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Autour de la Notice sur l'Ogadine d'Arthur Rimbaud

De
204 pages
Arthur Rimbaud fut le premier Occidental à s'installer à Harär, cité naguère interdite de l'Est africain. En 1883, afin d'élargir le champ de ses activités commerciales, il envoie son collaborateur, Constantin Sotiro, vers une région aride et inexplorée, l'Ogaden somali, entre autres réputé pour la dangerosité de son peuple. De cette incursion ressortira, rédigée par Rimbaud, la Notice sur l'Ogadine, dix pages complexes à l'étrange destin qui abondent de savoirs jusqu'alors ignorés.
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Autour de la Notice sur l’Ogadine d’Arthur Rimbaud Notes et commentaires
BIBLIOTHEQUE PEIRESC
Collection dirigée par François ENGHEHARDet MarcFONTRIERAssociation française pour le développement de la recherche scientifique en Afrique de lEst (ARESÆ) « Servant un chacun quand nous lavons pu, et principalement le public, pour lequel seul nous avons travaillé quasi toute notre vie » PEIRESCLa Bibliothèque Peiresc a été créée par Joseph Tubiana en hommage à lérudit provençal dascendance italienne Nicolas Claude Fabri de Peiresc (1580-1637), pour y accueillir des œuvres correspondant à lexigence et à léclectisme de ce magistrat humaniste et bibliophile.Savant et curieux de toute chose, au point quon ne saurait énumérer tout ce qui la intéressé et diverti : sciences naturelles, numismatique, art, histoire, littérature, astronomie, philosophie, mœurs, religions, poésie, avec un souci particulier des langues et des cultures de la Méditerranée antique et contemporaine. Dans les dernières années de sa vie il sétait pris dun vif intérêt pour les chrétientés orientales, notamment dÉgypte et dÉthiopie.Cest dans cette direction que notre collection est surtout orientée, sans s’interdire aucun des sujets qui ont retenu lattention de Peiresc, en sefforçant de satisfaire, avec le respect qui lui est dû, la curiosité diverse de nos contemporains.
Marc FONTRIER
Autour de la Notice sur l’Ogadine d’Arthur Rimbaud Notes et commentaires
ARESÆ– Orients d’Afrique Bibliothèque Peiresc 32
Du même auteur
La chute de la junte militaire éthiopienne(1987-1991). LHarmattan, Paris, 1999. Abou-Bakr Ibrahim - Pacha de Zeyla, marchand desclaves. LHarmattan, Paris, 2003. LeDarfour : Institutions internationales & crise régionale 2003-2008. LHarmattan, Paris, 2009. LÉtat démantelé –Annales de Somalie– 1991-1995. LHarmattan, Paris, 2012. Éthiopie – Le choix du fédéralisme ethnique. Chronique du gouvernement de transition (1991-1995).LHarmattan, Paris, 2012. LIllusion du chaos –Annales de Somalie – 1995-2000. LHarmattan, Paris, 2015.
© Sépia, 2017 ISBN : 979-10-334-0128-5 EAN : 9791033401285
SYSTÈME DE TRANSLITTÉRATION ET TRANSCRIPTION Cet ouvrage nétant pas explicitement destiné à des linguistes familiers des langues couchitiques ou sémitiques, il est fait usage dune translittération plus facile d’accès pour « lhonnête homme » occidental. Aussi lorthographe dans la langue mère ainsi que la transcription souhaitable des mots, quand elle est établie, sont-elles alors précisées entre crochets à leur première apparition. Une difficulté mineure à bien y regarder puisque dans les cinq langues qui intéressent ce texte, quatre phonèmes seulement n’ont pas d’équivalents en français et méritent quelque précision : la fricative vélaire sourde identique aua arabe, auchallemand deBuch, aujde lajotaespagnole transcrit « kh » ; la fricative pharyngale sourde identique auΡa arabe, transcrit «», que lon lira par notre « h » ordinaire ; la fricative pharyngale sonore identique aucayn arabe, transcrit «ʿ» et ignoré à la lecture ; du « d » rétroflexe des langues couchitiques, sans équivalent acceptable, transcrit «Ð,ɖ» et que lon lira comme un « d » ordinaire. Observons aussi que lintrusion de larabe dans les langues régionales, véhiculé par lislam, a suscité une appropriation de mots, voire dexpressions. Le phénomène, qui na cesser de samplifier, na pas fait pour autant de tous des locuteurs arabophones, tant sen faut. Aussi se sont-ils souvent contentés de transcrire dans leur propre langue ce quils entendaient. À chaque fois, cest lorthographe résultant de cette appropriation qui a été ici retenue. Ainsi, pour ne pas perdre en précision mais offrir néanmoins un minimum de confort de lecture, les mots étrangers sont rédigés dans leur translittération tandis que leur transcription, et éventuellement leur écriture originale, sont, à leur première apparition, précisées en note. Les voyelles longues sont proposées avec une barre suscrite afin de conserver aux langues un peu, au
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moins, de leur musique. Pour certains mots tels que͑afar,sōmāli, oromōouʿAden, nous retenons les graphiesafar,somali,oromoet Aden, depuis longtemps passées telles quelles dans la langue française. Ceci étant, lécriture exacte sinon souhaitable peut être retrouvée à partir du tableau des transcriptions et translittérations présenté ci-dessous. arabesōmāli geezafar oromōTranslitt. Transcr. er  (1 ord. (qubē) ءt th  c tshč ch tchΡ xc h kh khΫ -d dh ε shsh š sh  s dt x  z cqʿʿ ghġ q q q ϙ k k k dhdh Ð,x dh ɖp ph Pour les quelques mots ou expressions amhariques cités, les ordres utilisent la translittération suivante : er e e e e e e 1 ordre 2 ordre 3 ordre 4 ordre 5 ordre 6 ordre 7 ordre y w ä u i a éəou o silence
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ÀLOUEST D E LÉDEN
Laventure de Rimbaud et de son compagnon, Constantin Sotiro, sinscrit dans un paysage dune extrême diversité. Dominée par les montagnes du Yémen et celles dAbyssinie, à la charnière des 1 trois grandes fractures qui écartèlent lAfrique à son Orient , la région qui les accueille confine à léchancrure méridionale dun monde encore provisoire. Car partout ici la terre sécartèle : alors que la péninsule arabique séloigne dun centimètre par siècle du continent africain, celui-ci perd à son tour la péninsule Somalie dont, à léchelle du temps long, le destin est de sinsulariser vers locéan Indien.
LES BASSES TERRES
2 Parlons de lenfer : à louest du Bāb el-Mandeb , à peine passés les reliefs littoraux un peu plus cléments, la dépressionafaroffre des paysages de début de monde. Le volcan affleure ; tout ici exprime quelque fumerolle, quelque source bouillonnante,
1 Mer Rouge, golfe d’Aden et Grand Rift africain qui s’ouvre à ses pieds. 2  La « Porte des lamentations » [ar.ΏΪϨϤϟ΍ΏΎ] est le détroit, large de quinze nautiques soit quelque 28 km qui, au sud de la mer Rouge, sépare le continent africain de la péninsule Arabique.
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quelque lac au sel immaculé sétendant sur les rouges rhyolites ou les basaltes noirs. LesAfar,établis dans cette fournaise entre mer et montagne, maîtrisent de temps immémoriaux toute vie qui se risque à franchir leur espace. Seul le fleuve Awash tombé du Shäwa laisse à croire à loctroi de quelque aménité divine sur ces étendues calcinées. Au début des années 1880, au nord du golfe de Tadjoura, Obock sort à peine de terre. Au sud, où Djibouti nexiste pas encore, la frange littorale sourle de sable puis de rochers.
Le long de cette ligne torride, des marins venus dailleurs ont identifié les rares mouillages doù ils pourraient gagner les plateaux plus cléments. Là séparpillent les clans dun autre peuple, lesSomali dont les troupeaux quittent lété ces rivages arides quils nomment leguban– le « brûlé » – pour chercher dans les reliefs où faire paître leurs étiques troupeaux.
LES HAUTS PLATEAUX
De part et dautre du Bāb el-Mandeb, les hauts plateaux au climat raisonnable, Abyssinie, Harär mais aussi hautes terres du Yémen, défient résolument cette fournaise qui embrase les basses terres.
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Daucuns ny ont-ils pas vu le lieu perdu du jardin dEden, ɎαɏάɁɂισɍς, le « Paradis », ce terme que les Vieux Grecs avaient su emprunter à lIran avestique ? À partir de Tadjoura, au nord du golfe éponyme, depuis la côte avec laquelle on se hâte de prendre du champ, une route par la plaine mène vers louest, vers le haut plateau central où aurait autrefois régné ce légendaire « Prêtre Jean » que le Moyen Âge avait tant cherché.
Un peu plus au sud, un autre cheminement, celui qui nous intéresse, se dirige directement depuis le port deux fois millénaire 1 de Zeylaʿvers le relief. Là, sur les hauts, est plantée une cité à lhistoire complexe, confuse et aux matins mal connus : Harär. Ce sont les pentes méridionales de ce dernier relief et les peuples qui loccupent que la « Notice sur lOgadine » entreprend de décrire, aussi sont-ce dautres qui parleront au lecteur du reste de ces Orients africains. Aussi allongeons-nous maintenant la focale.
1 [som. Seylac – ar.ϊϠϳ]
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