United Colors of Crime

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26 août 1951, quelque part au Texas. Chaim Chlebeck est laissé pour mort dans la poussière rouge du désert, et retrouvé par un drôle de couple : Dallas, une Indienne borgne et sauvage, mais sacrément attirante, et un certain Dirk, scientifique allemand venu se perdre dans l’immensité nord-américaine pour fuir les ambitions nucléaires de son gouvernement.
« United Colors of Crime peut être lu tout autant comme un roman d’aventure que comme une extravagante histoire d’amour, dans un décor de western peuplé d’Indiens plutôt violents, de shérifs plutôt coulants, et d’une bande de mafieux prêts à traverser le pays pour retrouver leur poulain fugueur, Chaim.
Car tuer froidement un parrain de la mafia – même si l’on en fait soi-même partie – ne passe pas inaperçu, dans les bas-fonds de Little Italy. C’est ainsi que Chaim, ancien soldat à Monte Cassino, ancien tueur à gages et protégé du caïd Lucky Luciano, s’est mis à avaler les kilomètres, jusqu’à se retrouver au beau milieu de nulle part, entre Alpine et Fort Stockton, à se reconstruire une vie à peu près normale, si ce n’était ces fantômes de New York lui courant après.
De l’Europe aux States, de New York au grand sud américain, Richard Morgiève revient avec une galerie de personnages excentriques et une description acide de la société américaine marquée par le maccarthysme et la ségrégation, le pouvoir de l’argent et la violence.

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Date de parution 12 janvier 2012
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EAN13 9782355360534
Langue Français

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United Colors of Crime
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DU MÊME AUTEUR
Mouton, Carnets Nord, 2010 Cheval, Denoël, 2009 Miracles et légendes de mon pays en guerre, Denoël, 2009 Vertig, Denoël, 2005 (Prix Wepler) Mondial cafard, Joëlle Losfeld, 2005 Full of love, Denoël, 2004 Ce que Dieu et les anges, Pauvert, 2002 Mon petit garçon, Joëlle Losfeld, 2002 La demoiselle aux crottes de nez, Joëlle Losfeld, 2001 Deux mille capotes à l’heure, Pauvert, 2001 Ma vie folle, Pauvert, 2000 (Mention du Prix Wepler) Ton corps, Pauvert, 2000 Bébé-Jo, Joëlle Losfeld, 2000 Tout un oiseau, Pauvert, 2000 Legarçon, Calmann-Lévy, 1997 Mon beau Jacky, Calmann-Lévy, 1996 Sex Vox Dominam, Calmann-Lévy, 1995 Cueille le jour, Robert Laffont, 1994 Andrée, Robert Laffont, 1993 Fausto, Seghers, 1990 ; Robert Laffont, 1993 (Prix Point de mire, prix Joseph Delteil) Un petit homme de dos, Joëlle Losfeld, 1995 (Prix du salon du livre d’histoire de la ville de Courbevoie) Des femmes et des boulons, Ramsay, 1987 Gare indienne de la paix, Engrenage, 1984 Sympathies pour le diable, Sanguine & Albin Michel, 1983 Chrysler 66, Sanguine & Albin Michel, 1982 Branqu’à part, Sanguine, 1981 Allez les verts, Sanguine, 1980
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Richard Morgiève
United Colors of Crime
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À mon oncle Ryszard Morgiewicz
© Carnets Nord, 2012 12, villa Cœur-de-Vey, 75014 Paris www.carnetsnord.fr ISBN : 978-2-35536-127-2
« I know that my redeemer liveth
Why Susie, please stay – A centripetal bird That’s threading the maze In the chowdown space
May prop up your stool Of slitted sticks Or her black parted beak Turn your red rash pink. »
Harry Mathews
« Dans une petite automobile cahotante qui gri-gnote son chemin à travers la nuit, je vois une jeune épouse pelotonnée dans son manteau noir. Elle apprend à croire que l’amour lui tiendra lieu de tout. » Marie Chaix, Les silences ou la vie d’une femme
« C’est par amour pour eux, c’est simple comme la foi. »
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Alice Massat,Le Code civil
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Une bête s’arrête, effarée par cette chose de lumière qui la cloue sur la route en terre. Chaim ne connaît pas le nom des bêtes en anglais mais celui du fric et de la mort oui. Il ralentit, éteint les phares. Les rallume, la bête s’enfuit dans le ciel bleu qui tombe de partout sur la poussière.
Chaim est fatigué. Il a quitté New York lundi, aux premières heures de l’aube, dans la Fleetwood de Bobby. Il l’a abandon-née à Youngstown. Il a marché, pris un taxi et puis un car pour Colombus, un autre pour Indianapolis, Saint Louis, Jefferson. Là, mercredi après-midi, il a acheté six chemises blanches, un rasoir, une brosse à dents, un sac de sport en cuir et toile mar-ron, une Buick Roadmaster 48, noire. Springfield, Oklahoma City, Vernon, Lubbock, Amarillo, Roswell, Hobbs, Eunice, Jal. Pas la ligne droite, c’est la trajectoire de la balle dans le dos. Des zigzags pour brouiller sa trace, mettre mat les échos radar. Quel-ques arrêts pour les pleins, manger, remplir le thermos de café. Ça lui plaît de conduire, il se sent libre. Il aime l’odeur des moteurs, des habitacles, le tableau de bord, les aiguilles des compteurs, les boutons. Les voitures vivent et meurent comme les hommes.
Toute une journée accablante et maintenant que le soleil baisse sa bannière, il abandonne sur la scène une torpeur hos-tile, sans promesse d’humidité, sans aucune promesse d’ailleurs. Pas la bonne latitude pour les missionnaires. Le Nouveau-Mexique laissé en arrière, la radio se met à grésiller. Elle ne veut
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plus capter les signes de la civilisation. Comme lui, Chaim. Il va vers le Mexique, par le cul du Texas pour éviter la foule. Après Monahans, il croise un Indien en costume à carreaux qui court, menotté à la portière d’une Ford rouillée. Le ciel est rouge, écra-sant. Chaim a conscience de s’enfoncer dans le corps d’une his-toire crépusculaire, un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence.
Depuis le Pécos, il roule sur une piste, ça fait une demi-heure. Parfois un cahot vient apporter de la réalité au cheminement de la voiture, ou c’est un chevalet de pompage, unpumpjack(le pétrole partout à flots). Chaim a le sentiment de rouler sur le pont d’un gigantesque porte-avions échoué sur les fonds d’une mer asséchée, engloutie. La lune se débarrasse de son masque de nuages, elle plane au-dessus de la citadelle de pierre qui domine l’horizon et le flanc gauche du plateau.
Sur le mur d’une ruine qui surgit, on a peint : « LA BOMBE SUR TOUS LES RATS ROUGES. » Chaim ne pensait pas que la guerre froide viendrait jusqu’ici. Mais ils ont inventé un nou-veau type de conflit. Les nazis sont passés à côté, tropromanti-ques. Ils ne pouvaient pas imaginer un quelconque équilibre, en rien, et surtout pas dans la terreur. Il consulte la jauge d’essence, freine, recule. Pour s’arrêter à côté de quelque chose, se sous-traire au vide. Une étoile filante s’éteint à l’ouest, sans drame, sans discours. La beauté du monde est à la portée de tous. Chaim stoppe. Autrefois quelqu’un s’était accroché là, dans ce désert, sans se demander si c’était absurde.
Chaim coupe le contact, sort de la Buick, laisse la portière ouverte. Il s’en veut d’être parfumé, ça lui rappelle qu’il n’est qu’un garçon de mauvaise vie. Il relève le col de son veston gris. Tout le temps l’homme va empiéter avec son histoire dans celle d’un autre, et dès qu’il y a un mur il vient pisser dessus… Ce qu’il fait. Le moteur refroidit en craquant. Chaim ouvre la malle arrière. Il va vider les deux jerrycans dans le réservoir, ça lui suffira pour atteindre Fort Stockton. Il se douchera, une chemise blanche, un repas chaud, des cigarettes. Il essayera de trouver
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