//img.uscri.be/pth/1d3e8424a37888b6401ab0f4065a199f0bd1c3ed
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Blancos y Negros - Excursion en pays carliste (septembre 1874)

De
264 pages

Dans les derniers jours du mois d’août, je prenais, à la gare d’Orléans, le train de huit heures du soir, pour aller passer quelques semaines à Saint-Jean-de-Luz, et y respirer l’air de la mer.

Saint-Jean-de-Luz est une vieille ville, un peu française, un peu basque, un peu espagnole. — Louis XIV y vint recevoir l’Infante Marie-Thérèse, en 1660, et on montre aux visiteurs deux belles maisons connues sous le nom, l’une de Louis XIV, l’autre de l’Infante.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèue nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiues et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiues de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure ualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Louis Petit de Meurville
Blancos y Negros
Excursion en pays carliste (septembre 1874)
Saint-Jean-de-Luz
Dans les derniers jours du mois d’août, je prenais, à la gare d’Orléans, le train de huit heures du soir, pour aller passer quelques sem aines à Saint-Jean-de-Luz, et y respirer l’air de la mer. Saint-Jean-de-Luz est une vieille ville, un peu fra nçaise, un peu basque, un peu espagnole. — Louis XIV y vint recevoir l’Infante Ma rie-Thérèse, en 1660, et on montre aux visiteurs deux belles maisons connues sous le n om, l’une de Louis XIV, l’autre de l’Infante. — Un vieux tableau placé sur la devantur e d’une boutique, et quelque peu effacé par la pluie, montre le grand Roi se rendant solennellement et majestueusement chez la future reine de France. Je ne connais rien de bizarre comme l’église de Sai nt-Jean, avec son immense rétable s’élevant jusqu’à la voûte, et tout garni d e saints et de saintes peints à l’huile, et dorés autant que possible ; trois étages de long s balcons en bois font le tour de la grande nef, c’est là que les hommes vont se placer pour entendre la messe, pendant que les femmes, accroupies sur des tapis noirs, fon t brûler de petits cierges appelés vulgairement rats - de - cave. — Depuis quelques an nées, on a mis des chaises à la disposition des étrangères, qui, sans s’inquiéter d u côté pittoresque, trouvent cela plus commode. Situé à quinze kilomètres au sud de Biarritz, Saint -Jean-de-Luz offre l’avantage d’une rade meilleure et d’une saison moins coûteuse . — On y entend parler anglais, russe, basque, français, et surtout espagnol ; car, depuis deux ans, c’est le rendez-vous des émigrés de la Péninsule, et plus spécialem ent des familles carlistes. La frontière d’Espagne est à dix kilomètres de là, et les bruits de la guerre arrivent journellement excitant les commentaires. Ce peuple basque, dont une faible partie seulement est soumise à nos lois, est un peuple vraiment singulier. Guerrier et même guerroy eur par nature, il est essentiellement rebelle à tout service actif dans l es armées. — Son indépendance passe avant tout pour lui ; avant tout, il est Basq ue. Chose bizarre, tous ces Basques-Français, et, en gé néral, toutes les populations du département des Basses-Pyrénées, sont carlistes de cœur et d’âme. Une grande sympathie de race et de traditions les unit à leurs voisins. Le gouvernement de Madrid, le Cabinet de Berlin, — et ce qui est plus étonnant, — bien des Français s’étonnent que les ag ents et les corps de troupes placés sur notre frontière ne puissent pas empêcher le passage de la contrebande de guerre, et crient par dessus les toits que notre go uvernement favorise la cause carliste. Il n’est pas d’injure dont l’Espagne « li bérale » nous fasse grâce à ce sujet. Dieu sait pourtant les ruses, les mille et un détou rs, les traits de génie que les carlistes ont dû employer pour faire parvenir quelques malheu reux fusils, par les montagnes. J’en connais dont la vie pendant longtemps a été un e existence de trapeur ; couchant à la belle étoile sur un rocher, allant, r evenant sur leurs pas, fuyant devant les douaniers, se cachant dans les buissons, épiant le moindre bruit, ils étaient obligés quelquefois de faire saisir dix fusils pour en faire passer cent. J’en connais qui auraient pu mener une vie large et tranquille à Paris ou ailleurs, et qui ont sacrifié ainsi, à leur cause, leur temps, l eur repos et leur argent Croit-on qu’il soit facile de garder cette frontière hérissée de montagnes, de rochers, de buissons, et de taillis, sillonnée de ravins et de sentiers perdus ? -- Ceux qui connaissent ce pays diront qu’il est impossible à u n cordon de cent mille hommes d’empêcher un bon guide de passer.
Il faut donc en finir avec ces criailleries niaises et anti-patriotiques. Vous croyez peut-être que les charmantes émigrées d e Biarritz et de Saint-Jean-de-Luz passent leur journée entre les quatre murs de l eur appartement, tristes, abattues, inquiètes, disant le rosaire, quand elles ne lisent pas les journaux ou les lettres qui leur apportent des nouvelles de la guerre. Vous vous trompez. — Les guerres sont de longue hal eine en Espagne, et, s’il fallait vivre ainsi, les plus jolies Madrilènes et les plus sémillantes Andalouses sécheraient sur pied avant le deuxième printemps de cette exist ence monotone. — On danse à Biarritz, on danse à Saint-Jean-de-Luz, on danse à Madrid, on danse à l’armée, on danse à deux pas du canon. Et vous croyez qu’elles ont tort ? Pourquoi donc ? Si, en notre siècle de révolutions, danser sur un volcauit jamais !était un crime, on ne danserait jamais, on ne rira On s’amuse donc à Saint-Jean-de Luz, et je faisais comme tout le monde, quand un beau jour je rencontrai une dame de Madrid et sa fi lle, que je connaissais depuis quelques années : — la mère pourrait passer pour la sœur aînée de sa fille, et celle-ci n’a pas plus de vingt ans. — Mademoiselle X est une des beautés les plus étranges que j’aie jamais rencontrées. Après les premières phrases d’usage, Mademoiselle X me dit : « Eh bien, que dites-vous de notre pays ? nous voil à depuis deux ans dans un joli gâchis ! — Il est impossible d’en finir avec ces ca rlistes qui ruinent l’Espagne sans profit pour personne.  — Vous êtes bien sévère, Mademoiselle, répondis-je , et, si j’avais l’honneur de servir dans l’armée de Charles VII, cet arrêt, vena nt de vous, me semblerait doublement cruel. — Vous allez vous engager chez les carlistes ? — Non, j’ai seulement l’intention d’aller les voir de près. — Eh bien, vous en verrez de belles ! — Pourquoi donc ?  — Parce que ce sont des sauvages qui fusillent les femmes et massacrent les prisonniers.  — Permettez-moi d’en douter ; j’entends dire et ré péter cela sur tous les tons, depuis deux ans, par les journaux républicains de t ous pays, et surtout par vos amis les Alphonsistes, et j’ai peine à croire que des ho mmes qui se battent pour une grande cause, sans aucun intérêt, soient capables de sembl ables méfaits ; il y a d’ailleurs de justes représailles que la guerre autorise pour ame ner l’ennemi à cesser ses cruautés inutiles.  — Vous changerez d’opinion quand vous aurez vu les Carlistes, me dit Mademoiselle X... ; vous allez voir un pays réduit à la misère, des troupes qui ne sont qu’un ramassis de gens déguenillés, sans discipline , et ne sachant du métier de la guerre que charger à la baïonnette et massacrer ceu x qui tombent entre leurs mains.  — Si je venais à acquérir la preuve de ce que vous avancez, Mademoiselle, j’abjurerais à mon retour la cause carliste entre v os mains ; mais, si je vois le contraire, et si je vous en rapporte l’affirmation, me croirez-vous ? — Certainement !  — Je partirai donc dans trois jours, afin de vous revoir avant votre départ pour Madrid, trop heureux d’être d’accord avec vous si j ’ai tort, ou d’opérer ce miracle si rare d’une conversion politique, si j’ai raison. » Le lendemain, j’allai à Bayonne pour demander un pa sseport carliste ; un ami me
rocura cette feuille, portant, en tête, les armes d ’Espagne, et, au bas, le timbre :Dios, Patria y Rey ; sur le côté, un paraphe savamment combiné à la p lume ; — de signature, point ; ainsi l’exigent la prudence et l a surveillance des autorités françaises. « Combien ? dis-je à mon ami ? — Rien. — Ah ! dis-je en riant, je croyais que vous détrou ssiez les voyageurs. — Et que nous allons rétablir l’Inquisition, dit m on ami en achevant ma phrase ; que voulez-vous ? — On dit bien aussi en France qu’Henr i V doit rétablir le droit du seigneur, la dîme, et faire battre les étangs, la n uit, par les paysans, pour faire taire les grenouilles et laisser dormir les marquises. — Il y aura toujours des agents pour dire ces choses-là, et des gens pour les croire. » Nous nous séparâmes en riant, et j’allai finir la j ournée au Casino de Biarritz. La veille de mon départ, je trouvai un compagnon de voyage, d’autant plus agréable pour moi qu’il savait quelque peu dessiner. Mon compagnon est un jeune homme qui a toute la tou rnure d’un Yankee ; il a beaucoup voyagé, et possède un flegme et une méfian ce des hommes et des choses dont il ne se départit jamais. — Il n’avait qu’une médiocre confiance dans l’hospitalité des carlistes et voulait emporter son révolver, qu’ il appelleson meilleur ami.l’en Je dissuadai et réussis à l’entraîner, bien qu’il n’eû t point de passeport. Le mercredi 16 septembre, au matin, nous prenions à la gare de Saint-Jean-de-Luz le train de 10 heures pour Hendaye, munis d’un peti t sac de voyage et de nos couvertures. Go on ;— nous voilà partis.
Hendaye
Cinq minutes d’arrêt : Vos passeports,s.v. p. » — Je me trompe ; —tout le monde descend de voitureangeait de train; — je me croyais encore au temps jadis où l’on ch à Irun, avec une longue heure d’arrêt pour visiter les bagages. — Que les temps sont changés ! — Le pont du chemin de fer est obstrué du côté d’Espagne par une sorte de casemate, habitée par quelques douaniers républicai ns. — Je traverse la gare et je me trouve sur la voie espagnole plus large que la v oie française de dix centimètres. — C’est une bonne précaution qu’ont pr ise nos voisins, à l’exemple de la Russie, et qui, si nous l’avions imitée, nous aurai t peut-être valu d’être envahis un peu moins rapidement en 1870. Le long de cette voie stationnent des trains entier s de la compagnie du nord d’Espagne, et un nombre considérable de locomotives blindées et rouillées. Toutes ces voitures délavées par la pluie ont des airs tri stes et mélancoliques à faire rêver ; on dirait le peuple de Dieu sorti d’Égypte et tourn ant ses yeux humides vers le pays des oignons. Nous déjeunons, et je vais rendre visite à un ami q ui s’est fait construire sur le rocher une maison arabe fort curieuse avec ses peti tes fenêtres ogivales et binées, et sonpatiodonnant sur la mer. De là, on a en face de soi la Bidassoa, Fontarabie et les montagnes qui aboutissent au cap Figuier. C’est un panorama merveilleux. Je trouvai mon ami malade et furieux contre les rép ublicains de Fontarabie qui s’amusaient à tirer des coups de canon contre les c arlistes, dont le poste avancé de ce côté est à l’ermitage de Guadalupe. Les républicains occupent quatre ports sur la côte du Guipuzcoa : Fontarabie, Passages, Saint-Sébastien et Guetaria ; mais ce der nier est isolé et abandonné à une petite garnison. La limite extrême de leur occupati on territoriale est Irun, et, comme poste avancé, le pont de Béhobie. — Une longue mont agne relie Fontarabie au Passages ; c’est là, ainsi qu’au cap Figuier, qu’es t le premier point d’appui des carlistes pour cerner Saint-Sébastien. — Leur ligne se rejoint à Oyarzun avec celle qui s’appuie sur la frontière en face de Biriatou, pour cerner Irun et Fontarabie. — D’Oyarzun, la ligne d’investissement passe par les sentiers de la montagne, respectant Hernani sur la droite, trouve son centre à Andoain, et continue de là par Lasarte jusqu’à Igueldo, petit village si tué au haut de la montagne sur laquelle se trouve le phare de Saint-Sébastien. Les républicains ont construit différents forts pou r soutenir leurs positions, et les ont garnis de pièces de 4 de campagne, et de quelques p ièces de 8, de 12 et de 1G. — Irun est défendu par deux redoutes : une d’el les est construite en arrière de la ville sur une hauteur ; de là, ils battent constamm ent un petit ermitage très-haut perché, appelé San-Martial, où se trouve le poste a vancé des carlistes ; mais ceux-ci ne s’en inquiètent guère, car l’ermitage n’a pas en core été touché une seule fois. — J’ai déjà parlé du canon de Fontarabie ; — restent trois forts détachés pour protéger Saint-Sébastien : une redoute à Renteria c hargée de molester les carlistes qui occupent Oyarzun, et de protéger le port de Pas sages ; une autre redoute à Oriamendi, domine les routes d’Oyarzun, d’Astigarra ga, d’Hernani et de Lasarte ; et Santa-Barbara, qui est un fort bien construit et so lidement établi au haut d’une montagne, protége Hernani et commande la vallée de l’Uruméa. En outre, huit redoutes protégent les abords de Saint-Sébastien, e t, entre la ville et la mer, s’élève sur le mont Urgull le vieux château, qui est aujour d’hui bien garni de pièces à longue portée.
On le voit, la prise de Saint-Sébastien n’est point facile, et les carlistes se contentent de garder leur ligne d’investissement, avec quelque s bataillons qui se relèvent de quinze en quinze jours. A Hendaye, nous trouvâmes une voiture qui nous cond uisit par Béhobie jusqu’à la Puntia. Mon camarade ne laissait pas d’être un peu inquiet sur la commodité du voyage : il regrettait de ne s’être pas muni d’un cheval, qui l ’aurait transporté à son gré à droite ou à gauche, sans être à la merci des conducteurs d u pays. « Bah ! lui dis-je, l’imprévu est le plus amusant en voyage. » — Mais c e n’est pas toujours le plus avantageux ni le plus confortable, riposta mon comp agnon, — qui avait raison, — je le reconnais trop tard. Notre voiture traversa Béhobie ; là nous vîmes l’an cien pont de bois qui relie la France à l’Espagne ; au milieu, un poteau indique l a division territoriale ; de ce côté-ci, un poste français ; de l’autre, un poste de républi cains qui, — chose curieuse à noter, — ont obtenu de relever ce poste tous les hu it jours en passant par le territoire français ; — il est vrai qu’ils passent sans armes, mais alors surtout que M. Serrano n’était pas reconnu par la France, cela ne constitu ait-il pas une faveur exorbitante ? — Ah ! si un soldat carliste s’était aventuré sur le territoire français, il aurait vite été expédié au Mans ou à Lille ! La route longe la Bidassoa ; à 500 mètres du pont s e trouve le premier poste carliste, — deux maisons, — cela s’appelle la Punti a. — Nous mettons pied à terre, nous payons, et notre voiture s’éloigne.