Une aube nouvelle
134 pages
Français
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Description

Elle en avait pourtant rêvé, mais Marie avait beaucoup de mal à se faire à la vie d'étudiante. Elle n'y était pas préparée. En acceptant les avances d'un homme plus âgé qu'elle, elle se retrouva dans un tourbillon qui la désarçonna. Il était de son ressort d'essayer de retrouver ce qui faisait jadis d'elle une fille vertueuse.


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Informations

Publié par
Date de parution 02 mai 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9782140008924
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0082€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Patricia NoumiUNE AUBE NOUVELLE
Elle en avait pourtant rêvé, mais Marie avait beaucoup de mal à se
faire à la vie d’étudiante. Non que les études ne lui plaisaient plus, UNE AUBE NOUVELLE
mais il fallait jongler avec un nombre incalculable de paramètres et
elle n’y était pas préparée.
Mille et une péripéties la conduisirent à accepter les avances
d’un homme bien plus âgé qu’elle, et elle se retrouva dans la peau
de l’une de celles qu’elle exécrait. Dès lors, sa petite vie d’étudiante
qui se voulait modèle en prit un coup, et elle se retrouva prise
dans un tourbillon qui la désarçonna et la traîna dans la poussière.
L’opprobre que lui renvoyait son image dans une glace créa
en elle une espèce d’électrochoc. Dès lors, il était de son ressort
d’essayer de retrouver ce qui faisait jadis d’elle une flle vertueuse.
Patricia Noumi est née au Cameroun. Elle est passionnée
de littérature et a déjà publié en 2014, chez L’Harmattan,
un recueil de poèmes intitulé Aimer sans réserve.
Photographie de couverture de l’auteur :
lever du jour vu d’un quartier de Yaoundé
(Cameroun), mars 2016.
ISBN : 978-2-343-09127-3
Lettres camerounaises
14,50 €
Patricia Noumi
UNE AUBE NOUVELLE






Une aube nouvelle

Lettres camerounaises
Collection dirigée par Gérard-Marie Messina


La collection « Lettres camerounaises » présente l’avantage du
positionnement international d’une parole autochtone
camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen
d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du
Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en
plus regardante.
Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des
richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire
propre, cette collection s’intéresse particulièrement à tout ce qui
relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la
fiction littéraire dans ses multiples formes : poésie, roman, théâtre,
nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité
des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique.


Déjà parus

Marie-Louise BILO’O NDI, À contrecœur, 2016.
MADJIRÉBAYE HERVÉ, Déportation rémunérée, 2016.
Hubert ONANA MFEGE, Au fond du crépuscule, 2016.
Calvin Blaise MANJIA, Un amour empoisonné, 2016.
Ebenezer KOB-YÈ-SAMÈ, L’équation de mon pays. Jour et nuit /
Buose na Bulu, 2016.
Jules Darlin NAKEU TSAGUE, Le drépanocytaire, un malade
victorieux, 2016.
Mukoma LONDO, La fille du procureur, 2016.
MASSONGO MASSONGO, En rime, de l’abîme à la cime, 2015.
Appolinaire NGANTI NGONGO, Laid comme Belzébuth, 2015.
Charles SOH, L’homme qui creusait, 2015.
Jean-Baptiste MAPOUNA, Les pieds sur terre, 2015.
Christiane Louise Félicité KADJI, Au pays de la magie noire,
2015.
Dieudonné MBENA, Offrandes poétiques aux Mères, 2015.

Patricia NOUMI




Une aube nouvelle



























































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09127-3
EAN : 9782343091273



Je dédie ce livre :
À Grégoire Nguédi qui m’a accompagnée dans
l’écriture de cette œuvre.
Et à mes enfants : Azize et Andréa qui me sont un
rayon de joie.

SOMMAIRE
Chapitre 1 ........................................................................... 9
Chapitre 2 ......................................................................... 15
Chapitre 3 19
Chapitre 4 23
Chapitre 5 27
Chapitre 6 33
Chapitre 7 37
Chapitre 8 ......................................................................... 43
Chapitre 9 49
Chapitre 10 ....................................................................... 53
Chapitre 11 61
Chapitre 12 67
Chapitre 13 71
Chapitre 14 75
Chapitre 15 ....................................................................... 81
Chapitre 16 85
Chapitre 17 91
Chapitre 18 97
Chapitre 19 ..................................................................... 103
Chapitre 20 109
Chapitre 21 115
Chapitre 22 121
Chapitre 1
Marie n’avait jamais pensé que la distance entre son
plat de nourriture et sa bouche pouvait être aussi grande.
Depuis quelques minutes, elle asseyait de manger. Et
c’était loin d’être simple. Elle regardait ces morceaux de
viande et ces bouts de plantain, baignant dans une sauce
qu’elle aurait trouvée succulente en d’autres occasions,
comme s’ils allaient lui sauter à la gorge. Elle n’avait
aucune envie d’y toucher. Mais, il lui fallait se nourrir
pour apaiser sa mère, très inquiète de la voir ne rien
manger depuis des jours.
Avec une fourchette qui semblait peser dix tonnes, elle
menait laborieusement un morceau de plantain, de son
assiette à sa bouche. Le temps semblait à l’arrêt. Au bout
d’interminables secondes, elle y parvint enfin et s’apprêta
à affronter une autre difficulté : mâcher.
Pour y arriver, la jeune fille se livra alors à un véritable
exercice physique. Au bout d’efforts inimaginables, elle
réussit, et même à avaler. Epuisée, répéter cet exercice
était tout simplement inenvisageable, elle demeurait
impuissante face à ce manque d’appétit potentiellement
dangereux. Les regards inquiets de son père, de sa mère et
de sa petite sœur ne lui firent pas changer d’avis, même si,
pour les apaiser, elle aurait voulu prendre une autre
bouchée.
Manger était le cadet de ses soucis, elle voulait
simplement être plus vieille de quelques heures,
s’endormir pour ne se réveiller que lorsque les résultats du
baccalauréat seraient proclamés. Mais en attendant, son
9 angoisse demeurerait à son paroxysme. Inquiète qu’elle
était, elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer ce que serait
sa vie en cas d’échec ; les perspectives étaient peu
reluisantes. Elle ne se voyait pas retourner dans son
ancienne école et subir les railleries d’un corps enseignant
qu’elle avait en horreur. Et pire encore, elle ne se voyait
pas courber l’échine devant ceux de ses camarades qui
deviendraient étudiants et prendraient leurs grands airs
lorsqu’ils lui adresseraient la parole.
Toujours attablée avec sa famille, le regard de Marie
s’attarda sur son père. La gloutonnerie et l’avarice de ce
dernier qui voulait toujours s’accaparer tous les morceaux
de viande, ne l’émouvaient même pas. Elle qui d’ordinaire
avait en horreur ce type de comportement. Epuisée, elle
quitta la table et se rapprocha du poste de radio qui devait
annoncer les résultats du baccalauréat d’une minute à
l’autre. Même les cris des gamins du voisinage, d’habitude
insupportables, ne réussissaient pas à la faire sortir de sa
bulle.
Sa mère la regardait, impuissante. Elle comprenait ses
inquiétudes et les aurait voulues totalement siennes, afin
que sa fille en eût été libérée. Elle savait toutes les saveurs
de la souffrance, car depuis le jour où, devant le maire,
elle avait dit « oui », sa vie n’avait été que calvaire.
N’ayant pas de diplôme et par conséquent pas de
possibilité de s’émanciper en quittant son mari, elle se
retrouvait coincée avec un homme qui ne faisait pas
honneur à son statut. Elle souhaitait de tout cœur le succès
de ses filles dans leurs études afin d’être libres et ne point
endurer les caprices d’un homme.
Madame Manda fut une belle femme. Dans sa jeunesse
on lui prédisait un beau mariage et une belle vie, car tous
les hommes de sa contrée auraient donné tout ce qu’ils
10 avaient pour elle, mais elle avait choisi le père de Marie.
L’affliction découlant de l’égoïsme, et surtout de
l’irresponsabilité de son mari, avait laissé en elle un vide
qu’elle essayait de combler chaque jour par la nourriture.
À longueur de journée, elle mangeait. Et pour être certaine
de ne point avoir faim avant le prochain repas, elle
mangeait encore et encore. Elle espérait ainsi distraire son
âme en nourrissant son corps beaucoup plus qu’il n’en
faudrait. Après 19 années de mariage et autant d’années de
frustrations, elle était en état d’obésité morbide,
potentiellement mortelle. Elle était grosse. Et des choses
aussi simples que trouver un vêtement à sa taille étaient
simplement une épreuve. N’eût été l’ingéniosité de
madame Saker qui inventa le kabba, sorte de djellaba XXL
qui avait l’avantage de ne point dévoiler les bourrelets ou
rondeurs disgracieuses, la mère de Marie serait demeurée
dans la panade lorsqu’il aurait été question de se vêtir.
Madame Manda était une femme sur qui le temps avait
eu une très grande emprise, sans doute parce qu’il était
assisté dans sa tâche par le poids des chagrins de sa vie.
Pendant qu’elle subissait le stress et les caprices du mari,
le temps dessinait sur son visage des traits bien plus
profonds qu'ils n’auraient dû l’être. On avait du mal à
croire qu’elle était, quelques années auparavant, la plus
belle du quartier. Le dicton : « Les femmes vieillissent
bien plus vite que les hommes » se vérifiait dans ce couple
où le mari, qui n’était l’aîné de l’épouse que de trois ans,
avait l’air d’en être le cadet de cinq ans. C’était un beau
gosse au teint éclatant et à la silhouette athlétique ; malgré
son appétit gargantuesque, il ne prenait pas un gramme de
graisse.
La mère de Marie n’avait pas fini de faire le tour de sa
misérable vie que la maison fut envahie par des cris de
joie. Marie criait si fort que l’on se serait demandé
11 comment elle était passée d’une humeur morose,
suicidaire à une telle joie en à peine deux heures.
Elle criait encore et encore, répétant à en perdre la
voix :
- J’ai réussi ! J’ai eu mon bac !
Bien que toujours absent lorsqu’il s’agissait d’assumer
ses responsabilités, le père de Marie se sentait très fier et
oublia même la petite honte qu’il traînait jusque-là, du fait
de n’avoir pas eu de garçon. En dix-neuf années de
mariage, sa femme « ne lui avait donné que deux filles ».
Il lui en avait toujours un peu voulu. Mais, avec le nouvel
événement, tout était oublié. Il entraîna même sa femme à
faire une petite danse bien inhabituelle, et chantait son
bonheur à s’en user les cordes vocales.
Alertés par le remue-ménage, très vite les voisins se
joignirent aux clameurs et la petite fête prit de l’ampleur,
mais le soufflet redescendit aussi vite qu’il monta, car les
gosiers assoiffés ne purent plus chanter. Les voisins
repartirent tous quelque peu déçus ; bien que Mr Manda ne
fût pas réputé pour sa générosité excessive, ils avaient eu
la faiblesse de penser que leur hôte, pour une fois se serait
montré généreux.
Lorsque la maison fut enfin vidée des « invités », Marie
s’assit dans l’un des deux fauteuils qui meublaient la salle
de séjour des Manda, le cœur encore rempli d’émotions
qui oscillaient entre la joie, la sérénité et l’inquiétude. La
première grande émotion passée, elle pensait déjà à la
suite. Alice, la sœur cadette, que d’aucuns prenaient pour
la jumelle de Marie, car physiquement très proche de son
aînée, au détail près d’avoir le teint plus clair, occupa
l’autre fauteuil. Quant à leurs parents, fiers et apaisés, ils
prirent place sur le divan. Le baccalauréat brillamment
12