Un lundi au soleil

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112 pages
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Emmanuelle avait disparu depuis quatre jours quand on l’a retrouvée, au bas de la falaise. Elle portait aux pieds ses Converse bleues, qui faisaient une tache colorée dans le paysage. Son visage était intact, mais son corps était cassé, disloqué à l’intérieur en une multitude de petites fractures.
Il aurait fallu des années pour réparer un tel désastre.
« Nom de Dieu de Nom de Dieu », a murmuré le pêcheur à la mouche quand il l’a aperçue. Et puis il n’a plus rien dit, il ne pouvait plus trop parler. Aujourd’hui encore, il ne vous en dirait pas grand-chose. Mais il se souvient qu’on était un lundi.
Et que, pour une fois, il faisait beau.

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Date de parution 30 mars 2015
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Langue Français

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UN LUNDI AU SOLEIL
Dominique Lebel
© Éditions Hélène Jacob, 2015. CollectionLittérature. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-301-6
À toutes les femmes de marins, les vraies et les fausses
Chapitre 1
«Sur le coup, personne n’a réalisé qu’il s’était passé quelquechose de grave. Ils se sont dit qu’elle allait bien finir par revenir, qu’avec une femme pareille on pouvait s’attendre à tout. Un coup de colère, une fugue… Il a fallu que Mathieu insiste, qu’il téléphone un peu partout pour qu’ils commencent à s’inquiéter. Et encore… tu connais les gens, avant qu’ils se préoccupent de ce qui ne les concerne pas! Et puis tout s’est déclenché d’un coup et ils sont partis à plusieurs. Ils étaient sûrs de tomber sur elle, il n’y avait pas trente-six chemins, du grand parking jusqu’au phare.Il a fallu trois jours pour la retrouver, ou quatre,je ne sais plus… Quelle histoire, la mort d’Emmanuelle, quand j’y repense…Mais je me demande si j’ai raison de te raconter tout ça, si je ne ferais pas mieux de me taire. De faire comme lui. Le mur de silence…Seulement,maintenant que j’ai commencé… et puis attends, il y a autre chose et il faut qu’on en parle.» * * *On m’avait vaguement présenté le poste et l’on m’avait parlé de cette femme pour qui j’allais travailler, surtout. «Une grande brune» dont j’avais noté le nom sur mon agenda. Je savais qu’elle dirigeait l’endroit depuis plusieurs années. Huit ans, je crois. «Une main de fer dans un gant de velours», m’avait-on prévenue. «Tu vas t’en rendre compte tout de suite. Méfie-toi et file droit. À part ça, elle est géniale.» C’est pourquoi je n’en menais pas large, debout dans ce hall désert oùl’on m’avait dit de l’attendre.Deux femmes assez jeunes se trouvaient assises derrière le bureau de l’accueil et elles ne faisaient pas trop attention à moi. Elles parlaient entre elles, à voix basse. Toutes les deux avaient les cheveux courts et je ne peux pas trop dire à quoi elles ressemblaient. Aujourd’hui encore, j’aurais du mal à les décrire. Elles m’ont saluée quand je suis entréeet l’une des deux, qui était nettement plus grosse que l’autre, m’a dit d’attendre quand jeme suis présentée. Elle avait un accent d’Europe de l’Est, qui m’a étonnée. «Vous pouvez rester là, m’a-t-elle dit en désignant le hall tout vide, elle ne va pas tarder. » Une cour intérieure recevait la lumière du jour devant moi, comme un atrium de maison romaineou l’intérieur d’une mosquée, mais sans les plantes. C’était une lumière un peu
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blanche, qui n’avait rien à voir avec celle de la rue. Pour le reste, le bâtiment était sombre, ce qui ne m’a pas surprise.Les deux femmes s’étaient remises à parler entre elles. Cette fois, j’ai saisi au hasard quelques bribes de leur conversation: il s’agissait de jours de congé, celle qui avait un accent se plaignait de nejamais faire les ponts. J’ai fait semblant de consulter les horaires d’ouverture des salles affichés au mur, les dates de la dernière exposition temporaire, puis de chercher quelque chose dans mon sac. J’avais pris mon gros sac marron, dans lequel je peuxtransporter tout un tas de chosesagenda, un parapluie pliant, mon portefeuille et un mon livre, au cas où j’aurais le temps de m’installer sur un banc. Dans cette ville, il y a trois jardins municipaux, un parc et des bancs partout, sur lesquels on peut laisser passer le temps à son aise. Plisser les yeux vers le soleil, écouter les oiseaux, compter les feuilles des arbres, s’endormir.Mais pour l’instant, je l’attendais.Et elle n’est pas venue. «Quelques ennuis familiaux», m’a expliqué l’une des deuxfemmes de l’accueil, la Roumaine –ou Russe ou Tchèque ou Polonaise ou Bulgarequi est venue vers moi. «Elle vient d’appeler, elle s’excuse. Elle vous recevra demain. »J’ai soufflé, senti des kilos d’angoisse quitter mes épaules et suis repartie comme j’étais venue. J’ai refait le chemin à pied en sens inverse, jusqu’au métro, puis j’ai pris la première rame qui arrivait pour rentrer chez Michaël. Bien soulagée. Libérée jusqu’au lendemain, comme une gamine qui aurait fait l’école buissonnière. Je suis du genre à reculer devant l’obstacle et, là-dessus, je crois que je ne changerai jamais. Il n’y a rien à faire, je manque de courage, de ténacité. Je me dégonfle.Ça commence bien ! m’a dit Michaël au téléphone. Et personne ne pouvait te recevoir à sa place ? Apparemment non, on m’a dit d’y retourner demain. Au moins, je sais à quoi ressemble l’endroit.Et…? Et quoi ? Il te plaît, ton musée ? Au téléphone, Michaël est encore plus bavard et lyrique que dans la vraie vie. Une invitation vivanteà l’épanchement.Eh bien, lui ai-je répondu en prenant une grande inspiration, c’est un lieu assez sinistre. Le hall n’a pas l’air de grand-chose, il y a un escalier à rampe qui mène aux salles
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d’exposition, du genre vieil escalier de très vieil immeuble, et les gens qui travaillent là portent un costume très moche. Pour le costume, j’y allais au flanc,car je n’avais pas vu l’ombre d’un gardien.Et je m’en suis tenue là pour les détails, parce que Michaël a été appelé par son manager, qui lui fait signe toutes les deux minutes. Nous avions parlé une minute quarante, il était temps qu’il éteigne son portable et me laisse là avec ma description des lieux.Michaël et moi, nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Quand je suis arrivée par ici
pour m’inscrire à ces cours d’Histoire de l’art, je n’imaginais pas que j’allais tomber amoureuse d’un vendeur de CD en gilet vert qui ne parle que des productions de Hed Kandi. Eh bien si. Tout arrive, même l’union de l’art italien de la Renaissance – ma spécialité à la Fac, dix heures par semaine avec deux partiels par semestreet de la musique technocar il n’écoute que ça dans son iPod, boum boum boum,et n’a jamais mis les pieds dans une galerie de peinture de sa vie. Je me demande même s’il a déjà visité une seule salle du Louvre, s’il a déjà vu un seul tableau de Picasso, s’il sait que laVictoire de Samothracea des ailes et ce qui manque à laVénus de Milo. Des jambes ? Des cheveux ? Michaël, quand même ! Et toi, Ummet Ozcan, tu connais son nouveau titre ? Ben non. Ah, tu vois!… Le titre, c’estRaise your hands up. Et taVénus de Milo, on s’en fout qu’il lui manque quelque chose.Mais c’estMichaëlet je ne l’échangerais pour rien au monde. Vous le verriez, vous comprendriez tout de suite. Tu vas quand même faire un métier de fous, m’a-t-il dit le jour où j’ai rempli mon dossier. J’espère que tu réalises dans quoi tu mets les pieds. Je mets les pieds sur des parquets cirés à l’ancienne une fois par semaine par une entreprise spécialisée, avec de la cire en pâte ;je m’engage dans ce que j’aime le plus au monde après mes parents et lui, à savoir les belles chosesje ne parle pas d’art, je dis «»belles choses parce que je n’ai toujours pas compris comment on pouvait savoir avec exactitude ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Pour moi, par exemple, le visage de Michaël quand il dort est un chef-d’œuvre de la nature. Et j’ai une question: la nature, qui a inventé le visage de Michaël, a-t-elle juste eu un coup de chance ou bien est-elle une artiste ? Je penche très fort pour la deuxième hypothèse, mais je ne vais pas aller lui dire une chose pareille, qui va l’énerver, j’en suis sûre.
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Il y a des milliers de mecs plus beaux que moi, dira-t-il, et arrête de me regarder comme ça, ça me gêne ! Tu me prends pour une fille, ou quoi ? Michaël est non seulement très beau, totalement beau, parfaitement beau, mais il est aussi très gentil, dès que j’arrête de lui faire des compliments idiots. Il porte les bouteilles d’Évian dans l’escalier, m’embrasse dans le cou quand nous sommes tout seuls et recharge mon portable quand je n’ai plus de batterie.À part ça,il m’héberge depuis que nous nous connaissons, son appartement est excentré, mais ce n’est plus un problème depuis qu’ils ont fini le métro.Il nous faut à peine dix minutes pour rejoindre la zone où il travaille et au bout de laquelle se trouve le musée. Le tout est de ne pas se tromper de direction: d’un côté, la Fac ;de l’autre, les magasins. Et la rivière avec ses péniches. Parce qu’une ville de province sans rivière, ce n’est plus une ville de province.De toute façon,rien n’est vraiment un problème, depuis que je le connais. Comment dire? C’est une embelliequ’on ne m’avait pas annoncée? Une jolie éclaircie dans mon existence plutôt banale ? Le bonheur? Je crois que c’est ça, que c’est ce mot-là qui convient, ça s’appelle tout simplement le bonheur.Tu es heureux avec moi ? lui ai-je demandé un matin, en le regardant bien droit dans les yeux. Ça va, m’a-t-il répondu en écrasant une tonne de beurre sur sa tartine. Ce qui signifie, dans son langage à lui, que c’est lenirvana, le paradiset qu’il n’en revient pas de vivre un bonheur pareil en ma compagnie. * * *La femme de l’accueil m’avait dit de revenir le lendemain à9 heures et j’y étais. J’avais choisi la même tenue, un pantalon noir à pincesunique vrai pantalon mon pull bleu un marine à col rond et mes ballerines. On ne pouvait pas faire plus transparent. ? mTu vas y aller comme ça ’a demandéMichaël quand je suis sortie de la salle de bains, encore rouge à cause de la buée. Ben oui, c’est neutre, non? Ça, pour être neutre! Mais bon, c’est avec une femme que tu as rendez-vous, alors…Et de toute façon, on va me donner un costume. Ah oui, j’oubliais, un costume avec une casquette ! Pour les femmes, on n’est pas obligées. C’est comme on veut.Et c’est vrai, je nesais même plus où j’ai laissé cette casquette immonde qu’elle m’a donnée le premier jour. Sûrement au fond de mon casier, il faudra que je regarde. En tout cas, je l’aiessayée devant la glace du vestiaire et ne l’ai jamais remise sur ma tête. Plutôt mourir.
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Pour la casquette, vous faites ce que vous voulez, m’avait-elle dit. Mais ne la perdez pas. Le costume passe encore, il est très moche, je ne reviens pas là-dessus, mais il a un mérite : grâce à lui, je n’aurai pas à me demander chaque matin ce que je vais pouvoir me mettre, puisque tout disparaîtra dans mon casier dès mon arrivée. C’est qu’il n’y a pas grand-chose dans ma garde-robe. «C’est tout ? » m’a demandé Michaël le jour où je suis arrivée chez lui avec mes affaires. Il n’y croyait pas, je voyais bien qu’il attendait qu’il se passe quelque chose l’arrivée d’un container en convoi spécial, d’une cantine en fer pleine à craquer portée par deux déménageurs, d’une livraison à domicile. Tu n’as rien d’autre? a-t-il insisté. Non, ça ira…J’ai quand même trois jeans et quatre paires de ballerines! Ça fait peu de choses, dis donc. C’est con, je t’avais fait plein de place dans mon placard. C’est pourquoi, peu à peu, ses vêtements à lui ont repris leur place initiale, collés aux miens, et parfois tout se chevauche et finit par se confondre : mes pulls et les siens, ses chaussettes et les miennes, nos T-shirts. Les piles devenues instables se défont et il ne reste plus à la fin qu’un amas indéterminé de choses claires ou foncées, blanches ou bleues, avec, je dois le dire, une bonne dominante de noir. Les couleurs s’intercalent et tout sent la même
odeur, celle de la lessive que nous achetons ensemble au nouveau Monop. Une vraie garde-robe d’amoureux.* * *Cette fois, elle était là. Et je l’ai entendue arriver de loin, j’étais sûre que c’était elle. Ses talons ont fait un bruit métallique sur le plancherson particulier, comme une suite de un notes aiguës, que je connais bien maintenantet j’imagine que chaque fois, tout le monde l’entend venir de loin, comme moi. C’était donc mon premier jour ici et je me faisais un monde de cette période d’essai, comme chaque fois que je me lance dans quelque chose de nouveau. Mon permis de conduire par exemplegrande peur de ma vie, avec la tremblements, doigts gelés et indice de confiance zéro. Mon BAFA, mes premiers kilomètres à vélo le long de la mer, ma première nuit avec Michaëlsauf que ce n’étaitpas la nuit. J’étais arrivée très en avance, comme je l’avais fait la veille. J’avais longé les quais à pied jusqu’aux Galeries qui n’avaient pas encore ouvert leurs portes, puis j’étais revenue sur mes pas en passant devant le grand parking, un peu honteuse de cet aller-retour pour rien, juste pour laisser passer le temps. J’espérais bêtement que personne n’avait remarqué mon manège, ni un passant, ni un patron de restaurant, ni un employé de banque occupé à fumer sa
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première cigarette sur le trottoir. Je me sentais vaguement ridicule, de marcher ainsi pour rien. Il n’y avait pas de vent, une chance, ni de pluie;je n’arriverais pas là-bas dans un état impossible et je ferais ainsi l’effet, si tout se passait comme prévu, d’une étudiante de deuxième année très comme il faut. J’avais mes résultats de partiels dans mon sac, au cas où elle me les demanderait, du rimmel marron en couche fine sur mes cils et un kleenex tout neuf dans la poche de mon pantalon. Il y a des jours où tout va bien.
* * *J’avais le temps. Je disposais en fait d’un mois pour démontrer à ceux qui m’avaient envoyée là qu’ils avaient eu raison de me choisir parmi une flopée de candidats tout aussi diplômés que moi, sinon plus. Si je considérais la réalité de cette période probatoire avec un minimum de lucidité, je devais me rendre à une évidence qui avait de quoi me rassurer: je n’avais rien à leur prouver de particulier, il me fallait juste faire en sorte qu’il n’arrive rien. Que les deux femmes de l’accueil ne reçoivent pas la moindre plainte de la part d’un visiteur, que mes collègues ne me prennent pas en grippe, que je n’arrive pas en retard et surtout, que personne ne touche aux tableaux. Pas un doigt, pas une manche de veste, pas un cheveu. Si vous apercevez un danger quelconque, vous vous levez immédiatement et vous allez voir l’intéressé. Gentiment, bien sûr. Il ne faut pas non plus faire fuir les gens. Je suis plutôt courtoise et douce de nature, de ce point de vue ils pouvaient me faire confiance. En ce qui concerne la surveillance aussi, j’étais prête à guetter le moindre geste hasardeux, sans qu’il y paraisse. Je n’ai pas fait deux années d’Histoire de l’art pour imaginer que je pourrais laisser quelqu’un abîmer un tableau. Il y a plusieurs choses sacrées dans mon existence, queje peux compter sur les doigts d’une main: ma chambre chez mes parents, le canapé dans le deux-pièces de Michaël, la mer vue de loinà marée haute si possible, les tableaux. Finalement,ce n’est pas très compliqué, ont-ils ajouté pour finir. Il suffit d’ouvrir les yeux et de répondre aux questions des visiteurs, le cas échéant. Vous verrez, ça n’en a pas l’air,mais c’est un beau métier.C’est la conservatrice qui m’a donné mon uniforme, un tailleur en gros drap bleu marine avec une chemisette plus claire, couleur outremerle tout suspendu à un cintre qu’elle portait à bout de bras, comme une costumièresauf qu’elle n’avait vraiment pas l’air d’une
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costumière, dans sa jupe anthracite. Allez l’essayer dans le vestiaire, à mon avis, il vous ira. La jupe me serre à la taille, si fort que le gros-grain piqué à l’intérieur me laisse une marque rouge sur la peau quand je me change avant de partir. Une marque assez large, striée d’une quantité de petites lignes verticales, aussi vilaine qu’une grosse cicatrice et qui gratte. Déjà,c’est pile à ta taille, m’ont dit mes collègues quand j’ai pris mon poste. C’est bon signe ! La conservatrice porte un chignon serré qu’elle fait tenir avec des épingles, une coiffure un peu austère et désuète assortie à son musée, qui doit être rénové après les fêtes. C’est un gros programme, nous allons refaire toutes les salles une à une, m’a-t-elle expliqué. Nous avons gagné notre bataille et enfin obtenu les crédits. Ce sera un peu compliqué pour les visites, parce qu’iln’est pas question de fermer l’établissement. Mais ça vaut le coup, il nous faut absolument nous mettre en accord avec notre époque. La muséographie évolue à toute vitesse, on a dû vous apprendre ça ! Et je ne voudrais pas rester en rade. Son chignon ne bouge pas d’un poil, même quand elle secoue la tête en signe de dénégation comme elle vient de le faire ou quand elle se penche parce qu’elle a cru voir quelque chose qui traînait sur le plancher un ticket de métro usagé, ce qui arrive, ou un ticket de parking chiffonné, ou ce qui lui semble être une araignée, une bête noire qui bouge. Elle tient donc à ce que toutes les gardiennes aient les cheveux attachés libre à nous de choisir notre coiffureet j’ai vite compris que personne ici n’avait intérêt àla contrarier, même si elle paraît souriante au premier abord et sans doute bonne fille, dans l’intimité.* * *Elle m’a accompagnée dans ce qui allait être ma salle, une pièce de quarante mètres carrés aux murs blancs recouverts de peintures, dont la fenêtre donne sur la rue. En se penchant, on peut apercevoir un bout de rivière. La plupart des cadres étaient en bois sombre et d’une facture sommaire. Les tableaux représentaient des hommes au travail, des femmes debout. Il y avait aussi une fontaine, un moulin, une rue avec une église. Ce tableau-là n’était pas comme les autres.Il avait été accroché au mur tel quel, en bords francs. Un objet brut contre un mur tout blanc, une toile étrange et pas si attirante, en dépit de la tache rouge qu’elle affichait en son milieu et qui se voyait de loinun drapeau, que brandissait l’une des femmes, un grand drapeau rouge qui paraissait difficile à porter, parce que le vent sans doute tentait de l’emporter à contre-courant et menaçait de faire vaciller celle qui le brandissait. Autour des
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