Une lettre de Voiture
184 pages
Français

Une lettre de Voiture

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Description

Voiture, ce bel esprit du XVIIe, habitué de l'hôtel de Rambouillet, auteur de lettres et de poésies, est attaché à Gaston d'Orléans, qui a épousé, contre la volonté de Louis XIII et de Richelieu, une fille de la maison de Lorraine, Marguerite. Louis XIII étant sans enfants, le duc d'Orléans est l'héritier du trône, et le Cardinal et le Roi veulent annuler son mariage. Ils se servent de Voiture : si celui·ci n'arrive pas à convaincre son maître de renoncer à Marguerite, il sera arrêté et peut-être pendu.
Voiture tente de convaincre Gaston d'Orléans de se séparer de sa jeune femme et d'épouser Mme de Combalet, nièce préférée de Richelieu. Mais l'apparition de la jeune duchesse qui a eu l'audace de rejoindre son mari en plein Paris, le décide à mourir s'il le faut pour préserver l'union d'un couple si bien assorti. Il rendra visite en pleine nuit au Père du Tremblay, confident et conseiller de Richelieu. Le Cardinal a-t-il le droit de défaire ce que Dieu a uni? Au cours d'une longue conversation riche en détours, le capucin reconnaît que le Cardinal n'en a pas le pouvoir. Voiture aura donc la vie sauve à condition de rendre compte de ce qui se dit et de ce qui se passe à l'hôtel de Rambouillet. Et il rentre chez lui et continue à écrire des lettres.
On retrouve, dans ce récit historique des tribulations d'un poète pris dans une terrible affaire d'État, le style classique et plein d'aisance qui avait fait le succès de Saint-Germain ou la Négociation, prix Goncourt 1958.

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Date de parution 01 mai 2018
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EAN13 9782072107559
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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FRANCIS WALDER
Une lettre de Voiture
GALLIMARD
« Mademoiselle, « Personne n'est encore mort de votre absence, excepté moi. Et je ne crains pas de vous le dire ainsi crûment, parce que je crois que vous ne vous en sou cierez guère. Néanmoins, si vous voulez en parler franchement, à présent que cela ne tire plus à conséquence, j'étais un assez joli garçon. Et hors que je vous disputais quelquefois volontiers, et que j'étais aussi opiniâtre que vous, je n'avais pas de grands défauts. Vous saurez donc, Mademoiselle, que depuis mercredi dernier qui fut le jour de votre départ, je ne mange plus, je ne parle plus et je ne vois plus. Enfin il n'y manque rien, sinon que je ne suis pas enterré. Je n'ai pas voulu l'être encore, parce que d'abord je n'ai jamais aimé cela. Puis, je suis bien aise que le bruit de ma mort ne coure pas si tôt, et je fais la meilleure mine que je puis, afin que l'on ne s'en doute pas. » J'en étais là de cette lettre, et je me demandais c omment j'allais la poursuivre, lorsqu'elle fut interrompue par une suite d'événements assez peu ordinaires. Et si j'en recopie le début en tête de ce récit, c'est qu'elle s'y trouve mêlée de telle façon qu'il ne se conçoit pas sans elle. La singularité de ce qui s'est passé, surtout la conduite que j'ai tenue, m'incitent, aujourd'hui que mes esprits sont reposés, à tout consigner par écrit. Je le fais sur ces feuillets que je ne destine pas aux yeux de mes contemporains, de la façon libre qui me plaît, me délassant de ce style qu'impose ma qualité de poète galant et du perpétuel recours au badinage qu'on exige de moi. A vrai dire, je n'estime que ce qui est écrit avec aisance, et dans rien de ce que je fais je ne me départis d'une certaine facilité. Mais ici je ne me conformerai à aucun genre, et je dirai les choses selon mon humeur, qui est plaisante mais variable. Sur ce point il faut noter que j'étais, ce soir-là, dans une disposition excellente. Il n'y a pas plus changeant que moi. Certains jours, on me voit intarissable, je parle, je déborde et, franchement, j'amuse tout le monde. D'autres fois, je suis abattu, maussade, taciturne, je reste muet dans un coin, et si cette torpeur devait durer, je perdrais tout crédit auprès des gens de condition. Je me trouvais donc dans un état de santé où il me semblait avoir réponse à tout, être prêt à n'importe quoi. La suite de ma lettre ne me causait pas d'inquiétude. Je me redressais pour attendre les idées, quand deux mains se posèrent sur mes yeux. Ces mains étaient petites et douces, je sus à qui elles appartenaient. Il m'a toujours paru que, s'ils l'apprenaient un jour, les hommes à venir trouveraient plaisant que Vincent Voiture, poète galant, ait aimé la fille de Théophraste Renaudot, fondateur de laGazette de France.si l'on me demande pourquoi, j'avoue que je ser  Et ai embarrassé de le dire. Il y a dans la rencontre de deux êtres remarquables quelque chose qui frappe et fait songer au destin. Je ne sais si je suis remarquable, mais enfin on me remarque, et certes, c'est une personnalité saillante de notre temps que Théophraste, sieur de Boissemé. Considérez, parmi les hommes que voit sa fille combien auraient pu ne pas être poète galant, et parmi les femmes auxquelles je me mêle, combien auraient pu n'être pas nées d'un tel père. Elle et moi, néanmoins, nous sommes rencontrés...
– Comment trouvez-vous cela ? me demanda à l'oreille une voix gaie et familière. – Doublement admirable, répondis-je. – Pourquoi admirable ? Et pourquoi doublement ? – Parce que vous avez deux mains, commençai-je, et que toutes deux sont... – Vous sentez à plein nez l'hôtel de Rambouillet. Je n'aime pas cela. Trouvez autre chose. – Eh bien, repris-je, parce que d'abord j'admire qu'au moment où je ne sais plus que dire dans une lettre, quelque chose survienne qui m'empêche de la continuer. – Ensuite ? – Je trouve plaisant, quand je viens d'écrire que je suis mort, d'être soudain privé de la vue. Les morts, vous le savez, n'y voient pas. – Nous y reviendrons. Dites quelque chose qui m'amuse, et je vous libère. – C'est toujours ce qu'on me demande, soupirai-je. Si vous saviez quelle fatigue... Nous ne sommes pas à l'hôtel de Ramb... – M'aimez-vous ? demanda la voix. – Aveuglément, répondis-je à propos. Les deux mains s'écartèrent, et je me levai pour faire face à mademoiselle de Boissemé. – Venons-en, poursuivit-elle sans me laisser respirer, à ce qui importe réellement. Quelle est cette lettre, et à qui l'écrivez-vous ? – A mademoiselle de Rambouillet. – Pour lui dire que vous êtes mort ? – Vous savez ce que signifie « se mourir pour une femme ». Depuis plusieurs années, je me meurs pour mademoiselle de Rambouillet. Son absence m'ach ève, et j'en tire, ou vais en tirer, mille conséquences ingénieuses... – Ah ! Vous allez en tirer... Mademoiselle de Boissemé possède un naturel charman t. Vive, gaie, malicieuse, aimante et amoureuse, elle éclaire ma vie de sa jeunesse et je lui dois beaucoup de félicités. Mais elle est vive et disputailleuse. Dans un sens, les variations de son humeur en font l'attrait principal, et rien n'est monotone auprès d'elle. Cependant, pour créer cette comédie animée et diverse qu'est notre vie commune, il me faut traverser des instants désagréables. Un de ceux-là se préparait. – Pourquoi ne m'écrivez-vous jamais de lettres ? demanda-t-elle légèrement en se promenant dans la chambre. – Pourquoi le ferais-je, puisque je vous vois tous les jours ? – Vous voyez aussi mademoiselle de Rambouillet. – Reconnaissez qu'elle s'absente parfois, et qu'elle est aujourd'hui du côté de Chartres, à La Mothe. – Je ne sais si elle est ici ou là, répliqua impatiemment mademoiselle de Boissemé, du côté de La Mothe ou du côté de Chartres. Je sais que vous pourriez m'écrire et adresser la lettre chez mon père, ou ici même, ou encore me la remettre de votre main, p our le plaisir de tourner en mon honneur de ces phrases que vous ne réservez qu'aux autres.
– Franchement, ce serait là perdre son temps. – Le perdre ? – Comprenez-moi. Ces lettres que je vous enverrais, qu'en feriez-vous, sinon les serrer dans un secrétaire, ou peut-être les suspendre quelques jours à votre cou par un ruban ? – N'en soyez pas trop sûr. – Vous voyez qu'elles n'iraient pas loin. – Plaît-il ? – Tandis que celle-ci que je fais pour mademoiselle de Rambouillet, dans quelques jours toute sa maison l'aura lue, et dans quelques semaines toute la société. – C'est ainsi qu'on devient, dans les salons, poète badin, précieux, gracieux, léger, frivole et aimé des dames. – C'est ainsi qu'on devient introducteur des ambass adeurs auprès de Monsieur, frère du Roi, et commis aux finances avec quatre mille livres d'appointements. Vous ne voudriez pas me mettre sur la paille ? – Parfois. Mais puisque vous voilà commis, introducteur et que sais-je, qu'attendez-vous pour prendre quelque répit et me le consacrer ? – D'être maître d'hôtel du Roi. – C'est fort probable, après vos incartades pour le service de Monsieur ! – Nous sommes rentrés en grâce, fis-je vivement. La dissidence est finie. Nous sommes rentrés... – De Bruxelles et en grâce. – ... Et il me semble que précisément, une façon de marquer la réconciliation des deux frères serait... – ... de vous récompenser d'avoir trahi Sa Majesté, alors qu'il fut question de vous pendre. – Et puis, achevai-je, je vous en prie, ne parlons pas de politique. L'être le moins politique du monde, c'est moi. Je ne sais pourquoi l'on m'entraîne toujours dans cette foire, dans cette empoignade où je n'ai que faire et qui ne me convient pas. J'aime la vie, les femmes, le jeu... – Les ? – Une. Vous. J'aime surtout les lettres... – A mademoiselle de Rambouillet ? – Les belles lettres – et je ne désire que m'y consacrer. – Revenons donc aux lettres. – Oui. Je préfère encore que vous me disputiez. Il est vrai que je me méfie de tout ce qui touche aux affaires de l'Etat. Non que je me croie inapte à les comprendre et à en traiter, mais il faudrait que ce fût par l'écriture, et dans le silence du cabinet. Or j'ai vu que cela ne se peut. Mon attachement à Monsieur m'a entraîné contre mon gré dans un exil trop long. J'y ai gagné de parcourir les Espagnes, l'Afrique même, l'Angleterre, les Pays-Bas, et d'expédier en route quelques lettres assez bien venues. La littérature y a trouvé son compte, mais c'est la seule utilité que je voie à la querelle de Monsieur avec le Roi son frère. Aussi me paraît-il urgent, puisque dans ce royaume deux puissances s'opposent, de me tenir au mieux avec chacune d'elles. Car qui l'emportera, cette royauté faible au ministre haï, ou cette altesse inconstante que les nobles soutiennent ? Si le duc d'Orléans un jour triomphe, assurément son introducteur suivra sa fortune. Si le ministre prend définitivement le dessus, il me semble que le maître d'hôtel de Sa Majesté ne pourra être inquiété. D'où la nécessité d'assumer de hautes fonctions d'un côté et de l'autre. Dans une de mes lettres, je dirais qu'introduitchez Monsieur, il me faut encore devenirmaîtrechez le Roi.
– Somme toute, reprit mademoiselle de Boissemé, la littérature vous est d'abord un moyen de parvenir dans le monde. – Ne dites pas cela, fis-je. Elle m'est d'abord une joie, un accomplissement, une condition première de ma vie, et, à franchement parler, la vie elle-même. – Vous ne vivez donc pas souvent, observa-t-elle, car on vous sait paresseux, et il faut vous secouer de tous les côtés pour tirer de vous une lettre ou un poème. – Ne croyez pas cela non plus. Sous des dehors impassibles, mentalement j'écris sans cesse, je forme des phrases, je pèse des idées, je tâte ce qui se présente à ma vue, à mon ouïe, et soyez assurée que certains jours, à certains moments, quand ma pensée demande à s'écrire, la plus grande puissance du monde ne pourrait... – En définitive, trancha mademoiselle de Boissemé, puisque vous voilà commis, introducteur, et puisque écrire est pour vous la vie même, vous pourriez vous contenter de rédiger ces lettres admirables que vous faites, de les serrer dans un tiroir et de vivre auprès de moi. – Ah ! non, non, non... fis-je. Cela ne va pas ainsi, cela ne serait pas possible. Il faut qu'on les lise. Oui, c'est un mystère que le plaisir d'écrire réside tout en lui-même, et que pourtant il ne se consomme que sous les yeux d'autrui. Certains actes ne s'achèvent pas lorsqu'ils finissent. Je vous ferais, si vous entendiez le latin, une thèse édifiante là-dessus. – Je les lirais, moi, vos lettres. – Ce serait insuffisant. – Insuffisant ! – Ecoutez, Jeanne ma chère, Jeanne ma folle. C'est compliqué, écoutez pourtant. L'art ne se passe pas de la multitude, parce que la multitude seule en dé cide. Jugeant l'ouvrage, l'éprouvant, l'admirant, l'aimant, l'interprétant même, elle lui donne cette forme définitive qu'il ne possédait pas au sortir des mains de l'ouvrier. Il faut à mes lettres des regards, des regards, encore des regards. Vos deux yeux, si beaux, si clairs, ne pourraient y suffire, vous devriez en avoir cent, comme... – Ainsi, coupa mademoiselle de Boissemé, insensible à mes gentillesses, nous en revenons, ou plutôt vous en revenez, aux salons, c'est-à-dire à votre célébrité, c'est-à-dire aux charges que vous en tirez et espérez en tirer. Sous couleur d'aimer les belles lettres, vous êtes un glorieux et un cupide, Monsieur. – C'est vrai, dis-je, et ce ne l'est pas. – Trouvez-vous plaisir à vous voir, chez madame de Rambouillet, entouré, admiré, fêté, recherché, célébré ? – Oui. – Eprouvez-vous une satisfaction de vous savoir int roducteur des Ambassadeurs, commis bien appointé et peut-être un jour maître d'hôtel ? – Oui. – Voyez ! – Mais cette même célébrité, cette même richesse, si je les devais à quelque autre aptitude que celle des lettres, à ma naissance, à mon courage ou à mon hab ileté aux affaires, elles me donneraient un plaisir moindre, de nature différente, et il se peut fort bien qu'elles ne m'en donneraient pas du tout. – Vous êtes incompréhensible, dit mademoiselle de Boissemé en me tournant le dos. – Voilà un mot raisonnable. Et pour vous montrer, poursuivis-je en me rasseyant à ma table, combien est honnête et purement galante mon attitude envers mademoiselle de Rambouillet, je vais, devant vous, continuer cette lettre qui n'est pas trop mal commencée.
Reprenant la dernière phrase déjà faite, je rédigeai ce passage en lisant à haute voix ce que j'écrivais : « ... je suis bien aise que le bruit de ma mort ne coure pas si tôt, et je fais la meilleure mine que je puis, afin que l'on ne s'en doute pas. Car si l'on s'avise que cela m'est arrivé justement le jour que vous êtes partie, on ne s'empêchera jamais de nous mettre ens emble dans les couplets qui courent maintenant partout. En vérité, si j'étais encore de ce monde, une des choses qui m'y feraient le plus de dépit serait le peu de discrétion qu'ont certaines gens à faire courir toutes sortes de choses. Les vivants ne font rien, à mon avis, de plus impertinent que cela, et il n'est pas jusqu'à nous autres, morts, à qui cela ne déplaise. » – Voilà, fis-je en posant la plume. – C'est un peu faible, dit mademoiselle de Boissemé. Je la regardai avec étonnement, puis parcourus mon texte. – En effet, avouai-je, perplexe. C'est moins bon. J'avais mieux commencé, tout à l'heure. Une vague inquiétude me saisit, que je connais bien et qui est le signe d'une erreur littéraire. Je marchai quelque temps dans la chambre. – On dirait que mon idée se dilue, que mon élan faiblit. Franchement, je crois que je m'enlise. Je n'en sortirai pas si... Ah ! Il faudrait que quelque chose arrive, se produise, se passe, qui me frappe, qu i me stimule. – Vous trouvez, demanda mademoiselle de Boissemé, qu'il ne se passe rien ici depuis un quart d'heure ? Je frappai des mains. – Voilà ! m'écriai-je. C'est vous qui me gênez ! Comment puis-je, si vous êtes là, me disposer envers mademoiselle de Rambouillet de cette manière galante qu'on attend dans une lettre ? Il y faut une certaine conviction... Non, ne vous fâchez pas, fis -je hâtivement. Comprenez ceci : que pour écrire galamment, on doit s'illusionner d'amour, et que votre présence m'empêche de me livrer à cette illusion. Mademoiselle de Boissemé ne se fâchait pas. Au contraire, elle se mit à sourire et à se dandiner sur son siège. – Vraiment ? J'en suis bien aise ! Ses couleurs reparaissaient avec sa belle humeur. C'était autant de gagné. Je m'assis devant elle, et m'abandonnai au plaisir que me donne sa compagnie lorsqu'elle est dans cette disposition gaie qui fait tout son charme. – J'ai beaucoup pensé aux femmes dans ma vie, lui dis-je, et puisque enfin vous êtes si diverses et qu'il faut en choisir une, souvent je me suis demandé de quelle sorte serait celle qui me rendrait le plus heureux. Et je me suis aperçu que, sans y réfléchir, depuis toujours j'étais attiré par la femme vive et passionnée... Le brillant me fascine, les inégalités qui en résultent ne me découragent pas, et, tout bien pesé, je crois être fait pour une vie sentimentale mouvementée. Quelque chose d'instable, d'incertain, de changeant me paraît nécessaire dans cette beauté féminine que nous admirons tant. Je ne suis pas sûr que mon bonheur durerait dans une totale sérénité. Le charme naît du mouvement et de la variété, c'est-à-dire de la vie. Vous êtes infiniment vivante, Jeanne ma chère, Jeanne ma blonde. Peut-être cette paresse que vous me reprochez, cette langueur coutumière, a-t-elle besoin qu'on la secoue, et m'accroché-je à vous comme à un être qui me complète ou me régénère. Oui, j'aime une présence qui virevolte et qui scintille, s'opposant à mon calme. S'il faut tout vous dire, je crois que je suis humble devant vous. Une
sorte de révérence me tient, à voir tant d'aisance dans le brillant de la parole et du mouvement. Moi qui ne puis valoir que par le sens que je mets dans les mots, j'admire qu'on y arrive par leur nombre et par l'éclat de leur sonorité. Je trouve un peu lourd de ne me distinguer qu'au prix d'un travail constant de la pensée, au lieu que vous n'avez qu'à être pour y réussir mieux que moi. Les puissances de la vie, ma chère, sont les plus fortes, et avec toutes ces constructions ingénieuses que nous tirons de nos esprits, nous restons loin derrière elles. Mademoiselle de Boissemé souriait avec un soupçon d'attendrissement, et m'écoutait les yeux baissés. J'étais sincère, je le jure sur ce papier où j'écris.
GALLIMARD 5, rue Gaston-Gallimard, 75328 Paris cedex 07 www.gallimard.fr ©1962, Éditions Gallimard.Pour l'édition papier. © Éditions Gallimard, 2017.Pour l'édition numérique.
DUMÊMEA UTEUR
SAINT-GERMAIN OU LA NÉGOCIATION. CENDRE ET OR.