Violences subtiles
166 pages
Français
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Description

La violence subtile, souterraine et invisible est partout présente. C'est la plus dangereuse. Elle détruit tout et engendre de nombreuses souffrances. Une femme active, contemporaine explore en soixante-deux nouvelles les relations hommes/femmes, la sensualité, le monde professionnel et plus particulièrement le monde financier, la vie de tous les jours, la publicité, les médias, la vie sociale et politique. Elle défend une lucidité aiguë sur les priorités de notre époque.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2013
Nombre de lectures 9
EAN13 9782296530430
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0093€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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DanIèe LouIse BobIn
Violences subtiles
Chroniques urbaines contemporaines
Violences subtiles
collection Amarante
Violences subtiles Chroniques urbaines contemporaines
Amarante Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone. Elle accueille les œuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes. La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
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Violences subtiles Chroniques urbaines contemporaines
Photo de couverture : Les Faux de Verzy 51380, Cliché de l’auteur. Forêt domaniale de Verzy près de Reims. Plus de mille hêtres tortillards à la croissance très lente et d’une longévité exceptionnelle forment la principale réserve mondiale et restent une énigme botanique.
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29048-5 EAN : 9782336290485
La renaissance Il y avait là avant, la petite Roquette, cette ancienne prison de femmes réservée surtout aux prostituées et aux patriotes et militantes... Elle s’assoit sur un des bancs du petit jardin au soleil. Les buissons de sauge rouge en fleurs et les lavandes grises attirent les guêpes et son regard. Les arbres autour d’elle l’apaisent. Comme si leurs racines profondes et leurs branches vers le ciel jouaient les passeurs. Elle va mal. Le monde qui l’entoure est dur et hostile. Le monde des gens de la vie, de la rue aussi. Elle trouve même que ces mondes deviennent de plus en plus agressifs et violents. Elle ressent plus souvent autour d’elle une forme de sauvagerie qui exclut et matraque sournoisement. Depuis cinquante ans, elle essaie d’être forte et solide, comme une tigresse toujours aux aguets. Elle est devenue une bête de combat courageuse et vive, prompte à déchiffrer les stratégies pour se protéger et avancer. Mais cette fois son corps est épuisé, complètement vide. Elle a perdu toute vitalité. Pourquoi tout cela ? Pourquoi est-elle dans cette bataille âpre qui semble dépasser ses forces ? Les contractions de son dos, de son bras la font énormément souffrir depuis des semaines. Ses cervicales, son ventre gonflé par les émotions rentrées, sa peau, son sommeil, tout cela se révolte.
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La vie professionnelle est un dur combat de tous les jours. L’agression y est permanente, la mise en risque, la langue de bois, la manipulation, l’injustice. Et aussi dans ses relations d’amour, depuis des années elle n’a pas réussi à préserver une relation douce, confiante, joyeuse et épanouissante. Elle n’y a vu trop souvent qu’intérêt, faire-valoir et humiliations destructrices. Les kinésithérapeutes, les ostéopathes, les bains chauds, les tisanes, les massages, la relaxation, tout est provisoire. La révolte est profonde. Il y a si longtemps qu’elle n’a pas pris soin d’elle… Elle a compris depuis peu que sa propre vision l’enferme, que plusieurs mondes se superposent dans le même espace, dans le même homme. Qu’a-t-elle mis en priorité dans sa vie ? D’où lui viennent ces priorités ? Est-ce sa vraie nature? L’exercice est difficile. Peut-être son discours enjolive ou gomme et lui donne une version qui l’empêche de voir. C’est une sorte de complainte obsessionnelle qui enferme, une abstraction qui invente un monde. Elle le voit quelquefois chez d’autres qu’elle croise. Cela l’isole d’elle. Cela la perd. Elle ne se sent plus vivante. A-t-elle réellement écouté ce qui était dit ? A-t-elle été patiente et a-t-elle assez attendu ? Mais surtout a-t-elle vu ce qui lui est donné tous les jours depuis tant d’années ? A-t-elle dit sa reconnaissance ? Peut-être était-elle trop occupée à croire en sa toute-puissance. Elle est sensible et vulnérable. Quand tu lui as dit, elle était très en colère, une grosse colère rentrée. Cela ne collait pas du tout avec ce qu’elle pensait d’elle. Mais elle a bien
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compris en y réfléchissant plus tard, que c’était la réalité et que c’était un cadeau de l’accepter. Son mental est fort, mais sa peau est fine. Cela la renvoie à sa vraie nature, à ses limites, à sa vraie vie, peut-être au sens. Elle est là dans cette course effrénée. Est-elle concernée ? C'est trop dur. A-t-elle un tel besoin d'être reconnue, à défaut d'être aimée ? Cette histoire-là commence très loin, dans la famille, dans l’enfance. Les filles étaient murées dans leurs rôles et elles n’existaient pas. Elle ne sait pas écouter son corps. Quelquefois, elle avait bien remarqué qu'il voyait les choses avant elle. Elle se souvient de reculs quand elle l’a contraint, de la souffrance froide, glaciale qu’elle a ressentie quand elle ne l'entendait pas. Elle se souvient aussi du supplice du devoir conjugal forcé et l’envie de mordre, la rage, tout en pleurant. Elle a besoin de s’arrêter, elle a besoin de redevenir une petite fille. Se laisser glisser dans le sable doux et brillant qui coule sur sa jambe. Elle a envie d'une épaule, des câlineries que sa mère ne lui a pas données, d'une maison dont elle ne serait pas le pilier. Mais si elle regarde bien, elle a tout cela. Bien sûr, l’épaule n’est pas celle d’un compagnon, les câlineries ne sont pas celles de sa mère, la maison n’est pas la sienne. Mais elle a tout cela. Cela la réchauffe de s’en rendre compte. Cela l’apaise. Aujourd’hui elle voit qu’elle a toujours eu quelque part une mère, une sœur, un frère qui a pris soin d’elle. Le moineau sautille. Le vent et la merlette jouent avec le soleil.
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