Et la terre trembla une dernière fois!

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130 pages
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Le rituel de la guerre ne s'arrête pas aussi vite; la routine ne se dérègle pas aussi facilement: elle change d'emblée nos habitudes physiques, mais perdure dans notre conscience et ne disparaît qu'avec le temps. Ce sont des explications peu convaincantes pour celui qui n'a pas connu cette terrible présence de la guerre à tout moment, mais elles révèlent bien l'existence d'une force intérieure que je n'ai pu maîtriser à temps. Ce que la guerre fait aux hommes? En eux, elle génère et attise l'aveuglement, les pulsions destructrices, le désir obstiné de vengeance... Alors, une sortie de cette spirale folle est-elle possible? La concorde peut-elle renaître? Et à quel prix? Ces interrogations innervent la trame du roman de C. Villemin qui, de part et d'autre de la frontière franco-allemande, et d'un conflit mondial à l'autre, sonde ces plaies qui ne suturent pas, ces actes incompréhensibles, cette haine et ces aberrations idéologiques qui ont fait le terreau du pire. Toutefois, à travers les destinées de ses personnages qui n'auront de cesse de se rapprocher, c'est aussi une foi en la bonté, en l'amitié et dans le pardon qu'exprime ce texte qui embrasse quelque cinquante ans d'histoire tourmentée.

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Date de parution 23 janvier 2014
Nombre de visites sur la page 19
EAN13 9782342018356
Langue Français

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Et la terre trembla une dernière fois !
Claude Villemin Et la terre trembla une dernière fois !
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119000.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
À mon père qui traversa cette période avec beaucoup de courage
1 — Mais c’est mon papa qui est dans le fossé ! Je le re-connais, il est habillé comme sur la photo sur le buffet de la salle à manger, avec un drôle de chapeau ! — Ce n’est pas un chapeau, c’est un casque, et c’est pas un fossé, c’est une tranchée pour se protéger contre les balles et les obus. — C’est quoi les obus ? — C’est… — Mon papa aussi y était ! — Le mien aussi, il est mort à la guerre contre les Al-lemands. — Moi, mon papa, il a perdu une jambe et il marche avec des béquilles ! — On peut lui mettre une autre jambe ! — Comment une autre jambe ? — Oui… une jambe en bois. — Et vous, Monsieur, vous étiez aussi dans les tran-chées ? L’instituteur eut du mal à cacher son trouble et balbutia qu’il avait eu la chance de revenir vivant de cette guerre mais qu’il avait été blessé, pas trop gravement cependant. Le nouveau programme d’histoire l’avait conduit à aborder cet événement. Il accéléra la leçon, car il ne se sentait pas à l’aise : il n’aimait pas parler de ces années de souffrances et de deuils. Aucun des survivants, d’ailleurs, n’en parlait volon-tiers : ils préféraient garder intimement, presque pudiquement, leurs souffrances physiques et morales.
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Seuls ceux qui avaient eu la chance ou l’opportunité de ne connaître que de loin cette guerre se vantaient indûment de leur courage. On commençait, d’ailleurs, par l’oublier, cette guerre. Pourtant, nous n’étions qu’en 1920. On s’attachait plus à chiffrer l’ampleur de l’hécatombe qu’à s’étendre sur la détresse des familles. Et puis la vie reprenait. On récupé-rait le temps perdu avec avidité et parfois ingratitude : de nouvelles familles se formaient, l’absence des maris pen-dant ces longues années de guerre n’avait pas toujours été bien supportée… Simone l’attendait sur le quai de la gare de l’Est. Le lourd train à vapeur, certainement trop chargé, s’achemina lentement vers le quai bondé de monde. Il ramenait des soldats du front de l’est. Les trains devaient se suivre toute la journée et certainement toutes les semaines à venir. Dans cette cohue qui se dirigeait vers les portes, elle fi-nit par l’apercevoir sortant du wagon réservé aux officiers ; il n’avait pas bonne mine, il paraissait fatigué, amaigri, las. Sa dernière permission, il y avait six mois, lui avait ramené, en plein conflit pourtant, un mari moins éprouvé, plus alerte dans ses mouvements. Elle mit cette impression sur le compte du voyage, certainement très éprouvant, ou peut-être sur les moments d’allégresse qu’il avait dû connaître avec ses soldats pour fêter la victoire et leur retour au foyer. Il lui confirma d’ailleurs, plus tard, pour ne pas l’inquiéter, que la séparation d’avec ses camarades de guerre avait été paradoxalement difficile et qu’il avait fallu quelques soirées bien arrosées pour l’oublier. Ils s’embrassèrent longuement sans manifestation exa-gérée de joie ; son statut d’officier lui imposait certainement une certaine retenue.
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