Un cadavre sous les fleurs

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S’étant absentée de chez elle pour huit jours, Mlle Sidonie Marcadier, une rentière parisienne de 68 ans, n’a toujours pas donné signe de vie au bout de trois semaines.


L’événement est suffisamment inquiétant pour que sa concierge prévienne la police d’autant que la disparue a la mauvaise habitude de transporter sur elle les titres qui forment sa fortune.


Les soupçons se portent immédiatement sur le neveu, Edgar Mauclerc, un joueur invétéré criblé de dettes et qui a harcelé sa tante de nombreuses lettres lui demandant de l’argent.


Mais, Fauvette, l’inspecteur principal de la Sûreté chargé de l’enquête, ne croit pas à la culpabilité du jeune homme et va engager toutes ses forces pour découvrir la clé de l’énigme...


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EAN13 9782373470604
Langue Français

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UN CADAVRE SOUS LES FLEURS

Roman policier

 

par Georges GRISON

CHAPITRE PREMIER

 

UNE DISPARITION

 

Le 1er mai 18.., Mlle Sidonie Marcadier, rentière, rue Saint-Placide, à Paris, s'en allait en disant à sa concierge qu'elle ne rentrerait pas avant une huitaine. Elle emportait avec elle une demi-douzaine de paquets, reliés ensemble par une courroie vernie.

Mlle Marcadier avait soixante-huit ans. C'était une ancienne danseuse du Châtelet qui, après avoir eu, à ce qu'on prétendait, une jeunesse un peu orageuse, s'était tournée vers la dévotion. Elle possédait une soixantaine de mille francs, et, vivant très chichement, cela lui suffisait. Elle habitait rue Saint-Placide un petit logement de trois cents francs par an où elle faisait elle-même sa cuisine.

Comme elle avait l'habitude de s'absenter ainsi de temps en temps, pour aller passer une semaine chez des amis à la campagne, la concierge ne s'étonna pas et lui souhaita bon voyage.

Les huit jours s'écoulèrent. Mlle Marcadier ne reparut pas. On pensa qu'elle avait tout simplement prolongé son séjour. Cependant, au bout d'une quinzaine, ne recevant d'elle aucune nouvelle, la concierge commença à s'inquiéter. Elle patienta encore huit jours, puis, tout à fait alarmée, elle alla prévenir le commissaire de police.

Le commissaire se rendit rue Saint-Placide, monta au logement de la vieille fille, frappa et, ne recevant pas de réponse, fit ouvrir la porte par un serrurier.

On trouva le logement en ordre. Rien n'y avait été dérangé. La commode où Sidonie serrait ses vêtements et ses papiers avait deux de ses tiroirs entr'ouverts et vides. La clef était sur le troisième.

Le magistrat ouvrit ce tiroir. Il contenait un peu de vieux linge et quatre petits paquets de lettres attachés avec des faveurs de couleur différente.

Le commissaire procéda à l'examen du premier paquet attaché de faveurs qui avaient été roses, mais dont le temps avait fortement atténué la teinte primitive. C'étaient des lettres qui dataient de longtemps, des billets d'amis... le dernier vestige du passé galant de la vieille fille, des souvenirs dont, malgré sa conversion, elle n'avait pas voulu se séparer. Il n'y avait rien à en tirer.

Un second paquet, attaché de faveurs bleues, fut un peu plus instructif. Il se composait de courtes notes d'un agent de change qui informait sa cliente de l'achat de telle ou telle valeur... Cela permettait de fixer à peu près la fortune de Mlle Marcadier. Elle était bien ce qu'on supposait, soixante et quelque mille francs, en rentes sur l'État et en obligations de la Ville de Paris...

Mais où étaient ces titres ? La concierge expliqua que sa locataire, par une juste méfiance, emportait chaque fois qu'elle s'absentait, toute sa petite fortune. C'était un des nombreux paquets dont elle se chargeait.

La troisième et la quatrième liasse, faveurs rouge et blanche, parurent plus intéressantes que les deux premières. La rouge comprenait la correspondance d'un neveu de Mlle Marcadier, Edgar Mauclerc, employé de commerce à Château-Thierry. Ces lettres au milieu de protestations d'affectation contenaient presque toutes des demandes pressantes d'argent. C'était à noter et le commissaire se promit d'en tirer parti. Quant au paquet attaché de blanc, c'était une série de petits billets d'une écriture un peu informe et d'une orthographe douteuse, émanant d'une vieille camarade, Mlle Élodie Cavagnat, rentière elle aussi et demeurant au Perreux, près de Nogent-sur-Marne. Il n'y était question que de religion, de prières à Dieu, de neuvaines à faire ensemble, quand Mlle Marcadier viendrait.

Il n'y avait donc là que deux indications. La vieille amie et le neveu.

La vieille amie paraissait peu suspecte, mais, dans l'esprit du commissaire, le neveu l'était davantage.

En tout cas il fallait se renseigner sur eux d'abord et les voir ensuite.

Ce fut également l'avis du chef de la Sûreté à qui le commissaire fit part de ses impressions.

On décida donc d'envoyer une commission rogatoire à Château-Thierry et de charger un inspecteur de se rendre au Perreux pour interroger Mlle Cavagnat.

Celle-ci habitait rue des Bords-de-Marne une petite maisonnette, située au fond d'un jardin dont la verdure en pleine croissance, formait comme un rideau épais.

C'était une vieille femme, cassée, presque impotente et qui parut à l'inspecteur, être d'une intelligence médiocre.

Elle lui dit qu'en effet elle était une vieille amie de Sidonie Marcadier, qu'elles n'avaient jamais cessé de se voir, que Sidonie venait souvent passer quelques jours avec elle.

— J'ai même été très étonnée, ajouta-t-elle de ne pas l'avoir vue ce mois-ci. Elle m'avait promis de venir dès le premier mai, pour que nous fêtions ensemble le mois de Marie. Je l'ai attendue vainement. Je me demande pourquoi elle a manqué à sa parole. Si vous la voyez, adressez-lui des reproches de ma part.

Le policier se retira convaincu que cette femme ne pouvait être pour rien dans la disparition de Sidonie Marcadier.

Il en fut tout autrement à Château-Thierry.

Le juge à qui avait été adressée la commission rogatoire avait recueilli sur Edgar Mauclerc, des renseignements peu favorables. C'était, lui avait-on dit, un garçon de vingt-quatre ans, comptable chez M. Simond, fabricant d'instruments de musique. Il était bon travailleur et son patron n'avait jamais eu à lui reprocher le moindre acte d'indélicatesse ; mais il était étourdi, tapageur, et avait des dettes de tous les côtés. Avec cela il voulait épouser une jeune fille de la ville et le père refusait son consentement parce qu'Edgar était pauvre et le jeune homme, furieux, avait répété à qui voulait l'entendre « qu'il tordrait le cou à la vieille pour lui faire cracher la dot dont il avait besoin ».

On avait ri de ce propos ; mais, dans le cas actuel, il prenait un caractère d'exceptionnelle gravité.

Ce qui n'était pas moins grave, c'est que, dernièrement, on lui avait vu en mains beaucoup d'argent. Il avait donné des acomptes à ses créanciers et acheté une bicyclette dont il avait envie depuis longtemps.

D'où lui venait cet argent ? Il avait expliqué cela en disant qu'il était allé aux courses de Maisons-Laffitte et qu'il avait touché un fort gagnant. Mais c'était facile à dire, plus facile à dire qu'à prouver.

Le juge concluait qu'il y avait contre ce jeune homme de fortes présomptions de culpabilité et demanda s'il était nécessaire de l'arrêter.

On lui répondit d'attendre quelque temps, mais de soumettre Mauclerc à une surveillance discrète, tout en étant très sérieuse.

CHAPITRE II

 

L'ENQUÊTE DE FAUVETTE

 

Une autre charge, grave elle aussi, vint bientôt se joindre aux premières.

On avait à peu près reconstitué, grâce aux bulletins de l'agent de change, les numéros des titres possédés par la disparue, et disparus avec elle.

La liste en fut envoyée à tous les banquiers, tous les établissements de crédit, tous les changeurs.

Or, l'un d'eux vint déclarer à la justice que, le 8 mai, un jeune homme était venu lui proposer en vente deux des titres signalés.

Il avait refusé de les acheter, car il ne pouvait justifier de la possession.

Il n'y avait plus de doute à avoir. Ce jeune homme devait être le neveu qui, selon sa menace, avait « tordu le cou à la vieille » et s'était emparé de son argent.

Edgar Mauclerc était sûrement le coupable. Cependant, avant de le mettre en état d'arrestation, on voulut avoir contre lui des preuves plus irréfutables.

Le chef de la Sûreté chargea l'inspecteur principal Fauvette de reprendre l'enquête à Château-Thierry.

Fauvette, aujourd'hui en retraite...