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Une enquête au bord du vide

De
148 pages

Le Corps déraille, le Cerveau n’a plus toute sa tête, les Pensées ont perdu la parole, le Libre Arbitre a les mains liées, les Émotions se rebellent et la Mémoirothèque se fait dévaliser...
L’inspecteur Biline, en charge des avaries corporelles, est mandaté d’urgence pour enquêter sur les phénomènes mystérieux se produisant dans les méninges. Il part explorer les apparentes sources de problèmes, en suivant la piste des symptômes.
Conscient du cataclysme que la maladie produit, l’inspecteur assemble les pièces du puzzle pour tenter d’y voir plus clair.
Entre Intérieur et Extérieur, les indices ne manquent pas, nous entraînant avec humour dans un univers dévasté et néanmoins incroyablement vivant.
Un autre regard sur la maladie d’Alzheimer, pour tout public.



Photo de couverture: Frédérique Gaumet


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Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-16977-6

 

© Edilivre, 2016

Remerciements

 

 

Je remercie

Fred et Dédé pour leur enthousiasme, leurs encouragements et leurs suggestions pertinentes.

Canelle pour sa contribution à la quatrième de couverture et son soutien.

Les malades Alzheimer m’ayant ouvert leur monde.

Les aidants et professionnels rencontrés autour de la maladie et particulièrement l’association France Alzheimer Réunion.

Une enquête de l’Inspecteur Biline

Chapitre un

Depuis quelque temps déjà, entre chaque mission, je m’installais dans un endroit paisible de l’hémisphère droit. J’aimais bien cette partie du cerveau qui ne se prenait pas au sérieux, contrairement à son homologue de gauche. C’était calme, pas de verbiage inutile, que des courants émotionnels et des images n’ayant pas besoin de mots pour exister. J’avais trouvé un coin peinard, proche de l’Imagination avec qui je passais des soirées délicieuses à inventer des mondes qui n’existeraient jamais. De plus, j’étais tout près du Système Nerveux Central où se trouvait l’AOC, l’Agence d’Organisation Centrale qui me réquisitionnait pour les enquêtes délicates. C’était cela mon boulot : explorer et observer le corps humain, trouver les dysfonctionnements et rendre mes conclusions à l’AOC pour qu’elle puisse établir une stratégie de défense. J’étais un élément indépendant du corps, tout en étant dedans, une espèce d’entité quantique indécelable par l’Homme mais qui se baladait depuis une éternité dans les organismes vivants. Si l’on se réfère au temps humain, j’étais une vieille entité même si pour moi, ça ne voulait pas dire grand-chose. Je passais d’un organisme à l’autre et comme cela faisait déjà un bail que j’observais l’espèce humaine, je commençais à bien connaître le sujet.

Les évolutions au fil des siècles, les bouleversements sociaux, sanitaires, psychologiques et alimentaires m’avaient permis d’évoluer en même temps que les humains. Je dois avouer que le XXème siècle avait été particulièrement mouvementé et de nombreux changements avaient compliqué ma tâche. En plein début du XXIème siècle, le corps était devenu la victime des insouciances du passé.

Mais ça, ce n’était pas mes oignons. C’était le domaine du Libre Arbitre. Le Système Nerveux Central l’avait conçu pour permettre à la Conscience de faire des choix en toute indépendance. Malheureusement, chez la plupart des individus, l’Arbitre avait montré des signes de faiblesse notamment dans sa capacité à se laisser acheter par des dogmes ou des facilités de penser. Celui qui partageait ce corps avec moi était un fieffé enfoiré. En devenant le valet de l’Ego, il cautionnait ses caprices et sa cupidité. Et pour compléter le tout, il s’était rallié à une doctrine fumeuse basée sur des mensonges et des sectarismes.

Pour compenser, l’AOC avait créé le Vraiment Libre Arbitre, Elliot, lui c’était mon associé, mon indic, mon pote. Il m’aidait dans mes investigations, son sens pratique et ses déductions à bon escient m’étaient toujours très utiles, bref on faisait du bon boulot ensemble, et aussi de sacrées javas…

Nous sirotions justement une coupe de nectar quand un messager de l’AOC déboula de nulle part.

– Inspecteur Biline, j’ai un message très très urgent à vous transmettre…

Il était tout essoufflé et un peu paniqué.

– Je crois que c’est important Inspecteur, il faut que vous veniez immédiatement à l’Agence, le Conseil veut vous parler.

– Oui bon d’accord… mais vous n’avez pas un document officiel à me présenter ?

– Ah si, j’oubliais.

Il farfouilla dans sa sacoche et me tendit un papier estampillé du sceau de l’AOC avec ces quelques mots : Mission prioritaire – Venez de toute urgence.

– Ce doit être du sérieux, me dit Elliot, je viens avec toi.

– Un vaisseau sanguin vous attend, il vous conduira.

Direction le repaire secret de l’AOC, peu d’éléments y avaient accès. Un endroit très sécurisé sous prétexte d’intégrité et d’indépendance. Deux secteurs : le Physio et le Psycho, un comité de Sages faisant le lien et prenant les décisions. De nombreux conflits dressaient les uns aux autres et les réunions devenaient souvent houleuses.

Les Sages nous attendaient à l’entrée et nous entraînèrent en toute hâte dans le Bureau Central.

Tout le monde enfin installé, l’Arbitre entra à son tour. Il dévisagea Elliot et chuchota quelque chose à l’oreille d’un membre. Celui-ci lui fit signe de s’assoir et de se taire.

Le Vétéran prit la parole.

– La réunion est exceptionnelle. Des choses insolites et graves se produisent depuis quelque temps dans ce corps. Nous n’en comprenons pas les raisons. Inspecteur, il va falloir tirer ça au clair et au plus vite.

– De quoi s’agit-il ?

Le Physiochef se leva.

– Nous constatons plusieurs dysfonctionnements. Il y a un sérieux problème au niveau de l’usine de neurotransmettes. La production de Mélatonine est très faible tandis que l’Acétylcholine et la Dopamine n’arrivent plus à se synthétiser. Si vous voulez Inspecteur, je vous donnerai plus de détails après la réunion. D’autre part, le Facteur de Croissance Neuronale a disparu, nul ne sait où il est, nous avons lancé un avis de recherche pour qu’il reprenne son poste rapidement. La présence en excès de Radicaux Libres et d’aluminium nous inquiète. Également, dans le cerveau, des phénomènes inexpliqués se produisent, comme la protéine Tau qui se dénature, et les Neuronarbres attaqués par des fibres toxiques dont nous ignorons l’origine. Vous vous en doutez, tout cela a des conséquences dans le secteur Psycho, je laisse mon collègue vous expliquer lesquelles.

Le Psychochef se leva à son tour :

– Oui, alors en ce qui concerne notre secteur, nous avons noté des changements qui ne suivent aucune logique. Tout d’abord la Mémoire semble touchée sur plusieurs fronts : la Mémoire Courte, pratiquement hors service, la Mémoire Ancienne subissant des pertes énormes et la Mémoire de Travail faisant des associations incohérentes. Les Pensées sont confuses, les Émotions ne savent plus à quel Saint se vouer et le Psychisme présente des troubles de la réalité et une désinhibition inhabituelle. Les apprentissages fonctionnent sur un mode aléatoire tout comme la reconnaissance des choses et des gens. Le langage devient de plus en plus limité comme si les mots ne trouvaient plus leur chemin. Je vous passe les détails mais je dois vous avouer que nous nous sentons impuissants devant un tel chaos.

Assommé par cette avalanche de symptômes, je décelais chez tous les membres du Comité une inquiétude me faisant mesurer la gravité de la chose.

Le Vétéran reprit la parole.

– Quelqu’un veut-il rajouter quelque chose ?

L’Arbitre se leva.

– Oui j’aimerais donner mon avis.

– Allez-y…

– Nous avons entendu un exposé intéressant sur le vieillissement, ni plus ni moins, la sénilité comme ils disent à l’Extérieur. Il n’y a pas de raisons de s’alarmer.

Un des Sages bondit de sa chaise :

– Mais décidément, vous êtes obtus ! Vous savez pertinemment que le corps humain est programmé pour vivre plus de cent ans dans de bonnes conditions. S’il n’y parvient pas c’est parce qu’on le maltraite. Certaines civilisations le font très bien. La question qui se pose aujourd’hui, est de comprendre ce que nous avons mal géré, pour permettre aux générations suivantes de ne pas reproduire nos erreurs.

L’Arbitre monta au créneau.

– Vous êtes juste parano, vous vous sentez coupable. Je vous assure, tout cela est normal pour une personne de cet âge.

L’autre était à deux doigts d’exploser.

– Pourquoi, vous êtes spécialiste en la matière ? Non, ce qui se passe n’est pas normal mais vous ne pouvez pas le discerner. Vous ne vous engagez jamais, vous êtes lisse et corrompu. C’est bien pour cette raison que nous avons été obligés de créer l’agent Elliot. Lui au moins se mouille, est sur le terrain et a un avis qui n’est pas celui du dernier qui a parlé.

La tension montait, l’Arbitre en prenait plein son grade. Le Vétéran apaisa l’ambiance.

– Calmons-nous s’il vous plait… Agent Elliot qu’en pensez-vous ?

– Je crois que nous avons affaire à une réaction en chaine, massive pouvant être la conséquence de plusieurs bugs dont vous n’avez pas mesuré l’ampleur. J’ai maintes fois envoyé au Secteur Physio des rapports alarmants sur l’alimentation, la prise de médicaments chimiques et les vaccins. Vous vous souvenez sûrement de la polémique au sujet des sucrettes à base d’une cochonnerie qui est un poison pour le cerveau…

L’Arbitre lui coupa la parole.

– Ce dont vous parlez arrive de l’Extérieur. Nous ne sommes pas responsables de ce que les humains sont capables de faire avaler à leurs semblables.

– C’est vrai, reprit Elliot, mais personne n’est obligé d’utiliser toutes ces saloperies. Il sert à quoi ce fameux Cortex si cérébral ? Si tu faisais vraiment ton boulot Monsieur l’Arbitre, tu serais capable de repérer ce qui est nocif pour le corps. A chaque fois, tu as fourni des rapports contradictoires aux miens, pour je ne sais quelles raisons. Tu as convaincu le Mental que les solutions de facilité étaient plus rentables à court terme. Aujourd’hui nous sommes dans le long terme et l’addition va être salée.

– Hé ho, ce n’est quand même pas ma faute si les hommes jouent aux apprentis sorciers et que leurs expériences tournent mal !

– En attendant, tu as cautionné leurs conneries. Il ne faut pas un courage hors du commun pour refuser de consommer des produits chimiques qui n’existent que pour engraisser des multinationales qui se foutent complètement de l’avenir de l’Humanité. Il ne faut pas un héroïsme démesuré pour ne pas aller au restovite manger des trucs dégueulasses parce que c’est pratique et que ça fait plaisir aux enfants. Tu avais ton mot à dire, tu as préféré la boucler, ne viens pas nous affirmer maintenant que tout va bien. Visiblement, ça n’est pas le cas. Et pour ce qui est du Secteur Psycho, il n’y a pas de quoi être fier.

Le Psychochef était dans ses petits souliers. Il bredouilla :

– Vous savez, nous ne sommes que des outils…

– Ben oui, répondit Elliot, sauf que si on utilise mal les outils, on fait du mauvais boulot.

Je me régalais, j’adorais ces moments où mon acolyte mettait les pieds dans le plat et tout le monde se sentant plus ou moins coupable de ne pas l’avoir, un jour, écouté.

– Que comptez-vous faire Inspecteur ? s’enquit le Vétéran.

– C’est très simple, nous allons faire un état des lieux en commençant par la Mémoirothèque et l’usine de neurotransmettes. Je vous enverrai mes rapports et j’aviserai au fur et à mesure de l’enquête. Il faut que je puisse avoir accès à toutes les informations dont j’aurai besoin et que je circule librement. Nous allons un peu bavarder avec vos deux responsables de Secteurs, histoire de bien comprendre de quoi il s’agit.

– Vous avez carte blanche. Je demande à chacun de collaborer au mieux avec l’Inspecteur et son associé. Je suppose que vous êtes de la partie Agent Elliot ?

– Évidemment, qu’est-ce qu’il ferait sans moi !

– La réunion est terminée, conclut le Vétéran.

Les membres se levèrent et quittèrent la salle silencieusement, préoccupés. L’arbitre s’éclipsa, le Vétéran nous prit en aparté.

– Inutile de vous dire Messieurs à quel point cette affaire est délicate, elle nécessite une grande discrétion.

Je le rassurais, être invisible était dans ma nature.

Les deux chefs de secteurs nous attendaient.

– Voulez-vous nous voir ensemble ?

– Non, vous allez encore vous engueuler, dit Elliot.

Je proposais de commencer par le Psycho. Il nous emmena dans son bureau et commença par s’excuser.

– Il est évident, vous n’avez pas toujours été en accord avec ce que nous effectuons ici, je vous assure cependant que nous faisons de notre mieux. Beaucoup de choses que nous ne contrôlons pas perturbent notre travail.

– Comme quoi par exemple ?

Il se mit à chuchoter.

– Comme l’Ego.

– Pourquoi parlez-vous si bas ?

– Parce qu’il a des agents infiltrés, je ne voudrais pas qu’ils nous entendent.

– Si vous parlez de l’Arbitre, il est parti.

– Lui c’est certain, mais il y en a peut-être d’autres.

– C’est quoi votre problème avec l’Ego ?

– Je vais essayer d’être clair : l’Ego est une construction illusoire, ce n’est pas nous qui l’avons fabriqué, il s’est créé tout seul en utilisant nos ressources. On n’est pas contre un peu de créativité dans le Psychisme, mais là, ce qu’il est devenu au fil du temps nous échappe. Il est complètement mégalo et se croit tout permis. Il manipule les Émotions et plus particulièrement la Peur dont il se sert. Il s’est octroyé un royaume dans la Conscience où il fabrique ses propres pensées. Il ne passe plus par nous. Son pouvoir dépasse largement sa fonction.

– Pensez-vous qu’il ait quelque chose à voir avec notre affaire ?

– C’est possible… Son besoin de tout maîtriser perturbe certaines fonctions essentielles. Les Émotions se retrouvent dans des scénarios incompréhensibles et jouent des rôles inadaptés. Les pensées sont réduites à une doctrine unilatérale. Le Moi ne sait plus où il habite. Quant à la Mémoire…

– Concrètement, qu’est-ce que ça donne ?

– Nous continuons à gérer au quotidien des situations de relations, de réactions, de stress. Ce qui a changé, c’est que nos décisions n’arrivent pas toujours à destination. On dirait qu’elles se perdent en route, se trompent de chemin ou se transforment. Évidemment, nous passons pour des incompétents ! Nous avons remarqué que nous recevons des données incomplètes, voire incohérentes. Je crois qu’il y a un sérieux problème au niveau des connexions. Il y assurément des Neuronarbres qui ne font plus leur travail. Vous devriez aller dans la structure du cerveau constater son état.

– J’y compte bien. Et avec le langage, quel est le problème ?

– Ah ça c’est embêtant ! Son dérèglement bouleverse la communication et la relation. Je vous explique : soumis à une sollicitation verbale de l’Extérieur ou un besoin d’expression venant de l’Intérieur, nous élaborons une séquence de mots qui répond à cette stimulation. Quand l’intention part de chez nous, elle est adéquate. Soit elle ne trouve pas les mots qui lui sont attribués et en prend d’autres, ou elle invente des mots qui ne sont pas dans le lexique de la Sémantique. Quand elle sort, elle n’a rien à voir avec ce qu’elle était au départ et se retrouve hors de propos. Ce qui crée de la tension chez la personne et de l’incompréhension dans l’entourage. Récemment, nous nous sommes aperçus que la plupart de nos intentions verbales n’arrivaient même plus jusqu’à la sortie, elles préféraient rebrousser chemin. Ce n’est pas très bon pour le moral du Psychisme, créant de l’isolement, un sentiment d’échec qui n’arrange pas nos affaires.

– Et pourquoi n’utilisez-vous pas le mode non verbal ?

– Et bien ce mode là marche plutôt de mieux en mieux. Cependant, les autres humains n’y comprennent pas grand-chose. Ils sont ignorants de ses codes, leur approche est inconsciente.

– N’ayant pas le choix, ils finiront par s’y mettre, rajouta Elliot.

– Si vous le dites…

– Et le Psychisme, dans quelle situation est-il ?

– Il est mal en point, je crois même qu’il est un peu déprimé. Il a du mal à faire le tri entre réalités et illusions, il prend pour vraies des choses qui n’existent pas, ne reconnait pas toujours ce qui est réel, donne vie à des images figées, se sent persécuté, incompris et inutile. La perte progressive de ses repères et de son identité l’isole de plus en plus à l’Intérieur.

– Ça ne doit pas être bon pour l’Ego ça…

– Détrompez vous, le Psychisme est une construction qui s’est élaborée au fil des années grâce à plusieurs choses dont l’inné et l’acquis sont les piliers. L’Ego est une illusion parasite qui ne pense qu’à lui. Il se moque du chaos qu’il génère, son plaisir est de manipuler les Pensées et le Moi. Il finira sûrement par sombrer lui aussi, mais pas sans avoir occasionné de nombreux dégâts, je le connais bien, il est pas clair.

– C’est sûr, renchérit Elliot, il ne pense qu’à sa gueule.

– Écoutez, s’il y a quelque chose d’important qui vous traverse l’esprit, n’hésitez pas à nous en faire part. Nous allons tenter de comprendre ce qui se passe à la Mémoirothèque, je vous enverrai un double du rapport.

Elliot lui fit une tape amicale.

– Ne vous bilez pas, continuez à faire ce que vous pouvez. L’Ego ne va pas tarder à se prendre un râteau dans la tronche, ça va le calmer.

– Oui, mais j’ai bien peur qu’il ne soit pas le seul à se le prendre. Nous sommes très inquiets, même la Raison s’est perdue l’autre jour en allant faire un tour. On a mis des heures à la retrouver, elle était complètement désorientée et incapable de nous expliquer ce qu’il lui était arrivé. Ce n’est pas son genre.

– Si la Raison s’égare, ce n’est pas bon signe. Sur ce, on va voir votre collègue du Physio.

Celui-ci nous attendait de pied ferme et nous entraîna dans son bureau.

– Sur quoi voulez-vous des éclairages ? nous demanda-t-il.

– Expliquez-nous le tableau.

– D’accord, commençons par les neurotransmettes. Vous savez qu’ils sont indispensables pour la transmission, ils véhiculent les infos sous forme de pulsions électriques. Chacun a des propriétés spécifiques : l’Acétylcholine s’occupe, entre autres, des apprentissages et de la mémorisation à court terme mais aussi de l’attention et de la contraction musculaire. Il semble que l’usine continue d’en fabriquer en très petite quantité mais qu’ensuite elle soit détruite par une enzyme barbare qui n’a aucun respect des protocoles. Nous ne savons pas encore comment nous en débarrasser et surtout comment elle est arrivée là. On y travaille. D’autre part, la protéine collante l’Abéta, qui a élu domicile sur la cellule, réduit elle aussi ce neurotransmette. Au bout du compte, il n’en reste pas gras. Autre souci, la Mélatonine. Elle dirige les fonctions biologiques du cycle de 24 heures, l’éveil et l’endormissement synchronisés avec la lumière du jour. La quantité produite est très faible et les créneaux horaires deviennent irréguliers. Enfin, ces fibres qui envahissent le Neuronarbre et l’éliminent. Nous soupçonnons la Tribu des protéines Taus d’être à l’origine de ce ravage.

– Et elle s’occupe de quoi normalement la Tribu des Taus ?

– Elle est responsable des microtubes qui servent à nourrir le Neuronarbre. Imaginez le désastre si les cellules nerveuses ne sont plus alimentées ! Peut-être parce qu’elles meurent de faim et sont affaiblies, les fibres arrivent à entrer. Vous savez ce que c’est, si le corps est mal nourri, dans tous les sens du terme, c’est la porte ouverte aux parasites. Plus fâcheux dans ce cas, c’est la disparition du facteur.

– Il fait quoi lui déjà ?

– Il est essentiel pour la croissance et la bonne santé du tissu nerveux. Il produit une molécule qui active et stimule les cellules. Il a quitté son poste sans nous prévenir et a disparu dans la nature. Sans son soutien, les Neuronarbres sont condamnés face aux fibres tueuses.

– Y’a pas moyen de le remplacer ?

...