//img.uscri.be/pth/eeeca4ed2e349283eb1cc265fb3138c51165b8b4
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 20,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Communisme, le centenaire

De
147 pages
L'histoire du XXe siècle a été celle du communisme, puis de son effondrement. Les deux raisons de son implosion ont été essentiellement son incapacité à satisfaire les besoins et attentes des populations et son totalitarisme symbolisé par le parti unique. Cet ouvrage retrace l'histoire de la révolution d'Octobre 1917, avec l'avènement planétaire du communisme. Il revisite également l'extension du « socialisme réel » et la pratique du pouvoir communiste sur quatre continents : l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique.
Voir plus Voir moins
Christian BIGAUT Communisme, le centenaire Séduction et illusion Préface de Jacques Godfrain
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-79978-0
« Mettre les mots sur les choses », Cicéron
Verba rebus imprimere
PRÉFACE
C« Méthodes pour conquérir etet ouvrage de Christian Bigaut aurait pu être titré garder le pouvoir ». Il décortique le communisme et son pouvoir à la fois de séduction et de coercition. Il aurait pu décrire le national- socialisme ou certaines sectes plus ou moins spirituelles. L’essentiel pour beaucoup d’hommes est d’exercer le pouvoir quels que soient les moyens pour y parvenir. À quelques variantes près, quelques systèmes de pen sées travestissent les mots « liberté », « consommation », « éducation » pour l es asservir envers d’autres situations que ce que leur sens signifie. Mais la s upercherie est difficile à dénoncer et les croyances sont longues à s’estomper derrière le s évidences. L’hyper-consommation est-elle inséparable de la liberté ? P our répondre à ces questions, il faut sans relâche trouver une place au sommet pour l’hom me. L’Homme doté d’une responsabilité personnelle et co llective – la société l’exige pour être pacifique et équilibrée. L’entreprise aussi po ur que le retour vers les producteurs et les investisseurs soit juste. Mais la nature profon de de l’Homme n’est pas d’être contraint pour exercer lui-même des contraintes. Sa nature est de se reconnaître dans d’autres Hommes, au sein de communautés forgées par la nature, l’histoire et une attitude communes face à la vie et à la mort. Certa ins appellent cela les nations. Au-delà des asservissements pour satisfaire des min orités, il y a l’idée qu’appartenir à une même collectivité basée sur une culture commu ne, une idée partagée d’un sens donné à la vie. L’antidote du communisme comme du f ascisme ou tout abus d’un groupe sur un autre, c’est la construction d’un bie n-être partagé dans un cadre commun. De Gaulle l’avait compris ainsi et en écriv ant ces idées-là, pour arriver un jour à la fin de quelque totalitarisme que ce soit, il a vait annoncé l’arme de destruction massive des assassins de la liberté de l’esprit. Jacques Godfrain Ancien ministre Président de la Fondation Charles de Gaulle
REMERCIEMENTS
Cet ouvrage doptions desit beaucoup aux échanges internationaux et aux réce délégations gouvernementales et parlementaires invi tées par les groupes d’amitié parlementaire des deux assemblées ou par le gouvern ement, qui m’ont permis d’établir et maintenir des contacts – et souvent une profonde amitié, nonobstant les « oppositions idéologiques affichées » et même les changements des régimes politiques, notamment dans l’ancienne Union soviéti que. Les « révolutions de velours » ont conduit les resp onsables des Etats post-communistes – anciens reconvertis ou nouveaux – à v enir en France lorsqu’ils se sont tournés vers l’Union européenne à la recherche d’un « modèle institutionnel et politique » assurant la liberté et la stabilité. Ce fut une opportunité pour renouer ou lier des échanges. Qu’ils soient remerciés pour l’aide, les conseils e t les documents fournis.
AVANT-PROPOS
À l’occasion du centenaire de l’avènement du commun isme, l’ouvrage, à partir de la Révolution bolchevik d’octobre 1917 indique success ivement les huit fondements du communisme mondial, les raisons de sa diffusion dan s le monde, de son enthousiasme planétaire et de sa forte légitimation en France pour des raisons à la fois historiques et d’objectifs humanistes communs, l’es pérance d’un monde meilleur dans lequel les injustices auront été supprimées. Sont examinées ensuite d’une part, les différentes modalités d’accès au pouvoir du communisme sur les quatre continents, de l’URSS aux pays de l’Europe de l’Est, de la Chine à Cuba, de la Corée du Nord au Vietnam, au Yé men et d’autre part, l’attitude de vénération d’un grand nombre d’intellectuels, cinéa stes, artistes, lors de trois périodes historiques : à partir des années trente au nom de la lutte contre le fascisme, après la libération en raison du rôle prestigieux de l’Armée rouge dans la victoire contre le nazisme et de la mise en œuvre des plans quinquenna ux soviétiques, symboles d’une autre voie économique que le capitalisme et enfin, après la guerre froide de 1947 avec l’éviction des ministres communistes dans plusieurs États européens pour protester contre l’influence atlantiste. Tous souscrivaient, parfois après des voyages en Union soviétique, en Chine ou à Cuba, à la promesse d’un « avenir radieux » pour l’humanité. Tous les intellectuels, même les moins engagés se s ont souvent sentis dans l’obligation de « flirter » avec le communisme pour ne pas paraître avoir loupé le train de l’histoire quand ce n’était pas simplement néces saire pour la conduite bien comprise de carrières. L’ouvrage ensuite passe en revue, le communisme dan s les différents pays qui l’ont pratiqué, ses crises et schismes, ses résultats éco nomiques et sociaux désastreux accompagnés d’une absence complète de libertés des citoyens dont le rôle se bornait à appliquer les décisions venues d’en haut, qu’ils devaient entériner dans l’enthousiasme, ses « normalisations » des pays frè res en cas de déviance et les désillusions et désenchantements conduisant à des d issidences intellectuelles de ses supporters. L’image d’un prolétariat « libéré de se s chaînes et connaissant ses véritables intérêts » était, dans la réalité de l’e xercice du pouvoir, apparue utopique pour ne pas dire mensongère. Enfin, l’écroulement, la désintégration du communisme « en un effet domino » dans les différents États so nt analysés ainsi que les reconversions en démocrates ou les condamnations de s dirigeants et responsables communistes. Le communisme avait « scientifiquement » prévu son irréversible extension mondiale. C’est d’une manière inopinée, le résultat inverse qui est intervenu à partir de 1989. L’idée communiste qui a exercé une immense in fluence idéologique ne peut désormais plus être crédible comme solution alterna tive au capitalisme tant ses échecs sont patents, en ne réussissant ni à résorber les i njustices sociales ni à réaliser les rêves de ses supporters désormais privés de convict ions. En revanche, face à la mondialisation à la faveur de laquelle le capitalis me parvient à étendre son emprise, le communisme, et donc le marxisme, demeure un outil d e contestation indemne susceptible de canaliser toutes les oppositions en faveur de la promesse d’un monde meilleur.
INTRODUCTION
Le communisme a profondément marqué le XXe siècle e n exerçant une influence politique significative dans la plupart des pays de la planète et surtout en prenant la direction de nombreux pays sur quatre continents. Il a constitué un projet qui a mobilisé des millions de personnes pour le propager et le so utenir ou au contraire pour s’y opposer. Il a inquiété nombre de ceux qui détenaien t une autorité. Le communisme s’est propagé comme une « traînée de poudre ». Son idéologie, le marxisme, s’est présentée comme la première analyse scientifique de phénomènes sociaux dont la volonté était de substituer au mode de production c apitaliste jugé injuste et inefficace, pratiquant notamment l’exploitation de l’homme par l’homme, la concurrence sauvage, l’accumulation de plus-value, la lutte des classes, un mode de production où la propriété des moyens de production appartiendrait a ux prolétaires et où la lutte des classes n’existerait plus, en vue d’une société plu s juste et plus efficace. C’est ce qui explique la « faculté d’attirance » du communisme e t qu’autant d’individus aient pu, sur la foi du « caractère scientifique du marxisme » qu i le rendait crédible, commettre des actions révolutionnaires, au besoin, criminelles af in que l’humanité puisse enfin s’émanciper, au nom de la fraternité universelle. Le communisme fut le fruit d’un enchaînement de cau ses, d’événements historiques, d’une réflexion intellectuelle d’aspec t scientifique et en France d’un substrat idéologique remontant à la révolution.
CHAPITRE 1 La spécificité multiforme du communisme et sa particulière légitimation en France
Le communisme est la rencontre d’un événement historique, d’une action, d’ une philosophie, et des modalités d’accès au pouvoir diversifiées dans le monde et pour la France, l’exercice d’un pouvoir d’influence explicable par des communautés de ressentis et d’analyse de faits historiques à laquelle s’ajoutent des communautés provisoires d’intérêts politiques.
1. LA RENCONTRE D’UN ÉVÉNEMENT HISTORIQUE ET D’UNE PHILOSOPHIE « SCIENTIFIQUE »
1.1. Un événement historique
En 1917, un événement planétaire historique survenait qui allait bouleverser le monde et exercer une influence considérable dans le siècle jusqu’à aujourd’hui. Nos vies, notre façon de penser allaient être modifiée : le communisme. Dans les années 1970, les professeurs de lycée, notamment d’histoire et de sciences économiques, tous formés dans l’euphorie idéologique post-Seconde Guerre mondiale, annonçaient la victoire certaine et irréversible du communisme. Cette vérité reposait, à les comprendre, sur un fait historique irréversible et surtout sur une doctrine « scientifique », la doctrine communiste. Le fait historique générateur, c’est la prise du Palais d’Hiver à Petrograd le 26 octobre 1917 où était retranché le gouvernement bourgeois d’Alexandre Kerenski, membre du parti socialiste révolutionnaire, par les bolcheviks qui prônent une alliance prolétarienne entre ouvriers et paysans. Ils refusent à la fois la « guerre impérialiste » et la légitimité du gouvernement. Les bolcheviks mènent l’insurrection. Leur chef, Vladimir Oulianov qui a pris le pseudonyme de « Lénine », ordonne la distribution de la terre, engage des négociations de paix avec l’Allemagne, supprime la liberté de la presse et instaure la « dictature du prolétariat ». Les révolutionnaires avaient pour ambition d’abolir le capitalisme et le despotisme centralisé du pouvoir. Ils souhaitaient abolir l’exploitation de l’homme par l’homme avec celle de la propriété privée des moyens de production. Cet événement allait ouvrir une grande espérance pour la majorité des populations ou une grande crainte pour la minorité favorable au statu quo. C’était aussi et surtout la naissance du mythe ou d’une utopie du projet universaliste de l’avenir radieux.
1.2. Le marxisme
Le marxisme constitue la construction philosophique la plus féconde de l’époque moderne et du siècle dont l’influence a été, et demeure aujourd’hui encore, dans une certaine manière, le message qui a exercé le plus d’influence sur l’évolution des sociétés contemporaines. Il a régné sur quatre continents : l’Europe de l’Est (URSS, RDA, Yougoslavie, Hongrie, Bulgarie, Pologne, Albanie, Slovaquie, Tchécoslovaquie, Moldavie, Finlande), l’Amérique (Cuba, Grenade), l’Afrique (Somalie, Angola, Mozambique, Congo, Bénin, Éthiopie, Madagascar), l’Asie (Corée du Nord, Chine, Vietnam, Laos, Mongolie, Afghanistan et au Moyen-Orient, le Yémen). Le marxisme se présente comme une philosophie « scientifique » de l’action et de la prise de pouvoir. Il devait devenir mondial. – Dans le domaine économique, le marxisme est une condamnation radicale de la propriété privée des moyens de production et vise à mettre en œuvre une société communiste ayant aboli l’exploitation de l’homme par l’homme. Il est la critique la plus virulente du capitalisme. Le marxisme est considéré comme la première analyse scientifiquement convaincante des phénomènes sociaux. Les écrits de Marx visaient à renverser le capitalisme pour lui substituer, par la révolution, une société plus humaine. Il a offert à des générations d’individus des raisons de se convaincre que la promotion de la justice sociale et celle de la vérité scientifique étaient un seul et même combat. Cette caractéristique a permis que le marxisme joue un rôle idéologique en apportant aux révolutionnaires une puissante caution morale dont ils avaient besoin pour commettre et poursuivre leurs audacieuses actions ainsi que justifier le sacrifice de leur jeunesse en se laissant embrigader dans un militantisme discipliné pouvant même les conduire, par aveuglement, à l’exécution inconditionnelle de mot d’ordre. – Dans le domaine politique, le marxisme dénonce les démocraties classiques. Pour les marxistes, la démocratie de type occidental est purement formelle. Analysée à la lumière de la lutte des classes, seul phénomène explicatif de l’évolution des sociétés pour eux, la démocratie occidentale apparaît comme une démocratie bourgeoise qui masque l’oppression du prolétariat par la classe dominante. Le marxisme considère les démocraties libérales comme faussement démocratiques et faussement libérales. Faussement démocratique, car la souveraineté populaire n’y est qu’un mythe. La démocratie ne s’exprime que de façon intermittente, lors des élections. Dans l’intervalle, le peuple redevient esclave des pouvoirs publics, confisqués par la bourgeoisie. Faussement libérale, car la démocratie repose sur une notion abstraite de la liberté. L’affirmation solennelle des libertés est dépourvue de sens, puisque seule la classe dominante dispose des moyens effectifs de jouir de ces libertés. Seule la disparition du capitalisme par la socialisation des moyens de production permettra l’avènement de libertés « réelles ». L’État n’est, dans cette perspective, qu’un instrument de la lutte des classes.
1.3. Les antécédents à l’analyse marxiste Le marxisme est né de la synthèse de l’hégélianisme (Hegel 1770-1831) et des diverses tendances socialistes. Hegel formule deux théories capitales : la théorie de la dialectique et la théorie de l’État : – La théorie de la dialectique est à la fois une méthode d’approche de l’histoire et une méthode de connaissance. Elle procède de la lutte féconde des contraires mais sans esprit de compromis. Elle s’exprime par la progression : thèse, antithèse, synthèse. – La théorie de l’État est la sphère de conciliation de l’universel et du particulier. L’État est la réalité de la liberté concrète. Parce qu’il y a opposition entre l’individu et la collectivité organisée qui apparaît à l’individu comme puissance extérieure et contraignante, l’État doit ruser pour faire reconnaître le caractère supérieur de son pouvoir et le caractère raisonnable de sa loi. La synthèse de l’hégélianisme et des diverses tendances socialistes apporte une philosophie matérialiste de l’histoire, une dialectique révolutionnaire et une praxis du pouvoir. Une philosophie matérialiste de l’histoire : Le fait économique permet de faire triompher l’analyse scientifique sur la métaphysique car il permet d’expliquer le mode d’organisation et de fonctionnement de toute société. Les phénomènes idéologiques divers (religions, idées politiques, mentalités) ne sont que des sous-produits du fait économique, des superstructures. Le mode de production engendre un rigoureux déterminisme social qui s’étend aux comportements individuels. La conscience individuelle n’est qu’un reflet : ce n’est pas la conscience de l’homme qui détermine sa condition historique mais l’inverse. L’homme est aliéné comme tout rapport de production est un rapport de subordination. Le maître se subordonne l’esclave et l’aliène deux fois : en le spoliant d’une partie du produit de son travail et en instituant un système de valeurs qui lui permet de masquer cette spoliation :« La religion opium du peuple ». Pour se libérer de l’aliénation, l’individu exploité doit prendre conscience des lois scientifiques inexorables qui régissent la société, refuser toute consolation aliénante et agir dans le sens de l’évolution historique. – Une dialectique révolutionnaire : l’histoire est la science du mouvement et ce mouvement est dialectique. Chaque société est fondée sur un mode de production créateur des forces antagonistes, des forces matérielles qui s’opposent de plus en plus au mode de production et à un moment donné, les infrastructures contestées sont détruites par le mouvement révolutionnaire. Cette évolution est nécessaire, c’est une loi : il y a un déterminisme historique comme il y a un déterminisme social. Le moteur de ce déterminisme est la lutte des classes. L’histoire évolue par antagonisme : la lutte des classes contient ces antagonismes. Chaque nouvelle époque est marquée par la libération irréversible d’une classe, ainsi, l’esclavagisme cède au servage, la féodalité à la bourgeoisie. L’époque contemporaine est marquée par l’ultime affrontement des classes car il n’y a plus que deux classes, la bourgeoisie – qui détient les moyens de production – et le prolétariat – qui