Walaandé, l’art de partager un mari

Walaandé, l’art de partager un mari

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145 pages
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Description

Alhadji, chef de famille, et riche homme d’affaires, compte quatre épouses. Ses épouses, à tour de rôle et à travers leurs confidences et les clans qui se créent, se découvrent, disent leurs amitiés et leurs inimitiés autour de la quête de celui qui règne en souverain tout puissant.

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Ajouté le 01 janvier 2010
Nombre de lectures 68
EAN13 9789956429776
Langue Français
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Djaïli Amadou Amal
WALAANDE l’art de partager un mari Roman
Proximité, avril 2018
© Éditions Proximité avril 2018 BP 30332 Yaoundé, République du Cameroun. Tél 237 99859594/6 72 72 19 03 Couriel :editionsproximite@yahoo.fr ISBN 978-9956-429-77-6
À la mémoire de mon père Oustaz Amadou Toukour En l’honneur de ma mère Gamalat Abdel Wahed Sincères remerciements à Kadry Yaya
Du même auteur Mistiriijo, la mangeuse d’âmes,Proximité, 2015. Munyal, Les larmes de la patience, Proximité, 2017
Rien ne dure dans ce monde cruel ; Même pas nos souffrances !
L’ÉPOUSE DU SAHEL
Personne ne veut savoir ce qu’elle ressent. D’ailleurs, ressent-elle quelque chose ? Elle n’est qu’une épouse du Sahel. Elle n’est qu’une femme du saare. Elle est si différente de ses consœurs du monde entier, si résignée dès sa plus tendre enfance, elle était déjà une épouse du Sahel. Pauvre petite lle du Sahel, privée d’éducation scolaire. D’ailleurs à quoi lui servirait d’apprendre à lire ou à écrire ? On n’a pas besoin de ça pour se marier et pour tenir son foyer. Pauvre petite lle du Sahel, privée de l’amour paternel parce qu’un père qui montre de l’affection pour sa lle, c’est interdit par la coutume et même par la religion, diront-ils, tant tout est lié dans leur esprit. Pauvre petite lle, obligée d’être une femme dès l’adolescence. Obligée de baisser les yeux, obligée de couvrir sa tête. Même si elle le rencontre, elle ne le verra pas vraiment. Pauvre petite femme, livrée un soir dans la chambre d’un inconnu qui a payé la dot et qui a tous les droits sur elle. Pauvre femme, privée à jamais des joies de l’amour car c’est une honte de ressentir quelque chose. D’ailleurs, comment le ressentir ? Les préliminaires, la lumière,… la nudité est une honte.
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Pauvre femme obligée de vivre avec des sœurs comme elle, prisonnières d’une grande maison avec des murs aux alentours an qu’aucun regard extérieur ne la souille. Normal ! On doit bien garder ses épouses. Pauvre épouse du Sahel, qu’on répudie à son gré quand on en a marre. Pension alimentaire ? Garde des enfants ? Pas besoin… Obligée de se baisser pour saluer un homme. Obligée de se baisser pour lui donner à boire, obligée d’enlever ses chaussures avant de passer à coté d’eux, obligée de ne pas riposter quand il la corrige. Obligée d’accepter parce qu’on ne peut en savoir plus long qu’eux. Pauvre femme africaine, affaiblie de génération en génération, elle a perdu sa fougue, sa dignité, mais elle n’en a pas pris conscience, car encore et encore, elle acceptera la même chose pour ses lles. Pauvre épouse du Sahel qui n’a même pas le droit des épouses.
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SAKINA
L’émotion qui ne peut trouver d’issue dans l’action est un poison pour l’âme !
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llahu Akbar ! Allahu Akbar ! Al Saalatu A Hairun Minan Naoumi Dieu est grand ! Dieu est incommensurable ! La prière est préférable au sommeil ! La voix grave du muezzin de la mosquée d’Alhadji Oumarou résonne au petit matin. Sakina se retourne dans son lit. Elle n’a pas fermé l’œil de la nuit. C’est toujours la même chose quand c’est le tour de Djaïli. En cette saison froide, l’harmattan et le brouillard apportent une sécheresse qui écaille la peau et gerce les lèvres. Il est encore très tôt, mais déjà, la concession se réveille. L’on peut identier tous les petits bruits familiers du jour qui se lève. Le gardien Marcel qui ouvre les grands portails de la concession, du Saare, comme on dit ici, Alhadji qui se dirige vers sa mosquée juste en face, et puis, les deux lles chargées du ménage qui balaient la cour en discutant avec le jardinier. Ce dernier, à grand renfort d’arrosage, tente tant bien que mal d’entretenir la verdure. C’est l’heure de la prière, mais Sakina se sent épuisée par cette nuit blanche, elle n’a pas encore la force de se lever. 1 2 Un hadith veut que les Djinns , nombreux à cette heure, soufent à l’oreille des humains, alourdissent leurs paupières an de les empêcher d’accomplir leur premier devoir de la journée, cette prière qui,
1. Hadith (Prononcez Hadiss) est un ensemble de règles et de traditions du Prophète Mahomed (Paix et Bénédiction de Dieu sur Lui) qui régissent les comportements quotidiens des musulmans. 2. Satan ; Diables.
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