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Espace Lunda et identités en Afrique centrale

De
192 pages
L'Empire Lunda dans son étendue actuelle - en RDCongo, en Angola, en Zambie et ailleurs - est une affaire mentale, politico-culturelle. Contrairement à la notion de royaume et d'empire, les seigneurs lunda n'ont pas de territoires communs, mais restent éparpillés aux quatre coins de l'Afrique, au sud de l'Equateur. Subdivisé par la colonisation, l'Empire Lunda a survécu, du moins mentalement, au découpage politico-administratif des puissances coloniales luso-belgo-anglaises.
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Espace lunda et identités en Afrique centrale
Lieux de mémoire

L'Harmattan RDC
Dirigé par Eddie Tambwe et Léon Matangila

Matadiwamba

Kamba M utu Tharcisse

Espace lunda et identités en Afrique centrale
Lieux de mémoire

PRÉFACE D'IsIDORE NDAYWEL È NZIEM

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07731-7 75005 Paris

EAN : 9782296077317

Dédicace

A mes chers enfants, aujourd'hui pour moitié mariés, je dédie, comme en 1988, ce deuxième Espace lunda. Une pensée spéciale néanmoins pour ce qui a changé depuis parmi vous. Que le benjamin D. Mwanga Swaa Kipipa, né le 18 juillet 1988, sache perpétuer la mémoire. V. Madila Nzey, décédée le 13 décembre 1993, à quatorze ans, n'a pu, hélas, découvrir cette histoire que j'ai commencé à apprendre de mon père Sakabongo Yamvu alias Nzau ou Nzioko, selon le lieu, dans la chefferie des Pelende Khobo.

Remerciements

EVRAIS-]E remercier les mêmes informateurs qu'en 1988 ? Pourquoi pas? Même si certains d'entre eux ne sont plus aujourd'hui. Pour les échanges fructueux, pour la traduction. Voici leurs noms: Koj Rumbu, Bako Ditend, Munung Yav a Munung, Kahang a Rukonkish, Yav Chang. D'autres viennent de s'ajouter lors de la rédaction de cet ouvrage-ci. Il s'agit de l'inspecteur à l'enseignement primaire A. Kabey Rubing, retraité, né à Kapanga en 1929, du journaliste Kanteng Tshiseng Mayal, animateur de l'émission traditionnelle et producteur à la R TNC/Katanga, du jeune Mwangal Mpalang a Maruv, chercheur et assistant à l'université de Lubumbashi, du chercheur et ancien bourgmestre Kabwit Muyej. Mes remerciements vont enfin à M. Butandu Mfumukanda Manonga Frinck, politologue et chercheur, pour la saisie et la mise en forme; de même que pour ses conseils; au Pr. Ndaywel è Nziem Isidore, qui, nonobstant ses multiples occupations, a accepté de préfacer ce livre; et à M. Butandu Tsumbu Guy alias G. B., jeune étudiant et chercheur, pour la mise en forme, la mise en pages finale et l'impression.
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Je me dois particulièrement de remercier la Compagnie des pères jésuites en tant que telle. Car, de tout temps, les missionnaires de la Compagnie de Jésus se sont intéressés à l'histoire des peuples qu'ils allaient rencontrer. Ils ont laissé des écrits inouïs que les descendants des peuples évangélisés oublient toujours de consulter en diverses circonstances. Tenez. Le roi du Portugal envoya une expédition au lointain, dans la terraincognita d'Afuque. Elle fut confiée à un certain Paul Dias et comprenait... quatre missionnaires jésuites. Le 3 mai 1560, elle arriva à Luanda, chez le Ngola. Un Lunda. Les Portugais seront faits prisonniers un moment donné et le père François de Gouvea mourra en l'occurrence. Ses lointains successeurs continueront à étudier l'homme noir, ses institutions, ses coutumes, ses langues. C'est l'œuvre des jésuites du Congo belge ayant évangélisé le Kwango que l'on ne cessera de remercier: E. Van Wing, Yvan de Pierpont, F. Lamal, M. Plancquaert, L. De Beir, H. Van Roy, A. Vander Beken, tous d'heureuse mémoire. Que ceux que j'ai oublié de citer veuillent bien m'en excuser en considérant que, dans mon cœur, les uns et les autres tiennent la même place.

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PréJàce

LS SONT plutôt rares ceux, panni nous, qui disposent de quelque compétence sur l'histoire ancienne du Congo, celle qui a façonné nos origines lointaines, avant que la modernité d'origine coloniale n'ouvre nos horizons à la mondialisation avant la lettre. Ils sont effectivement rares depuis que les chercheurs ont déserté l'univers rural, brandissant des alibis d'insécurité et de handicap logistique. On en est arrivé à la situation aberrante de voir récitée, à longueur de journée dans des amphithéâtres universitaires, la terrible et célèbre phrase d'Amadou Hampaté Bâ : « chaque fois qu'un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brule! », au moment même où s'exécute ce drame au quotidien. Ils sont donc précieux, panni nous, ceux qui ont connu la vie du village, vécu les péripéties de la chasse et de la palabre et qui sont capables de thématiser cette expérience et de la problématiser. Maître Matadiwamba est de cette trame. Bien assis sur la culture ancestrale, cet avocat à la Cour suprême de justice, bâtonnier national honoraire, a été fonné dans les meilleures écoles de la fin de la période coloniale, comme le petit séminaire de Lemfu (Bas-Congo), où il a fait ses humanités gréco-latines et l'université Lovanium de Kinshasa, où il a décroché son baccalauréat en philosophie et lettres

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ainsi que sa licence en droit en 1968. Le voilà de nos jours, bien décidé à aller à contre-courant, pour ne pas laisser s'éteindre, au fond de sa mémoire, le souvenir des dires des nuits de son enfance. Bien entendu, il n'en est pas à son premier coup d'essai. Hier, il avait déjà pris sur lui le soin de nous introduire dans le monde des proverbes, ce livre ouvert sur notre culture « classique », la matrice de notre savoir-être et de notre savoir-vivre. Aujourd'hui, dans ce tome II de Espace lunda, il se propose de nous introduire dans le labyrinthe de l'histoire des commencements. Qu'il s'agisse, précisément, des Lunda, c'est d'autant mieux. Car il s'agit d'une culture politique authentiquement congolaise qui s'est imposée pratiquement sur toute la savane méridionale, couvrant la bande qui va du nord de la Zambie actuelle à l'Atlantique, en passant par l'ensemble du Congo méridional et de l'Angola septentrional. Quel est le secret d'une telle conquête pacifique? L'on se demande même jusqu'où ce système politique se serait étendu si sa dynamique n'avait pas été brisée par la colonisation. Et l'initiative de Matadiwamba est d'autant plus heureuse qu'elle concerne une tradition de la « périphérie» ou, plus correctement, une tradition privée issue des entrailles du Kwango, distante et donc, distincte de la tradition cifficiellede la cour de Ant Yav. Cet écart, à la fois géographique et social par rapport à la Musumba (la capitale) et à son discours officiel, est une évidente opportunité historiographique; il rend en effet possible la comparaison, la complémentarisation d'informations, voire la perception de contradictions et de confi-ontations des points de vue; du pain bénit pour l'historien avide de savoir et en quête d'alibis pour une relecture globale de cette histoire passionnante et stimulante de la dynamique lunda. 12

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Ouvrons ici une parenthèse pour faire le constat du caractère artificiel de l'appel, d'apparence séduisante, des sirènes de la division Est-Ouest dans le Congo d'aujourd'hui. Se laisser attirer par un tel appel, n'est-ce pas faire aveu d'ignorance de notre histoire profonde, celle-là même qui a toujours rapproché les peuples de l'Équateur de ceux de la Province orientale, celle aussi qui met le Kwango et le Kwilu méridional en symbiose avec le Katanga grâce au partage du même espace lunda-tshokwe ? Cette étude est un rappel discret mais ferme de cette vérité toute simple; elle fait la démonstration de l'erreur de perception qui s'est glissée dans notre trop grande assurance d'être dans le vrai. Enfin, on ne peut s'empêcher d'admirer ici l'érudition de ce juriste de métier, la haute teneur de sa conscience historique et l'aisance avec laquelle il manie la méthodologie historique. Je lui sais gré de rappeler aux lettrés congolais: journalistes, artistes, hommes de science et de culture, que l'histoire n'est pas la propriété privée des professionnels de l'histoire. Elle est à la portée de tous ceux qui veulent et qui peuvent se saisir de cette truelle qu'est la critique historique pour mettre la main à la pâte et participer activement au montage des murs de la grande architecture de la nation congolaise. ISIDORE NDAYWEL È NZIEM, professeur des universités, membre correspondant de l'Académie royale des sciences d'outre-mer (Bruxelles).

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Avant-Propos

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SPACEOU EMPIRE? Sans décision formelle de mise à mort, sans acte de décès connu, qu'est-il alors devenu? Subdivisé par la colonisation, a-t-il été divisé? Métamorphosé, l'Empire lunda s'est répandu et maintenu. Telle roseau de la fable, il a plié sans rompre. Du moins mentalement, il a survécu au découpage politicoadministratif des puissances coloniales luso-belgo-anglaises. Au fait, de quoi s'agit-il? Il ne peut pas y avoir décès sans naissance. L'Empire lunda n'a pas d'acte de naissance. Jusque dans ses limites à l'avènement des rapaces européens, aidés par quelques arabisés, nul Mwant Yav n'avait conçu et donc créé un Etat selon la conception occidentale, avec une capitale donnée et des frontières fixes. Car Tshinaweej et Mwin Mangaand, Mwant Yav, et chaque chef à son niveau, se veut comme égal à Dieu et propriétaire de toute terre. Il ne supporte pas quelque autorité au-dessus de lui ni non plus ne concède de limites, sinon avec un parent, kad mwimbu, mwimbu weend tshiing ni Kasaj mu Kwang, dit la louange à Mwant Yav. Sans frontière, sauf avec Kasaj au Kwango. Mwant Yav est donc en perpétuel mouvement et sa capitale, musumb, n'est essentiellement que provisoire. Jusqu'à la décision du pouvoir colonial exigeant de tout chef indigène de se fixer une capitale définitive.

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C'est donc, me semble-t-il, devant un quiproquo que l'on se trouve. Il s'agit d'une projection de l'explorateur européen ou de tel historien devant une réalité bantue échappant au schéma européen. Le schéma de pensée occidental constitue l'explication de la méprise. En Europe, en effet, et particulièrement en ce XV' siècle, les territoires sont délimités. Ils appartiennent chacun à un roi ou à un empereur qui régente tout, en commençant par la religion. Tel n'est pas justement le cas des territoires sous l'autorité des chefs lunda. L'Européen découvrira plus tard la différence notable et non sans conséquence entre un chef de terre et un chef politique cohabitant sur un même sol. Aussi, moyennant l'abus de terme consacré, l'Empire lunda dans son étendue actuelle - au Congo, en Angola, en Zambie et ailleurs - est affaire mentale, politico-culturelle. Car le royaume au sens strict suppose un territoire commun, ce qui fait désespérément défaut aux parents et autres seigneurs lunda éparpillés aux quatre coins de l'Afi-ique au sud de l'Équateur. Essayons d'esquisser l'expansion, ou mieux le mouvement, depuis l'origine jusqu'au moment où elle s'est arrêtée à cause du fait colonial. Nous tenterons une explication de ce phénomène.

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Introduction générale

ESREHERCHES portent sur « Espace lunda et Identités. Lieux de mémoire ». Certaines raisons justifient le choix de ma réflexion. La première, l'Afuque des grands lacs notamment connaît une déstabilisation sans précédent avec des génocides et des pertes en vies humaines. Singulièrement, la République démocratique du Congo traverse l'une des périodes délicates de son histoire: guerres et rébellions, risque de balkanisation du pays, découpage vrai ou supposé en Est-Ouest. L'histoire de l'Espace lunda, dépassant les limites de nos pays actuels, est un rappel de notre fraternité au-delà des limites fixées par la colonisation qui a morcelé l'Afrique sans toujours tenir compte de nos réalités locales et de nos identités singulières. En conséquence, la seconde raison, l'engagement pour la sauvegarde de l'unité, de la paix, de la solidarité et de la fraternité africaine s'impose à nous comme un devoir moral. Ma réflexion poursuit certains objectifS. Il me semble indispensable d'œuvrer pour raviver notre mémoire collective afin de favoriser la prise de conscience par les nôtres du besoin d'engagement pour la solidarité afucaine en général et congolaise en particulier qui permettra la paix, le déve-

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loppement et la sécurité de tous. Ces pages peuvent servir à la sauvegarde, pour les générations futures, de notre patrimoine culturel et politique tel que légué par l'espace lunda. Tout au long de ma réflexion, certaines questions se sont posées à moi: que peut léguer l'identité lunda à la modernité politique congolaise et africaine? Le débat sur la mondialisation peut-il battre en brèche nos identités singulières, afucaines et congolaises surtout? Je pars de cette hypothèse: sans un rappel de notre passé, sans une référence à notre identité profonde, tout se passe comme si le vivre-ensemble en Afrique en général et dans la région des grands lacs en particulier était impossible. Les diverses tragédies actuelles semblent occulter notre fraternité et notre solidarité africaine. Le devoir et le travail de mémoire devient indispensable. Dans le cadre de ce rappel de notre solidarité et de notre mémoire, je me limite à l'espace lunda. Je laisse de côté d'autres riches histoires d'autres royaumes et empires précoloniaux dont Kongo, Luba, Kuba... Je n'ai pas la prétention d'épuiser la réflexion sur la riche histoire lunda. D'autres modes de pensée restent possibles. Ma démarche est historique, descriptive, réflexive et critique. Les enquêtes sur le terrain se sont averées indispensables. Les diverses interviews m'ont permis de rassembler les matériaux utiles à ma réflexion. Je parle du pays d'origine et de son expansion au premier chapitre. Le second chapitre porte sur l'organisation du pouvoir. Les annexes portent sur certains chefS de geroupements et notables ayant marqué l'histoire lunda, les témoignages, les cartes et les photos élucident ma réflexion.

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Chapitre

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Pays d'origine et expansion

ON PREMIER CHAPITRE porte sur le pays et l'expansion lunda. Je parle de Mandam à Kool avec Mbar et de l'expansion du pays lunda.

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I.

De Mandam

à Kool avec Mbar

A Mandam, une grotte du nom de Iyaal a Rubemb, sur la rive droite de la rivière Kajidij, lieu sûr, s'il en fùt, pour protéger l'Ancêtre d'origine. Qui est-ce, « celui qui éclata de lui-même », suivant la tradition orale recueillie par D. Biebuck? Mbar, dit une version, père de deux garçons, Kaband et Iyal Mwaku, ce dernier père de Nkond a Matit, à son tour père des trois fils Tshingud, Tshinyam et Ndondji et des trois filles Karumb, Ruwej et Na Kabamb, tous et toutes figures célèbres de l'histoire lunda. Selon une autre version, l'Ancêtre a une origine mythique. C'est Tshinawej ou Tshiaz a Ngomb, une vipère, 19