Chroniques du cimetière de Cayenne

-

Livres
116 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Ce livre découle de l'envie de faire découvrir un endroit connu de tous les habitants de Cayenne, ancré dans la ville, sous un autre angle que celui qui en fait un simple "dépôt" des morts. Le cimetière n'est pas seulement un lieu d'inhumation, c'est une partie du patrimoine guyanais. L'auteur invite à arpenter ses allées, à parcourir les carrés, pour découvrir les sépultures des hommes et des femmes qui ont marqué l'histoire du pays, et lance un appel à la sauvegarde du lieu.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 octobre 2006
Nombre de lectures 215
EAN13 9782296155220
Langue Français
Signaler un problème

Chroniques du cimetière de CayenneVirginie Brunelot
Chroniques du cimetière
de Cayenne
Histoire informelle de la Guyane
du XIxme siècle à travers ses défunts
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina f'asoL'Harmattan Hongrie
Via Degli Artisti, 15 1200 logements villa 96Fac. Sciences Soc, PoL et AdmKonvvesbolt
BP243, KIN XI 10124 Torino 12B2260 Ouagadougou 12
Kossuth L u. 14-16
Université de Kinshasa RDC ITALIE BURKINA FASO
-1053 Budapestwww.librairiehannattan.com
diffusion.hannattan@wanadoo.fr
hannattan l@wanadoo.fr
~L'Hannattan,2006
ISBN: 2-296-01317-1
EAN: 9782296013179Cimetière. .. lieu de repos.
« Quand on se promène dans un cimetière, on a des raisons de
se demander où sont enterrés les salauds. »
Charles Lamb (Essais d'Elia, 1823-1833)
« Quand mes yeux cesseront de pleurer, je fInirai de t'aimer. »
Cimetière de Cayenne (carré 18, tombe 8)REMERCIEMENTS
Tous mes remerciements au personnel des archives
départementales de Guyane et de la bibliothèque
départementale Alexandre Franconie qui a toujours facilité mes
recherches.
Tous mes chaleureux remerciements pour leur aide et leur
soutien à Marie-Thérèse Brandon, Hervé Brunelot, Hervé
Delannon, Elie Famam, Jonathan Giné, Philippe Guyot,
Emmanuelle et Jean-Yves Ho-You-Fat, Josette
JacquinPhilippe, Françoise Lemaire, Georges Lemaire, Yvon Lentin,
Thuy Lorthioir, Aleth et François Mansotte, Stéphane Pannoux,
Sylvie Pappardalo, Raymond Persinette-Gautrez, Arsène
Polydore, François Rognon, Séverine Romarin, Annick
Thomas, Marie-Odile Tourmen, Gérard Thabouillot, Monique
Vitalo.SOMMAIRE
Historique des cimetières de Cayenne 9
Le cimetière de l'église 9
10Les autres cimetières de la paroisse
Le nouveau cimetière 12
16Les enterrements
L'art funéraire 19
Symboles religieux, politique ou franc-maçon 22
Les tombes 25
Lydie Pichevin 25
Adélaïde Rémy 26
Monument à la mémoire des médecins militaires 27
Louis Maissin 34
Eugène Bassières 36
Victor Hugues 39
Jean-Baptiste Tonat 50
Jean Barton Power 60
Benjamin Ulimo 66
Théophile Vitalo 68
Alexandre F rancome 79
Famille Ursleur 81
Victor Eugène Persmette-Gautrez 98
Monument de Mapa 106
Autres Guyanais célèbres du L'-::c siècle 110
Plan du cimetière de Cayenne 111
Sources 112
Crédits photographiques 115
7été séduite par le cimetière de Cayenne, aux tombesJ'ai
enchevêtrées mêlant les époques, les styles, les cultures et les
états de richesse. Il est le reflet de la ville vivante de Cayenne.
Tout au long de l'année, une activité discrète distrait le repos
des morts: personnel d'entretien, arrivée d'un nouveau
« pensionnaire» et son cortège, entrepreneur de pompes
funèbres, famille en quête de recueillement et quelques rares
cr novembre, l'animationcurieux. Mais à l'approche du 1
s'accentue. Des « gangans », armées de brosses et de seaux,
viennent elles-mêmes frotter les dalles de leurs défunts; une
foule de « jobeurs » arpente les allées en quête d'une tombe à
repeindre ou à débarrasser de ses herbes folles. Oublieux de la
solennité du lieu, ils se prennent parfois de querelle pour un job
volé par un concurrent ou pas payé.
cr
Tant d'efforts pour le soir du 1 novembre. Les tombes
bichonnées s'illuminent et le cimetière, sous un air de fête,
s'emplit d'une foule animée de Guyanais, chargés de fleurs et de
bougies, qui se retrouvent devant (et parfois sur) les tombes.
Les visiteurs arpentent les allées, étonnés de l'esprit convivial
qui règne dans le cimetière, si éloigné du silence compassé de
ceux de métropole.
Ce soir là, les grilles ne se referment qu'à 22 heures, comme à
regret. . .
8HISTORIQUE DES CIMETIÈRES DE CAYENNE
LE CIMETIÈRE DE L'ÉGLISE.
Jusqu'au début du XIX" siècle, le cimetière de Cayenne est au
cœur de la ville des vivants\ implanté autour de l'église
SaintSauveur (approximativement face à l'actuel Conseil général,
place Léopold Héder), plaçant ainsi les défunts sous la
protection immédiate de l'Eglise.
L'étude des actes de sépultures entre 1677 et 1775 donne
d'intéressantes informations sur le cimetière de Cayenne. Il est
composé de deux parties: «côté de l'Epître» et «côté de
l'Evangile », noms probablement attribués d'après le côté
qu'occupent ces écrits dans l'église. Un emplacement est réservé
aux enfants du côté de l'Epître.
C'est un cimetière catholique et le soldat Jean Bonne y est
enterré car il « a fait adjuration de l'hérésie de Calvin avant sa
maladie. » Les cimetières des autres confessions étant interdits
dans la colonie, les juifs et les protestants sont certainement
inhumés dans leur jardin.
Les morts sont enterrés dans des fosses le plus souvent
individuelles mais parfois deux personnes décédées le même
jour et qui ont un lien de connaissance sont enterrées dans le
même trou.
L'intérieur de l'église sert également de lieu d'inhumation. Ces
emplacements particuliers préfigurent les concessions du XIX"
siècle mais ils ne sont pas matérialisés par des dalles. Au début
de la colonisation, on y enterre nombre d'artisans, de colons
engagés ou de simples' soldats2, trop pauvres pour payer une
pierre gravée. Au fù des années, le scripteur des actes de
sépultures a le souci de noter avec précision le lieu de
l'inhumation (au pied du degré de la chaire, proche de la porte
1 Exigu, le cimetière mesure environ 1 500 m2 d'après une estimation sur
plan.
2 Un flibustier, pourtant homme sans aveu, fut enterré dans l'église parce
qu'il avait donné le tiers de ses biens à l'église et une Indienne y est enterrée
en février 1700.
9du côté, proche de la balustre...) autant parce que l'église est
saturée de morts que pour le cas (rare) où il faut rouvrir une
fosse pour y enterrer un second corps'. Au début du ÀvIIle
siècle, l'inhumation dans l'église coûte 100 livres (une fortune
pour l'époque), ce qui revient à la réserver aux notables blancs
de la colonie. Il est pourtant fait une exception (d'importance)
pour Suzanne Amomba, une « négresse libre» plus connue sous
le nom de veuve Paillé, inhumée dans l'église en janvier 1755.
C'était le moins que l'église pouvait faire pour cette femme à
qui est refusée la libre disposition des biens hérités de son mari
et qui est contrainte de léguer ses biens à la colonie pour
l'éducation des enfants (blancs ?).
Les inhumations dans l'église paroissiale cessent en 1765,
conséquence de l'explosion de la mortalité à Cayenne à la suite
de l'expédition de Kourou (1763-1765), et ne reprennent que
timidement à partir de 1770, avec l'inhumation d'Antoine
Dupré, simple soldat des troupes nationales.
LES AUTRES CIMETIÈRES DE L\ P}lROISSE.
La lecture des actes de sépultures fournit parfois des
informations isolées qui posent plus d'interrogations qu'elles
n'apportent de renseignements. Ainsi en 1688, moins d'une
dizaine d'actes mentionne le « cimetière des François» et en
1766, un matelot anglais est enterré dans le « cimetière de sa
nation ».
Le seul cimetière de l'église ne peut accueillir tous les morts de
4,la paroisse, au demeurant peu peuplée mais très étendue et les
maîtres et les esclaves sont couramment enterrés sur les
habitations. Mais en 1750, un arrêtS interdit l'inhumation des
esclaves baptisés autre part que dans les cimetières des paroisses
et il semble que certains colons respectent cette décision.
j
Deux cas: une fillette enterrée avec sa mère décédée deux ans plus tôt et
un garçon qui rejoint son aieul. On imagine aisément les dégagements
méphitiques à l'ouverture des fosses sans parler de l'état des corps
enveloppés simplement d'un drap ou d'un linceul et jetés dans le trou.
! En 1766, le quartier de Macouria dépend encore de la paroisse de
Cayenne.
o Cité par Marie Polderman. La GuyanejranfYlise 1676-1763.
10Plan de Cayenne en 1762.
Légende: A : église entourée du cimetière.
C : palais des Jésuites, actuelle préfecture.
Un acte, sans doute égaré dans le registre des blancs ~'état civil
des esclaves est consigné dans un registre particulier), fait état
))de « Baptiste, nègre, inhumé dans le cimetière des esclaves en
mars 1752.
Une ségrégation s'opère à la même époque et le cimetière
jusqu'alors ouvert aux « blancs et autres libres» (y sont enterrés
une poignée d'Indiens et un « nègre libre» en 1698), est qualifié
soudain de « cimetière des blancs ». Les mulâtres et les Indiens
11