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Camets du Haut-Congo 1959-1963

De
439 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 393
EAN13 : 9782296315747
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Collection « Mémoires Africaines»

GEORGES MAZENOT

CARNETS DU HAUT-CONGO 1959-1963

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

L'auteur
Né le 16 septembre 1927 à Mâcon (71) Études secondaires au lycée Lamartine de Mâcon Prépare le concours d'entrée à l'École Nationale de la France d'Outre-Mer au lycée Henri N à Paris Scolarité à l'ENFOM (1948-1950) puis service militaire Services outre-mer: - Secrétaire général de la mairie de Brazzaville et chef du service municipal des affaires sociales (1952-1955) - Chef du district de Makoua (1956-1958) - Adjoint au chef de région de l' Alima-Léfini et chef du district de Djambala (1959-1960) - Chef de région (préfet) de la Likouala-Mossaka (1960-1963) Service en Métropole (dans l'administration préfectorale après un passage au Ministère de l'Intérieur) - Sous-préfet de Florac (1967-1970) - S.P. de Molsheim (1971-1974) - S.P. de Rennes (1974-1978) - S.P. de Montbéliard (1979-1983) - Préfet de la Mayenne (1983-1985) - Préfet de l'Ain (1986-1988) Préfet Honoraire depuis le mois de décembre 1988 Diplômes universitaires - Licence en Droit - Brevet de l'ENFOM - Doctorat d' Histoire M. Mazenot est membre de La Société française d'Histoire d'Outre-Mer L'Association des Écrivains de Langue française Publications: - Articles dans Cahiers d'études africaines (1966 et 1967)

Brazza et la prise de possession du Congo - La mission d£ l'ouest africain. 1883-1885, Paris La Haye, Mouton, 1969. - La Likouala-Mossaka : Histoire de la pénétration du Haut-Congo. 1878-1920, Paris, La Haye, Mouton 1970, 455 pages. - Participation à la composition des Mélanges offerts à Hubert Deschamps Perspectives nouvelles sur le passé de l'Afrique Noire et de Madagascar, Publications de la Sorbonne, Paris 1974. L'étude offerte à H.D. a pour titre Histoire et colonisation.

- Concours apporté aux commentairesde textes choisis par Catherine Coquery-Vidrovitch,

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4055-X

A Christiane, ma femme; à celle qui fut ma compagne de tous les instants G.M.

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limite de règion
Chef lieu de règion

CONGO
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plus de 25 000 hab

plus de 10 000 hab
mOinS de 10 000 hab,

*
KONGO

Centre d'intèrêt touristique
Groupe ethnique

Zone inondable-marais

Aèroports +"'!"'

A

Petrole

Carte administrative

du Congo (septembre

1982)

AVANT-PROPOS
L'heure de la retraite étant venue, un ancien administrateur de la France d'Outre-Mer reconverti dans l'administration métropolitaine a éprouvé le besoin de se replonger dans les agendas qu'il avait remplis, année après année, lors de ses derniers séjours au Congo, ceux d'après l' Indépendance.l Les pages de ces agendas, comme tous les documents de ce genre, rédigés à la hâte le plus souvent, sans recherche d'écriture, comportaient .de nombreux renvois dont le repérage se révélait souvent malaisé, quelques inexactitudes, des lacunes et autres imperfections, ce qui a décidé le rédacteur à leur donner une présentation plus convenable. Il l' a fait pour son plaisir, sans but avoué, au début tout au moins, jusqu'au moment où l'idée de les faire publier lui est venue à l'esprit. mais ces pages, une fois dactylographiées, représentaient un ensemble trop important qu'il était indispensable de contracter car, non seulement le texte initial avait été intégralement reproduit - à quelques exceptions près dont il sera question plus loin - mais encore sa présentation: les phrases et membres de phrases alignés les uns sous les autres, contribuaient à l'allonger inutilement. Dans cette perspective, plusieurs notations concernant la vie quotidienne ont été supprimées et la plupart des feuillets ont été repris, quelques uns ré-écrits, avec une double préoccupation: rechercher la concision, tout en leur conservant la spontanéité propre a~x agendas remplis au jour le jour, et leur caractère essentiel de témoignage vécu. Tels qu'ils se présentent maintenant, ces Carnets du Haut-Congo sont restés une sorte de journal de bord (A), tenu pendant la période 19591963 par un acteur-observateur de cette époque (B) chez lequel les préoccupations de l'historien n'étaient pas absentes (C).
* * *

Cette définition complémentaires.

en

trois

points

mérite

quelques

explications

1. L'Indépendance réelle date de 1960; pour plus de commodité, on admettra qu'elle a débuté en 1958, année où le Congo et les autres colonies africaines, à l'exception de la Guinée, optèrent pour l'autonomie dans le cadre d'une communauté créée pour la circonstance. 7

A. Il s'agit bien d'un journal de bord rédigé (presque) au jour le jour par un fonctionnaire français servant au Congo au titre de la coopération où il n'a occupé que des postes de commandement, et qui a consigné ce qu'il a vu, ce qu'il a fait, ce qu'il a pensé. Le vocabulaire est souvent celui des «coloniaux », c'est-à-dire que les mots utilisés sont à l'opposé de ceux qu'emploient les gens à manière; quand on a pris l'habitude de parler sans détour, on se convainc facilement qu'il n'y a pas lieu d'en changer. mais par endroits, les jugements portés sur telle ou telle personne arrivent à prendre un relief excessif; avec le recul du temps, ils paraissent quelquefois injustes et ce n'est pas la prescription trentenaire qui est denature à rendre moins lourdes certaines maladresses dont l'auteur a conscience aujourd'hui. La tenue au jour le jour ne veut pas dire forcément que toutes les pages des agendas ont été remplies: certaines sont restées blanches quand l'actualité ne méritait pas d'être notée et de donner lieu à commentaires. Une mention particulière doit être faite de l'année 1959: disons que pendant cette année là, le coopérant n'était pas dans des dispositions d'esprit le portant à confier son quotidien à un agenda. Desservi par une poignée d'opposants à la fin de mon précédent séjour, je m'étais vu affecter à mon retour au Congo sur un poste de caractère «disciplinaire» que je ne pouvais pas accepter compte tenu de ma famille et que, fort heureusement, j'ai pu éviter. mais le coup avait été porté et la blessure resta longtemps ouverte. Ajoutez à cela les difficultés inhérentes aux premiers moments de « l'Indépendance », et vous comprendrez pourquoi mon enthousiasme naturel pour l'exercice du métier était singulièrement tempéré. Je n'ai retenu - et encore pas toujours - que le strict essentiel~ ce qui fait que la rédaction des Carnets 1959 est sensiblement différente de celle des années postérieures.2 Cette réserve étant faite, il faut préciser maintenant le contenu de ce journal de bord, ce que spontanément j'ai écrit dans mes Carnets. L'agenda d'un administrateur, c'est d'abord le relevé de ses tournées en brousse et, disons d'une manière plus générale, de tous ses déplacements - y compris ceux qu'il devenait de plus en plus indispensable de faire dans la capitale. Puis, il a recueilli les renseignements utiles sur les visites présidentielles et ministérielles, ainsi que les éléments de l'actualité, qu'elle soit nationale-congolaise ou locale. Au fil des années, il est devenu aussi une sorte de confident auquel le coopérant confiait tout ce qui s'imposait à son esprit à un moment donné.
2. J'ai pu compléter les indications sommaires portées sur l'Agenda 1959 grâce à certains passages de lettres envoyées par ma femme à mes parents et aux siens, ainsi que par plusieurs documents d'époque que j'ai conservés machinalement comme par exemple les comptes rendus hebdomadaires envoyés au Gouvernement à partir du mois d'octobre. 8

Je tiens à dire ici, que je n'ai jamais cherché à «jouer un rôle» sur l'échiquier congolais, comme certains camarades ont été tentés de le faire: j'ai simplement essayé, à partir de 1961 - sans y parvenir d'ailleurs - de maintenir en l'état la grande préfecture du Nord dont j'avais le commandement, parce que l'expérience des anciens avait prouvé qu'elle représentait le seul découpage administratif qui convenait dans cette partie du Congo et que son morcellement m'était insupportable. Voilà l'essentiel de mes « Carnets du Congo» qui ne sont donc ni un compte rendu détaillé de l'action administrative que j'ai pu mener, et pas davantage les « mémoires» d'un administrateur de la F.O.M. Pour cela, on verra plus tard, peut-être. mais je sais que les mémoires reconstruisent le passé à leur façon, qu'ils remodèlent inévitablement les souvenirs et que la démarche intellectuelle qui conduit à les rédiger leur confère une cohérence que les événements n'avaient pas à l'époque. Non, mes Carnets ne sont rien d'autre que des éléments de l'histoire du Congo à l'état brut. Leur contenu a été restitué tel quel - sous réserve de ce qui a été dit plus haut sur les nécessités de limiter leur volume. On ne sera donc pas surpris d'y trouver les dates et heures de mes départs en tournée qui reviennent avec une régularité pouvant paraître lassante - mais c'est le métier: ici, administrer c'est se déplacer. Je me dois cependant de préciser qu'avant ce travail de contraction du texte, j'avais admis plusieurs exceptions à la restitution intégrale du contenu des agendas. Il y a eu des suppressions; par exemple, celles de phrases où les mots abrégés étaient si nombreux qu'elles en devenaient incompréhensibles au bout de trente ans. J'ai également supprimé tous les relevés et croquis d'itinéraires qui tenaient une place importante dans mes agendas3 - tous, à l'exception d'un seul, et l'on comprendra pourquoi tout à l'heure. Eh Oui ! En 1960, on en était encore à positionner de nombreuses pistes et villages sur des fonds de plan: en effet, la cartographie du Nord-Congo était plutôt sommaire à cette époque et, de plus, avec la tendance qu'ont
3. Les relevés d'itinéraires comportent les renseignements suivants: distances kilométriques, temps de parcours, rivières traversées, ponts et remblais, limites naturelles (forêt-savane), particularités diverses (raccordement avec des pistes piétonnières par exemple). J'ai réalisé, au 31/12/1962, quelque 35 relevés d'itinéraires dans la LikoualaMossaka. Les croquis d'itinéraires: ils ont été dessinés au cours de tournées dans des secteurs mal connus. Je précise que je ne suis pas un cartographe et que j'ai utilisé les repères que constituent les croquis provisoires de l'Institut Géographique National. J'ai positionné les villages, pistes, rivières... etc, en m'aidant le plus souvent des renseignements fournis par les autochtones. Ces croquis d'itinéraires (15 au total) m'ont été très utiles pour établir la carte de la Likouala-Mossaka au 1/500.000ème, le fond de plan étant toujours constitué par les croquis provisoires de l'I.G.N. 9

eu les populations à changer leur lieu de vie, il fallait bien noter les modifications intervenues. J'ai procédé aussi à quelques adjonctions que l'on trouvera dans la partie annexe des Carnets; c'est, par exemple, une présentation sommaire de la Likouala-Mossaka, le compte rendu du «pèlerinage» fait en 1956 dans la région historique de la Haute-Alima par un ancien chef de région à FORT-ROUS SET, ou encore une note sur la CFHBC, seule société concessionnaire ayant survécu à l'échéance de 1929 et qui se trouvait, encore en place au moment où le Congo accéda à l'Indépendance. Tel est le contenu des «Carnets du Congo ». Reste maintenant à, définir la période couverte par ce journal de bord qui a la particularité de correspondre aux premières années d'existence de la République du Congo.
.

B. Pour moi, la période 1959-1963 représente la deuxième moitié d'une carrière commencée en 1952, dans ce qu'on appelait alors le « Moyen-Congo », ce qui veut dire que j'ai servi dans ce pays avant et après l'Indépendance. Mon poste de début a été celui de Secrétaire Général de la mairie de BRAZZAVILLE, fonction que j'ai exercée cumulativement avec celle de Chef du Service Social Municipal. A ce titre, je m' occupais notamment des cercles culturels de la capitale, ce qui m'a permis de faire connaissance, dès cette époque, et entre autres, de l'Abbé Fulbert YOULOU, futur Président de la République du Congo, de Jacques OPANGAULT, leader local du M.S.A. (Mouvement Socialiste Africain), rival politique du précédent et homme fort du Nord du pays, de Dominique NZALAKANDA, futur Ministre de l'Intérieur, etc. Le deuxième poste que j'ai occupé après un congé en France et un bref intermède à BRAZZAVILLE comme Adjoint au maire a été celui de Chef du District de MAKOUA (1956-1958); c'est là que j'ai exercé le métier d'administrateur territorial comme on le pratiquait autrefois. J'y ai fait la connaissance d'un autre futur ministre, le Conseiller OKOMBA Faustin, et c'est aussi à MAKOUA que j'ai éprouvé les premières difficultés provoquées par l'évolution des esprits dans certains milieux de la société locale. Je suis revenu au Congo en février 1959 au terme d'un congé de neuf mois en Métropole pour être nommé Ajoint au Chef de Région de l'Alima-Léfini et Chef du District de DJAMBALA. Puis ce fut l'affectation à FORT-ROUSSET comme Préfet de la Likouala-Mossaka où je suis resté trois ans en deux séjours. Je suis donc un «Congolais» puisque ma carrière Outre-Mer s'est déroulée exclusivement au Congo, et par l'énumération des postes qui m'ont été confiés, on peut constater que je suis un «nordiste» : sur onze ans de séjour, j'en ai passé huit dans le Nord du territoire. La carte ciaprès montre les deux circonscriptions administratives auxquelles je viens de faire allusion, l'Alima-Léfini et la Likouala-Mossaka qui ont une
10

limite commune, la rivière Alima, et sont dénommées maintenant « Plateaux» et « Cuvette ». Il faut expliquer également la date de 1963 : le 15 août de cette annéelà, alors que je passais quelques semaines de congé près de NICE, le Président YOULOU fut contraint de démissionner, et les nouveaux dirigeants de la République du Congo me firent savoir, par Ministère de la Coopération interposé, qu'ils n'avaient plus besoin de mes services. Sans cela, je serais revenu au Congo, toujours comme Préfet de la Likouala-Mossaka (devenue entre-temps Préfecture de l'Equateur), mais pour une période d'un an seulement: c'était la condition mise par les services de la Rue Monsieur à mon retour sur des fonctions de commandement. Tous les postes de Préfet avaient été africanisés au 1erjuillet 1963, sauf celui de FORT-ROUS SET. On voudra bien admettre que ma position d'acteur-observateur au cours de ces années particulières ne manquait pas d'originalité. C'est pourquoi mes Carnets contiennent de nombreuses références à la politique intérieure congolaise - vue par un broussard qui, encore une fois, n'était préoccupé que par ses fonctions de « commandant». En cette qualité, j'ai été par ailleurs directement confronté aux problèmes administratifs entraînés par l'accession du pays à l'Indépendance, comme le remodelage continuel des circonscriptions - il faut traduire le doublement de leur nombre par division des cadres territoriaux hérités de la période coloniale4 - et l'africanisation des souspréfectures, puis des préfectures. J'ai eu à faire face également aux difficultés - le mot est faible entraînées par l'insuffisance des moyens tant en personnel qu'en matériel. Mais plus directement encore, j'ai été confronté aux problèmes politiques - à considérer sous l'angle des rapports « Nord/Sud» - qui ont agité le Congo: la rivalité YOULOU/OP ANGAUL T et la «balalisation» de la Likouala-Mossaka, c'est-à-dire l'affectation systématique de fonctionnaires « sudistes» dans la grande région du Nord. Tous ces problèmes ont eu, bien évidemment, des répercussions sur la vie et l'action d'un fonctionnaire français occupant des postes de commandement dans un pays indépendant. A la « fermeté» administrative de mes séjours d'avant 1958 (fortement tempérée, il est vrai, par mes convictions sur le rôle de la France Outre-Mer après la
4. ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU CONGO: En 1958 En 1963 - Régions (préfectures) 7 15 - Districts (sous-préfectures) 31 43 (+ 13 P.C.A.) - Communes 2 5 En 1978, si le nombre de districts et de P.C.A. avait encore augmenté, passant de 43 à 45 pour les premiers et de 13 à 22 pour les seconds, celui des régions, par contre, a été réduit de 15 à 9. Il

deuxième guerre mondiale), a succédé une approche beaucoup plus diplomatique des situations qui n'est pas sans rappeler les comportements que devaient avoir les premiers explorateurs ou missionnaires pour pénétrer dans des régions s'ouvrant à l'influence occidentale. mais il fallait quand même faire tourner la machine administrative, d'où la nécessité d'un minimum de rigueur... Cela devait faire beaucoup de préoccupations direz-vous; oui, sans doute. Il y en a pourtant d'autres, d'un genre totalement différent qui m'habitaient déjà à cette époque, celles de l'historien. c. L'histoire m'a toujours intéressé, et ma curiosité dans ce domaine m'a conduit à exhumer dans les archives confidentielles de MAKOUA et de FORT-ROUSSET un certain nombre de documents anciens, peu nombreux il est vrai,5 que j'ai cru utile de sauver de l'oubli, voire de la destruction. J'en parlerai plus loin comme des tournées que deux d'entre eux m'ont donné envie de faire pour marcher sur les traces de l'Histoire. Sans doute n'ai-je pas appris grand chose pendant ces deux «raids inutiles» - au cours desquels par contre j'ai beaucoup transpiré - mais je me suis mis «en situation », et j'ai tendance à considérer qu'une démarche de ce genre est de nature à «légitimer» dans son œuvre d'historien celui qui l'a entreprise. Il m'est arrivé souvent de penser à ces auteurs qui, en dépit de voyages à DAKAR, à ABIDJAN ou à BRAZZA VILLE, prétendent connaître suffisamment l'Afrique et pouvoir en parler plus haut que ceux qui y ont vécu. En plus des « sauvetages» auxquels je viens de faire allusion, je me suis appliqué tout au long de mes séjours à constituer un fond d'archives personnelles. Ce sont les doubles des notes et rapports administratifs que j'ai rédigés; c'est le journal du Révérend-Père JEANJEAN (Les origines de BOUNDiI 1900-1912) prêté par l'Evêque de FORT-ROUS SET et entièrement recopié par mon épouse; ce sont les enregistrements réalisés grâce à un magnétophone à piles d'un certain nombre de chants et danses de la région (plus de 80 au total), avec une préférence marquée pour ce qui était ancien. De même, j'ai pu faire parler devant le micro le Kani de KOUYOUGANDZA sur l'arrivée des Européens dans le bassin du Kouyou. J'ai recueilli également un certain nombre de «traditions orales» concernant l'histoire de tel ou tel groupe ethnique ou le passage de BRAZZA dans le secteur de KELLE et l'épisode de son conflit avec les Apfourou de la Haute-Alima. Disons tout de suite que la moisson d'informations que j'ai pu obtenir est plutôt maigre; peut-être n'avais-je pas suffisamment de temps à y consacrer, ni surtout la technique adéquate.

5. A FORT-ROUSSEf en particulier, j'ai trouvé très peu de choses métallique où étaient conservées les archives confidentielles. 12

dans l'armoire

Indépendamment des traditions orales recueillies à l'occasion d'entretiens que j'organisais spécialement dans ce but, et en marge de ceux-ci, j'ai pu noter quelques informations de nature diverse dont je fais état dans mes Carnets; c'est un renseignement sur telle coutume ici, une indication d'ordre ethnique là, une observation concernant une particularité locale ailleurs bref, tout ce qu'un esprit un tant soit peu curieux est capable de saisir au moment opportun. Il s'agit globalement de ce fond de souvenirs et d'expériences propres à la génération de ceux, qui s'expriment, ou reçus de leurs parents ou grands-parents dont a parlé Jean GLENISSON, l'ancien Directeur Général des Archives de BRAZZAVILLE 6, qui a fort justement souligné la nécessité pour y accéder de conversations d'une longue intimité.7
* * *

Cette forme d'intimité, j'ai eu le réel désir de la développer tout au long de mes années de service africain. Elle m'a permis de mieux comprendre le pays ainsi que ses habitants, et ces Carnets du Haut-Congo devraient en porter témoignage pour la période 1959-1963, en dépit de conflits intérieurs plus ou moins profonds et d'interrogations pressantes qui m'assaillaient parfois, de quelques réactions épidermiques aussi - de plus en plus fortes au fur et à mesure que mon séjour se prolongeait. Il m'est arrivé d'écrire dans un rapport administratif que pour gouverner les hommes, il fallait se sentir en communication d'une manière quasiment affective avec eux. Au Congo, où l'on est immergé dans des réalités échappant totalement ou presque aux normes occidentales, c'est une nécessité si l'on veut réussir. La raison n'intervient pas dans cet élan du cœur de celui qui commande vers ses administrés, mais cette disposition lui permet d'intégrer, même de façon marginale et même si sa tâche doit en être compliquée, l'aspect subjectif des choses, leur côté parfois irrationnel, dans le processus de décision. A tout prendre d'ailleurs, et sur le plan de la stricte efficacité professionnelle, on gagne beaucoup à ne pas appréhender les situations
6. «Le problème des sources de l'histoire de l'Afrique noire jusqu'à la colonisation
des Textes

européenne»

- Institut

de Recherche

d'Histoire

-

1964 -

73 fts

dactyl.

Page 21. 7. Je suis donc rentré en France avec un certain nombre de matériaux pour l'Histoire; mais j'ai voulu en savoir plus, et je me suis mis à fréquenter la section Outre-Mer des Archives Nationales qui, à l'époque, était encore rue Oudinot à PARIS. Mon affectation au Ministère de l'Intérieur, suivie de mon installation dans un obscur réduit, m'en donnaient le loisir, et surtout la volonté: j'avais à compenser la forte déception qu'avait provoqué en moi le début de ma seconde carrière. Tout cela a débouché sur une thèse de Doctorat de Illème Cycle: «La Likouala-Mossaka. Histoire de la pénétration du Haut-Congo (1878-1920)>> que l'École Pratique des Hautes Études où je m'étais inscrit a décidé de publier avec le concours du CNRS (Mouton-Paris-La Haye - 1970, 455 pages).

13

par le seul raisonnement. C'est une attitude intellectuellement salutaire: elle élargit l'esprit et favorise la compréhension des problèmes, à condition d'admettre que la vérité peut avoir plusieurs visages qu'il faut essayer de concilier. Certains diront qu'elle est synonyme de faiblesse; moi, je prétends au contraire que cette attitude traduit l'assurance de celui qui, sans illusion sur la pérennité des résultats de son action, s'engage en conscience et dans la plénitude de ses moyens pour le mieux être des hommes et des femmes dont il a la charge. Et je pense qu'il m'en est resté quelque chose... C'est sans doute ce qui fait que je compte mes années d'Afrique parmi les plus riches de ma longue carrière.
Tournus, le 25 novembre 1994

14

AVERTISSEMENT
Repères chronologiques En tête de chacune des cinq années que comportent ces Carnets, on

trouvera des « repères chronologiques» où sont indiqués succinctement:

. .

les événements les plus marquants survenus dans la circonscription (Alima-Léfini puis Likouala-Mossaka). ce qui a marqué l'Histoire du Congo au cours de l'année considérée.

Renvois en bas de page

. .
.

Certains datent de l'époque où les Carnets ont été rédigés, d'autres ont été ajoutés au moment de la transcription de ces carnets. La différenciation des uns et des autres ne présentant pas un intérêt particulier, on a adopté' la formule d'une numérotation continue à l'intérieur d'une même année.

15

FIN ANNÉE 1958 - ANNÉE

1959

REPÈRESCHRONOLOGIQUES
28 SEPT. 29 OCT. 1958 1958 1958 Le Congo répond «oui» au référendum sur l'autonomie dans.:le cadre de la communauté française. Ordonnance n° 58-1036 relative à la situation de certains personnels relevant du Ministère de la France d'Outre-Mer. L'assemblée territoriale du Moyen-Congo, réunie à POINIENOIRE, proclame la République, s'érige en assemblée législative et élit l'Abbé Fulbert YOULOU comme Chef dI Gou vernement. Émeutes « tribalo-politiques» à BRAZZAVILLE. Nombreuses victimes chez les «nordistes ». OPANGAULT, le leader dI MSA, est incarcéré. J'arrive seul à BRAZZAVILLE à l'issue de mon congé. Affecté à DJAMBALA comme adjoint au Chef de Région de l'AlimaLéfini et chef du district de DJAMBALA (arrêté du 13 avril 1959). Première visite ministérielle dans la région. GANDZION, Ministre de l'Éducation Nationale, vient «préparer» les élections législatives prochaines. Tournée Premier Ministre (YOULOU) à DJAMBALA et LEKANA. Élections législatives. L'Assemblée Nationale réélit Fulbert YOULOU comme Premier Ministre. A BRAZZAVILLE, la foule s'en prend aux matsouanistes qui sont regroupés à MPILA avant d'être déportés dans le Nord dI Pays. Déplacement à BRAZZAVILLE pour raisons de santé (examen médical le 16 septembre à l'Hôpital Général). Évacuation par les gendarmes auxiliaires des locaux scolaires de DJAMBALA occupés par les matsouanistes. Inauguration du monument BALLA Y à OKOYO. Départ en congé de BLAN, Préfet de l'Alima-Léfini. Crime rituel dans la terre TEGUE (Sous-Préfecture de LEKANA). Première réunion des Préfets à BRAZZAVILLE en présence dI Haut-Commissaire représentant le Président de la Communauté. L'Abbé Fulbert YOULOU est élu Président de la République. Célébration de la Fête Nationale Congolaise. Décret n° 59-1379 portant règlement d'administration publique pour l'application de l'ordonnance n° 58-1036 dI 29 octobre 1958 Arrivée de l'administrateur en chef VALEI1E, nommé Préfet de l'Alima-Léfini. 17

28 NOY.

FEY.

1959

4 A VR.

1959

30 A YR.

1959

30/31

MAI

1959

14 JUIN 27 JUIN 24 JUIL.

1959 1959 1959

14/20 1er

SEPT. OCT.

1959

1959

14 OCT. 1959 25 OCT. 1959 8 NOY. 1959 19/20 NOY. 1959 21 NOV. 1959 28 NOY. 1959 8 DEC. 1959

19 DEC.

1959

VENDREDI 3 AVRIL
Je suis parti de PARIS-Le Bourget dans unDC 6 de l'UAT à destination œ BRAZZAVILLE via DOUALA (où nous nous posons à 6 h 00 du matin, alors que la radio du bord annonce 26° au sol). Je suis parti seul. Dans l'incertitude concernant mon affectation, j'ai estimé plus sage de laisser Christiane et les enfants en France, en attendant d'y voir plus clair. Car, bien que ce soit le troisième séjourl que je vais entamer, j'ai l'impression œ partir en Afrique pour la première fois, et même de me demander ce que je vais y faire. En effet, il s'est passé beaucoup de choses depuis mon départ du Congo le 8 juillet 1958 pour un congé de 9 mois. Le 28 septembre, il y a eu le référendum sur l'autonomie, et le 28 novembre 1958, l'assemblée territoriale du Moyen-Congo, réunie à POINTE-NOIRE, a voté la proclamation de la République et a élu l'Abbé Fulbert YOULOU comme Chef du Gouvernement. Ce dernier a immédiatement transféré la capitale du nouvel État à BRAZZAVILLE, l'essentiel des services étant resté à POINTE-NOIRE. C'est pourquoi je suis en transit à BRAZZAVILLE, et je dois me rendre à POINTE-NOIRE pour être fixé sur mon sort - que je ne vois pas brillant. En effet, les « populations» de MAKOUA, où j'étais précédemment Chef œ District, ont fait savoir au Gouverneur du Moyen-Congo, vers le milieu du mois œ juillet 1958, que j 'étais indésirable dans ce poste où je n' avais rien fait de bon sinon de m'intéresser aux danses des villageois. Je devais en effet y revenir à la demande dI Chef de Région de la Likouala-Mossaka avec lequel j'étais en relations épistolaires dès le mois d'octobre 1958. Apparemment, l'Administrateur en chef VALETTE était d'un avis diamétralement opposé à celui des rédacteurs de la lettre anonyme envoyée au Gouverneur, et souhaitait vivement me « récupérer ». mais comme ces derniers (une dizaine de personnes au maximum qui avaient empoisonné mes derniers mois à MAKOUA) étaient des partisans convaincus de l'Abbé YOULOU, j'avais tout à craindre de leurs interventions auprès du nouveau Chef du Gouvernement.

SAMEDI 4 AVRIL
10 h 30 : arrivée à l'aéroport de MAYA-MAYA. En attendant une correspondance pour POINTE-NOIRE, je vais m'installer aux
«Relais Aériens» d'où je donne un coup de téléphone à PINHEDE

-

ancien Chef

de District de FORT -ROUS SET - que je sais être dans la capitale. Il me met en rapport avec de GARDER, qui fut adjoint au maire œ BRAZZAVILLE du temps où j'étais en service à la mairie; ce dernier est présentement Directeur du Cabinet de YOULOU. TIme convoque immédiatement et,
1. Précédents séjours: -BRAZZAVllLE du 26/03/1952 au 08/09/1954 (Secrétaire Général de la mairie de BRAZZAVILLE et Chef du Service Social Municipal, puis Secrétaire de la Mission d'Inspection Mobile en AEF) -MAKOUA: du 22/12/1955 au 08/07/1958 (après avoir occupé les fonctions d'Adjoint au maire de BRAZZAVILLE du 24/05/1955 au 22/12/1955). 18

dans son bureau, je m'entends confmner ce que PINHEDE m'avait laissé entendre, à savoir mon affectation à... DOUNGOU, un district à la rigueur convenable pour un célibataire, mais inacceptable pour un administrateur marié avec deux enfants en bas âge. Je considère qu'il s'agit là d'un véritable poste «disciplinaire» dans le grand Nord du Congo, une zone essentiellement lacustre où il y a beaucoup plus œ moustiques que d'administrés. J'exprime mon désaccord à de GARDER qui, manifestement, veut essayer d'arranger les choses; il m'invite à déjeuner et met ,sa case à ma disposition jusqu'à Lundi en me recommandant de ne pas bouger (?).
.

DIMANCHE 5 AVRIL
C'est là que je reçois la visite de VALETTE, déjà nommé, et de COUREGE, Chef du District de BRAZZAVILLE, qui viennent m'exprimer leur compassion. C'est gentil, merci.

LUNDI 6 AVRIL
Comme je dois libérer aujourd'hui la case de GARDER, je vais m'installer à L'Auberge de la Résidence (ex. Congo-Océan), une espèce de pension-restaurant pas très catholique d'aspect. mais LANNE, un camarade de Colo, en service à BRAZZAVILLE, vient m'y tenir compagnie, et nous déjeunons et dînons ensemble.

MARDI7 AVRIL
De GARDER me convoque à nouveau à son bureau et m'annonce que tout est arrangé; je suis nommé Adjoint au Chef de Région de l'Alima-Léfini et Chef œ District de DJAMBALA où je dois me trouver le Il avril. C'est une bonne nouvelle, mais je suis encore sous le coup de mon affectation à DOUNGOU que je n'ai toujours pas digérée. Mon enthousiasme de jeune administrateur en a pris un coup, et j'envisage ma prise de fonction avec un détachement qui me surprend moi-même car cela ne me ressemble pas. Et puis, DJAMBALA n'a pas bonne réputation; bien qu'on ait tendance à considérer ce poste comme une véritable station climatique d'altitude, les moeurs œ la société européenne qui y séjourne ne sont pas citées en exemple à BRAZZA VILLE. C'est d'ailleurs devenu un cul-de-sac depuis la mise en service en 1952 (?) de la route du Nord par INONI-NGO-GAMBOMA-EDOUIFORT-ROUSSET-MAKOUAOUESSO. Avant cette date, le chef-lieu de l' Alima-Léfini était situé sur la route œ
BRAZZAVILLE

-

le

Gabon

par

PANGALA-DJAMBALA-OKOYO-EWO-

ETOUMBI-MEKAMBO. maintenant, l'axe Nord/Sud passe à NGO, distant œ 125 kilomètres de DJAMBALA. Je m'attends à y trouver des restes de grandeur un peu faisandés. Déjeuner avec BENTEJEAC, un autre camarade de Colo, également en service à BRAZZAVILLE. Le lendemain, c'est avec MARTRE (Promo 1947) que je prendrai mon repas de midi.

19

MERCREDI 8 AVRIL
J'ai rendez-vous à 10 h 30 avec le Premier Ministre... qui me reçoit pendant cinq minutes à 13 h 25, le temps de me dire qu'il est très heureux de me savoir au Congo, et qu'il me confiait (sic) « sa» meilleure région.2 Et puis, pendant trois jours, j'attendrai mon avion pour DJAMBALA - en retrouvant un certain nombre de connaissances. On m'a parlé, mais sans insister, des incidents survenus ici deux mois plus tôt, qui ont opposé les représentants des ethnies du Nord (Mbochi et Kouyou) aux Bacongo et aux Balali de la région de BRAZZAVILLE, et qui auraient fait des dizaines de victimes à POTO-POTO, la ville des « Nordistes ». Mais je n'ai même pas l'idée de m'y rendre pour voir les traces laissées par ces «émeutes tribalo-politiques» qui sont, sur le terrain, les manifestations œ l'opposition entre Jacques OPANGAULT, le leader du Nord, Chef du MSA, et l'Abbé Fulbert YOULOU, Chef de file de l'UDDIA, surtout implantée dans le Sud. SAMEDI]] AVRIL

Arrivée à DJAMBALA vers 14 h 00 par l'avion régulier d'Air-France, retardé à MAYA-MAYA par une panne qui a nécessité son retour au parking, alors qu'il faisait son point fixe en bout de piste. Je suis accueilli par le Chef de Région, Georges BLAN, et son Adjoint MENARD, heureux de me voir arriver car il va pouvoir partir en congé. Pendant la quinzaine qui suit, j'apprends à connaître mon nouveau cadre œ travail. Le poste tout d'abord Situé au bord du ravin qui marque la fin du plateau de DJAMBALA et le début œ
la vallée de la Léfini. La vue est grandiose mais triste

-

plus, désespérante.

Ne

produit pas une impression extraordinaire; je trouve en particulier que les bureaux de la Région et du District (un seul bâtiment) sont plutôt modestes. A proximité immédiate, les villages africains d'OYONFOULA et d'OUENZE (600 personnes ?) et le terrain d'aviation. Attention aux particularités de la saison sèche: - une fraîcheur très marquée qui justifie les cheminées dans un certain nombre œ cases (DJAMBALA est à 800 mètres d'altitude)

- le

manque d'eau, d'où les citernes obligatoires

et, quand elles sont vides, la

nécessité d'aller chercher l'eau à 400 m plus bas sur l'ancienne route œ BRAZZAVILLE, dans une petite rivière qui, en principe, a de l'eau toute l'année (6 km du poste). Les villageois, eux, vont s'approvisionner dans des mares plus ou moins permanentes du plateau, en bordure de la route qui mène à OKOYO.

2. J'ai eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises l'Abbé YOULOU en 1953/54 lorsque je m'occupais du service social municipal, et notamment du fonctionnement des cercles culturels à BACONGO et POTO-POTO. Nos rapports ont été convenables. Apparemment, ils le sont restés. 20

La population européenne n'est pas si nombreuse que cela: une douzaine œ personnes, dont deux enfants - 10 fonctionnaires, avec ou sans épouses, et un couple de commerçants. Combien à la mission? Le District de DJAMBALA Deux caractéristiques: l'étendue et le « PCA » de LEKANA.
Pour aller de DJAMBALA à MPOUY A, au bord du Congo

-

limite

Est du

district, il y a 185 km ; la limite Nord est à 90 km (MINGO) et au Sud, le bac de la Léfini est situé à 192 km. Dans cette immensité géographique, on ne compte que 27 000 habitants, dont la moitié habite le,plateau Koukouya où un PCA a été installé à LEKANA, transformé depuis peu en district (sans titulaire).3 Ce petit plateau, un losange de 25 km de long dans sa plus grande dimension
(450 km2), est un véritable miracle économique et humain

-

ou, en tout cas, il est

présenté comme tel. Je me suis empressé de prendre connaissance de l'étude socio-économique du plateau Koukouya réalisée en 1956/57 par la Direction Générale des Services Économiques et du Plan (Service de la Statistique Générale) du Haut-Commissariat de l'AEF. Ce qui est à l'origine de cette étude, c'est la constatation que l'économie du plateau est axée principalement sur la culture du tabac (il y a un centre de la SEITA à LAGUE), avec les conséquences que cela peut avoir sur le revenu des planteurs. Il y a aussi le goût (immodéré) des services du Gouverneur Général pour les «expériences pilotes ». On a calculé qu'en 1955, les 2 710 ménages qui composent la population du plateau ont disposé d'un revenu agricole de plus de 13 millions de francs CFA - à quoi il faut ajouter, pour le calcul du revenu total, 6,8 MF de salaires, traitements et allocations diverses. C'est tout à fait inhabituel au Congo, et sans doute aussi en AEF. Les quelques chiffres que j'ai notés, on les trouve aussi dans les archives du District de DJAMBALA, et le particularisme des Koukouya n'a pas attendu la mission de l'INSEE pour être connu. Car, attention; il ne faut pas confondre les Batéké de DJAMBALA (les Nzikou) avec ceux du plateau Koukouya, les premiers ayant dû, autrefois, plus ou moins refouler les seconds là où ils sont maintenant. La région de l'ALIMA-LEFINI Limitée au Nord par l'Alima et au Sud par la Léfini, toutes deux affluents du Congo. 234 km du Nord au Sud, et à peu près autant d'Est en Ouest. La région comprend 4 districts (DJAMBALA, LEKANA, GAMBOMA et ABALA) pour une population totale de 80.909 habitants.

3. C'est le Chef de Région qui s'en occupe. BLAN m'a dit tout de suite que ce serait pour moi.

21

Une trentaine d'Européens, dont le Chef de District de GAMBOMA et son épouse (Mme HAINQUE). Le titulaire d'ABALA est un métis, VAN DEN REYSEN. Deux médecins (DJAMBALA et GAMBOMA) ; deux gendarmes (idem). Le peuplement est grosso-modo Mbochi dans le district d'ABALA et le Nord œ GAMBOMA, Bangangoulou dans le reste de ce district, et Batéké dans les deux autres, avec la différence fondamentale (déjà signalée) entre Nzikou et Koukouya. Des Boubangui habitent la rive droite du Congo dans les deux districts riverains (DJAMBALA et GAMBOMA).

DIMANCHE 26 AVRIL
Lettre à Christiane où je note que dans les bureaux à DJAMBALA, c'est la grande pagaïe (aussi bien à la Région qu'au District) : - pas de cahier d'engagement des dépenses: on paye au petit bonheur la chance les factures qui arrivent, et quand on peut; - pas de fiche de travailleurs qui ne touchent ni primes d'ancienneté ni congés payés. .. - les routes sont pires que tout ce qu'on peut imaginer: des routes de plateau sans écoulement d'eau, d'une monotonie désespérante; - une SAP (Société Africaine de Prévoyance) agonisante - le compte de gestion 1958 n'est pas encore établi. Ceci ajouté à la tentative d'affectation à DOUNGOU dont j'ai été « victime» et aux premiers contacts avec les autorités ministérielles (YOULOU et GANDZION) à
l'occasion de la campagne électorale

-

arrosage sans retenue

-

explique

l'état

d'esprit dans lequel je me trouve en 1959.

JEUDI 30 AVRIL
Le Ministre de l'Éducation Nationale est en tournée dans la région; il s'appelle GANDZION - Prosper pour les dames - et Dieu sait s'il leur court après, blanches ou noires. Il est arrivé en fin d'après-midi par la route venant de BRAZZAVILLE. BLAN a été convoqué au bac de la Léfini ; comme il s'est contenté d'accueillir GANDZION à ETSOUALI au bord du plateau de NSAH, et non au fond de la vallée, il paraît que la rencontre a été plutôt fraîche. Le T.O. chiffré annonçant cette tournée demandait de prévoir des boissons à mettre à la disposition du ministre qui en a rajouté d'ailleurs (au total, pas loin œ 500.000 F ont été dépensés) - nous sommes en période pré-électorale.

SAMEDI2 MAI
Il Ya eu une cérémonie au mât de pavillon ce matin avec grand rassemblement œ population. GANDZION a pris la parole - en langue du pays (c'est un Batéké abondamment tatoué). Un gendarme congolais, Batéké lui aussi, nous a traduit après coup certains des propos du Ministre: Vous voyez ces deux Blancs derrière moi, eh bien ce sont des salauds, comme tous les Blancs d'ailleurs. On ne va pas tarder à les

22

foutre à la porte car on n'a pas besoin d'eux. En attendant, c'est moi qui les
commande. .. etc.
4

VENDREDI 8 MAI
Déplacement à LEKANA (8 h 00 15 h 30) oùje vais faire un peu de papier. Cela représente 110 km aller/retour. Comme dit précédemment, je fais fonction de Chef de District.

SAMEDI 9 MAI
Arrivée de Christiane et des enfants. Je vais les accueillir au terrain d'aviation. BLAN s'est égaIement rendu au terrain.

MERCREDI 13 MAI
Départ (en famille) vers 16 h 00 pour LEKANA où j'ai prévu de rester deux. jours. Je veux visiter tous les chefs-lieux de terre et prendre contact avec les deux. chefs de canton. Cela se passe bien avec celui de LEKAN A : NGOULOUBI, et d'une façon désagréable, avec celui de KEBARA : MBANI. Prévenu par le chauffeur qui a arrêté la voiture devant sa case aux dimensions impressionnantes, il apparaît en haut des escaliers, une espèce de bonnet phrygien sur la tête, se contentant de répondre de loin à mon salut. A son air peu accueillant, je comprends que je n'ai pas à lui parler, et je
m'en vais

-

vexé, je l'avoue.

MERCREDI 20 MAI
C'est ma première tournée «régionale» (il faut dire que BLAN préfère le whisky à la route). Départ à 6 h 30 pour ABALA (par OSSELE). Arrivée: Il h 50. Bureau et hébergement à la résidence.

JEUDI 21 MAI
Départ à 14 h 00 d'ABALA pour GAMBOMA (par YABA). Arrivée: 17 h 30.
Journée du 22 à GAMBOMA ; HAINQUE est contrarié - cela se devine, même si cela ne se voit pas - par la présence à ses côtés, dans son bureau, d'un jeune

administrateur qui, de par ses fonctions (adjoint au Chef de Région) est amené à le questionner sur un certain nombre d'affaires. Quant à sa femme, elle fait semblant d'être aux petits soins avec moi. Comme je me plains des reins, elle jûue à l'infirmière, tapotant le coussin du fauteuil au moment où je m'assieds. ..
4. Le gendarme (ISTRE), présent à la cérémonie, a rendu compte de cela à ses supérieurs qui ont alerté le Haut-Représentant de la Fran:e au Congo, lequel a expliqué à L'Abbé
YOULOU

- avec

beaucoup

de vigueur paraît-il - que cela ne se faisait r~~ L? r'..lŒeUr dit que

GANDZION a été rappelé à l'ordre par le Chef de l'État et qu'il a eu grand peur, pendant un moment, de perdre son poste. A noter que c'est un gendarme de base qui a réagi et pas le chef de Région. mais, au fait, auprès de qui aurait-il pu réagir? 23

SAMEDI 23 MAI Départ à 6 h 30 pour DJAMBALA. Passage du bac de la Nkéni = 15 mn. Arrêt à NSAH: 15 mn. Vu le chef œ
canton, MPARI, et l'infirmier de l'hygiène mobile. Anivée à DJAMBALA à 10 h 50. JEUDI 28 MAI Déplacement à LEKANA (départ 16 h 30 - arrivée 17 h 30) pour préparer le passage du Premier Ministre (YOULOU). Les élections législatives sont prévues pour le 14 juin.

VENDREDI 29 MAI
Départ de LEKANA à 8 h 30 ; mais, cette fois, au lieu de mettre une heure pour rejoindre DJAMBALA, il nous en faut 4 ! Nous avons dû abandonner la Land-Rover 8 km avant DJAMBALA et... attendre
le passage d'un camion

-

et il n'en passe pas toutes les 5 minutes.

C'est

un

véhicule de l'entreprise BONNAIRE qui nous prendra en charge. Explication: après le passage du pont sur la Mpama, le chauffeur PAMBO a estimé nécessaire de faire le plein d'essence; il a pris un jerrican... d'eau et en a versé le contenu dans le réservoir. mais çà, nous le saurons le soir, après l'expertise du mécanicien du poste (SPINELLI). Dès les premières rampes de la montée sur DJAMBALA, la voiture a donné des signes de faiblesse que le chauffeur a attribués à la « bobine»: d'où enveloppements froids de ladite bobine, qui se sont révélés inefficaces - et pour cause. Pas aimé l'observation de BLAN qui a eu l'air d'insinuer que je m'étais amusé à mettre de l'eau dans le réservoir à essence; il est vrai que c' était déjà tard dans l'après-midi quand il me l'a faite. ..

SAMEDI 30 MAI
.

Arrivée à DJAMBALA par la route du Premier Ministre

-

précédé d'un peloton

de gendarmes auxiliaires - dans le milieu de l'après-midi. personnes. Dîner et hébergement résidence chef de Région.

Suite réduite à 4 ou 5

DIMANCHE 31 MAI
Montée à LEKANA; déjeuner. Retour vers 17 h 00 à DJAMBALA d'où le Premier Ministre prend l'avion d'Air-France pour BRAZZAVILLE. On peut estimer à 400 000 F les dépenses (boissons et gratifications diverses) faites pendant un jour et demi.

MERCREDI 3 JUIN
Première grande tournée de district - ayant essentiellement pour but ]a paye des cantonniers. 9 h 30: départ DJAMBALA. Il h 30: arrivée à NSAH - Cassecroûte jusqu'à 12 h 45. 16 h 15: arrivée à MPOUY A - Visite à ]a Mission 24

Évangélique Suédoise. Hébergement case de passage - qui sert surtout aux chauvessouris. Il fait beaucoup plus chaud ici - nous sommes au bord du Congo - Les Batéké . ont cédé la place aux Boubangui. JEUDI4 JUIN

8 h 00: départ de MPOUY A pour NGO (arrivée: 9 h 20); la Léfini avec un crochet au retour sur ADZI (immenses champs de manioc destiné à la vente à BRAZZAVILLE). Retour à NGO à 17 h 30 - hébergement dans la case de passage de la SEITA (qui a un agent ici).

VENDREDI5 JUIN
7 h 00: départ de NGO pour DJAMBALA. Au passage, je reconnais les deux pistes de la réserve de chasse de la Léfini (une douzaine de km chacune). 14 h 00 : anivée à DJAMBALA.

LUNDI 8 JUIN
Départ pour OBILI à 15 h 30 (pour installation bureau de vote). Arrivée à« MINGO-Palace» à 17 h 50. n s'agit d'un campement construit par un ancien chef de district de DJAMBALA sur la rive gauche de la Mpama. C'est un but de promenade.. .Enfin, quand on n'a rien de mieux...

MARDI 9 JUIN
MINGO (6 h 30)

-

OBILI (7 h 00) et retour immédiat sur DJAMBALA où

j'arrive à 13 h 30. MERCREDII0 JUIN

Installation des bureaux de vote à MA et POUANDZION, deux chefs-lieux œ terre sur la route d'OKOYO - Départ DJAMBALA 8 h 00 ; retour à Il h 00.

JEUDI Il JUIN
Installation des bureaux de vote (suite) : à NSAH (départ DJAMBALA 7 h 00 arrivée 9 h 30) et à ADZI (avec étape à NGO: Il h 45 13 h 30). Je suis œ retour à NGO vers 18 h 00. Campement. Ce matin, j'ai croisé GANDZION - encore lui - flanqué d'un ministre d'Etat Ge ne sais pas de qui il s'agit) peu après mon départ de DJAMBALA. Ces messieurs étaient annoncés; mais ils sont en tournée de propagande électorale, ce qui veut dire qu'on n'a pas à s'occuper d'eux. Ces élections se présentent bien pour le parti de YOULOU... En effet, le Gouvernement a procédé à un redécoupage électoral qui fait que l'Alima-Léfini (qui vote MSA à plus de 80 %) se trouve dans la même circonscription électorale que celle du DJOUE, du POOL et de BRAZZAVILLE qui votent majoritairement UDDIA. Moyennant quoi, elle n'aura que des députés UDDIA, au lieu des 25

6 députés MSA qu'elle avait auparavant lorsqu'elle fonnait une circonscription électorale à elle seule. Comme on pouvait le penser, cette opération n'a pas plu aux populations du coin qui ont tendance à s'en prendre à la minorité UDDIA (essentiellement des fonctionnaires originaires du Sud auxquels s'ajoutent quelques éléments de la population locale désireux de « collaborer» avec le Gouvernement pour obtenir qui une place, qui une autorisation d'achat d'arme. Deux cases de sympathisants ont été incendiées dernièrement à GAMBOMA.

VENDREDI12 JUIN
Installation des bureaux de vote (suite et fin) : à MPOUYA (départ NGO 6 h 45 - arrivée 8 h 00, et retour NGO Il h 00) et à INGOUMA ; retour à DJAMBALA à 17 h 30.

DIMANCHE 14 JUIN
Élections à l'Assemblée législative. Le scrutin s'est déroulé sans incidents.

LUNDI15 JUIN
Les résultats des élections sont confonnes aux espérances des gouvernants. Avec 58 % des suffrages, l'UDDIA rafle 50 sièges sur 60 à l'Assemblée législative. Je connais trois des nouveaux élus de la quatrième circonscription (GANDZION, FOURVELLE et M'PARA) qui sont sensés représenter l'Alima-LéfinÎ. Outre celui
de l'Abbé YOULOU, d'autres noms me sont plus ou moins connus

-

souvenirs

remontant à mon premier séjour à BRAZZAVILLE: MASSAMBA-DESBAT, ffiALICO, BANKAITES. OPANGAUL T est élu dans la Likouala-Mossaka avec OKOMBA (KELLE), ONIANGUE (MAKOUA), GUENON! (EWO) et MENGA (MOSSAKA). On peut penser qu'il est sorti de prison.

MERCREDI 24 JUIN
16 h 30: départ pour LEKANA où je vais faire mon «métier» district - Retour le 26 juin, à 9 h 30. MERCREDI 1er JUILLET de chef œ

Tournée mensuelle de surveillance des travaux d'entretien des routes et de paye des

cantonniers. Départ pour MPOUYA (via NSAH et NGO) à 9 h 00 - Arrivée 16 h 00. Le lendemain, départ de MPOUY A pour la Léfini via NGO à 8 h 30 et ETSOUALI, et retour à NSAH vers 17 h 30.

VENDREDI 3 JUILLET
9 h 30 : départ NSAH et arrivée DJAMBALA 12 h 30. Christiane me raconte le numéro auquel elle a eu droit de la part de BLAN hier soir. Passablement alcoolisé, il a fait irruption dans notre case, le pistolet-mitrailleur 26

de service à la main, en criant: «DJAMBALA va sauter », et il a tendu l'engin à notre fils Dominique - 6 ans. Heureusement que son chauffeur avait eu la présence d'esprit de retirer le chargeur. Après avoir absorbé un complément de whisky, il est retourné chez lui, entraîné par le même chauffeur qui, dans ces cas-là, ne le quitte pas d'une semelle. Christiane a su garder son sang-froid, mais elle a eu très peur.

MARDI 14 JUILLET
Fête de la communauté? Rien. Pas d'instructions.

LUNDI 27 JUILLET
Arrivée à DJAMBALA des premiers camions amenant les matsouanistes déportés dans le Nord après les incidents qui se sont produits quelques jours auparavant à BRAZZA VILLE. En plusieurs jours, il en viendra au total 327, et nous hériterons en plus œ 8 assignés à résidence. Ils sont hébergés dans les locaux scolaires... On a peu d'informations sur ce qui s'est passé. Ce que je sais, c'est que les matsouanistes forment, depuis l'avant-guerre, une secte politico-religieuse, œ tendance très nationaliste qui prône une forme de désobéissance civique (refus recensement, carte d'identité, refus impôt). Qu'il s'agit de Ballali -l'ethnie de l'Abbé YOULOU. Que les consignes de désobéissance ont été maintenues après 1958, et qu'elles sont observées par un groupe d'ultra. Pourquoi? Je n'en sais rien. Ce qu'on peut supposer, c'est que le pouvoir, lassé de cette opposition, les a plus ou moins ouvertement dénoncés auprès de l'opinion publique comme étant les responsables d'une certaine stagnation des affaires après l'autonomie (et malgré l'autonomie). Les matsouanistes, attaqués par leurs frères de race, furent regroupés œ force par la police et la gendarmerie dans les entrepôts de la zone industrielle œ MPILA, notamment le hangar de la CCPI. Il y a eu de nombreuses victimes. On a cité le chiffre de 40 morts dans le fameux hangar où l'on a vu se dérouler, le 24 juillet 1959, des scènes d'hystérie collective, certains matsouanistes se fracassant le crâne après s'être jetés tête baissée contre les murs. La Likouala-Mossaka en a vu arriver plus de 330 ; d'autres matsouanistes ont été expédiés dans la Sangha. On peut estimer que le nombre total de personnes déportées dans les régions du Nord se situe entre 850 et un millier. J'ai retrouvé dans mes archives personnelles (qui me suivent parce qu'elles ne sont pas encore très nombreuses) un exemplaire de la «Lettre Ecarlate» n° Il du 1er avri11953 consacré en grande partie au màtsouanisme. Sous la plume œ ELIET Edouard, pourtant très ouvert au problème du nationalisme africain, cette phrase: Ce qui gâte le mouvement, c'est qu'aucun des survivants de MATSOUA ne présente la surface morale d'un GANDHI. C'est peut-être faire beaucoup d'honneur à MATSOUA de le comparer à GANDID, mais il est certain que ses héritiers spirituels se sont figés dans leur doctrine, et n'ont pas su évoluer avec leur temps.

t ~

27

ELIET5 avait révélé auparavant que le produit d'une collecte organisée auprès des matsouanistes en 1952 - el1e devait permettre à MA TSOUA, pourtant mort en 1942 à la prison de MA YAMA, d'accompagner le Général de GAULLE lors de son voyage à BRAZZAVILLE - avait disparu. Le 27 juil1et 1959, c'est aussi le jour de la reconduction de l'Abbé FULBERT YOULOU dans ses fonctions de Premier Ministre par l'Assemblée Nationale.

LUNDI3 AOÛT
Tournée mensuelle des routes sur l'itinéraire habituel: NGO-ETSOUALI-NGOMPOUY A et retour le 5 août à 18 h 30. 9 h 30 : départ pour NGO et, en chemin, nouvelle reconnaissance de la piste œ la réserve de chasse, la première à droite quand on vient de DJAMBALA. Je descends à pied dans la vallée de la Nambouli - un affluent de gauche de la Léfini: galerie forestière clairsemée. Pas une bête, pas une trace mais, par contre, beaucoup œ fourous. Les plateaux sont d'une monotonie désespérante sauf en quelques endroits très particuliers comme «le ravin d'Otsouanké» =ligne de partage des eaux entre la Nkéni et la Léno, affluent de la Léfini.

LUNDI 10 AOÛT
Tournée régionale centrée sur GAMBOMA où il n'y a plus de chef de district HAINQUE est parti en congé. 14 h 00: départ pour GAMBOMA (anivée 18 h 00) où je passe la journée du Il août à régler différentes affaires. MERCREDI 12 AOÛT

7 h 30 : départ de GAMBOMA pour ABALA (anivée 10 h 00) par ANIE et le carrefour d'OSSELE (116 km). C'est la route d'accès par le Sud. 12 h 15: départ d'ABALA pour GAMBOMA (anivée 16 h 30) par EKOUASSENGUE, OLOMBO et GOUENE (151 km). C'est l'itinéraire Nord. JEUDI 13 AOÛT

Journée à GAMBOMA: visite des vil1ages de MBAYA et ETORO (huilerie œ la Société Africaine de Prévoyance) dans un rayon d'une trentaine de kilomètres à l'Est de GAMBOMA, déplacement au terrain d'aviation, puis visite à la Mission catholique, et à l'hôpital (Docteur REISER).

5. Je l'ai rencontré une fois quand j'étais en poste à BRAZZAVILLE; à cette occasion, il s'est étonné qu'un administrateur de la FOM eut pu lire le livre de MANONI « Psychologie de la Colonisation», et le bouquin du Révérend-Père TEMPELS sur la philosophie bantou. 28

VENDREDli4

AOÛT

7 h 45 : départ de GAMBOMApour DJAMBALA(arrivée Il h 30). LUNDli7 AOÛT

10 h 00 : départ pour LEKANA (arrivée Il h 20). Vérification de la sous-caisse SAP de LEKANA et visite de la station SEITA de LAGUE l'après-midi. Il s'agit essentiellement de vastes hangars de séchage de feuilles de tabac. Pot chez les HEINTZ.

MARDI i8 AOÛT
Retour à DJAMBALA (arrivée Il h 00). BLAN est déjà dans les « vaps ». Je réalise que je suis pratiquement seul à m'occuper de la région, et véritablement tout seul pour «administrer» trois districts (DJAMBALA - LEKANA - GAMBOMA). Celà n'est pas sérieux; mais les temps le veulent ainsi.

SAMEDI 22 AOÛT
Je trouve quand même le moyen de m'intéresser d'un peu plus près à l'administration du district de DJAMBALA,et je rédige à l'intention du Gouvernement une note sur le projet de création d'un bureau itinérant, assortie, bien sûr, d'une demande de crédit spéciaux. C'est BLAN qui signe la transmission; il n'y aura jamais de réponse. Dans une circonscription aux dimensions gigantesques, il s'agit, dans mon esprit, de rapprocher l'administration des administrés.

MARDI 25 AOÛT
Mes envies d'explorateur me reprennent. C'est plutôt bon signe. VAN DEN REYSEN m'a parlé de la production de tabac importante des villages du Sud de la terre BOUBEE (AKOU en particulier) qu'il est très difficile œ commercialiser, car il n'existe pas de piste automobilisable depuis ABALA. Je voudrais voir si on ne peut pas accéder dans ce secteur par DJAMBALA. Départ pour MA (67 km) à 15 h 30 et arrivée à 16 h 45. Campement.

MERCREDI 26 AOÛT
6 h 00: en route. Il existe effectivement deux pistes automobilisables qui s'articulent sur la route DJAMBALAlOKOYO, et qui permettent d'accéder à la partie Sud du district d'ABALA. J'emprunte la première qui part d'ABllA, petit village situé tout près de MA ; elle traverse le campement de MBON, NGOUONI-Vieux situé sur le bord du plateau, et s'arrête à 8/9 km plus loin, à la limite du district d'ABALA. Le village AKOU est à 7 km environ (renseignement oral). Demi-tour, et même chemin en sens inverse jusqu'à NGOUONI-Vieux ; essai des deux itinéraires permettant de descendre du plateau: le premier par TSION - à 29

déconseiller; le second, plus court, me paraît préférable. Je retrouve la route DJAMBALAlOKOYO au PK 73. Tout çà n'est pas très concluant: la zone tabacole d'AKOU se trouve à plus œ 95 km de DJAMBALA. Apparemment, ABALA est beaucoup moins éloigné, observation étant faite qu'il n'existe pas de piste entre la limite des deux districts et le village d'AKOU. Et puis, il y a de méchantes grimpettes pour accéder au plateau, que ce soit par l'itinéraire Sud (MBON) ou le tracé Nord (TSION). Je suis de retour à MA vers 13 h 00 et je pars pour DJAMBALA à 14 h 15 où j'arrive à 16 h 00 en m'arrêtant au passage à OLONOU (remise d'une convocation de la gendarmerie).

SAMEDI 29 AOÛT
14 h 30 : départ pour GAMBOMA - Arrivée 18 h 00 résidence. Nous sommes en famille, et j'ai prévu de passer au moins 4 jours GAMBOMA pour faire du papier ainsi que quelques visites. à

JEUDI 3 SEPTEMBRE
Retour à DJAMBALA

-

Arrivée

18 h 00:

BLAN commence

à songer

au

problème que va poser la présence des matsouanistes dans les locaux scolaires (la rentrée est le 1eroctobre).

LUNDI 7 SEPTEMBRE
Tournée mensuelle des routes. Retour le 9 septembre.

MERCREDI 9 SEPTEMBRE
Mon dos me fait de plus en plus souffrir, et je demande à BLAN l'autorisation œ descendre à BRAZZAVILLE pour me faire examiner. Je n'ose pas lui faire signer une réquisition de transport par voie aérienne, et j'irai donc en voiture - ce qui, évidemment, n'est pas très indiqué... J'ai prévu deux étapes: DJAMBALA-NGO et NGO-BRAZZA VILLE. LUNDI 14 SEPTEMBRE Départ de DJAMBALA à 15 h 20. Arrivée NGO 17 h 50 (125 km). Le lendemain, trajet NGOIBRAZZA VILLE (240 km) où j'arrive à midi. Premier contact dans l'après-midi à l'Hôpital Général (on me dit de repasser demain à 8 h 00) et installation à l' Hôtel Métropole où j'ai retenu une chambre par télégramme.

MERCREDI 16 SEPTEMBRE
8 h 00: Hôpital Général. Consultation Docteur MEAR qui pratique une radiographie des vertèbres sacrées et de l'arbre urinaire. Je dois retourner le voir à 17 h 00, et j'apprendrai que je suis un «jeune vieillard» (sic): le praticien n'a jamais vu une colonne vertébrale aussi mal foutue. En réalité, je «fais» tout 30

simplement de l'arthrose lombaire (rien aux reins). Je devrai me faire injecter pendant deux mois dans la fesse un produit destiné à « envelopper» les nerfs de la région lombaire, ce qui doit diminuer la douleur - car une arthrose ne se guérit pas. Comme j'ai prévu de ne rentrer que Dimanche prochain, il me reste trois jours à passer à BRAZZAVILLE. Ce soir, je dîne chez BARBAS, ancien adjoint au Chef de Région de FORTROUSSET du temps où j'étais Chef de District de MAKOUA. Il travaille dans les services du « Haut-Commissaire représentant le Président de la Communauté auprès de la République du Congo ». Le lendemain, je suis invité à un apéritif par VAN DEN REYSEN, Chef du Districtd'ABALA(qu'est-cequ'il fout à BRAZZAVILLE celui-là? BLAN est tout seul là-haut!) et à dîner chez le Docteur RIVIERE (un ancien de la LikoualaMossaka) à l'Hôtel du Gouvernement. Vendredi 18, déjeuner CAZAC, un ancien de la mairie de BRAZZAVILLE travaillant actuellement à la Présidence de la République du Congo. Son épouse, Simone CAZAC-HEBERT, charmante femme complètement sourde, est en train d'écrire un bouquin racontant l'aventure d'un certain BAYEMBO, originaire du Nord Congo.6

SAMEDI 19 SEPTEMBRE
J'ai complété ce matin les courses faites hier (habits et jouets enfants, livres, disques et pharmacie, etc) en allant commander des vivres frais au Presto. Déjeuner chez LANNE qui travaille au Haut-Commissariat. Nous avons préparé Colo ensemble au Lycée Henri IV. Il a des envies de brousse rentrées, et je l'invite à venir passer les fêtes de Noël à DJAMBALA. 14 h 30: départ de BRAZZAVILLE pour INON! (arrivée 18 h 30). La case œ passage est située au bord du plateau Batéké, dans l'ensemble immobilier abandonné après l'échec retentissant de culture mécanisée d'arachides (à mettre à l'actif des « cerveaux» du Haut-Commissariat).

DIMANCHE 20 SEPTEMBRE
Lever à 4 h 30 ; départ d'INONI à 5 h 00 et arrivée à DJAMBALA à 10 h 10.

JEUDI 24 SEPTEMBRE
Départ en début de matinée pour GAMBOMA où je fais du papier pendant trois jours. Retour à DJAMBALA le Dimanche 27 à midi.

MERCREDI 30 SEPTEMBRE
Dans la nuit, sont arrivés trois pelotons de gendarmes auxiliaires pour l'évacuation de l'école de DJAMBALA par les matsouanistes. BLAN s'est résolu à demander le concours de la force publique après avoir essayé, en vain, pendant
6. Son livre sortira aux Éditions du Scorpion en 1962 avec une préface de M. l'Abbé Fulbert YOULOU, Président de la République du Congo. 31

plusieurs jours, d'obtenir que les occupants des locaux scolaires veuillent bien les libérer. Il a entamé ses «pourparlers» après mon retour de BRAZZAVILLE sans m'en parler, et s'est couvert de ridicule pendant trois jours. On ne discute pas avec les matsouanistes. Hier, les meneurs se sont rassemblés devant les bureaux et ont malmené mon adjoint (district) : EBOULOUNZI. Des patrouilles ont eu lieu la nuit (gendarmes du poste) ; j'ai écrit hier à mes parents: Je pense que demain, il y am:z la grande scène de l'expulsion avec tous les rebondissements auxquels elle nt! manquera pas de donner lieu. mais je suis lassé à l'avance de ce genre de spectacle. JEUDI 1er OCTOBRE Du spectacle, il y en a eu, mais pas trop. Pas de brutalités inutiles. A 7 h 40, l'évacuation des locaux scolaires était terminée. A 8 h 00, la rentrée des classes pouvait avoir lieu. BLAN a fini par se ranger à mon idée de « ventiler» nos 327 matsouanistes. J'ai rassemblé les camions à cet effet: 116 seront transportés à OAMBOMA, 35 expédiés à LEKANA, 176 resteront à DJAMBALA et seront hébergés sous le hangar de la SAP et dans les cases inoccupées du camp des gardes. Les 8 assignés à résidence, dont KINZONZI et DEW AMBERT ont été embarqués par ISTRE, le Commandant de la brigade de gendarmerie, dès 5 h 00 à destination d'ABALA. 1er octobre, c'est aussi la rentrée des classes pour Dominique et Corinne. Christiane s'est mise en rapport avec le Centre National d'Enseignement par Correspondance et leur fera la classe dans une pièce de notre case. J'ai fait faire trois bancs d'écoliers (le fils ISTRE complète l'effectif).

MARDI 6 OCTOBRE
Tournée mensuelle des routes. Départ de DJAMBALA à 16 h 40 pour NOO et retour au poste le 8 octobre vers midi. A NOO, je suis toujours tributaire de la SEITA pour mon hébergement. J'ai décidé de faire construire une case de passage en matériaux du pays qui servira également « d'échelon routier», car je voudrais bien trouver quelqu'un capable œ me décharger de ces tournées mensuelles qui me font perdre mon temps (et me fatiguent) pour pas grand chose. J'apprends qu'il y aura, le 14 octobre, à OKOYO, l'inauguration d'un monument à la mémoire de Noël BALLA Y (compagnon de BRAZZA). Le Chef de Région est invité; c'est son adjoint qui le représentera.

LUNDI 12 OCTOBRE
Départ pour OAMBOMA (17 h 10 20 h 45). Bureau toute la journée du 13 octobre, et retour en fin de soirée à DJAMBALA.

32

MERCREDI 14 OCTOBRE
7 h 00: départ pour OKOYO - Anivée Il h 30, juste à temps pour la cérémonie. Je me contente de transcrire partiellement l' article consacré à cet événement publié dans le n° 6 de« Congo », publication du Ministère de l'Information de la République du Congo, diffusée le 7 novembre 1959; pas moins de 9 photos agrémentent cet article. « Le 14 octobre 1883, il y a 76 ans, le Docteur Noël BALLAY quitta les rives: de l' Alima pour atteindre Ie Congo en pirogue. Pour commémorer cet événement historique, le Comité PASTEUR-BALLAY édifia, à OKOYO, une stèle qui fut solennellement inaugurée le 14 octobre 1959. A cette cérémonie du souvenir, le Gouvernement de la République du Congo était représenté par MM. OKOMBA, Ministre du Travail, et Christian JAYLE, Ministre de l' Information. Après la messe dite par Mgr VERHILLE, M. le Préfet MIGNON retraça la vie œ l'explorateur. M. JA YLE souligna la noblesse de caractère de BALLA Y en déclarant: C'est parce qu'il y a parfois des hommes qui se refusent à suivre les sentiers commodes de la facilité que l'humanité voit s'ouvrir devant elle le progrès dans l'effort. Noël BALLA Yfut un précurseur, et la République du Congo est fière de reconnaître en lui un des premiers fondateurs du régime de justice et d'égalité qui fait laforce des peuples libres.? M. OKOMBA rendit également hommage à cette noble figure et ajouta: Au nom du Gouvernement de la République du Congo, j'ai la grandejoie et l'immense honneur de dévoiler devant vous la stèle qui rappellera à toutes les générations à venir l'héroïque épopée de Noël BALLA Y, bienfaiteur de l'Afrique. » A cette inauguration, j'ai retrouvé de vieilles connaissances: OPANGAULT, GUENON! et OKOMBA, tous trois députés MSA de la Likouala-Mossaka (le dernier ayant été nommé ministre). La chaleur aussi me rappelle le « Nord », celui où j'ai vécu trois ans. Vu également MIGNON, le Chef de Région en « pique-boeuf» cravatte (je suis en saharienne kaki avec épaulettes) et Mgr VERHILLE, l'Evêque de FORTROUSSET. J'ai dû quitter assez vite les festivités car les ministres doivent passer la nuit à GAMBOMA. Je pars donc d'OKOYO à 14 h 00 pour arriver à destination vers 17 h 30. OKOMBA et JAYLE se présentent à GAMBOMA à plus de 19 h 00, c'est-à-dire largement après la tombée de la nuit. Bien que le règlement militaire interdise de faire
rendre les honneurs par des hommes en armes quand il ne fait plus jour Chef de la brigade de gendarmerie de GAMBOMA qui l'affmne - j'installe

-

c'est le un piquet

d'hon~eur devant les bureaux que ces messieurs passeront en revue le plus naturellement du monde.

7. Je ne sais pas s'il a vraiment dit ça, M. Christian JAYLE. J'ai surtout été frappé par l'originalité du début de son laïus, du genre: « C'est parce qu'il est venu ici autrefois que nous sommes là aujourd'hui... ». 33

JEUDI 15 OCTOBRE
Départ des ministres pour BRAZZAVILLE par avion militaire.
M. JA YLE me fait l'honneur de me remettre

-

après l'avoir

dédicacé

-

un

exemplaire imprimé du discours qu'il a prononcé, en tant que Président œ l'Assemblée territoriale du Moyen-Congo à l'ouverture de la première session ordinaire de 1958. Je reste à GAMBOMA où j'ai à faire. VENDREDI16 OCTOBRE

Retour à DJAMBALA (6 h 25 10 h 00). J'apprends que BLAN va partir en congé le 25 de ce mois. C'est le plus souvent à mes retours de tournée que je suis informé de ce genre de choses.

DIMANCHE25

OCTOBRE

Départ en congé de BLAN. Il m'a remis, hier, une «note de service» datée dI 23 octobre, disant en substance: Le Chef de Région partira en congé le 25 octobre 1959. Il n'y aura ni manifestation, ni cérémonie à cette occasion. M. MAZENOT assurera le commandement de la Préfecture à partir de cette date. Cette désignation est une marque évidente de confiance, mais je doute que cela soit très administratif. Me voilà donc seul à m'occuper de la Région (pardon, de la Préfecture, le
changement de dénomination est officiel)

-

si l'on excepte VAN DEN REYSEN

à

ABALA. TIfaut remarquer que la situation n'est pas tellement nouvelle pour moi et que le successeur de BLAN est en vue pour la fin de l'année. De plus, je vais « gagner» un adjoint africain pour LEKANA, le sieur Alexis OLOANFOULI, qui doit prendre son service le 1er décembre. C'est un Batéké-Koukouya.

LUNDI 2 NOVEMBRE
14 h 00 : départ pour GAMBOMA. Arrivée 17 h 30. Le lendemain, a lieu la réunion du Conseil des notables des districts (pardon, des sous-préfectures) : ABALA - GAMBOMA. Elle dure de 8 h 00 à 10 h 00 et se déroule bien: les notables acceptent l'augmentation de la taxe régionale de 100 F que je leur propose pour permettre un meilleur fonctionnement du collège œ DJAMBALA. Cela n'était pas évident au départ. 15 h 00 : départ pour ABALA par ASSENGUE. Arrivée 18 h 45. Campement à la case de passage.

MERCREDI 4 NOVEMBRE
Vérification de la« caisse portative» d'ABALA - Ce n'est pas le désastre auquel je m'attendais. Tant mieux. 12 h 00: départ pour DJAMBALA par OSSELE; à 14 h 10, traversée du village d'AKOU: un Blanc fait de grands signes pour attirer mon attention. C'est NOVIANT qui est en panne ici depuis 24 heures; conducteur des TP dans la 34

Likouala-Mossaka, il se rendait à BRAZZAVILLE par la route. Je le récupère et le conduis à DJAMBALA où nous arrivons sous une pluie battante à 18 h 45. JEUDI 5 NOVEMBRE Bilan de la rentrée scolaire. Pour l' Alima-Léfini, les effectifs s'établissent à 3.942 élèves (972 filles seulement) en augmentation de plus de 10 % par rapport à l'année dernière. On compte 3.173 élèves dans les écoles des Missions catholiques et 798 dans celles de la Mission Évangélique Suédoise. Dans une note destinée au Gouvernement, j'ai signalé qu'il manquait 21 maîtres
dans les différentes écoles de la Préfecture

-

12 étant absolument

nécessaires (classes

qui n'ont pas pu être ouvertes).

MARDI JO NOVEMBRE
Je rentre de ma tournée mensuelle des routes commencée le 8 novembre. Sur le chemin du retour, j'emprunte, sur la gauche, la piste de la réserve de chasse de la Nambouli. Examen sur place du projet de construction d'un bungalow au bord du plateau. A mon arrivée à DJAMBALA, je prends connaissance d'un télégramme du ministre des Affaires Économiques arrivé ce matin qui m'apostrophe en des termes dénués d'aménité sur les raisons qui ont motivé la fermeture de I'huilerie SAP d'ETORO. Cette fermeture est réellement ennuyeuse, mais ai-je le temps de m'en occuper, étant donné les conditions dans lesquelles la préfecture de l'Alima-Léfini est administrée? J'avais pourtant attiré l'attention du Gouvernement dès le 27 octobre sur la situation et ses conséquences. Le chef de la brigade de gendarmerie de DJAMBALA vient me rendre compte d'un crime rituel survenu le 8 novembre dans le Nord de la sous-préfecture. Un enfant ce l'école de la mission de LEKETY (Likouala-Mossaka) a été assassiné sur la piste qui va d'OUAKANA à LEKANA-MBILI par un groupe d'adeptes de la secte Nzobi. Ce crime survient une quinzaine de jours après le passage, dans la terre TEGUE, d'un « apôtre» de« Mgr PASCAL» qui a acquis une certaine renommée en faisant « sortir» les fétiches de leur cachette. A LEKANA-MBILI, cet apôtre avait non seulement détruit les fétiches, mais aussi la « case» du Nzobi. L'ancien chef du village avait alors déclaré, après son départ, que le Nzobi existait toujours, et qu'il saurait bien le montrer. Quatre écoliers de LEKETY qui, le Dimanche 8 noyembre, se rendaient chez leurs parents à LEKANA-MBILI pour chercher leurs provisions de bouc~e de la semaine, furent surpris dans la savane par un groupe de personnes déguisées qui leur donnèrent la chasse. L'un des quatre enfants qui souffrait de coliques fut rattrapé et assassiné pendant que les trois autres échappaient aux tueurs et donnaient l'alarme à OUAKANA, village qu'ils avaient traversé quelque temps auparavant. Des hommes armés de lances et de fusils s'élancèrent sur la piste et finirent par retrouver le corps de l'enfant là où il avait été abattu, vraisemblablement à l'aide œ crochets en forme de griffes de panthère. Affaire à suivre. 35

SAMEDI 14 NOVEMBRE
Arrivée prévue par avion du Colonel de gendannerie DABOVAL (annoncée par TO le 12 novembre). En fait, il se présentera à plus de 18 h 30 venant cE BRAZZAVILLE par la route. Comme je dois partir en tournée demain à ABALA et que je ne peux pas me décommander, nos entretiens sont brefs, au cours d'un pot
qu'il accepte

-

mais il décline l'invitation

à dîner.

Départ du couple DUPONT (témoins de Jéovah) venu le 9 novembre de FORTROUSSET par la route. Le mari et la femme se sont présentés à moi le 12 novembre. Ont attiré mon attention - bible en main - sur la fin du monde qui doit survenir aux environs de l'an 1980. Ils invitent les croyants à réviser leurs positions en conséquence et les non-croyants à réfléchir à ce prodigieux événement. Ils vont de case en case, lui d'un côté, sa femme de l'autre, suivis d'une importante cohorte d'enfants, prêchant la bonne parole. L'audience qu'ils rencontrent semble très faible.

DIMANCHE 15 NOVEMBRE
8 h 30: départ pour ABALA - avec VAN DEN REYSEN qui rentre cE BRAZZAVILLE. Arrivée au poste à 13 h 45 où j'apprends la présence œ 8 membres des jeunesses UDDIA porteurs d'ordre demission du Premier Ministre. Ils sont chargés de persuader les chefs Mbochi de prendre contact avec l'Abbé YOULOU. Le chef de la «mission », le Secrétaire administratif EKIBAT (originaire d'ABALA), m'explique que ses efforts ont été couronnés de succès: 20 chefs ont donné leur accord pour le voyage. Mais peu de temps après, lesdits chefs demandèrent à me parler: ils voulaient avoir mon avis sur l'opportunité du voyage à BRAZZAVILLE.. . Je leur expliquai l'intérêt de ce contact qui leur était proposé... mais en définitive, trois seulement se déclarèrent prêts à partir. Immédiatement, les missionnaires m'ont accusé d'avoir saboté leur travail de persuasion. A retenir de cet incident que les services du Premier Ministre ont saisi directement le sous-préfet d'ABALA (qui, comme par hasard, est rentré Samedi cE BRAZZAVILLE. ..) sans que je sois informé, et que les chefs intéressés ont tenu à avoir mon avis - dont ils n'ont, en grande majorité, pas tenu compte - ce rétablissement de la voie hiérarchique étant quand même sympathique en soi. J'ai évoqué tout cela dans mon compte rendu hebdomadaire du 30 novembre, et je constate aussi que le « Blanc» est un bon alibi pour expliquer un échec.

LUNDI 16 NOVEMBRE
8 h 30 : départ pour GAMBOMA. Arrivée à Il h 30. Itinéraire par ASSENGUE.
Le chef du 4ème secteur agricole basé à GAMBOMA est toujours sans véhicule

-

cela dure depuis plusieurs mois, et il est obligé, de ce fait, de limiter ses tournées aux rares occasions qu'il peut trouver. Il n'a pas visité le «Paysannat cE LEKANA» depuis trois mois (la Land-Rover du Paysannat accidentée le 14 novembre est hors service pour le moment).

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MARDI 17 NOVEMBRE
Cette tournée des 15 et 16 novembre à ABALA et GAMBOMA avait essentiellement pour but de faire le point de la situation avant la conférence des Préfets qui a lieu à BRAZZA VILLE les 19 et 20 novembre. Je pars directement de GAMBOMA pour BRAZZAVILLE avec étape à INONI.

MERCREDI 18 NOVEMBRE
Hébergement à l'Hôtel Beach (réservation faite par les services du Premier Ministre ).

JEUDI 19 NOVEMBRE
Conférence des Préfets8 Ordre du jour recopié du texte qui nous a été remis: 9 h 00 - Ouverture: Allocutions de M. le Premier Ministre, M. le HautCommissaire représentant le Président de la Communauté, et M. le Ministre cE l'Intérieur (Stéphane TCHITCHELLE) 9 h 30 - Exposé de la situation politique et administrative par chaque Préfet: problèmes de commandement (durée de l'exposé: 10 minutes)
12 h 30

-

Déjeuner au Beach (invitation

Premier Ministre,

Abbé YOULOU

présent) 15 h 30 - Exposé de M. le Ministre des Finances: questions budgétaires, Plan (FAC - FEDOM) 15 h 45 - Exposé de M. le Ministre des Affaires Économiques (Plan œ développement rural) 16 h 00 - Discussion générale sur les questions traitées 17 h 30 - Fin de la première journée.

VENDREDI20NOVEMBRE
Conférence des Préfets (suite) - Ordre du jour: 9 h 00 - Questions relatives au maintien de l'ordre 10 h 00 - Exposé de M. le Ministre de l'Enseignement - Discussion Il h 00 - Exposé de M. le Ministre de la Santé - Discussion 12 h 30 - Déjeuner au Beach (invitation Premier Ministre, TCHITCHELLE présent) 16 h 00 - Séance de clôture en présence de M. le Premier Ministre - Réponses de MM. les Ministres et Chefs de Services aux questions orales ou écrites

8. Je n'ai gardé aucune trace de ce qui s'y est dit, pas même de mon intervention. A propos des problèmes de commandement dont les Préfets ont été invités à parler, j'ai dû faire état de la pénurie de personnel administratif, de la situation catastrophique du parc véhicules de la préfecture et de l'agitation généralisée dans les milieux coutumiers à propos des chefferies. J'ai d'ailleurs évoqué ces questions, en détail, dans mes comptes rendus hebdomadaires de fin d'année. 37

19 h 00 - Apéritif offert par le Haut-Commissaire représentant le Président de la Communauté auprès de la République du Congo à la« Case de GAULLE ». Dîner BARBAS qui a également invité HERSE et de SCHLICHTING (deux anciens de la Likouala-Mossaka).

SAMEDI21

NOVEMBRE

Services du Premier Ministre ; je me traîne dans les couloirs, sans conviction /'
et sans apprendre grand chose. MESTRE (camarade de promotion) m'a invité à déjeuner chez lui et, finalement, je quitte BRAZZA VILLE vers 17 h 00 pour INONI (arrivée 22 h 15). DIMANCHE 22 NOVEMBRE

5 h 45 : départ d'INONI. Arrivée DJAMBALA Il hOD. Je trouve au poste M. LA VAL, en instance de départ pour BRAZZAVILLE par l'avion d'Air-France (11 h 30), Président du Fonds Commun du SAP, accompagné de M. MANACH, Conseiller Technique au Génie Rural. Ils sont venus par la route de BRAZZAVILLE le 18 novembre pour « enquêter» sur la fenneture de 1'huilerie d'ETORO. LAVAL a le bras droit cassé (fracture ouverte) à la suite d'une embardée du véhicule conduit par MANACH (la Land-Rover s'est complètement retournée). Problèmes étudiés: capacité de l'usine de traitement insuffisante (équipement à prévoir) ; évacuation et commercialisation de la production d'huile de palme.

MARDI 24 NOVEMBRE
Crime rituel terre TEGUE (suite). Le médecin-chef de l'Alima-Léfini a pratiqué, le 15 novembre, à la demande du Juge d'Instruction de BRAZZAVILLE, l'autopsie du cadavre de l'enfant assassiné le 8 novembre dernier. Selon l'expert, la victime serait morte assommée à coups œ bâton. L'enquête menée par le Maréchal des Logis-CheflSTRE a permis l'arrestation du nommé EBANDOUNOU, grand dépositaire du Nzobi dans le secteur, et résidant dans un village voisin de celui d'où l'enfant était originaire. EBANDOUNOU a avoué et a donné le nom de plusieurs de ses complices; il a été placé le 18 novembre sous billet d'écrou et incarcéré à la prison de DJAMBALA. Après une action combinée des brigades de gendannerie de FORT-ROUS SET et
de DJAMBALA, 9 suspects ont été arrêtés aujourd'hui

-

un certain nombre d'entre

eux sont originaires de la sous-préfecture d'EWO (Likouala-Mossaka).

MERCREDI 25 NOVEMBRE
17 h 45 : départ pour LEKANA. Arrivée 19 hIS. Bureau toute la journée du 26 jusqu'à 17 hIS, heure du départ pour le retour sur DJAMBALA. Arrivée 18 h 45.

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VENDREDI

27NOVEMBRE

J'ai eu des échos de la réunion de l'Union Régionale des Syndicats CASL qui s'est tenue à DJAMBALA Dimanche dernier (22 novembre). Thème de la réunion: le pouvoir d'achat des travailleurs. Conclusion: il est insuffisant. Une motion a été adoptée qui demande une indemnité mensuelle pour charges de famille aux travailleurs sans emploi, et l'attribution des salaires de la deuxième zone aux travailleurs de l'Alima-Léfini. Ici, on peut relever une confusion qui a son origine dans la présentatiou (maladroite) du décret n° 59/102 portant aménagement des zones de salaires. Il n'a été retenu que son article 2 qui classe l' Alima-Léfini dans la deuxième zone, et les travailleurs ainsi que les responsables syndicaux ont été persuadés qu'ils allaient désormais toucher le salaire de l'ancienne deuxième zone. En fait, le décret a supprimé l'ancienne deuxième zone (DOLISIE) pour la rattacher à la première. Dans ce cas, les travailleurs ont réellement changé de catégorie et touché un salaire supérieur. La place laissée « vacante» par l'ancienne deuxième zone a été occupée par la troisième zone (Alima-Léfini entre autres) qui, du coup, prenait le nom de deuxième zone, mais conservait les salaires propres à la troisième. Les travailleurs n'ont absolument pas compris cet aménagement des zones de salaires et sont persuadés qu'on les prive d'une augmentation à laquelle ils pensent avoir droit. Le Ministre BAZINGA s'est fait le porte-parole de leurs réclamations au cours de la conférence des Préfets.

SAMEDI 28 NOVEMBRE
Célébration de la Fête Nationale de la République du Congo. Le Gouvernement est représenté par M. TANTSffiA, Chef de Cabinet du Ministre des Affaires
Économiques, le Sénateur ffiALICO

-

empêché.

J'ai fait parvenir à l'AFP-Brazzaville un compte rendu de la manifestation qui a été presque intégralement reproduit dans son bulletin du 10 décembre 1959. La journée du 28 novembre débuta à 8 h 30 par une cérémonie aux mâts ce pavillon9 - il s'agit bien du pluriel, car il y a deux mâts de pavillon: un pour le drapeau congolaislOet un pour le drapeau français (ma voiture était également équipée

9. Léger différent avec ISTRE au sujet des honneurs à TANTSIBA. Le règlement de la gendarmerie ne prévoit pas les honneurs pour un Chef de Cabinet de Ministre, fut-il délégué du Gouvernement pour une cérémonie officielle. Le Chef de la brigade de DJAMBALA finit par se rendre à mes arguments (...) parce que c'est vous, précise t-il. 10. Au sujet d'un autre signe extérieur de la souveraineté congolaise: l'hymne national. Il me semble l'avoir entendu pour la première fois le 20 novembre 1959 au cours dI déjeuner offert par le Premier Ministre au Beach à l'occasion de la Conférence des Préfets. Il s'agissait d'un enregistrement, tout récent d'après ce que j'ai compris. Sur le rôle qu'aurait pu jouer, dans l'adoption d'un drapeau et d'un hymne national par les nouvelles autorités congolaises, le Haut-Commissaire représentant le Président de la Communauté, voir «Le petit soldat de l'Empire» de Guy GEORGY (Flammarion 1992 p. 252-253) - avec toutefois un problème de date.

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de deux fanions, un à droite (français) et un à gauche (congolais), ce qui était assez curieux d'ailleurs. Dans le discours de TANTSmA, lu en français puis en batéké, rien que de très convenable: on a entendu glorifier l'Union du pays et son accession à la dignité nationale dans la coopération avec l'ancienne métropole, la noblesse et la générosité de la communautéfranco-africaine et la certitude que la France saurait apporter « une aide efficace» à l'effort de construction d'un Congo moderne. Après le discours: défilé d'un détachement de «la garde républicaine» et des anciens combattants suivis des enfants des écoles, apéritif dans les jardins de la résidence et déjeuner officiel (14 couverts). L'après-midi: danses (groupes en place depuis le matin), jeux pour enfants, match de foot-ball; le soir, retraite aux flambeaux puis feu d'artifice et bal populaire au cercle culturel. Tout cela s'est plutôt bien passé. MARDI jer DÉCEMBRE 17 h 35: départ pour LEKANA. Arrivée 19 h 10. Retour à DJAMBALA le 3 décembre dans le milieu de la matinée. Beaucoup de bureau et de visites de terrain (en particulier le secteur de KEBARA).

LUNDI 7 DÉCEMBRE
Tournée mensuelle des routes. 15 h 00 : départ pour NGO. Arrivée 20 h 00. Délai de route inhabituel, mais j'ai été immobilisé au moins une heure derrière un camion embourbé. Retour à DJAMBALA le 8 décembre à 17 h 30. Cette fois, je ne suis pas allé au bac de la Léfini; j'ai laissé ce soin au responsable du secteur routier de NGO que je viens d'installer dans la case en matériaux du pays construite à proximité du carrefour. La création du poste budgétaire a été demandée dans le projet de budget 1960 de la préfecture. Le poste est provisoirement occupé par un fonctionnaire qui n'avait pas d'autre emploi au chef-lieu que celui d'interprète - et qui ne peut pas être employé à un travail de bureau. J'attends de ce chef de secteur (qui sera malheureusement tributaire des occasions routières pour ses déplacements) une surveillance active des cantonniers travaillant sur les axes partant de NGO en direction de la limite du district de GAMBOMA, du bac de la Léfini et de NSAH. Le service des TP qui envisage la prise en charge progressive par ses agents des travaux d'entretien routier G'essaie de lui forcer la main) trouvera aussi à NGO une base fort utile. J'ai par ailleurs demandé au Ministre de l'Intérieur (à POINTE-NOIRE)ll la création d'une ligne téléphonique (ou d'une liaison radio) entre NGO et le chef-lieu de la préfecture en faisant valoir l'importance du carrefour de NGO (route fédérale Nord/Sud et liaison Est/Ouest MPOUY A-DJAMBALA), la présence de la mission
Il (3) Je n'obtiendrai aucune réponse de la part des services de M. TCHITCHELLE. 40

métropolitaine des tabacs (180 tonnes de tabac entreposées après les marchés. œ 1959), ainsi que l'existence d'une école en dur de la Mission catholique (168 élèves). J'ai parlé également du projet d'ouverture d'un bureau secondaire en 1960 (travaux prévus au programme de la taxe régionale), et de création d'une commune rurale dont le chef-lieu serait à NGO.

MERCREDI9

DÉCEMBRE

Les marchés de tabac ont pris fin hier dans la préfecture de l' Alima-Léfini ; lés résultats de la campagne qui m'ont été communiqués par télégramme sont bons: Sous-Préfectures - ABALA-GAMBOMA - DJAMBALA -LEKANA Totaux. .. 1958 44T 110 T 154 T 308 T 1959 78 T 176 T 278 T 532 T

(+ 34 T) (+ 66 T) (+ 124 TI + 224 T.

Si on prend comme base de calcul le prix de 50 F le kilo, on voit que le revenu des planteurs est supérieur de plus de 12 millions à celui qu'ils ont tiré l'année dernière de la culture du tabac.12 JEUDI JO DÉCEMBRE Départ de DJAMBALA (17 h 15) pour LEKANA (18 h 45). Bureau toute la journée du Il avec le «Commandant Alexis» (il s'agit œ OLOANFOULI, l'adjoint du sous-préfet de LEKANA) et retour à DJAMBALA le 12 à 8 h 45.

SAMEDI 12 DÉCEMBRE
Je profite du week-end pour faire, à nouveau, le point sur les moyens en personnel et en véhicules dont dispose la préfecture: Personnel

- de

commandement:

il manque toujours un chef de région (pardon, un préfet) et

un sous-préfet à LEKANA - de bureau: déficit de 5 fonctionnaires africains. Véhicules (de commandement) - DJAMBALA: une seule LR pour le préfet, l'adjoint au préfet et l'adjoint au sous-préfet. Ce dernier utilise son véhicule personnel pour ses déplacements administratifs

- LEKANA

: une vieille LR à bout de souffle à n'utiliser

que dans un rayon œ

20 km autour du poste

12(1) On peut noter que l'impôt rentre beaucoup mieux à DJAMBALA-LEKANA (reste à recouvrer = 35.850 F) qu'à GAMBOMA-ABALA (reste à recouvrer = 2.911.840 F). 41

- GAMBOMA: une vieille LR (celle du sous-préfet de DJAMBALA) qui a été affectée à GAMBOMA quand le véhicule de commandement de ce poste est tombé en panne de vieillesse - ABALA: un pick-up Ford immobilisé depuis près de 6 mois. VAN DEN REYSEN se déplace avec le camion de la SAP. Les LR de LEKANA et GAMBOMA seront inutilisables dans un très proche avenir; il ne restera plus, à ce moment là, qu'un seul véhicule de commandement en état de marche pour l'ensemble de la préfecture de l' Alima-Léfini.
LUNDI 14 DÉCEMBRE
Tournée régionale - avec le Dr LECHAT.13 9 h 30: départ DJAMBALA pour ABALA où nous arrivons à 16 h 30 après avoir déjeuné à « Mingo-Palace ». VAN DEN REYSEN se fend d'une invitation à dîner.

MARDI 15 DÉCEMBRE
8 h 30: départ d'ABALA; vers EKOUASSENDE, trois ponts du remblai coupés - retour sur ABALA et le carrefour d'ASSENGUE pour prendre la route COMO-Y ABA MOSSENDE. Vers 15 h 00, arrivée à GANIA chez le chef de tribu ffiARA-BllvIBI. Là, les choses se gâtent; il Y a un problème de nomination à la chefferie de terre ONDENDOULA. Deux candidats: celui du chef de tribu- qui a eu des assurances à BRAZZAVILLE semble t-il, et ONDE Jean, le fils de l'ancien chef de terre ONDENDOULA (mort, il y a... 27 ans). La consultation populaire faite par VAN DEN REYSEN, le 4 décembre, a montré que le second faisait l'unanimité, mais ffiARA-BIMBI lui-même a assumé « l'intérim» de la chefferie de terre; il «refuse» le choix de la population. Je vais le voir, puis j'ai une conversation avec le patriarche de la famille ONDENDOULA, ce qui le rend furieux. Du coup, il refuse, à trois reprises (j'ai été patient), de reprendre nos entretiens. Je passerai quand même la nuit ici. Ma conclusion: on va laisser les choses en l'état; avec deux remarques: 1. Inopportun de modifier actuellement le statu-quo en matière de chefferie; ici, 27 ans de vacance pouvaient se prolonger sans inconvénient. 2. Des préoccupations d'ordre politique interfèrent malen-contreusement avec les problèmes de chefferie. A GANIA, le pouvoir soutient le fils de ffiARA, alors que la population a choisi ONDE; j'ai reçu l'ordre de procéder à sa nomination, ordre que je n'ai pas exécuté pour le moment en prétextant la visite que j'allais faire à GANIA. L'agitation qui règne à GANIA à propos de la chefferie de terre ONDENDOULA n'est pas unique:

- dans

le district de DJAMBALA:

la population

de cinq « terres»

demande à

changer de canton, ou même à devenir autonome (MPOUY A) ; il Y a des pétitions pour la création de deux chefferies « supérieures» (= au-dessus du canton) ;

13(2) Nouveau médecin-chef en remplacement du Dr REBECQ. Il a pris ses fonctions 15 novembre 1959. 42

le

- à LEKANA: la terre OBOU demande son rattachement à DJAMBALA. Dans le canton Koukouya Nord, un nouveau candidat se manifeste; - à GAMBOMA : certains éléments de la population demandent la création d'une terre et d'un canton nouveaux (en pays Mbochi) ; - à ABALA: en plus du problème de la terre ONDENDOULA, il y a des pétitions pour le rattachement de la terre BAMBOCHI à la préfecture de la LikoualaMossaka. Cette situation, plutôt confuse, apparaît comme artificielle et provoquée presque exclusivement par des considérations d'ordre politique. Je suggère - en attendant la mise en place des communes rurales qui vont changer les données du problème - une politique prudente pour l'ensemble des chefferies: la nomination aux chefferies vacantes par suite du décès du titulaire (forclusion au bout d'un temps à déterminer) et statu-quo pour le reste.
MERCREDI 16DÉCEMBRE
Il h 00: départ de GANIA (le docteur est au dispensaire) pour GAMBOMA (arrivée 15 h 00). Un peu avant le carrefour de NGOUENE, la route est barrée par un arbre en travers; nous cassons la croûte pendant que les habitants du village aménagent un chemin dans la forêt pour contourner l'obstacle. Le sous-préfet de GAMBOMA me confirme le rapprochement en cours entre les matsouanistes et les dieudonnistes (autre secte politico-religieuse qui a un « temple» ici). Ces derniers, en perte de vitesse, ont vite compris le parti qu'ils pouvaient tirer de l'arrivée des « martyrs» matsouanistes. Ce rapprochement a, semble-t-il, été facilité par l'action exercée par les kibanguistes (membres d'un mouvement nationaliste du Congo belge analogue au matsouanisme, et qui se sont fixés sur la rive droite du Congo sous le nom de « simonistes »). C'est le Révérend-Père Robert ERNST, de la Mission de GAMBOMA qui, le premier, m'avait parlé de ce problème; il m'a promis une note sur le sujet que je recevrai avant la fin de l'année - document annexé aux présents Carnets. En fait, il s'agit bien d'une extension du matsouanisme dans une région étrangère à sa zone d'influence normale; ce n'en est que plus préoccupant, bien que la majorité de la population locale voit pour le moment d'un mauvais œil ces « réfugiés» accusés de mettre la pagaye dans le pays. Je suis informé de l'arrivée du nouveau titulaire du poste de DJAMBALA: il s'agit de VALETfE qui s'annonce pour le 19 décembre. Retour à DJAMBALA dans la soirée. LECHAT qui n'a pas les mêmes raisons que moi (il est célibataire pour le moment) de rentrer immédiatement reste à GAMBOMA.

SAMEDI 19 DÉCEMBRE
Arrivée deY ALETfE à l'avion d'Air-France - avec sa femme. C'est mon ancien chef de région de la Likouala-Mossaka qui tenait tellement à me « récupérer» au début de cette année pour une nouvelle affectation à MAKOUA. Le contact n'est pas ce qu'il aurait pu être: VALETfE est-il gêné de penser que je sais les conditions particulières dans lesquelles il a quitté FORT -ROUS SET pour 43

partir en congé - prématurément? A BRAZZAVILLE, on a même parlé d'abandon de poste. Il a été plus ou moins cerné, dans sa résidence, par une bande de gueniers Kouyou (c'était au moment des émeutes de BRAZZAVILLE où les mêmes Kouyou étaient en première ligne), et a quitté FORT-ROUSSET en pleine nuit, craignant que les choses ne se gâtent.

LUNDI21 DÉCEMBRE
Déplacement à LEKANA avec le préfet. Nous partons en retard... et quand nous arrivons au poste, à la hauteur de la Mission, nous croisons un cortège d'enfants sous la conduite du Révérend-Père VALLEE qui tourne ostensiblement la tête pour ne pas nous saluer. Que signifie? Arrêt à la résidence : VALETTE a envie de se restaurer (il doit être Il h 30). Au bout d'un moment, nous voyons arriver le «Commandant Alexis» qui nous prévient que les chefs et la population attendent devant les bureaux pour la cérémonie d'accueil L.. C'est lui qui a eu cette initiative, sans m'en informer. Il y a même convoqué la Mission et ses élèves...

MARDI22 DÉCEMBRE
Sur les 13 maîtres auxiliaires prévus (et demandés par moi) en complément d'effectifs, 10 ont rejoint leurs postes dans le courant du mois: 4 à GAMBOMA, 4 à ABALA, et 2 à DJAMBALA.

MERCREDI23 DÉCEMBRE
Arrivée des REISER (Docteur + épouse + fille) qui viennent passer les fêtes œ Noël à DJAMBALA. Nous les avons invités, ainsi que d'autres personnes au réveillon que nous organisons chez nous - avec participation aux frais, sauf pour nos invités « personnels» =les VALETTE et LANNE (qui vient de BRAZZAVILLE).

JEUDI 24 DÉCEMBRE
De 20 h 00 à 21 h 00, nous préparons le «palmier de Noël ». Puis à 23 h 45, nous nous rendons à la messe de minuit (dans l'église de la Mission) qui dure jusqu'à o h 45. Réveillon à partir de 1 h 00, et jusqu'à 3 h 00 (huîtres, foie gras, dinde...) et, ensuite, partie dansante de la soirée, suivie d'une soupe à l'oignon servie à 5 h 00 du matin. Les enfants se réveillent vers 6 h 00 (la fille REISER, le garçon ISTRE et les deux nôtres). Distribution des jouets... Ce fut une bonne soirée, malgré la réserve perceptible des VALETTE.

DIMANCHE 27DÉCEMBRE
Anniversaire Dominique (6 ans) à partir de 16 h 30. Nous aurions dû le fêter hier car il est né un 26 décembre; mais nous n'avons pas voulu grouper les deux anniversaires, le sien et celui du fils ISTRE (un an à la même date).

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