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Chambord

De
292 pages

« A LA MÈRE DU ROI

....... Espérons que nos pauvres Français (èsyeux et entendemens desquels ne se présente maintenant autre chose que désolations, ruines et saccagemens) prendront peult-estre quelque plaisir et contentement à contempler ici un des plus beaux et excellens édifices dont la France est encore pour le jourd’hui enrichie. Protestant, Madame, si d’icelui il en peut venir à la France quelque honneur, contentement ou profit, qu’il vous doit tout être attribué, n’ayant entrepris ce long et pénible ouvrage que suivant votre com » mandement.

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Jean-Toussaint Merle
Chambord
AVERTISSEMENT
* * *
J’ai écrit ce volume sous le régime exceptionnel de l’état de siége, mais je déclare que je n’ai voulu faire qu’un ouvrage historique ; c’est une explication que je donne, pour que MM. du parquet ne se croient pas en droit de rattacher l’histoire de Chambord aux événemens des 5 et 6 juin, et qu’il ne leur vienne pas dans l’idée d’y trouver quelque connexité avec l’enterrement du gén éral Lamarque et les barricades de la rue Saint-Martin. Malgré toute leur bonne vol onté, je doute qu’ils puissent obtenir assez d’élasticité de leur rétroactivité, pour la f aire remonter jusqu’à la bataille de Marignan. Quant aux événemens plus modernes, ce son tdes faits accomplis,comme tant d’autres, qu’il n’est permis à personne de cha nger, et malgré toutema soumission au gouvernement actuel, il m’a été impossible de di ssimuler que le duc de Bordeaux était né le 29 septembre 1820, et que la France ent ière, s’était cotisée pour lui offrir Chambord en apanage : le Moniteur du reste en conti ent plus sur ces deux faits que je n’en ai dit. Il me reste à expliquer pourquoi j’ai publié dans c e moment une histoire de Chambord. Je pourrais, à la rigueur, ne donner d’au tre motif, que mon bon plaisir et le droit que j’ai en vertu de l’article 7 de laCharte-vérité, de publier et de faire imprimer mes opinions.Or, mon opinion à moi, est que Chambord est un châ teau dont l’histoire est digne d’être conservée ; mais je veux bien auss i m’expliquer sur l’opportunité de la publication, et dire que j’ai cru la trouver dans l ’article 3 de la loi du 10 avril 1832, qui oblige les princes proscrits de la branche aînéeà vendre d’une manière définitive tous les biens, sans exception, qu’ils possèdent en Fran ce.par suite de cette Chambord disposition, court grand risque de tomber dans les mains de la bande noire, et peut-être qu’avant un an le volume que je publie sera le seul souvenir qui en restera. En écrivant l’histoire de Chambord, il était imposs ible de ne pas parler de cet élan national et si éminemment français, qui se manifest a à la nouvelle de la naissance de l’enfant royal, dont l’auguste mère prévit les gran des destinées, quand dans l’excès de sa joie, elle s’écria au moment de sa délivrance : AH ! C’EST HENRI ! Il y a dans cet instinct de maternité une prévision solennelle et r assurante sur les destinées de ce prince, qui commence la vie par l’adversité, comme son aïeul le Béarnais. Tous les épisodes de cette grande péripétie de la monarchie, sont aujourd’hui du domaine de l’historien et rien ne peut le priver du droit qu’i l a sur eux. C’est à ce titre que je les ai réunis dans mon ouvrage dont ils forment la seconde partie : Chambord et le duc de Bordeaux, sont deux noms que la France à rendus ins éparables. On remarquera peut-être, que dans mon livre j’ai mi s en relief deux personnages, qui dominent seuls toute la seconde partie,Madame et leduc de Bordeaux, chacun a ses affections, je ne veux blâmer celles de personn e, mais il doit m’être permis d’assigner aux miennes la place qui me convient dan s mes ouvrages ; je m’estime heureux que les deux grands actes politiques de Ram bouillet m’aient permis de les accorder aujourd’hui avec ce que je regarde comme m on devoir, mais l’attachement inviolable que je porte à la mère et au fils, ne me fera jamais oublier ce que je dois d’égards et de regrets à la plus touchante comme à la plus noble des infortunes. Je désirerais que les partis en France pussent devenir assez tolérans, assez calmes et assez soumis, que les opinions s’adoucissent à tel point et qu’elles devinssent, en un mot, assez françaises pour qu’il fût permis de rend re une patrie à d’augustes exilés,
ne fût-ce que pour y mourir en paix, et que les vie ux amis de la monarchie pussent aller saluer quelquefois le vieux roi, dans le vieu x manoir de ses ancêtres, et dire, en le voyant entouré de son fils et de sa fille, sous les ombrages de Fontainebleau ou dans les solitudes de Compiègne :
« Qu’ils vivent pleins de jours. Que leur mort soit pleurée, Qu’un Français leur ferme les yeux. »
Sans doute, ce vœu du cœur, fera pitié à beaucoup d ’esprits forts, et aux adeptes de cette secte politique, hargneuse et positive, qu i se fait gloire d’être froide comme la main d’un doctrinaire, et dure comme un pavé de jui llet, qui se rit de lalittérature de sentiment,rifée sur les émargemenset qui ne conçoit pas une opinion qui n’est pas ta des fonds secrets. C’est à ces gens-là qu’il faut p arler clairement et prouver que les royalistes sont les seuls qui comprennent l’éclat d u trône et la dignité du pays, la puissance royale et les libertés publiques, la légi timité et les franchises nationales, la fidélité au monarque et la gloire de la France ; qu ’ils sont les seuls qui veuillent la religion de saint Louis et la piété de Fénelon, le dévoûment de Bayard et le franc parler de Montébello, les vertus de Suger et l’indé pendance de Lhôpital, l’économie de Sully et la magnificence de Colbert, enfin, les idé es de liberté de Louis XVI et la gloire de Napoléon : c’est dire assez que les royalistes d ont je veux parler n’approuvent ni tout ce qui s’est fait, ni tout ce qu’ils voient. Nous vivons à une époque où il n’est plus permis de dissimuler les fautes du passé, il faut les signaler pour qu’elles servent de leçon pour l’avenir. Deux grands évenemens ont eu lieu pendant la restauration, ils étaient d’un immense intérêt pour la monarchie : La naissance du duc de Bordeaux et la g uerre d’Espagne, l’un assurait la perpétuité de la race de Saint-Louis, l’autre raffe rmissait son trône ébranlé par trente ans de secousses. Alors toutes les espérances crimi nelles étaient renversées, toutes les combinaisons révolutionnaires étaient détruites ; mais le mauvais génie de la restauration a trouvé moyen de rendre presque stéri le ces deux bienfaits de la Providence. La révolution pantelante en Europe, apr ès la prise de Cadix, criait merci de toutes parts, il n’y avait plus qu’à mettre le p ied sur la tête de la Gorgone pour l’étouffer, on la épargnée, protégée, on a proclamél’union et l’oubli,elle nous a prouvé depuis combien elle était reconnaissante de cette a mnistie. La naissance du duc de Bordeaux était heureusement pour nous un événement au-dessus des atteintes de la sottise et de la perfidie, mais il faut tout dire, c’est encore par un prodige qu’on n’a pas annéanti tout l’espoir que la France y avait fondé. L’heure des ménagemens est passée, il faut aujourd’ hui parler à cœur ouvert et dire franchement avec tout le respect qui est dû aux res tes de la famille de Louis XVI, que depuis la mort du duc de Berri, l’auguste veuve est de toutes les personnes de la branche aînée, celle qui comprit le mieux la France de nos jours, et qui sentit la nécessité de placer le grand trône de Louis XIV sur la large base que lui avait faite la civilisation moderne. La France a assez prouvé qu’e lle voulait deux choses : la monarchie et la religion, tous les faits accomplis, je n’en excepte aucun, n’ont fait que consacrer cette vérité ; mais elle ne voulait pas p lus de la monarchie doctrinaire que de la religion congréganiste, elle ne voulait pas p lus de ministres jésuites, que de jésuites ministres, si on lui eût donné laMonarchie selon la Charte, elle eût été satisfaite, il ne fallait pas surtout lui donner le spectacle douloureux d’un roi mis en interdit par le vatican de Montrouge, et d’un dauph in mis en tutelle par les voltigeurs de l’empire, et autour de ces deux princes, les lib éraux et les courtisans dansant la
ronde du sabat, pour empêcher les conseils des roya listes d’arriver jusqu’à eux. Dût-on nous traiter d’incorrigibles et d’obstinés, parlons toujours des intérêts de la France, jusqu’à ce que ses gouvernans,quels qu’ils soient,rendent grande, forte, la heureuse et libre : réclamons contre les donjons et les cachots, qu’on a la prétention de vérouiller àperpétuité,une cruauté digne des temps de barbarie ; con  avec tre ces visites domiciliaires, honteuse tradition de 93 ; c ontre ces commissions militaires qui ont flétri le directoire ; contre ces persécutions mesquines qu’on fait subir au génie, à l’honneur et à la probité et devant lesquelles recu la toujours le despotisme de Bonaparte au milieu de toute sa puissance ; enfin q ue le gouvernement de juillet tienne ce qu’il a promis avant de se plaindre du mé contentement général, qu’il verse des gloires sur le nom français, qu’il répande la p rospérité dans le pays, qu’il jete au peuple le bonheur et la liberté à pleines mains, qu ’il environne la France de tant d’éclat que les royalistes en soient éblouis à tel point qu ’ils ne puissent plus fixer leurs regards sur Holy-Rood, qu’il fasse parler si haut l a reconnaissance de la nation que nos regrets ne puissent plus être entendus, et alor s, mais seulement alors, les royalistes garderont le silence.
28 juin 1832.
CHAMBORD
PREMIÈRE PARTIE
« A LA MÈRE DU ROI ....... Espérons que nos pauvres Français (èsyeux et entendemens desquels ne se présente maintenant autre chose que désolations, ruines et saccagemens) prendront peult-estre quelque plaisir et contentement à contempler ici un des plus beaux et excellens édifices dont la France est encore pour le jourd’hui enrichie. Protestant, Madame, si d’icelui il en peut venir à la France quelque honneur, contentement ou profit, qu’il vous doit tout être attribué, n’ayant entrepris ce long et pénible ouvrage que suivant votre com » mandement. Madame, je prie le seigneur Dieu vous faire la grâce de pouvoir longuement et en santé jouir du fruict et contentement d’une bonne paix, ensemble de l’accomplissement de vos saints désirs. » (Extrait de l’épitre dédicatoire de Jacques Androuet Ducerceau, à Catherine de Médicis, dans son ouvragedesplus excellens Bâtimens de France.Paris, 1576.)
Introduction
* * *
Les deux peuples les plus fameux de l’antiquité ont illustré leur histoire par les arts ; le siècle de Périclès chez les Grecs, et celui d’Au guste chez les Romains, sont encore aujourd’hui l’objet de nos hommages. Des chefs-d’œu vre dans tous les genres ont élevé les monumens éternels de leur gloire ; les dé bris précieux de leurs édifices sont l’ornement de nos musées (1), et le sol couvert de leurs ruines est aujourd’hui la terre classique des beaux-arts. Deux mille ans n’ont pas usé l’admiration de la postérité, et Rome et Athènes vivent encore sur les souvenirs de leur antique splendeur. Les phénomènes de ces deux brillantes époques se so nt reproduits deux fois chez un peuple destiné à servir de modèle dans tous les genres d’illustration ; les arts qui y furent long-temps enveloppés sous la rouille de la barbarie, y brillèrent tout à coup d’un nouvel éclat, et parvinrent, en moins d’un siè cle, au plus haut degré de splendeur. La seule volonté de ses rois fit éclore des hommes de génie, et la postérité a désigné l’âge qui les vit refleurir sous le titre glorieux d’Époque de la renaissance des artst la France ; les deux rois qui: le pays dans lequel ce prodige s’est répété c’es er l’ont opéré sont François I et Louis XIV. L’aurore des arts avait déjà lui pour l’Italie dès le commencement du seizième siècle, que la France, fatiguée de malheurs, ne res sentait pas encore les effets de leur douce influence. Livrée depuis long-temps aux fureu rs de la guerre, dépeuplée par les croisades, ensanglantée par les guerres civiles, ru inée par les invasions étrangères, elle n’avait cicatrisé ses blessures, que pour rest er douloureuse spectatrice des combats que le cauteleux Louis XI livrait aux grand s vassaux de sa couronne. Ce prince adroit et soupçonneux, à qui des tours serva ient de demeure, songeait plus à fortifier ses châteaux qu’à les embellir ; les gran ds seigneurs de son royaume, sans cesse occupés à l’attaquer ou à se défendre contre lui, employaient leurs trésors à construire des créneaux, à dresser des ponts-levis et à creuser. des fossés ; faire la guerre était la seule science du temps, forger des armes la seule industrie ; les arts et les lettres s’étaient réfugiés dans les cloîtres (2 ). Les moines embellissaient leurs monastères, la peinture ne se retrouvait que sur de s vitreaux ou ne faisait servir ses pinceaux qu’à enluminer les vignettes des manuscrit s ; les artistes copiaient les arabesques des édifices orientaux, et la sculpture ne servait qu’à l’ornement des tombeaux ; elle n’employait son ciseau qu’à reprodu ire grossièrement les images des saints ou à façonner la pierre en ogives, en spiral es et en dentelures. Les règnes de Charles VIII et de Louis XII, ruineux pour la Franc e, par des conquêtes malheureuses, préparèrent cependant la révolution qui allait s’op érer ; les Français, appelés à soutenir des prétentions de famille sur Naples et l e Milanais, en allant chercher de la gloire en Italie, en rapportèrent l’amour des arts, qui fleurissaient à cette époque à la cour des Médicis et à celle de Jules II. er Couvert des lauriers de Marignan, le jeune François I , appelé au trône de France, voulut donner à son règne une illustration qui avai t manqué à celui de ses prédécesseurs ; il jugea assez bien son pays pour p enser que la terre qui avait produit tant de héros de bravoure, de noblesse et de fidéli té, enfanterait aussi des hommes de génie dignes de donner à leur pays l’éclat des beau x siècles de l’antiquité. Dès qu’il eut conçu ce noble projet, il n’épargna rien pour l ’exécuter : il fit venir auprès de lui des artistes italiens qui apportèrent en France le goût du beau dans les arts du dessin.