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AUX ORIGINES DU CONFLIT ISRAÉLO-ARABE

De
192 pages
Avec la seconde Intifada, le conflit du Proche-Orient est entré dans une nouvelle phase de violence. Refusant d'accorder aux Palestiniens la reconnaissance de leurs droits, l'Etat d'Israël ne leur laisse le choix qu'entre une résignation sans espoir et une révolte sans issue. La guerre engagée par les Etats-Unis contre le terrorisme international crée un climat de tension qui est exploité par les ultras des deux camps. L'illusion du processus de paix, du coup, paraît définitivement évanouie. En remontant jusqu'aux origines de l'antisémitisme européen et de la création de l'Etat juif, le présent ouvrage propose, à l'occasion de sa deuxième édition, une analyse critique du conflit israélo-arabe à la lumière de l'actualité.
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Aux origines du conflit isrnélo-arnbe
L'invisible re1110rds de l'Occident

Du même auteur:

Faut-il brûler Lénine? L'Hannattan,2001.

Bruno Guigue

Aux origines du conflit israélo-arabe
L'invisible refllords de l'Occident
(2èmeédition revue et augmentée)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3

75005Paris
FRANCE

1026Budapest
HONGRIE

L'Harmattan 37 Via Bava, Italia 10214Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-2093-5

Avant-propos LES RAISINS DE LA COLE RE P.ll Introduction LE COMPLEXE JUDEO-EUROPEEN P.31 LE PEUPLE DEIODE, LE GENOCIDE OU LA VICTIME MAXIMALE P.47

ET L'OCQDENT
P.65

1948: L'EXUTOIRE P.83 LE PROBLEME PALESTINIEN, MINIMALE P. 101 OU LA VICTIME

UNE NATION PARMI LES NATIONS P.123 Conclusion L'IMPASSE ISRAELO-ARABE P.143

ŒIRONOLOGIE

P. 163
BIBLIOGRAPHIE P. 187

"Ce secret honteux que nous ne pouvons dire est le secret de la Deuxième Guerre mondiale, et en quelque sorte le secret de l'homme moderne: sur notre modernité en effet l'immense holocauste, même si on n'en parle pas, pèse à lafaçon d'un invisible remords. " Wladimir Jankélévitch

"Nous sommes de ce côté du monde où les morts s'entassent dans un inextricable charnier. C'est en Europe que ça se passe. C'est là qu'on brûle des Juifs, des millions. C'est là qu'on les pleure. "

Marguerite Duras

Avant-propos LES RAISINS DE LA COLERE

Cette horreur des attentats perpétrés aux EtatsUnis, lequel d'entre nous ne l'a point ressentie? L'innommable a été commis contre des gens ordinaires, au point que chacun a pu se demander, un bref instant, s'il ne serait pas la prochaine cible. Mais passés l'effroi et la stupeur, le drame du Il septembre 2001 a aussitôt été happé par le flot des événements. D'interminables supputations sur ses conséquences en ont immédiatement atténué la portée. L'explication que nous attendions se fit attendre, tandis qu'on nous promit sans tarder le spectacle fracassant d'un châtiment "sans limites." Du registre politique, on versa directement dans le métaphysique, au nom d'une "liberté immuable" qu'il convenait de défendre contre les nouveaux barbares. Western planétaire La justice expéditive d'un western planétaire ne pouvait s'embarrasser d'un examen critique du passé. A quoi bon tenter d'expliquer l'événement, en effet, puisque l'essentiel était de punir les coupables? Aussi, à défaut d'une explication politique, on dut se contenter de la logique implacable d'un règlement de comptes. Exit l'inquiétante complexité d'un monde que l'on répugne à comprendre, puisqu'il s'agit de faire place à l'affrontement binaire du Bien et du Mal. A peine fixé dans nos mémoires, l'événement parut ainsi vidé de sens et proj eté dans l'imminence d'une croisade dont un seul homme assumerait la direction: le président américain, justicier 13

mondial dont on nous priait d'admirer en tremblant la fulgurance vengeresse. Privée de toute autre option intellectuelle, l'opinion américaine se trouva, quant à elle, confortée dans son habituelle bonne conscience: mais pourquoi donc nous veut-on tant de mal, nous qui apportons la prospérité au monde? Pourquoi nous voue-t-on tant de haine, alors que nous sommes les champions de la liberté? Le plus étonnant, au lendemain de l'attentat, fut l'étonnement américain lui-même. Cette nation qui impose son hégémonie au reste du monde découvrit alors, stupéfaite, que le reste du monde ne l'aimait pas toujours. On est en droit de se demander ce qui a davantage meurtri l'opinion d'outre-Atlantique: le nombre effrayant des victimes, ou l'insoutenable réalité de ce qui aurait dû rester du domaine de la fiction; le fait qu'il y ait eu 3 000 morts, ou le fait qu'un tel carnage ait eu lieu aux Etats-Unis, au cœur d'une nation qui se croyait dotée d'un privilège d'extraterritorialité face aux multiples périls d'un monde en effervescence. Car avec les Twin Towers, les Américains n'ont pas seulement vu s'effondrer le mythe de leur invincibilité: ils se sont vus réintégrer malgré eux le droit commun des nations. Hyperterrorisme suicidaire Et pourtant, tout, dans la tragédie du Il septembre, était de nature à susciter l'autocritique de l'hyperpuissance américaine. Tout, dans le crime qui fut commis, suggérait d'en comprendre les causes: le mode opératoire comme le mobile apparent. Les attentats perpétrés à New York et à Washington ont stupéfait le monde par leur caractère 14

spectaculaire et par leur terrifiante efficacité. Dotée de moyens dérisoires, une poignée d'hommes si déterminés qu'ils consentirent au sacrifice suprême a infligé à l'Amérique une humiliation sans précédent. Dans un univers bardé d'électronique de pointe, quelques dizaines de kamikazes ont fait la démonstration que l'ampleur des dégâts n'était pas proportionnelle à la maîtrise des technologies dernier cri : un bon manuel de pilotage, un solide entraînement, une discipline rigoureuse et quelques cutters ont fait l'affaire. Ils ont suffi, en tout cas, à provoquer au sein de la première puissance du monde un véritable cataclysme, en rendant vains tous les systèmes de protection dont elle disposait et en ridiculisant ceux dont elle rêvait de s'entourer. L'objectif de cet hyperterrorisme suicidaire était d'infliger des pertes humaines considérables, en frappant à la fois des cibles civiles et militaires. Mais rien ne fut laissé au hasard. Et en frappant l'Amérique de façon aussi démentielle, les auteurs de l'attentat ont aussi voulu délivrer au monde un message sans équivoque. Symboles de la puissance économique et militaire des USA, le World Trade Center et le Pentagone ont été choisis, au fond, avec le même discernement que celui qui présida aux frappes chirurgicales administrées par l'aviation américaine sur les théâtres d'opérations du Moyen-Orient. Le mode opératoire retenu par les terroristes renvoyait ainsi, par analogie, à la pratique répétée des frappes aériennes qui scande la politique américaine, de la guerre contre l'Irak (1991) à l'offensive contre l'Afghanistan (2001). (De la même façon, on peut d'ailleurs se demander si l'offensive bioterroriste ne vise pas, en menaçant dans son intimité même chaque Américain, l'individualisme d'outreAtlantique. ) 15

Outre ce modus operandi, c'est naturellement le mobile de l'attentat qui retient l'attention. Quelle que soit l'identité de ses commanditaires, il est clair que l'attaque terroriste est une conséquence directe de la crise qui sévit au Moyen-Orient, et qu'elle est une réplique meurtrière à la politique des Etats-Unis dans la région. C'est pourquoi, dans les déclarations du principal suspect, reviennent de manière obsessionnelle deux griefs fondamentaux: la complaisance américaine à l'égard de l'occupation israélienne, et la présence militaire des Etats-Unis dans les pays du Golfe, autrement dit, la question palestinienne et la question irakienne. Lorsqu'ils rêvaient de "ramener l'Irak à l'âge de pierre", les dirigeants américains avaient-ils seulement conscience des ferments de haine qu'ils répandirent dans le monde arabe et musulman? Ont-ils mesuré les conséquences de l'extraordinaire humiliation infligée par cette guerre où la cybernétique militaire a écrasé l'adversaire à moindres frais? Comprennent-ils le profond sentiment d'injustice éprouvé au Moyen-Orient devant une application sélective du droit international? Et est-ce un hasard si le retournement d'Oussama Ben Laden contre ses anciens protecteurs date, précisément, de cette guerre du Golfe où Washington appliqua sa doctrine du "zéro mort" qui impliquait, comme son corollaire, l'immolation de 100 000 Irakiens? Châtiment céleste L'offensive militaire engagée contre l'Afghanistan en fournit une nouvelle illustration: les Américains, lorsqu'ils sont en courroux, ont une prédilection pour le feu céleste qui consume les suppôts de Satan. Comme un 16

lointain écho de la Loi outragée, le déploiement des forces y est irrésistible et le châtiment exemplaire. Dans le châtiment tombé du ciel, les Américains apprécient le côté expéditif et la quintessence religieuse. Fidèles à leur puritanisme, ils aiment le caractère abstrait d'un bombardement aérien qui exécute les coupables à distance, le feu vengeur qui anéantit jusqu'aux traces visibles de ses victimes. Dans la brutalité des frappes aériennes, ils n'apprécient pas seulement la rigueur qui s'attache à la règle morale: ils y goûtent aussi la distance qui rend les opérations invisibles, le côté abstrait d'une lutte où l'éloignement permet d'accréditer l'image fallacieuse d'une guerre aseptisée. Puritain lui aussi, et rejeton d'un capitalisme alimenté par les pétrodollars, l'ex-agent de la CIA Oussama Ben Laden a retourné contre l'Amérique la même violence manichéenne: comme un boomerang qui revient vers celui qui l'a lancé, il se jette au visage des apprentis-sorciers qui l'ont fabriqué. Mais son audace est d'avoir su créer, au détriment de ses anciens parrains, l'arme imparable qui a frappé l'hyperpuissance américaine en son propre sanctuaire. En inventant l'hyperterrorisme suicidaire par voie aérienne, il a créé le dernier avatar de la barbarie moderne, après la bombe atomique, le bombardement au napalm et les frappes chirurgicales assistées par ordinateur. Mais en retournant le feu céleste contre le "Grand Satan", il a surtout cherché à humilier les Etats-Unis d'une façon inédite: en faisant payer au prix fort, par des milliers d'innocents, la facture de son audace meurtrière. En frappant d'abord des civils, il a inversé au détriment des Américains leur doctrine hypocrite des frappes chirurgicales et des dégâts collatéraux. Il a voulu en somme faire la démonstration, aux yeux d'une opinion 17

mondiale médusée, que l'Amérique pouvait subir à son tour le sort qu'elle a souvent infligé aux autres. Interdit de comprendre? Le monde, en tout cas, est désormais condamné à vivre sous l'effet de ce traumatisme. La guerre déclarée au terrorisme et à ses alliés (réels ou supposés) ne cessera pas de sitôt, et la riposte américaine donnera le ton de la vie internationale pendant des années. Il y a donc, dans la dimension inédite de l'événement, une puissante invitation à comprendre ce qui s'est passé. Devant l'énormité de ses conséquences, il importe de s'interroger sur les causes du drame. Tenter d'en déchiffrer le sens, c'est également le plus sûr moyen de s'en prémunir à l'avenir. Et pourtant, à lire certains auteurs, une telle entreprise intellectuelle serait un véritable sacrilège. Devant un acte de barbarie sans précédent, il faudrait, paraît-il, renoncer à en comprendre les causes. Car un tel déferlement de rage meurtrière ne s'explique pas, nous dit-on, et chercher à l'expliquer, c'est déjà lui trouver des circonstances atténuantes. Cette haine inextinguible pour l'Occident vaut condamnation sans appel de ceux qui l'éprouvent: comment, en effet, pourrait-on haïr l'Occident? Comment pourrait-on vomir l'Amérique au point de lui infliger d'aussi cruelles blessures? C'est ainsi qu'on a pu lire, dans la presse, que la misère, le sous-développement ou le conflit israélopalestinien ne sont nullement à l'origine des attaques terroristes. "Ce qui motive le terrorisme, explique par exemple Pascal Bruckner, ce n'est pas telle ou telle erreur de l'Europe ou de l'Amérique, c'est la haine pure et simple." Irréductible à toute explication rationnelle, le 18

terrorisme est l'expression d'une bestialité à l'état pur qu'il est vain de vouloir réfuter. Il exprime une soif d'immolation dont il est absurde, nous dit-on, de rechercher les causes, "car l'explication par le désespoir exonère l'acte de son horreur et débouche sur la tentation de l'indulgence"l On se demandera, naturellement, où l'on peut trouver le moindre indice de cette indulgence à l'égard des auteurs d'attentats. Mais l'essentiel n'est pas là. Le plus remarquable réside dans cette injonction à s'abstenir de comprendre les causes du drame, sous peine d'en devenir rétrospectivement le complice. En somme, il est interdit de chercher la moindre explication au terrorisme, car aussitôt formulée, celle-ci nous ferait immanquablement basculer de son côté. Pour peu, on nous sommerait de ne pas lire les déclarations du chef terroriste afin d'éviter la contamination par ses idées subversives. Certes, Ben Laden fait un usage rhétorique de la souffrance irakienne et palestinienne, mais ce n'est pas parce qu'il l'enrôle abusivement dans son entreprise criminelle que cette souffrance est une invention de sa propagande. L'alliance américano-saoudienne Nul n'ignore, en outre, que l'Amérique porte une écrasante responsabilité dans la montée en puissance de l'islamisme radical. Ce dernier fut l'antidote à l'influence communiste patiemment distillé par la CIA au temps de la guerre froide. Puis il survécut à la fin de l'affrontement Est-Ouest, au gré d'une stratégie américaine à géométrie variable. Mais cette connivence entre l'Amérique puritaine
1 Pascal Bruckner, "Tous coupables? Non", Le Monde, 25 septembre 2001.

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