Afrique oubliée

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Ce livre retrace quatre millions d'années d'histoire du continent, et relate l'histoire des peuples africains. Les 29 chapitres abordent les origines de l'homme, la culture matérielle de la chasse et de la cueillette, le début de l'élevage, le développement de la métallurgie, l'émergence des traditions artistiques, le développement des villes et des pays, l'expansion des réseaux commerciaux, et l'impact des contacts avec les Européens et les autres nations.

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Ajouté le 01 septembre 2008
Nombre de lectures 86
EAN13 9782296203297
Langue Français
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Afrique oubliée

Du même auteur The archaeology of Benin, Oxford University Press, 1975. 3000 years in Africa, Cambridge University Press, 1981. Australian field archaeology, Australian Institute of Aboriginal Studies, 1983 (Editor). African civilizations, Cambridge University Press, 1987. Japanese edition 1993, Second Edition 2001. 'Of the hut I builded', Cambridge University Press, 1988. Paperback edition 1993 as The archaeology of Australia 's history. Kibiro, British Institute in Eastern Aftica, London, 1996. Transformations in Africa, Leicester University Press, 1998 (Editor). The same under a different sky? International Series 1625,2007. British Archaeological Reports,

Graham CONNAH

Afrique oubliée
Une introduction à l'archéologie du continent

Traduit de l'anglais par Anne Haour et Céline Moguen

L' Harmattan

iÇ) L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan]@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06] 03-3 EAN : 9782296061033

En souvenir de Raymond Mauny L'un des pionniers de l'archéologie africaine

Table des matières Liste des Illustrations 9
(pour l'édition originelle

Avant-propos et Remerciements en anglais) 15

Avant-propos et Remerciements (pour cette édition) 17

1. L'Afrique: berceau de l'humanité

19

2. Outils lithiques et adaptations: Les origines du genre Homo 27 3. Un don de l'Afrique au monde: Les premiers Homo sapiens 35 4. La terre nourricière: Chasseurs-cueilleurs africains des temps plus récents 43 5. Inscrire ses idées sur la pierre: L'art rupestre de l'Afrique australe 51 6. Images d'un monde perdu: L'art rupestre du Sahara 59 7. Produire sa nourriture: Les premières ébauches au nord et à l'ouest de l'Afrique 65 8. Produire sa nourriture: Adaptations en Afrique de l'Est et du Nord-est 73 9. Le pouvoir du métal: Les origines du travail du fer en Afrique 81 10. L'Égypte ancienne: 3000 ans d'accomplissements Il. La Nubie: Lieu de rencontre des peuples 95 12. Aksoum: Métropole commerçante sur le Plateau éthiopien 13. Entre Église et État: La survie de l'Éthiopie III 103 87

14. Opportunités et contraintes: L'histoire du Lac Tchad 119

15. Face à la Méditerranée: L'AtTique du Nord carthaginoise, grecque et romaine 125 16. Qsar es-Seghir : Porte entre l'Europe et l'AtTique 133 17. Djenné-djeno : Ville ancienne sur le Moyen Niger 141

18. Voyages au Sahara: Le commerce du désert vers l'AtTique de l'Ouest 149 19. Igbo-Ukwu : Un défi du passé 157 20. Visages ancestraux: Les sculptures anciennes du Nigeria 21. Benin City: Puissance dans la forêt et renommée mondiale
22. Des poteries et des personnes: de l'Équateur 179 Anciens agriculteurs au sud

165 173

23. Témoignage des morts: La vie dans la dépression de l'Upemba 187 24. « Un jardin magnifique» : Productivité et pouvoir dans les Grands Lacs 197 25. Entre deux mondes: Les établissements de commerce de la côte est de l'AtTique 203 26. Un reflet du pouvoir: Grand Zimbabwe et les sites apparentés 211 27. Villages déserts porteurs d'histoire: Agriculteurs d'AtTique australe des temps récents 219 28. Venue des étrangers: L'impact de l'expansion européenne 227 29. Se remémorer le passé africain 235 Lectures supplémentaires Index 247 241

Liste des Illustrations Figure 1 L'Afrique moderne. Guide des lieux présentés dans ce livre 18 Figure 2 Sites contenant des données relatives aux origines humaines 20 Figure 3 Impression par un artiste d'Australopithecus afarensis 22 Figure 4 Outils en pierre d'Homo ergaster 30 Figure 5 Olorgesailie, dans la vallée du Rift au Kenya 31 Figure 6 Sites contenant des données sur les premiers Homo sapiens et sur les chasseurs-cueilleurs des temps plus récents 34 Figure 7 Impression par un artiste des premiers Homo sapiens 37 Figure 8 Objets lithiques de l'industrie de Howieson's Poort 39 Figure 9 Deux objets lithiques provenant de Haua Fteah, en Libye 41 Figure 10 Comment certains microlithes furent utilisés 44 Figure Il Trois bâtons à fouir en bois provenant des sources thermales de Gwisho, en Zambie 47 Figure 12 Inhumation de deux adultes masculins dans le cimetière de lebel Sahaba, Soudan 49

10 Figure 13 Principaux lieux d'art rupestre de l'Afrique du Sud et du Sahara 52 Figure 14 Peinture en rouge et blanc représentant une danse en état de transe, Drakensberg, Afrique du Sud 55 Figure 15 Peinture représentant un chasseur et un éland, Drakensberg, Afrique du Sud 57 Figure 16 Gravure de Bubalus antiquus, Algérie 61 Figure 17 Gravure d'une scène de traite, Wadi Tiksatin, Libye 62 Figure 18 Sites ayant traits aux premières productions de nourriture dans la moitié nord de l'Afrique 66 Figure 19 Millet perle moderne 68 Figure 20 Peinture représentant des pasteurs et leurs bovins à longues cornes et sans bosse, Dire Dawa, Éthiopie 74 Figure 21 Deux poteries et un bol en pierre provenant de Narosura, Kenya 76 Figure 22 Sites et régions comportant des traces de métallurgie ancienne 80 Figure 23 Bas-fourneau en cours de préparation pour la fonte du fer, Toumra, ouest du Soudan 82 Figure 24 Le Nil à Assouan, vue vers le nord, en aval 88 Figure 25 Sites d'Égypte ancienne et de Nubie 89

]1 Figure 26 Deux des pyramides à Giza 91 Figure 27 Maquette funéraire du Moyen Empire, montrant un paysan labourant avec des bœufs 93 Figure 28 Vie rurale en Nubie. Section d'une gravure sur un bol en bronze méroïtique provenant de Karanog, au sud de l'Égypte 97 Figure 29 Ruines de la ville de Qasr Tbrim,au sud de l'Égypte

99

Figure 30 Personnage féminin sculpté en bois, de Qasr Ibrim 100 Figure 31 Sites et régions d'Éthiopie aksoumite et chrétienne Figure 32 La plus grande des stèles d'Aksoum encore debout

102

105

Figure 33 Plan d'une résidence prestigieuse connue sous le nom de « Dongur Mansion» à Aksoum 107 Figure 34 Pièce aksoumite en cuivre du roi Armah 109 Figure 35 Église de Ghiorghis (Saint-Georges) taillée dans la roche à Lalibela, Éthiopie 113 Figure 36 Château de l'empereur Fasiladas à Gondar, Éthiopie 116 Figure 37 Sites et localités majeurs situés dans la partie nigériane de la région du Lac Tchad 118 Figure 38 Fouille principale de la butte d'habitat de Daima 122

12 Figure 39 Sites carthaginois, grecs, romains et islamiques d'Afrique du Nord 126 Figure 40 Une arcade romaine à Tebessa, Algérie orientale

128

Figure 41 Mosaïque romaine de Tabarka, au nord de la Tunisie, présentant une villa située sur un domaine de campagne 130 Figure 42 Qsar es-Seghir : plan de la ville islamique 134

Figure 43 Le bâtiment des bains publics dans la cité islamique de Qsar es-Seghir 136 Figure 44 Qsar es-Seghir: plan de la ville portugaise

139

Figure 45 Sites et lieux majeurs dans le nord et le nord-ouest de l'Afrique Figure 46 Le développement de Djenné-djeno

142

144

Figure 47 Fouilles de la butte d'habitat constitué des restes de la ville de Djenné-djeno, Mali 146 Figure 48 Un dromadaire de bât chargé 150 Figure 49 Disque en or de Rao, Sénégal 152 Figure 50 La ville de Kano, au nord du Nigeria

154

Figure 51 Vase de bronze et socle provenant d'Igbo-Ukwu, Nigeria

158

13 Figure 52 Pied d'autel ajouré en bronze provenant d'Igbo-Ukwu, dans l'est du Nigeria 160 Figure 53 Plan de la sépulture d'Igbo-Ukwu

162

Figure 54 Tête en terre cuite de style Nok, de Jemaa, Nigeria central 166 Figure 55 Tête en laiton d'Ife, au sud-ouest du Nigeria

168

Figure 56 Pierre sculptée de la région du fleuve Cross, à l'est du Nigeria Figure 57 Fouille sur l'ancien site du palais de l'Oba, à Benin City 176 Figure 58 Tête de laiton de Benin City 177 Figure 59 Agriculteurs d'Afrique centrale et australe

171

180

Figure 60 Poteries faites par d'anciens agriculteurs d'Afrique centrale et australe 182 Figure 61 Bovin d'Ankole, à l'ouest du lac Victoria, Ouganda

184

Figure 62 Sépulture du Kisalien classique, de Sanga au sud-est de la République Démocratique du Congo 189 Figure 63 Poterie et brasero du Kisalien

191

Figure 64 Outils et armes de fer provenant de la dépression de l'Upemba

192

14 Figure 65 Chaîne de cuivre du Kisalien et croix de monnaie en cuivre du Kabambien 194 Figure 66 Une partie du système intérieur de fossés, Bigo, Ouganda Figure 67 Production de sel à Kibiro, Ouganda 202 Figure 68 Carte: Sites ultérieurs importants dans le sud et l'est de l'Afrique

199

205

Figure 69 Une girafe d'Afrique de l'Est à la cour de l'empereur de Chine 208 Figure 70 Grand Zimbabwe, vue de la vallée et de la vaste enceinte 212 Figure 71 Tour conique dans la grande enceinte de la vallée, à Grand Zimbabwe 215 Figure 72 Une entrée étagée dans la ruine de la colline, à Grand Zimbabwe 216 Figure 73 Types d'unités d'habitation du haut veld d'Afrique du Sud 221 Figure 74 Plan issu d'une des unités d'habitation à Molokwane, dans l'ouest du Transvaal 224 Figure 75 Sites de contacts et lieux européens 229 Figure 76 Une partie du « château» d'Elmina, Ghana 231 Figure 77 Victime d'un empire: un mémorial à la cathédrale de Namirembe, Kampala, Ouganda 233

Avant-propos et remerciements (Pour l'édition originelle en anglais) Ce livre a été écrit par un archéologue, mais à la différence de beaucoup d'écrits archéologiques il n'est pas destiné à d'autres archéologues, mais plutôt au lecteur non expert et aux étudiants universitaires qui désirent avoir une brève introduction au passé africain. C'est la raison pour laquelle la présentation de ce livre a été simplifiée. Ainsi les références bibliographiques sont-elles situées à la fin du volume et limitées à de brèves suggestions. De même les datations sont présentées sous forme d'années avant le présent, afin de tenir compte des diverses origines culturelles et religieuses des lecteurs. Par ailleurs, nous avons délibérément adopté un style de prose simplifié dans sa structure et dans son vocabulaire. Tout livre consacré au passé africain mérite un public plus large que celui du seul anglophone, et nous avons donc ainsi également, dans notre rédaction, pris en compte d'éventuelles traductions futures. Ainsi, le souci principal de l'auteur a été de présenter le sujet d'une manière simple à comprendre, aisée à lire et intéressante, afin d'atteindre les lecteurs qui souhaitent en savoir plus sur le passé exceptionnel de l'Afrique, mais qui pourraient se trouver découragés par une grande partie de la littérature disponible. Seul le lecteur pourra juger si ce but a été atteint avec succès. Il Y a trois obstacles majeurs à la rédaction d'un livre tel que celui-ci. D'une part, le sujet à couvrir est immense: plus de 4 millions d'années d'histoire couvrant un continent entier. Nous avons choisi d'aborder ce problème en utilisant une approche épisodique plutôt que l'approche narrative traditionnelle. Cela a conduit à un nombre assez élevé de chapitres brefs et hautement sélectifs, qui ont toutefois été agencés dans le temps et dans l'espace. Le deuxième obstacle réside dans le fait qu'une bonne partie des données, qu'elles proviennent de l'archéologie ou d'une variété d'autres disciplines, est techniquement complexe. Ces données nécessitent souvent des explications préliminaires afin d'en faire ressortir leur pleine signification. Ce livre ne se propose pas de fournir ces explications - d'autres auteurs l'ont fait avec succès. Il se concentre plutôt sur les conclusions qui ont pu être tirées à partir des faits disponibles, sans mentionner les variations de méthodologie. Ceci nous amène inexorablement à un troisième obstacle, qui est celui des interprétations souvent contraires des mêmes données. Le lecteur non-professionnel peut se trouver déconcerté face aux nombreux désaccords entre savants caractérisant le progrès des recherches. La stratégie adoptée dans le présent livre a donc été de présenter les explications actuellement le plus

16 universellement reconnues, sans se laisser distraire par les nombreuses contre-propositions. Ce livre fut écrit en majeure partie en 2003, même si certaines parties trouvent leur source en 2001. Tous les efforts ont été entrepris afin d'utiliser les écrits les plus récents: mais il faut bien reconnaître les difficultés de cette entreprise. C'est un plaisir de faire état ici de l'aide des nombreuses personnes qui ont assisté l'auteur pendant la rédaction de ce livre. La patience et les conseils de Richard Stoneman et de Celia Tedd chez Routledge furent particulièrement importants. La généreuse hospitalité de la School of Archaeology and Anthropology, Australian National University, à Canberra, où l'auteur est Chargé de Recherches Associé depuis quelques années, fut également profitable. Sue Singleton, d'Umwelt Environmental Consultants, Toronto, New South Wales, Australie, a dessiné les quatorze cartes qui constituent une partie si cruciale des illustrations. Elle fut largement assistée dans ce travail par Ian Kennedy. John Pratt, de la School of Art, Australian National University, dessina les Figures 3, 7 et 27. Les sources des autres illustrations sont citées dans les légendes; celles qui ne comportent pas de telles précisions sont les images de l'auteur même. Tous les efforts ont été faits pour obtenir les permissions nécessaires à la reproduction des éléments soumis aux droits d'auteur, mais dans certains cas cela n'a pas été possible, du fait soit du temps écoulé depuis la date de publication initiale, soit d'autres circonstances. L'auteur et l'éditeur seraient reconnaissants de recevoir des communications de personnes tenant des droits d'auteur qui n'ont pas été reconnues ici. Comme on le constatera à travers les légendes, les collègues, les éditeurs et les institutions ont généreusement offert l'usage d'illustrations. Nous tenons spécialement à remercier David Phillipson, mais aussi Christopher DeCorse, Gunnar Haaland, David Lewis-Williams, Rod McIntosh, Pierre de Maret, Julius Pistorius, Merrick Posnansky, Michael Rainsbury, Thurstan Shaw et Frank Willett. D'autres apportèrent leur soutien de diverses manières: Sonja et Carlos Magnavita de l'Université de Frankfort ont, par exemple, consacré leurs efforts à retrouver une publication allemande du dix-neuvième siècle qui fut la source de la Figure 36. De même Neal McCracken et Stuart Hay, photographes à la Australian National University, ont-ils résolu une série de problèmes ayant trait à certaines des illustrations. Par ailleurs, l'auteur est reconnaissant envers Susan Fraser et Beryl Connah, qui ont lu le texte dans son ensemble et offert des commentaires utiles. Beryl Connah a également compilé l'Index. Que toutes ces personnes, et bien d'autres qui ne sont pas citées, trouvent ici l'expression de nos sincère remerciements. Sans leur aide, ce livre n'aurait jamais été achevé. Mais l'idée n'en aurait même pas germé sans le soutien d'innombrables personnes en Afrique

17 elle-même, avec lesquelles nous sommes entrés en contact au cours de nos nombreuses années d'intérêt pour leur continent.
Schoolof Graham Connah Archaeology and Anthropology Australian National University Canberra Décembre 2003

Avant-propos et remerciements (Pour cette édition) L'idée de cette traduction nous fut présentée pour la première fois lors du congrès des archéologues africanistes à Bergen, en Norvège, en été 2004. Nous connaissions depuis bien longtemps le travail et les écrits du Professeur Graham Connah, notamment ses publications sur les sites du bassin du Lac Tchad. Cependant, le livre Afrique Oubliée diffère quelque peu de ces précédents ouvrages, dans la mesure où il vise à attirer et à informer un public beaucoup plus large que celui du strict milieu des chercheurs académiques. Cette approche nous paraît tout à fait vitale à l'archéologie africaniste, car la valorisation du patrimoine culturel du continent ne peut se faire que si le public - africain et non africain - est au fait de son importance. En ce sens, il est indispensable que le livre soit accessible au plus grand nombre, d'où la nécessité d'en publier une traduction française. Des traductions en italien, portugais et allemand sont déjà en cours. Ce projet n'aurait pu aboutir sans le généreux soutien financier de l'Université d'Uppsala, obtenu par le biais du Professeur Paul Sinclair qui enseigne à la même institution. Nous tenons ici à remercier l'auteur, Graham Connah, de nous avoir confié cette traduction et sommes également reconnaissantes envers Sue Singleton, qui a bien voulu traduire les légendes des cartes qu'elle avait dessinées pour la version originale. Finalement, nous tenons à remercier Joël, Josée-Marie, Patrick, et Richard, qui ont toujours su trouver le mot juste.

18

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lies

Figure 1 L'Afrique moderne. Guide des lieux présentés dans ce livre. Carte de Sue Singleton.

1 L'Afrique Berceau de l'humanité Tout commença en Afrique, pour chacun d'entre nous. De nombreuses années d'enquêtes menées par de nombreux chercheurs ont démontré que c'est seulement sur le continent africain que les plus lointaines origines de l'humanité ont pu être détectées. Le genre Homo auquel nous appartenons apparut par la suite, bien plus tard, lui aussi en Afrique; et il est très probable que Homo sapiens, c'est-à-dire l'homme moderne semblable à nous, provint également du même continent, étant apparu à une date plus tardive encore. En somme, les trois événements les plus importants dans l'histoire de l'espèce la plus accomplie du monde se sont déroulés en Afrique. Tel que le soulignait l'un des experts en la matière: nous sommes tous, sous la surface, des Africains. Le passé de ce continent a toutefois souvent été négligé par les historiens, qui ont eu tendance à se concentrer davantage sur d'autres parties du monde. Ceci est essentiellement dû au fait que le passé de l'Afrique a pour sa majeure partie été oublié, et qu'il a donc dû être laborieusement restitué, ce en l'absence, dans de nombreuses régions, de tout texte écrit antérieur aux siècles récents. Cette restitution a été un développement assez tardif, prenant place seulement au cours des 100, et dans une large mesure seulement des 50, dernières années. Elle a été basée sur une variété de documents, incluant les restes matériels du comportement humain passé, étudiés par les archéologues, et les traditions de nombreux peuples africains. Toutefois, en ce qui concerne les périodes les plus anciennes, c'est la paléontologie, c'est-à-dire l'étude des restes d'animaux fossilisés, et la génétique, l'étude des traits hérités, qui ont été les plus significatifs. Ces sciences ont pu apporter les informations biologiques de base qui, associées aux données archéologiques, ont permis de reconstruire le puzzle de l'histoire de nos origines, en Afrique.

L'idée de l'évolution et la survie du plus fort - développée par Charles Darwin il y a 150 ans - et le travail des généticiens, qui ont éclairci les
mécanismes par lesquels des caractéristiques sont héritées, et la façon dont l'évolution prend place, sont fondamentaux dans ce travail de reconstruction. À cela il faut ajouter les accomplissements des géologues: !'établîssement des grandes lignes de l'histoire de la Terre, et la découverte des changements environnementaux intervenus au cours de ladite histoire. C'est dans ce contexte que les paléontologues ont pu démontrer comment les fossiles préservés dans les strates géologiques

20

Figure 2 Sites contenant des données relatives aux origines humaines. chapitres 1 et 2. Carte de Sue Singleton.

Voir

21 illustrent le processus d'évolution, mettant en évidence l'ajustement incessant des espèces face aux changements dans leurs milieux. Il en a résulté une succession de formes de vie de plus en plus complexes qui, il y a environ 65 mi1lions d'années, engendra les premiers membres de J'Ordre zoologique appelé Primates. C'est à cet ordre qu'appartiennent les humains, les grands singes, les singes, et bien d'autres animaux encore. Les grands singes et nous-mêmes faisons partie col1ectivement de la superfamille connue par les zoologues sous le nom de Hominoidea; les données génétiques indiquent cependant que nous sommes séparés des grands singes depuis longtemps. Notre parent le plus proche est le chimpanzé; nous avons apparemment eu un ancêtre commun, mais nos chemins se sont séparés il ya 5 à 8 millions d'années. C'est une période pour laquelle très peu de fossiles africains ont pu être mis au jour, bien qu'il existe des fossiles d'animaux plus anciens, al1antjusqu'à 20 mil1ions d'années d'âge,

semblablesaux grands singes. La plus ancienne trace des Hominidea - la
famille zoologique à laquel1e nous appartenons, et dont les membres sont

en général appelés les hominidés - date d'il y a environ 4,4 millions
d'années. C'est à cette période que nos tout premiers ancêtres reconnaissables se mirent debout pour se déplacer sur deux jambes.

Les paléontologues spécialisés dans l'espèce humaine - ou encore paléoanthropologues,comme on les appel1e souvent - ont classé notre
ancêtre le plus ancien dans le genre Australopithecus, qui signifie « singes du sud ». Ce nom a été choisi car les premiers fossiles identifiés furent retrouvés dans des grottes de roches calcaires partiel1ement effondrées en Afrique du Sud. Mais des australopithèques, ainsi qu'on appelle l'ensemble des membres de ce genre, ont maintenant été retrouvés sur des sites qui s'étendent de J'Ethiopie au Malawi, le long de la vallée du Rift d'Afrique de l'Est. Hormis une seule exception, ils n'ont été retrouvés nulle part ailleurs en Afrique, et on n'en connaît aucun ail1eurs dans le monde. Leur aire de répartition en Afrique indique qu'ils vivaient dans un environnement de prairies tropicales clairsemées d'arbres - mais il est certain que les sites où J'on a pu retrouver leurs fossiles se limitent aux dépôts géologiques de la période en question qui ont été mis à jour par le hasard de l'érosion et de l'activité tectonique. La datation de données venant d'une période aussi lointaine a été rendue possible par une série de techniques, dont la plus utilisée dans les sites d'Afrique de l'Est est celle de la datation au radiopotassium, appelée aussi datation potassium-argon. Toutefois cette technique n'est pas utilisable pour les sites d'Afrique du Sud, qui eux ont été datés surtout grâce à la faune qui leur est associée, faune que l'on retrouve également sur les sites d'Afrique de J'Est. Les premiers australopithèques dont on a pu retrouver des restes conséquents s'appel1ent Australopithecus afarensis. Ceux-ci ont été

22 retrouvés tout particulièrement sur le site éthiopien de Hadar et le site tanzanien de Laetoli. Ce dernier est aussi connu pour son exceptionnelle

Figure 3 Impression par un artiste d'Australopithecus afarensis. John Pratt d'après Maurice Wilson dans Andrews, P. et Stringer, C 1989. Human evolution: an illustrated guide. British Museum (Histoire Naturelle), Londres, page 29. série de traces de pas préservées sur un sol ancien. L'hominidé en question vécut durant une période qui s'étend d'environ 3,9 à 2,8 millions d'années avant le présent. Il possédait un cerveau très petit comparé à celui de l'homme moderne, soit environ 415 centimètres cube, celui de l'homme d'aujourd'hui étant en moyenne de 1400 centimètres cube. La taille d'ensemble de cet hominidé était également très réduite: les mâles

23 mesuraient 151 centimètres, et les femelles 105 centimètres seulement. Cette différence entre les deux sexes apparaissait également au niveau de leur poids, puisque les mâles pesaient environ 45 kilos et les femelles seulement 29 kilos. L'héritage génétique de l'Australopithecus afarensis, qui est essentiellement issu des grands singes, se trouve reflété dans son crâne et sa dentition; ses bras puissants et ses jambes courtes donnent la même impression. Sans doute pouvait-il se déplacer debout, et était-il aussi parfaitement capable de monter aux arbres. Le second des australopithèques les plus connus est l'Australopithecus africanus, dont des données proviennent des grottes d'Afrique du Sud, par exemple à Sterkfontein et Makapansgat. Il a existé entre 2,8 et 2,3 millions d'années avant le présent environ, et il diffère d'Australopithecus afarensis en de nombreux aspects. Les différences les plus notables par rapport à son prédécesseur se remarquent au niveau du cerveau et de la dentition; le cerveau est un peu plus grand, avec environ 440 centimètres cube, les dents avant sont plus petites, et les dents arrière plus grosses. Toutefois, les bras d'Australopithecus africanus étaient plus longs que ses jambes, suggérant une aptitude pour l'escalade des arbres aussi bien que pour la marche. Les mâles étaient plus grands que les femelles, mais cette différence n'était pas aussi flagrante que chez Australopithecus afarensis. Il est probable qu'Australopithecus africanus est un descendant d'Australopithecus afarensis; cependant, tous deux étaient de petites créatures semblables à des singes, et l'interprétation de fossiles souvent fragmentaires est rendue plus difficile encore par l'existence de nombreuses autres espèces d'australopithèques. Deux de ces autres espèces étaient si différentes de celles décrites cidessus que certains experts ont préféré les placer dans un genre tout à fait séparé, appelé Paranthropus, bien qu'elles soient malgré tout généralement considérées comme faisant partie des australopithèques. JI s'agit des espèces Paranthropus robustus et Paranthropus boisei. Des fossiles appartenant à Paranthropus robustus ont été découverts dans les grottes de Swartkrans et de Kromdraai, en Afrique du Sud; ceux appartenant à Paranthropus boisei ont été retrouvés principalement dans les strates inférieures d'Olduvai Gorge en Tanzanie, ainsi qu'à Turkana Est et Ouest au Kenya, et dans la vallée de l'Omo en Ethiopie. Les deux espèces se distinguaient par un crâne extrêmement robuste, avec des dents arrière massives, une mâchoire énorme, de lourdes pommettes et une crête osseuse sur le sommet de la tête. La taille de leurs dents et de leur mâchoire dépassait celle des plus gros gorilles mâles, et il semble que les caractéristiques de leur crâne aient permis à ces hominidés d'augmenter la force verticale appliquée aux dents arrière lors de la mastication. Les deux espèces existèrent durant la même période, soit environ entre 2,3 et 1

24 million d'années avant le présent, et elles se différenciaient essentiellement de par leur robustesse: Paranthropus boisei était le plus robuste des deux. Du reste, dans la mesure où Paranthropus boisei n'a pu être retrouvé que sur les sites d'Afrique de l'Est, tandis que Paranthropus robustus se rencontre uniquement en Afrique du Sud, il est possible que ces espèces représentent tout simplement deux variantes géographiques d'un seul même ancêtre. En dépit de leur apparence, ces deux espèces possédaient des cerveaux plus larges que tout autre australopithèque, mesurant environ 520 centimètres cube. De plus, bien qu'ayant une tête massive, ces hominidés étaient de corpulence remarquablement réduite: les mâles mesuraient environ 132 à 137 centimètres pour un poids de 4049 kilos, et les femelles, 110-124 centimètres pour un poids de 32-34 kilos. Paranthropus boisei était, rappelons-le, le plus grand et le plus lourd des deux. On remarque que pour ces deux espèces les mâles restaient sensiblement plus corpulents que les femelles, avec cependant une divergence légèrement moindre que dans le cas des hominidés plus anciens. Ces deux espèces de Paranthropus étaient sans aucun doute capables de marcher debout, mais leurs bras laissent à penser qu'ils étaient également arboricoles. En ce qui concerne toutefois la place que ces espèces ont occupé dans l'évolution humaine, on doit présumer qu'elles constituèrent une branche très spécialisée, qui finit par s'éteindre, alors même qu'elles vivaient à la même époque que Homo habilis, premiers membres du genre humain (chapitre 2), et qu'elles le dépassèrent peut-être en longévité. C'est à partir d'Homo habilis qu'évolueront les futurs hominidés, et il est possible que ce soit Australopithecus afticanus, et non pas Paranthropus, qui ait compté parmi ses ancêtres. Cette question reste cependant un sujet de controverse. Reconstituer le comportement des australopithèques est presque aussi difficile que décider de leur rôle dans J'évolution des hominidés. Ceci est dû à la nature des données retrouvées, et aux circonstances par lesquelles elles ont survécu. Ces données consistent en des crânes ou autres ossements isolés ou, plus fréquemment, en de simples fragments, et il est rare de retrouver un squelette même partiellement complet. Dans les grottes des sites d'Afrique du Sud, les morceaux retrouvés étaient entremêlés avec des os d'animaux dans des dépôts cimentés par la chaux, et ils semblent avoir été abandonnés par des prédateurs tels que des hyènes ou des léopards. Dans les sites d'Afrique de l'Est, le matériel fossilisé a été préservé dans des sédiments lacustres ou fluviatiles, dans lesquels il a dû être déposé par l'eau un temps après sa mort. Ces éléments de preuve nous éclairent donc difficilement sur la vie de ces premiers hominidés. Même lorsque l'on a retrouvé des sites d'habitat potentiels, tel qu'à Olduvai Gorge, il a été difficile de séparer les indices du comportement des australopithèques de ceux liés à Homo habilis, qui était également

25 présent sur ce site. De même, il a fallu distinguer les ossements provenant d'animaux capturés à ]a chasse par des êtres humains de ceux qui avaient été amenés par des prédateurs. Ainsi, toute tentative de compréhension de la vie des australopithèques doit reposer essentiellement sur des déductions faites à partir de restes de crânes, de dents et autres ossements. Associée à l'observation des chimpanzés modernes et à l'étude des chasseurs-cueilleurs récents, cette approche permet de se faire une idée de leur vie. À en juger par leurs fossiles, les australopithèques étaient aussi à l'aise dans les arbres que sur le so], ce qui laisse à penser que les arbres leur offraient à ]a fois un refuge contre les prédateurs, et une source de nourriture. En effet, la plupart de ce que mangeaient les australopithèques provenait vraisemblablement de plantes; les dents arrière massives de Paranthropus représentent probablement une adaptation facilitant ]a mastication de matières végétales dures et fermes. Il est probable que ces espèces ont également mangé de la viande, mais il est difficile de savoir si celle-ci était obtenue à travers la chasse, ou bien venait de carcasses d'animaux qui étaient morts de causes naturelles ou avaient été tués par des prédateurs. Les australopithèques mâles étaient si corpulents par rapport aux femelles qu'il est très probable que - à l'instar des chimpanzés acharnée dans la conquête des femelles, et que des couples soudés consistant d'un mâle et d'une femelle n'existaient pas. De plus, malgré ce qu'on a pu prétendre, il semble que les australopithèques n'aient pas fabriqué d'outils en pierre, bien qu'ils aient probablement utilisé des bâtons ou des pierres comme ]e font les chimpanzés modernes. Enfin, ]a forme de la base du crâne des australopithèques semble indiquer que ces premiers hominidés n'étaient pas en mesure de produire une gamme de sons aussi complète que celle des hommes modernes, et qu'ils n'auraient donc pas pu développer un langage tel que nous l'entendons. Cela suggère qu'ils étaient limités à des sons du même type que ceux qu'utilisent les chimpanzés modernes pour communiquer. Les australopithèques étaient de petits animaux semb]ables à des singes, dont ]e cerveau et les caractéristiques physiques suggèrent un comportement globalement similaire à celui des singes. ]\ semble qu'ils n'aient pas eu ]a culture, c'est-à-dire Je comportement transmis par l'apprentissage, que possédèrent les hominidés suivants. Toutefois, ce sont bien ces singes qui se mirent debout pour marcher; ce fut peut-être pour rendre plus aisée ]a recherche de nourriture dans un environnement où, du fait de changements climatiques, l'herbe était en train de remplacer les arbres. C'est la raison pour laquelle on considère ces australopithèques comme étant les premiers hominidés; et même si leur lien évo]utionnaire

modernes et autres grands singes - les mâles se livraient une compétition