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De Hattusa à Memphis

De
288 pages
Au-delà de la culture hittite, ces contributions se penchent sur les origines les plus lointaines aussi bien que sur les éléments les plus modernes de cette civilisation et ses relations avec les pays limitrophes. Ces mélanges s'adressent à Jacques Freu, chercheur enthousiaste qui a apporté une contribution décisive au savoir et à la connaissance du monde et de la civilisation hittites.
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Collection Michel Mazoyer
KUBABA
S é r ie Sydney Hervé Aufrère (éd.)De Hattuša à Memphis Antiquité
Jacques Freu in honorem
De Hattuša à Memphis
Honorant un des leurs, Jacques Freu, des chercheurs font état de
Jacques Freu in honoremleurs recherches sur l’Anatolie, l’Asie Mineure et les pays voisins
en ouvrant un espace d’intertextualité avec ceux de leur collègue.
Au-delà de la culture hittite, les auteurs se sont, en eff et, penchés
sur les origines les plus lointaines aussi bien que sur les éléments
les plus modernes de cette civilisation et ses relations avec les
pays limitrophes. Ils off rent ici un large éventail d’études dans les
champs abordés par ce grand savant tout au cours de sa carrière.
Ces mélanges s’adressent à un chercheur enthousiaste qui, aux dires
unanimes de ses collègues, a apporté une contribution décisive au
savoir et à la connaissance du monde et de la civilisation hittites.
Aussi cet hommage collectif à son talent et à sa fructueuse carrière
scientifi que n’est-il pas un hasard, mais le témoignage de l’estime
et de l’amitié de tous.
Illustration de couverture : Autour de minuit,
peinture de Jean-Michel Lartigaud.
ISBN : 978-2- 343-00004-6
29
Michel Mazoyer
De Hattuša à Memphis
Sydney Hervé Aufrère (éd.)
Jacques Freu in honorem















DE HATTUŠA À MEMPHIS
Jacques Freu in honorem













Reproductions de la couverture :
Logo KUBABA : la déesse KUBABA (Vladimir Tchernychev)
Illustration : Autour de minuit, peinture de Jean-Michel Lartigaud.

Directeur de publication : Michel Mazoyer
Directeur scientifique : Jorge Pérez Roy

Comité de rédaction
Trésorière : Christine Gaulme
Colloques : Jesús Martínez Dorronsorro
Relations publiques : Annie Tchernychev, Sylvie Garreau
Directrice du Comité de lecture : Annick Touchard

Comité scientifique
Sydney H. Aufrère, Sébastien Barbara, Marielle de Béchillon, Pierre Bordreuil, Nathalie
Bosson, Dominique Briquel, Sylvain Brocquet, Gérard Capdeville, Jacques Freu, Charles
Guittard, Jean-Pierre Levet, Michel Mazoyer, Paul Mirault, Dennis Pardee, Eric Pirart, Jean-
Michel Renaud, Nicolas Richer, Bernard Sergent, Claude Sterckx, Patrick Voisin, Paul
Wathelet

Ingénieur informatique
Patrick Habersack (macpaddy@free.fr)



Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud
et de Vladimir Tchernychev.

Ce volume a été imprimé par

© Association KUBABA, Paris

© L’Harmattan, Paris, 2013
5-7, rue de l’École Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-00004-6
EAN : 9782343000046

COLLECTION KUBABA

Série Antiquité



DE HATTUŠA À MEMPHIS
Jacques Freu in honorem



Édité par Michel MAZOYER et Sydney Hervé AUFRÈRE




Association KUBABA, Université de Paris I
Panthéon – Sorbonne
12, place du Panthéon 75231 Paris CEDEX 05



L’Harmattan



Bibliothèque Kubaba (sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr/

CAHIERS KUBABA
Barbares et civilisés dans l’Antiquité.
Monstres et Monstruosités.
Histoires de monstres à l’époque moderne et contemporaine.

COLLECTION KUBABA
Série Antiquité
Dominique BRIQUEL, Le Forum brûle.
Jacques FREU, Histoire politique d’Ugarit.
——, Histoire du Mitanni.
——, Suppiliuliuma et la veuve du pharaon.
Éric PIRART, L’Aphrodite iranienne.
——, L’éloge mazdéen de l’ivresse.
——, L’Aphrodite iranienne.
——, Guerriers d’Iran.
——, Georges Dumézil face aux héros iraniens.
Michel MAZOYER, Télipinu, le dieu du marécage.
Bernard SERGENT, L’Atlantide et la mythologie grecque.
Claude STERKX, Les mutilations des ennemis chez les Celtes préchrétiens.
Les Hittites et leur histoire en quatre volumes :
Vol. 1 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, en collaboration avec Isabelle KLOCK-
FONTANILLE, Des origines à la fin de l’Ancien Royaume Hittite.
Vol. 2 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, Les débuts du Nouvel Empire Hittite.
Vol. 3 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, L’apogée du Nouvel
Vol. 4 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, Le déclin et la chute du Nouvel Empire
Hittite.
Sydney H. AUFRÈRE, Thot Hermès l’Égyptien. De l’infiniment grand à l’infiniment petit.
Michel MAZOYER (éd.), Homère et l’Anatolie.
Michel MAZOYER et Olivier CASABONNE (éd.), Mélanges en l’honneur du Professeur René
Lebrun :
Vol. 1 : Antiquus Oriens.
Vol. 2 : Studia Anatolica et Varia.



SOMMAIRE



Sydney H. AUFRÈRE, « On ne naît pas chercheur, on le 13
Michel MAZOYER devient… Jacques Freu Bibliographie de Jacques Freu 19

PARTIE IREGARD SUR LES ORIGINES

Jean-Pierre LEVET Le hittite apporte-t-il un soutien 25
lumineux à la théorie eurasiatique ?

PARTIE IIÀ PROPOS DE LA CIVILISATION HITTITE.
1. Les hommes et les faits

Massimo FORLANINI Les routes du Palâ 43
Susanne HEINHOLD- Zur Lage des hethitischen 59
KRAHMER Vasallenstaates Wilu a im Südwesten
Kleinasiens
Cyril LACHEZE À propos de la musique des Hittites 75

2. Croyances et idéologie

Shihong DAI 87 À propos des chanteuses sacrées à
l’époque hittite
Magdalena KAPE U The town of Zithara 93
Michel MAZOYER Le voyage de l’égide dans la 105
mythologie hittite














SOMMAIRE
Raphaël NICOLLE À propos de la mention du dieu de 113
l’Orage dans CTH 726.1
Piotr TARACHA How many grain-deities 119
alki/Nisaba ?

PARTIE III LES HITTITES ET LES RÉGIONS PÉRIPHÉRIQUES :
ÉGYPTE, UGARIT ET CHYPRE

Pierre BORDREUIL 133 Les tablettes alphabétiques de la
Maison d’Ourtenou : lieu de rencontre
des archives de l’acropole d’Ougarit,
des palais d’Ougarit et de la résidence
de Ras Ibn Hani
Deux témoins douteux 143 Robert HAWLEY et
Dennis PARDEE
Itamar SINGER† Two notes on the sea links between 165
Egypt and the Hittite Empire
S
Sydney H. AUFRÈRE La polysémie du copte 169
(< ég. wt). De l’infamie ou de
l’abjection à la dépravation et de la
réprobation à l’inaptitude
Fred C. WOUDHUIZEN The Amathus Bilingual Inscription 193


PARTIE IVLA SURVIVANCE DU MONDE HITTITE
1. Les Hittites dans l’Antiquité

Hugo NACCARO 203 Maliya au « banquet des douze
divinités »
Sabrina RAHMANI Étude du kukéôn d’après la lecture 209
d’Homère
Sébastien BARBARA Néron et Agrippine sur des émissions 215
conjointes d’Eumeneia (Phrygie) :
essai d’interprétation

10












DE HATTU A À MEMPHIS

Michèle BIRAUD Le premier Hymne à Isis d’Isidoros : 237
une structure d’ensemble soulignée
par des clausules accentuelles
Valérie FARANTON Agamemnon, le roi impie 249
René LEBRUN Permanence de dieux louvites dans la 259
Lycie hellénistique

2. Les Hittites et le monde contemporain

Françoise BADER E. Benveniste et R.M. Rilke 267




























11
ON NE NAÎT PAS CHERCHEUR, ON LE DEVIENT…
JACQUES FREU



Dans le développement de l’hittitologie et l’accélération des travaux sur
l’histoire et les religions anatoliennes au cours des dernières années, une
place éminente revient à notre estimé collègue Jacques FREU. Si on pouvait
définir en un mot notre ami, né le 30 janvier 1925, on dirait qu’il est
historien. Il y a bien longtemps, il a embrassé la vocation de l’histoire, qui
l’a conduit, après des études classiques, à l’agrégation d’histoire (1951).
Mais c’est à Emmanuel Laroche (1914-1991), dont il suit les cours pendant
une dizaine d’années à l’École des Hautes-Études, qu’il doit de faire ses
premiers pas dans l’étude du Hatti et de sa langue. Quelle était la place du
Hatti, de son impact dans le bassin méditerranéen ? Voilà la tâche à laquelle
ce passionné d’études anciennes consacre tous ses efforts. Ses travaux,
fondés sur les recherches les plus récentes en archéologie et en philologie,
abordent l’histoire politique du Proche-Orient. Il lui a consacré maints
travaux alors qu’il dispensait un cours sur ce thème dans le cadre de
l’Université de Nice. Les livres et parties d’ouvrages consacrés par lui à ces
thématiques, dont certains en collaboration avec Michel Mazoyer, sont de
ceux qui, non seulement changent l’optique disciplinaire en associant
histoire, religion et idéologie considérées dans leur continuum, mais
permettent au grand public de mieux connaître cette civilisation méconnue,
en la replaçant à la croisée de différentes cultures que seule une solide
formation classique permet d’appréhender dans son ensemble. Dans ces
conditions, on ne s’étonnera donc pas si le projet d’un recueil d’articles
reposant sur la collaboration et la réflexion de collègues mais aussi de jeunes
chercheurs touchés par son enseignement, a suscité approbation et
enthousiasme puisque le récipiendaire de ces mélanges, pendant son long
parcours au service de la science, a su maintenir un équilibre entre un
enseignement réussissant à captiver son auditoire, suscitant ainsi des
vocations, et une recherche reconnue par la communauté disciplinaire et au-
delà. Pourtant, la bibliographie de Jacques FREU réunie ci-après ne témoigne
que partiellement d’une vie consacrée à cette discipline exigeante. Ces











S.H. AUFRÈRE, M. MAZOYER
Mélanges qui lui sont consacrés, sont intitulés De Hattu a à Memphis, pour
bien s’inscrire entre les deux pôles entre lesquels son travail évolue, et par
d’autres questionnements en lien avec les siens. Dans leur majorité, ces
articles distribués en fonction de leur thématique, permettent de suivre les
traces de cette civilisation qui a perduré bien longtemps, dans les esprits
après sa disparition.

Dans la première partie, REGARDS SUR LES ORIGINES, les éditeurs
indiquent que Jacques Freu, en historien de sa discipline, s’est intéressé aussi
bien aux origines de la civilisation hittite qu’à l’empreinte qu’elle a laissée
dans le bassin méditerranéen. En écho, Jean-Pierre LEVET a accepté de se
pencher sur la théorie eurasiatique. Pour répondre à la question posée dans le
titre de son papier, il conclut que si l’on n’estime pas vain de travailler sur
un ancêtre hypothétique de l’indo-européen, l’anatolien offre à l’analyse des
faits susceptibles d’apporter des éléments de soutien à cette théorie.

La deuxième partie, À PROPOS DE LA CIVILISATION HITTITTE, est scindée
en deux. Dans le premier volet, Des hommes et des faits, l’article de
Massimo FORLANINI rappelle au lecteur que Jacques Freu a consacré des
efforts à la géographie hittite (II.1980, 1983a-b, 1987, 1998a, 2006b ; III.4).
M. FORLANINI évoque les routes du Palâ, le nord de Hattusa étant
particulièrement important pour comprendre la civilisation hittite et son
histoire. Évoquant tout d’abord une nouvelle reconstruction de la géographie
historique de Roger Matthews et Claudia Glatz (2009), il examine deux
itinéraires, qui, à l’aide de quelques nouveaux renseignements, peuvent faire
progresser notre connaissance de la région. Selon lui, la région du Palâ
devait se trouver entre le Devrez Çay (fleuve Tahara) et Bolu (Kala ma), au
nord de la chaîne de montagnes qui aujourd’hui s’appelle Köro lu Da ları et
dont la portion centrale, à l’époque hittite, portait le nom de A harpaya ;
cette chaîne séparait le Palâ de la région de Ki iya et appa. Susanne
HEINHOLD-KRAHMER, quant à elle, traite des questions importantes de
l’histoire hittite et les relations de ce royaume avec ses voisins en évoquant
la situation de l’état vassal de Wilusa dans le sud de l’Asie mineure. Et,
reconsidérant le problème, sur la base du § 14 du contrat Alaksandu, elle
confirme la probabilité d’une localisation de Wilusa au sud-ouest de
l’Anatolie. Cyril LACHESE, après avoir fait un état de la recherche sur la
musique hittite, souligne son caractère sacré et met en évidence la place
qu’occupe celle-ci dans les rituels. Elle n’est pas une source de distraction,
mais appartient à la célébration du culte en faisant valoir dans ce monde
l’importance de l’interaction entre la musique et le monde des divinités.
14













ON NE NAÎT PAS CHERCHEUR, ON LE DEVIENT… JACQUES FREU
Du fait de sa réelle modestie, Jacques Freu a toujours prétendu que ses
connaissances dans le domaine de la religion étaient trop sommaires pour
qu’il puisse s’aventurer à quelques publications, ce qui ne l’a pas empêché
d’en aborder divers aspects (II. 1990a ; 1994a). Mais les entretiens privés
montrent qu’il n’en est rien car il admet que la religion lui a permis de saisir
l’idéologie d’une société et de ses mentalités. En effet, l’histoire
événementielle dont il est un défenseur lui a permis de remodeler certaine
théorie sur le Mythe de Télipinu par exemple (I.2007). Les événements du
règne de ce roi homonyme de la divinité en éclairent la genèse. Ajoutons que
sa conception classique de l’histoire est indispensable à une analyse des
mentalités et des représentations. Aussi, le second volet de la deuxième
partie, Croyances et idéologie, s’inscrit bien dans cette perspective. Shihong
DAI montre la place qu’occupaient les chanteuses sacrées. Le Prince hittite
se rend régulièrement dans une auberge, assimilée à un lieu de culte. Entouré
de jeunes chanteuses, il est livré à la prostitution cultuelle, destinée à le
régénérer, revivifiant ainsi le royaume hittite en lui garantissant une
descendance et une succession royale. Magdalena KAPE U (Université de
Varsovie) met en lumière les spécificités de la ville de Zithariya dans le
domaine religieux. Parmi les différents sites urbains, Zithara n’avait pas
encore attiré l’attention des spécialistes. Michel MAZOYER (Université de
Paris I) évoque les déplacements de l’égide, symbole sacré du royaume
hittite, remise par le dieu fondateur Télipinu, lors de la fondation du
royaume. Raphaël NICOLLE montre que ce même dieu peut recevoir à
l’époque impériale une désignation qui est celle du dieu de l’Orage
(Tarhunt), son père. D’après un texte bilingue associé à Lelwani, le dieu
creuse le sol avant d’établir les fondations. On doit exclure que le dieu de
l’Orage, qui est un dieu céleste, ait un rapport quelconque avec le sous-sol. Il
est préférable de voir en cette figure de Télipinu le dieu qui creuse le sol. La
question est d’importance vu qu’elle couvre un espace de la recherche
encore mal connu. Piotr TARACHA (Université de Varsovie) soumet une
réflexion sur la divinité Halki, « la divinité du grain », qui, désignée par le
sumérogramme NISABA, est, mentionnée soit comme une déesse, soit
comme un dieu et n’étant nullement, ainsi que le souligne l’auteur,
considérée comme une divinité secondaire.

La troisième partie, LES HITTITES ET LES RÉGIONS PÉRIPHÉRIQUES :
ÉGYPTE, UGARIT ET CHYPRE rend un hommage différent au chercheur qui a
tracé de nouvelles perspectives concernant l’histoire hittite ou les relations
des Hittites avec ses voisins orientaux et méditerranéens, et a tourné les yeux
du côté d’Ugarit (II. 1988, 1998b, 2000a, 2002a). On connaît son Histoire
politique du royaume d’Ugarit (I.2006), mais aussi le livre qu’il a consacré à
15












S.H. AUFRÈRE, M. MAZOYER
l’Histoire du Mittani (I.2003), un des rares ouvrages récents sur cette
civilisation ainsi révélée au grand public. Concernant le volet ougaritique,
Pierre BORDREUIL (CNRS, UMR 8167) souligne l’importance des archives
d’Ourtenou. Il estime qu’elles ont permis toutefois d’ouvrir un troisième
dossier : après ceux de la religion et de l’État, celui de la société d’Ougarit.
Robert HALWEY (CNRS, UMR 8167) et Dennis PARDEE (Université de
Chicago) réexaminent des tablettes où sont censés être consignés les textes
juridiques en langue ougaritique, et évoquent deux textes où les signes
signifiant « témoin », soulèvent des doutes.
D’autres liens avec l’étranger sont abordés. Le regretté Itamar SINGER
(Université de Tel Aviv) évoque les liens maritimes entre l’Egypte et
l’Empire hittite. Fred C. WOUDHUIZEN (éditeur de la revue Talanta) qui
commente l’inscription bilingue « Amathus », avance l’hypothèse que la
langue utilisée, l’Étéo-chypriote, présente un caractère louvite
hiéroglyphique.
Jacques Freu s’est toujours intéressé au puissant voisin en rivalité avec
l’Empire hittite : l’Égypte ; il en a tiré d’intéressantes conclusions sur les
différences profondes entre ces deux empires et les raisons de leurs
affrontements à différentes périodes de l’histoire, dans son volume intitulé
uppiluliuma et la veuve du pharaon (I.2004). Toutefois l’influence de
l’écriture égyptienne sur l’alphabet (II.2000b) ne lui est pas étrangère. En
son honneur, Sydney H. AUFRÈRE (CNRS, Université d’Aix-Marseille)
traite de la problématique liée à la polysémie du terme copte
(djoout) que l’on peut approcher par le démotique ou les traductions en grec
de la Bible dont l’étude permet de voir qu’il gravite autour des notions
d’infamie, d’abjection, de dépravation. Les êtres auxquels on applique ce
mot sont des réprouvés ou des personnes inaptes au bien. Ce terme saurait-il
être comparé à l’entité hittite (adjectif ou substantif) idalu-, qui ne désigne
pas un état mais une entité susceptible de transformer les êtres ou les
choses ?

La quatrième partie, LA SURVIVANCE DU MONDE HITTITE, se subdivise,
elle aussi, en deux. Le premier volet concerne Les Hittites dans l’Antiquité.
Il est consacré à la réception de la culture des Hittites et de leur religion
parmi les peuples voisins, notamment chez les Grecs et les Romains. Hugo
NACCARO (Université de Paris I), mentionnant un passage de Suétone,
avance l’hypothèse que l’idéologie hittite et ses représentations religieuses
étaient encore vivaces à l’époque d’Auguste. Sabrina RAHMANI (Université
de Paris I) évoque le Kukeôn, boisson divine qui occupe une place déjà
importante chez Homère. On sait que le monde hittite est riche d’aliments
divins utilisés (le galaktar et le paruhenas) pour inciter les dieux à rentrer au
16












ON NE NAÎT PAS CHERCHEUR, ON LE DEVIENT… JACQUES FREU
pays. La place jouée par Cybèle, lointaine descendante de la déesse hittite
Kubaba à l’époque de Néron, est bien mise en valeur sur la base du riche
dossier illustré, réuni par Sébastien BARBARA (Université de Lille III).
Michèle BIRAUD (Université de Nice Sophia-Antipolis, Institut Universitaire
de France) propose ici une lecture poétique novatrice du premier hymne à
Isis composé par Isidoros au début du premier siècle av. J.-C et gravé sur
une paroi du temple de Médinet-Mâdi (Fayoum). Cette étude fait partie
d’une recherche en cours sur les évolutions de la poésie dans l’Égypte
hellénistique. Même s’il y a loin de l’Égypte ptolémaïque à celle de Ramsès,
ce domaine géographique constitue un point de contiguïté avec les travaux
de Jacques Freu sur les contacts entre Hittites et Égyptiens. Concernant les
traces que le hittite a laissées après la disparition de son empire vers 1180,
plusieurs chercheurs ont été mis à contribution : Valérie FARANTON
(Université d’Artois) montre l’influence de la civilisation hittite à l’époque
homérique ; inversant la thèse de Dumézil qui voyait dans Achille le guerrier
impie, elle s’interroge sur l’Iliade, montrant qu’Agamemnon s’inscrit dans la
tradition des premiers roi hittites, dont le pouvoir repose sur la guerre et les
rapines, à ce titre exposé à l’impiété et à l’hubris. Agamemnon est un roi
impie : il ne respecte pas les dieux. Il attire donc sur son armée le désastre et
la désolation. Au-delà du personnage d’Agamemnon, le cadre de l’Iliade
peut être rapproché d’un des topoi de la religion hittite. Une faute cultuelle
entraîne le départ d’une force fondamentale assurant la prospérité — ici
Télipinu, là Achille — ainsi que la violence meurtrière du dieu fondateur,
Télipinu pour le monde hittite, Apollon pour le monde grec. René LEBRUN
(Université catholique de Louvain ; Institut catholique de Paris) aborde, dans
les textes lyciens, neuf noms de divinités lyciennes manifestement d’origine
louvite et évoque la place qu’elles occupaient entre le premier millénaire et
l’époque hellénistique.
Le second volet, Les Hittites et le monde contemporain, est formé par
l’article de Françoise BADER (École pratique des Hautes-Études) spécialiste
de l’indo-européen, qui évoque les liens qui unissaient Rainer Maria Rilke et
Émile Benveniste, le grand spécialiste des langues et des civilisations indo-
européennes.

Au terme de cette aventure commune, les éditeurs adressent toute leur
gratitude à ceux qui ont bien voulu s’associer à ce projet. Offrant un large
éventail d’études dans les champs abordés au cours de sa carrière par le
récipiendaire, ces Mélanges s’adressent à un chercheur enthousiaste qui, aux
dires unanimes de ses collègues, associe une immense érudition à des
qualités humaines exceptionnelles. Aussi cet hommage collectif à son talent
et à sa fructueuse carrière scientifique, n’est-il pas un hasard mais le
17











S.H. AUFRÈRE, M. MAZOYER
témoignage de l’estime et de l’amitié de tous. Les hasards de la vie font
qu’on ne naît pas chercheur, on le devient… par une vocation qui s’affermit
d’année en année, à l’exemple et au contact d’autres talents.

Sydney Hervé AUFRÈRE Michel MAZOYER
CNRS, Université d’Aix-marseille Université Paris I Sorbonne


REMARQUE :
Cette publication recourt à la police Ifao-grec-unicode de l’Institut
français d’archéologie orientale (Le Caire). La police de translittération de
l’égyptien est le Times New Roman, enrichi par le alef et le ayîn de la police
Time LT Std IFAO.




























18
BIBLIOGRAPHIE DE JACQUES FREU


I. Ouvrages et parties d’ouvrages
2003 : Histoire du Mitanni (Collection Kubaba, Série Antiquité), L’Harmattan, Paris.
2004 : uppiluliuma et la veuve du pharaon. Histoire d’un mariage manqué. Essai sur les
relations égypto-hittites (Collection Kubaba, Série Antiquité), L’Harmattan, Paris.
2006 : Histoire politique du royaume d’Ugarit (Collection Kubaba, Série Antiquité XI),
L’Harmattan, Paris.
2007 : Télipinu et l’Ancien Royaume de atti, dans Jacques Freu et Michel Mazoyer, Des
Origines à la Fin de l’Ancien Royaume hittite, Les Hittites et leur histoire I (Collection
Kubaba, Série Antiquité VII), L’Harmattan, Paris.
2008 : L’Affirmation du Nouvel Empire HittiteLes
Débuts du Nouvel Empire Hittite (c. 1465-1319 av. J.C.). Les Hittites et leur histoire II
(Collection Kubaba, Série Antiquité XII), L’Harmattan, Paris.
2008 : Quatre-Vingts Ans d’Histoire Hittite (c.1320-1240 av. J.C.), dans Jacques Freu et
Michel Mazoyer, L’Apogée du Nouvel Empire Hittite. Les Hittites et leur histoire III
(Collection Kubaba, Série Antiquité XIV), L’Harmattan, Paris.
2010 : Les Derniers Grands Rois de atti, dans Jacques Freu et Michel Mazoyer, Le Déclin et
la Chute du Nouvel Empire Hittite. Les Hittites et leur histoire IV (Collection Kubaba,
Série Antiquité), L’Harmattan, Paris.
2012 : À la recherche des néo-Hittites, dans Jacques Freu et Michel Mazoyer, Les royaumes
néo-hittites à l’âge du fer. Les Hittites et leur histoire V (Collection Kubaba, Série
Antiquité), L’Harmattan, Paris.


II. Articles, communications et comptes rendus
1974 : « La lettre EA 116 de Rib-Addi, prince de Byblos au pharaon Akhenaton et les Hittites
à el-Amarna », dans Hommage à P. Farges (= Annales de la Faculté des Sciences
Humaines de Nice, n° 21), Nice, p. 15-47.
1979 : « Les débuts du Nouvel Empire hittite et les origines de l’expansion mycénienne »,
Annales de la Faculté des Sciences Humaines de Nice, n° 35, p. 7-57.
1980 : « Luwiya. Géographie historique des provinces méridionales de l’empire hittite,
Kizzuwatna, Arzawa, Lukka, Milawatta », Publications du Centre de Recherches
Comparatives sur les Langues de la Méditerranée Ancienne 6, Nice, p. 178-352.
1981 : « Entre l’Orient et l’Occident. L’Asie mineure à l’âge du Bronze », dans Actes du
Colloque franco-polonais d’histoire. Les relations économiques et culturelles entre
l’Occident et l’Orient, Nice-Antibes 6-9 novembre 1980, Université de Nice. Laboratoire
d’histoire quantitative. Musée d’archéologie et d’histoire d’Antibes, p. 17-36.













M. MAZOYER
1983a : « Les archives de Ma at Höyük, l’histoire du Moyen Royaume hittite et la géographie
du pays Gasga », Publications du Centre de Recherches Comparatives sur les Langues de
la Méditerranée Ancienne 8, Nice, p. 86-219.
1983b : « Minorités et phénomènes migratoires en Syrie à l’âge du Bronze Récent : Nomades,
Hors-la-loi et Peuples de la Mer (c. 1550-1150 av. J.C.) », dans Actes du colloque
international Entre l’Occident et l’Orient : Minorités, Echanges, Populations et l’Individu,
Antibes-Juan-les-Pins 29-31 octobre 1981, Nice, p. 3-11.
1985 : « La Correspondance d’Abimilki, prince de Tyr et la fin de l’ère amarnienne », dans
René Braun (éd.), Hommage à Jean Granarolo : philologie, littératures et histoire
anciennes (= AFLSH 50), p. 23-60.
1987 : « Problèmes de chronologie et de géographie hittites, Madduwatta et les débuts de
l’empire », Colloque anatolien, Paris 1-5 juillet 1985, Acta Anatolica E. Laroche oblata,
Hethitica 8, p. 123-175.
1988 : « La tablette RS 88.2230 et la phase finale du royaume d’Ugarit », Syria 65, p. 395-
398.
1989a : « Le monde mycénien et l’Orient. Théra, la Crète et l’Egypte », Publications du
Centre de Recherches Comparatives sur les Langues de la Méditerranée Ancienne 10,
Nice.
1989b : « L’arrivée des Indo-Européens en Europe », Bulletin de la Société Guillaume Budé,
mars 1989, p. 3-41.
1990a : « La royauté et les dieux dans l’Asie mineure ancienne », dans De la Préhistoire à
Virgile : Philologie, Littératures et Histoires Anciennes. Hommage à R. Brun (= AFLSH
56), Nice, p. 11-37.
1990b : « Hittites et Achéens. Données nouvelles concernant le pays d’A iyawa »,
Publications du Centre de Recherches Comparatives sur les Langues de la Méditerranée
Ancienne 11, Nice.
1990c : Compte rendu d’E. Masson, Les Douze Dieux de l’Immoralité. Croyances indo-
européennes à Yazılıkaya, Syria 67, p. 531-534.
1992 : « Les guerres syriennes de uppiluliuma et la fin de l’ère amarnienne », Hethitica 11,
p. 39-101.
1994a : « Les dieux des Aryas occidentaux dans les textes cunéiformes », dans
Chantal Kircher-Durand et Danielle Pastor Lloret (éd.), Hommage à J. Manessy-Guitton :
Nomina rerum, publications du Centre de Recherches Comparatives sur les Langues de la
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20













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2006b : « Les montagnes dans l’historiographie et la géographie hittite », Res Antiquae 3,
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Groddek et Marina Zorman (éd.), Tabularia Hethaeorum, Hethitologische Beiträge Silvin
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2008a : « Les sceaux des rois de Mitanni », NABU 2009, p. 5-9.
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Homère et l’Anatolie (Collection Kubaba, Série Antiquité), L’Harmattan, Paris, p. 107-
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2009 : « Qatna et les Hittites », Studia Orontica 6, Damas, p. 9-23.
2010-2011 : « Le vase d’argent du Musée des Civilisations anatoliennes d’Ankara », Talanta
42, p. 185-192.
21













M. MAZOYER


III. À paraître
1 : « Le pays de Damas entre Égyptiens et Hittites ».
2 : « Les Hittites et la Bible ».
3 : « Akhenaton, Smenkhkarê et Tutankhamon : nouvelles perspectives ? ».
4 : « Les pays de Wilu a et d’A iyawa et la géographie de l’Anatolie occidentale à l’âge du
Bronze », dans Michel Mazoyer (éd.), Homère et l’Anatolie II (Collection Kubaba, Série
Antiquité).
22

REGARD SUR LES ORIGINES











































De Hattu a à Memphis. Jacques Freu in honorem.
Édité par Michel Mazoyer et Sydney Hervé Aufrère
Cahiers Kubaba, Paris, 2013, p. 25-40.
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LE HITTITE APPORTE-T-IL UN SOUTIEN LUMINEUX À LA THÉORIE
EURASIATIQUE ?
Jean-Pierre LEVET
Université de Limoges



Évoquer un soutien lumineux, voire divin, qui serait apporté à la théorie
eurasiatique par le hittite et conséquemment par le rameau anatolien de
l’indo-européen relève d’un humour d’une inspiration quelque peu
équivoque. S’il reflète, en effet, d’une manière plaisante le contenu de la
présente étude, à savoir une analyse du thème iun- du substantif iu
« dieu » orientée dans une perspective diachronique qui s’étend bien au-delà
des reconstructions classiques, il masque aussi, à sa façon, un trouble certain
lié à un implicite, mais nécessaire, aveu de prudence d’un comparatiste qui
tente d’orienter sa recherche vers les horizons théoriques et lointains de
l’eurasiatique et du nostratique et sollicite d’emblée l’indulgence des lecteurs
que laisserait sceptiques a priori ou hostiles après information toute tentative
scientifiquement délicate de cette nature.
La nôtre, fondée sur des enseignements de J. Greenberg, portera sur des
faits hittites et anatoliens précis que le savant américain n’a pas insérés dans
ses listes de correspondances.
Pendant plus d’un siècle et demi, la recherche sur la macrofamille de
langues dont relèverait l’indo-européen a connu des fortunes diverses et des
moments le plus souvent difficiles. Elle vient de produire une série d’œuvres
1majeures qui fournissent des matériaux et des constats fiables, qu’il
convient désormais d’exploiter et d’approfondir avec le souci constant

1 Voir principalement GREENBERG, Indo-European and its Closest Relatives = ID., Langues
indo-européennes I pour la version française ; ID., Langues indo-européennes II) ; BOMHARD,
Reconstructing Proto-Nostratic ; DOLGOPOLSKY, Nostratic Dictionary ; on se reportera à la
bibliographie de GREENBERG, Indo-European…, II, p. 369-394 ; de GREENBERG, Indo-
European…, I, p. 196-202 ; de BOMHARD, op. cit., I, p. 531-756 ; de DOLGOPOLSKY, op. cit.,
p. 2801-3078.












J.-P. LEVET
d’apporter des preuves nouvelles ou mieux étayées de l’existence réelle des
apparentements posés.
Sur la base de comparaisons grammaticales et lexicales, J. Greenberg
appelle eurasiatique l’ancêtre commun de l’indo-européen et de sept autres
familles (étrusque ou tyrrhénien, ouralo-youkaghir, altaïque, coréo-nippo-
aïnou, guiliak, tchouktchi-kamtchatkien et eskimo-aléoute), descendant lui-
même, au même titre que l’afro-asiatique, le kartvélien et l’élamo-dravidien
2d’une proto-langue appelée nostratique . Pour A. Dolgopolsky, l’étape
intermédiaire eurasiatique n’a pas à être prise en compte, si bien que souvent
chez lui le nostratique correspond à peu près à l’eurasiatique de Greenberg.
La liste d’A. Bomhard est différente, puisqu’elle exclut le japonais et le
coréen, mais retient le guiliak, le tchouktchi-kamtchatkien et l’eskimo-
aléoute, écartés par Dolgopolsky.
L’existence d’un morphème *nV, c’est-à-dire nasale suivie d’une voyelle
3alternante, marqueur du « génitif » – en fait de l’appartenance – est une des
plus intéressantes et des plus sûres correspondances grammaticales relevées
4dans la sphère eurasiatique, des plus fécondes aussi . Lorsqu’il lit les deux
volumes de J. Greenberg, le comparatiste hittitologue éprouve une décep-
tion. Il s’attend a priori, en effet, à ce que l’aspect archaïque du rameau
anatolien de l’indo-européen vaille aux témoignages qu’il fournit une place
de choix dans la liste des faits relevés et classés au titre de l’indo-européen
dans la reconstruction de l’eurasiatique. Or il n’en est rien, mais ce constat
donne l’espoir de l’existence de réalités linguistiques exploitables encore
non sollicitées.
Voilà pourquoi on a décidé de porter attention à un élément anatolien que
J. Greenberg n’a pas retenu à l’actif de l’indo-européen dans son étude de
*nV marqueur du « génitif ».
Mais avant d’aborder le sujet dont on vient d’expliquer le choix, il ne sera
5sans doute pas inutile de faire état de quelques principes de méthode que
semble imposer une volonté aussi ferme que possible de rigueur scientifique.

2 Le terme remonte à Pedersen, il a longtemps été défini comme représentant l’ancêtre
commun supposé de l’indo-européen et du chamito-sémitique ; c’est dans ce sens, par exemple,
qu’A. Cuny a utilisé ce terme (voir Recherches sur le vocalisme, le consonantisme et la
formation des racines en « nostratique », ancêtre de l’indo-européen et du chamito-sémitique,
Paris, 1943), certains chercheurs (Saul Levin, par exemple), lui attribuent encore cette acception.
3 GREENBERG, Indo-European and its Closest Relatives, II, p. 183-192.
4 Voir LEVET, « Voie des particules », p. 163-212 ; « Génitif pronominal lituanien man s »,
p. 3-8 ; « Tokharien tañ et lituanien tav s », p. 5-14 ; « L’eurasiatique : éléments d’un bilan »,
p. 15-23 ; ñä et lituanien man s », p. 13-21 ; « En amont de l’indo-européen », p.
195-214; « Quelques étincelles de lumière égyptienne », p. 71-82.
5 Pour une présentation plus développée de ces principes, on pourra se reporter à LEVET,
« Recherche sur les éventuelles macrofamilles de langues », p. 59-87, avec un rappel des
26












LE HITTITE ET LA THÉORIE EURASIATIQUE
Contrairement à ce qu’admettent tacitement A. Bomhard et J. Greenberg,
l’esquisse d’une grammaire comparée des macrofamilles ne peut pas, on en
conviendra aisément, se construire comme celle des simples familles
(comme l’indo-européen), qui est fondée sur l’examen et l’interprétation des
seules traces de continuité, censées être les seules garantes fiables de
l’existence des apparentements. Si, en effet, une proto-langue, en
l’occurrence l’eurasiatique, a donné naissance à des familles nécessairement
et de toute évidence reconnues comme différentes et séparées les unes des
6autres — il serait absurde d’intégrer une famille particulière de la macro-
famille dans une autre, par exemple l’indo-européen dans l’altaïque ou
l’ouralien dans l’afro-asiatique etc. —, c’est bien parce que des ruptures
importantes, plus ou moins nombreuses et éventuellement liées les unes aux
autres, se sont produites, sans toutefois avoir pour conséquence une
7disparition totale des vestiges de la trame de continuité originelle.
Cela implique l’existence de systèmes linguistiques successifs et au moins
l’ébauche souvent hypothétique et risquée de leur reconstruction à partir de
traces subsistant comme archaïsmes dans un état nouveau succédant à des
structures morpho-syntaxiques antérieures, susceptibles de relever de
plusieurs étapes chronologiques. Cela implique également, pour les
morphèmes grammaticaux, des fonctions renouvelées une ou plusieurs fois,
certaines ne correspondant pas exactement à ce que connaissent les langues
effectivement attestées.
Là résident les difficultés majeures du macro-comparatisme ainsi que les
doutes qu’il peut légitimement susciter.
Il convient aussi d’admettre que si une catégorie grammaticale n’a jamais
existé dans l’une des familles reconnues comme génétiquement liées (par
exemple, le verbe conjugué à toutes les personnes du singulier et du pluriel,
ou le marquage du nombre appliqué au nom), elle ne peut pas avoir
appartenu à la proto-langue.
La linguistique comparée des simples familles, de l’indo-européen, pour
prendre un exemple concret, nous montre d’ailleurs des processus complexes
de formation et d’évolution des systèmes morphologiques nominaux et
verbaux. Faisons simplement référence à ce que nous savons de l’origine

enseignements d’A. Meillet sur l’exploitation des archaïsmes révélateurs de systèmes anciens
dans des états de langue plus récents.
6 Ce que l’on évoque présentement est bien différent de ce que certains font lorsqu’ils
rapprochent particulièrement, par exemple, l’ouralien de l’altaïque en posant un ancêtre ouralo-
altaïque à l’origine et de l’ouralien et de l’altaïque.
7 Une telle disparition totale rendrait vaine les tentatives de comparaison, qui seraient
absolument sans objet.
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