De Gaulle, la République et la France libre

De Gaulle, la République et la France libre

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Livres
367 pages

Description

Figure tutélaire de la France Libre, grand témoin de la Seconde Guerre mondiale et historien majeur de la résistance, Jean-Louis Crémieux-Brilhac livre ici plus de 30 ans de réflexions sur son histoire et son engagement. Un recueil inédit qui fera date.
A travers ce recueil, Jean-Louis Crémieux-Brilhac livre plus de cinquante ans de réflexions sur la plus grande aventure collective française du XXe siècle, la France Libre. Mais c'est principalement à sa forme politique et à son chef, Charles de Gaulle, qu'est consacré cet ouvrage, car – ce que la mémoire nationale méconnaît trop souvent – l'action de la France Libre a été essentiellement politique. Ainsi s'éclairent la relation entre Londres, la Résistance intérieure et le parti communiste, la place de la France Combattante dans le jeu des trois grands Alliés ou encore telle phase méconnue de la restauration républicaine... Rassemblés pour la première fois, complétés et révisés, ces textes montrent l'exceptionnelle fécondité politique de ce moment unique de l'histoire de France.



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Informations

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Date de parution 24 avril 2014
Nombre de lectures 5
EAN13 9782262047757
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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12, avenue d’Italie
75013 Paris
Tél. : 01 44 16 09 00
Fax : 01 44 16 09 01

ISBN : 978-2-262-04775-7

Le débarquement allié en Afrique du Nord : la crise

Le retrait des Français Libres

1942-1943, tournant de la guerre

Londres centre des communications secrètes avec la Résistance

Le STO et le grand refus de l’opinion française

Les Anglais devant les problèmes de la lutte armée en France

La pression communiste

Pour une insurrection nationale

Entente cordiale radiophonique en vue du débarquement

Le débarquement allié ne sera pas le signal de l’insurrection nationale

« Les sanglots longs des violons… »

Un coup de frein

Des consignes échelonnées de soulèvement national

Echec à Goebbels…

… et miracle de l’espérance

3. Une politique mondiale volontariste

Une nécessité vitale

De Gaulle propagandiste

Des moyens éclatés

Une grande équipe

Quel bilan ?

L’information unifiée au service du CFLN

Parmi les grandes figures de la politique de l’information

4. 1941. Vichy dans l’Europe allemande

La mise en œuvre de la collaboration d’Etat

Six guillotinés en gage de compréhension

La réaction patriotique ; un « vent mauvais » qui se lève…

L’écoute de la BBC et la première génération d’écrits clandestins

Des préfets à l’écoute du changement

Le glissement accru de l’opinion à l’automne 1941

Des indices nouveaux dans la paisible « zone libre »

Les premiers regroupements en mouvements de résistance

Moulin-de Gaulle : une page nouvelle dans l’histoire française de la guerre

Deuxième partie. Refonder l’État, réinventer la République

5. De Gaulle et l’Etat républicain

Une conception historique de la légitimité

Du « Mouvement français libre » à un gouvernement de guerre

Reconstruire l’Etat

Affirmer et restaurer la légalité républicaine

Relever dans la France libérée l’Etat et la République

La « République française d’Alger »

« Ce que nous aurons fait de mieux… »

6. René Cassin, une conscience

L’homme de justice, l’homme des Lumières

« Un des pères de la France Libre »

Une année de responsabilité politique

La démocratisation progressive des institutions de guerre

René Cassin et la « question juive »

Restaurateur de la légalité républicaine

Les Droits de l’Homme et le châtiment des criminels de guerre

Trente ans plus tard, entre deux fidélités

7. La France Libre et la symbolique républicaine

La Croix de Lorraine et la résurgence des emblèmes républicains

Timbres-poste, billets de banque, pièces de monnaie

L’étonnante genèse de la « Marianne de Londres »

La sacralisation du 18 Juin

8. Les combattants socialistes de la France Libre : de l’engagement résolu aux choix d’avenir incertains

1940-1941, une minorité divisée

Le rôle en coulisse de Léon Blum

Des socialistes aux postes clés

Les socialistes et la République française d’Alger : vers la restructuration du parti (1943-1944)

Que sera l’après-Libération ?

9. Un Parlement français outre-mer

Cautionner de Gaulle et plaider pour la souveraineté française

Châtier les traîtres, armer la Résistance

Une influence ambiguë…

Avant-propos

Ce beau jour, tous les généraux auront moins de quarante ans, les colonels moins de trente et les lieutenants seront des fous de vingt-deux ans. On était comme cela en 1796 à l’armée d’Italie. On n’y eût peut-être pas trouvé mille hommes ayant plus de trente ans. J’ajouterais une parole imprudente : ils n’étaient pas des gens du monde.

Ainsi Stendhal dans ses Mémoires d’un touriste rêvait-il d’une jeune France nouvelle, armée et cuirassée, capable « un beau jour » de faire oublier les bourbiers monarchiques et les médiocrités qui révulsaient son âge adulte. Cent cinquante ans après les soldats de l’An II et les va-nu-pieds du jeune Bonaparte, Pierre Brossolette pouvait s’écrier à Londres, un certain 18 juin 1943, avec la fougue épique d’une nouvelle guerre à la fois patriotique et révolutionnaire :

Colonels de 30 ans, capitaines de 20 ans, héros de 18 ans, la France Combattante n’a été qu’un long dialogue de la jeunesse et de la vie. Les rides qui fanaient le visage de la patrie, les morts de la France Combattante les a effacées. Les larmes qu’elle versait, ils les ont essuyées.

La folle aventure des Français Libres du général de Gaulle et des résistants de l’Intérieur réalisait le rêve de Stendhal dans les jours les plus noirs d’une France écrasée.

Le livre que voici ne traite pas de combats. Il est consacré principalement à la France Libre politique et à son chef, car l’épopée militaire a été, dès les premiers jours, au service d’un dessein politique et – ce que la mémoire nationale méconnaît trop souvent – l’aventure de la France Libre a été essentiellement une aventure politique. Mais il est clair que rien de ce qui est relaté ici n’aurait été possible sans l’engagement des poignées de tout jeunes volontaires, à peine plus de 32 000 au bout de trois ans, qui, dans la plus grande conflagration de l’Histoire, ont participé aux batailles de tous les continents, de tous les fronts, de toutes les mers, et dont quelques-uns ont porté leur drapeau et leur Croix de Lorraine jusqu’au nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden.

Si le pari du 18 Juin a été gagnant, il l’a été certes grâce à la victoire alliée à laquelle les volontaires des Forces françaises libres ont contribué ardemment, mais il l’a été d’abord, s’agissant de la France, grâce à la clairvoyance et à la volonté intraitable d’un homme.

Rejetant l’adage qui lui a souvent été opposé selon lequel un prince n’est grand qu’à la tête de ses troupes, ce commandant de blindés s’est voulu chef de guerre. Parti de rien, il a tiré de l’abîme une nation effondrée par le pire cataclysme de son histoire depuis la guerre de Cent Ans. La France lui doit, non seulement d’avoir recouvré « son épée, son Empire et son rang », une souveraineté retrouvée, assortie d’un siège permanent au Conseil de sécurité et de zones d’occupation en Allemagne et en Autriche, mais d’avoir fait en sorte qu’il y eût non des résistances, mais LA Résistance, d’avoir restauré sans troubles civils graves la vie démocratique, engagé des réformes sur lesquelles le pays vit encore aujourd’hui et permis aux Français d’oublier la honte.

Les textes regroupés dans ce livre sont ceux de communications à des colloques et d’articles remontant pour certains à 1975. La plupart étaient le fruit d’une recherche : aussi entrent-ils parfois dans un extrême détail. D’autres, évoquant des épisodes auxquels j’ai été associé ou des hommes que j’ai connus, ont un ton personnel. Malgré ces disparités, je les ai choisis pour qu’ils fassent un tout. Leur ensemble n’a pas pour objet de reconstituer une biographie de plus du héros libérateur ni de recomposer une histoire de la France Libre que j’ai écrite par ailleurs1. Ils attestent que la longue progression politique de la France Libre ne s’est pas limitée aux affrontements de Gaulle-Churchill ou de Gaulle-Roosevelt, objets de multiples ouvrages. Ils visent à éclairer par des coups de projecteur convergents quelques aspects majeurs de la restauration républicaine et de la relation entre la France Libre et la Résistance intérieure, la place de la Résistance dans le jeu des trois Grands, telle phase méconnue, les rouages d’une politique, l’invention successive de stratégies.

J’ai dû remanier, parfois profondément, ou compléter les textes des communications et des articles réunis ci-après afin d’éviter de fastidieuses répétitions, afin surtout de tenir compte à la fois de documents plus récemment mis à jour, en particulier ceux qui concernent la politique soviétique dans ses rapports avec le parti communiste, et d’ouvrages qui ont renouvelé nos connaissances, comme ceux de Daniel Cordier, de Pierre Laborie, de Laurent Douzou, de Sébastien Albertelli, de Philippe André. Seul l’article sur « Les Glières et la guerre psychologique », daté de 1975, est reproduit dans sa forme strictement originale, mais encadré de commentaires, en tant que jalon dans l’historiographie d’un épisode qui donne lieu, aujourd’hui même, à un regain déplorable de contestations.

On découvrira, à travers les péripéties qui se succédèrent entre le premier appel lancé par de Gaulle sur les ondes de la radio anglaise et sa reconnaissance, dix jours plus tard, par Churchill comme « Chef des Français Libres qui poursuivaient le combat », combien il s’en est fallu de peu que l’histoire ne tourne autrement.