois sœurs. Dans cette œuvre, je décris leur destin, le destin de leur âme, de leur dignité, leur destin sentimental et sexuel. La paru-tion de leur histoire en Chine m’a valu un titre peu flatteur, mes lecteurs me qualifiant de « tueur de sang-froid ». Mais je ne suis pas un meurtrier, non. Tout l’amour qui est en moi me dit que je n’en suis pas un. Pourtant, j’ai bien écrit ces histoires, mot pour mot, et lorsque j’ai poussé ces trois jeunes filles à leur perte, je me suis rendu compte qu’un romancier se devait d’être cruel et que c’était extrêmement difficile. Décrire des personnages, c’est comme vivre avec eux, une relation sentimentale s’installe entre l’écrivain et ses héros. Cette situation place le romancier devant un choix cornélien : entre ses sentiments et le destin tragique qu’il veut attribuer à ses personnages, que choisir ? D’après Flaubert, « pour qu’une chose soit inté-1 ressante, il suffit de la regarder longtemps ». J’ai choisi de « regarder longtemps ».
1. Dans une lettre de Gustave Flaubert adressée à Alfred Le Poitevin datée de septembre 1845.(N.d.T.)
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J’aimerais ajouter un point à mon propos et expli-quer le contexte historique dans lequel évoluent les personnages. Ce roman en trois volets porte sur deux années différentes, 1971 et 1982. L’histoire de Yumi et Yuxiu se passe en 1971. Comment cette année-là s’est-elle imposée à moi ? 1971 est une année charnière pour la Révolution culturelle. Avant cette date, le pays était presque plongé dans un état de guerre. Après 1971, malgré la fin de cette période chaotique, la situation ne s’était pas améliorée, bien au contraire. La Révolution cultu-relle s’était déjà liquéfiée, teintée de rouge et coulait dans les veines de la Chine. Chaque goutte de notre sang avait appris la haine. Si l’on en croit Sartre, « l’enfer, c’est les autres ». Je pense que dans certaines circonstances, l’enfer, c’est d’abord soi-même. En 1971, je n’étais encore qu’un enfant de sept ans. Mais je ne crois pas qu’un petit garçon soit vrai-ment différent d’un homme de quarante ans. Parce qu’il est petit et faible, il peut être plus perspicace. Je ne suis pas en train de dire que je suis un génie, ce n’est pas là mon propos. Je veux seulement expliquer l’importance de cette date. Si au cours de ma carrière de romancier chinois j’avais omis l’année 1971, jamais je n’aurais pu me le pardonner. Dans l’histoire de Yumi et Yuxiu, je n’ai pas du tout abordé l’aspect politique ou les massacres de la Révolution culturelle. En effet, les livres sur ce sujet ne manquent pas en Chine. J’ai juste décrit quelques situations que nous avons dû traverser, la vie ordinaire, les passages obli-gés, aussi nécessaires que manger ou respirer. Pour moi, le drame de la vie humaine, ce n’est pas que la route soit jonchée de mines, mais qu’elles soient enter-rées sur l’unique voie que nous devons emprunter. 6
Préface L’histoire de Yuyang se passe sur un campus en 1982, soit seize ans après la Révolution culturelle. Ceux qui étaient étudiants à l’université pendant cette période trouble sont devenus professeurs. Ceux qui avaient été renversés et piétinés ont retrouvé leur position sociale. J’ai voulu voir quelle éducation ces enseignants donnaient aux enfants. Or, ils n’ont fait que prolonger la Révolution culturelle, en particulier ceux qui en avaient été victimes. Ils utilisaient ses méthodes pour dire aux enfants : « J’ai raison, j’ai toujours raison et tu as tort, tu as toujours tort. » « Je » et « tu », « nous » et « vous » traduisaient tou-jours le même rapport antagoniste, la même incom-patibilité. Je ne crois pas qu’un personnage historique puisse déclarer la fin de la Révolution culturelle et je ne crois pas non plus qu’un congrès puisse décider du cours de l’histoire.
Chaque Chinois est possédé par le démon de la « domination des autres ». C’est devenu le rêve essen-tiel de tout un chacun. Ce démon ne s’attache pas seulement aux puissants, il s’attache également aux gens du commun, aux couches inférieures, à la majo-rité, au peuple, aux faibles masses et même aux Humiliés et Offensésdont parle Dostoïevski. « Etre supérieur aux autres », c’est jouir d’un pou-voir « particulier ». En Chine, de nombreux critiques littéraires ont vu dans mon livre un réquisitoire contre le pouvoir. C’est faux, je ne me suis jamais opposé au pouvoir, au contraire, je le soutiens. L’homme est détenteur de pouvoir, c’est indéniable. De même qu’ils doivent naître égaux et libres, les hommes naissent avec le pouvoir. C’est ce que la vie a 7
confié à l’espèce humaine pour exprimer son consen-tement. Le pouvoir est la vie en soi. Sans cela, la vie perdrait sa raison d’être, elle n’aurait plus d’appui. Je m’oppose, en fait, à la concentration du pouvoir. Contrairement au pouvoir, dont la particularité est de reconnaître et respecter celui des autres, la concen-tration du pouvoir s’illustre dans le pillage. Elle aime priver les autres de leurs droits et faire le vide autour d’elle. Ainsi, elle domine les hommes et peut jouer avec leur destin. C’est pourquoi ces trois sœurs, Yumi, Yuxiu et Yuyang, se retrouvent dominées, dépossédées de leur pouvoir.
Août 2004. Traduit du chinois par Annabelle Sablon.
YUMI